PARIS (AFP) - Jacques Chirac et Angela Merkel se sont retrouvés vendredi pour des entretiens informels dominés par la volonté commune d’une Finul efficace au sud-Liban et par le dossier nucléaire iranien, reléguant au second plan les traditionnelles questions européennes.

En ce jour du 62ème anniversaire de la libération de Paris, Mme Merkel a d’abord marqué la reconnaissance de l’Allemagne au général de Gaulle, artisan de la réconciliation franco-allemande avec le chancelier Konrad Adenauer, dont elle est l’héritière politique comme présidente de l’Union chrétienne-démocrate (CDU). Avec Jacques Chirac, elle a déposé une gerbe devant une statue de l’ancien chef de la France libre sur les Champs-Elysées.

Mme Merkel devait réagir à l’annonce, jeudi soir, par le président Jacques Chirac que 2.000 soldats français seront déployés au Liban, au moment où les ministres des Affaires étrangères des 25 se retrouvent à Bruxelles avec le secrétaire général de l’Onu Kofi Annan pour une réunion cruciale destinée à définir la participation européenne à la Finul.

Nul doute que la chancelière se félicite de l’engagement français, notamment parce que cela conforte la volonté allemande de participer à cette force, face aux nombreuses critiques et doutes sur le plan intérieur.

Le magazine bien informé Der Spiegel avait évoqué la frustration de responsables allemands à l’égard de la France, qui, après avoir joué un rôle moteur dans l’élaboration de la résolution 1701, avait paru se dérober, en ne proposant d’abord que 200 hommes.

Vendredi dernier, Jacques Chirac et Angela Merkel avaient eu un entretien téléphonique, au cours duquel le président français avait insisté pour demander un « équilibre » dans la répartition des contingents.

Les dirigeants allemands ont évité toute critique de la position française. Mais une impatience générale était perceptible à Berlin pour presser les partenaires européens à mettre rapidement en vigueur la résolution, toute imparfaite qu’elle soit.

Même si Berlin n’a pas encore pris une décision formelle en Conseil des ministres, sa participation est acquise sur le principe : l’Allemagne n’enverra pas de troupes sur le terrain pour exclure un engagement armé avec Tsahal, impensable historiquement en raison de l’Holocauste.

Mais elle participera, notamment avec sa marine, chargée d’intercepter des livraisons d’armes en mer. Elle propose en outre de former et d’apporter son expertise aux policiers libanais à l’aéroport et à la frontière syro-libanaise, mais sans déployer elle-même de policiers sur le terrain.

Berlin, comme Paris, insiste pour rappeler que le dispositif militaire n’est pas tout, et qu’il faut redoubler parallèmement d’efforts diplomatiques pour une solution régionale, incluant tous les acteurs.

Cette rencontre, à laquelle les ministres des Affaires étrangères, Frank-Walter Steinmeier et Philippe Douste-Blazy, prennent part, se tient dans le cadre du processus dit de « Blaesheim », qui permet aux dirigeants français et allemand de se rencontrer sans ordre du jour préétabli.

La réponse dilatoire et complexe de l’Iran aux Européens sur son programme nucléaire devait être aussi au menu des entretiens. Mme Merkel l’a qualifiée d’« insatisfaisante ».

Les questions européennes devaient aussi être abordées. Lors de leur dernière rencontre en juin à Rheinsberg (est de l’Allemagne), les deux dirigeants avaient défini une séquence de relance des institutions européennes, s’étendant de la présidence allemande début 2007, chargée d’ouvrir des pistes, et la présidence française, fin 2008, qui devra arrêter une décision sur le traité constitutionnel.