Le rôle de mère-patrie que s’attribua la France dans l’entreprise coloniale s’inscrira dans le même registre de « nos ancêtres les Gaulois ». C’est du paternalisme. La mère-patrie vira à la marâtre, c’est-à-dire à la maltraitance. En témoignent les guerres infligées par la France en Afrique, comme celle déclenchée au Congo après le coup d’Etat sangant de 1997.

Ce recueil de nouvelles avait été publié pour la première fois en 2017, à la Fondation littéraire Fleur de Lys, Lévis, Québec , sous le titre de « L’Inforoman, suivi de Quand la rue s’en mêle… »

Nous avons fait une édition en ligne et donné la possibilité à nos lecteurs de télécharger gratuitement l’ouvrage. Cependant, nous avons été surpris d’apprendre de nos lecteurs que l’édition en ligne leur laisse un gout d’inachevé.
Ils voulaient avoir un ouvrage imprimé. Ils justifiaient leur demande à partir de l’accès difficile à l’internet dans certains pays africains. Devant cette demande pressante et l’argument avancé qui est légitime, nous avons donc décidé de faire cette deuxième édition relue et imprimée sur papier.

Quelques petites modifications ont été apportées sur la forme. Le titre du recueil a complètement changé. Nous avons repris « La France, ni marâtre ni mère-patrie », titre d’une des nouvelles. C’est une technique destinée à être plus proche de l’actualité française et africaine.

Une riposte foudroyante à Eric Zemmour

Dans ce recueil, nous faisons ce que nous appelons Inforoman. Mais, il faut aussi dire que nous voulons participer au débat suscité par les déclarations d’Eric Zemmour, polémiste, écrivain, essayiste et journaliste politique français, qui ne sont pas loin d’une injure raciste. Une insulte, non seulement à la chroniqueuse de l’émission Les Terriens, Hapsatou Sy ; mais aussi à tous les Africains ou tous ceux qui ne portent pas les noms français, mais qui vivent dans ce pays. Il est clair qu’à travers sa déclaration, Eric Zemmour a posé le problème de la présence des Africains en France. Pourtant, la réponse est claire et simple. Les Africains sont dans ce pays non seulement parce que les Français sont en Afrique, mais aussi parce que dans ce pays a coulé le sang de leurs ancêtres qui sont venus sauver la France pendant les deux guerres mondiales.

Ensuite, il y a aussi leur bois, leur pétrole, leur or, leur diamant… pillés, et leur argent gardé à la Banque Centrale française. Aussi, s’interroger, en ce XXIe siècle, sur la présence des Africains en France, relève de deux choses : soit on est un « blanc blanc  » soit on est un « blanc blanc blanc  ».

La signification de ces deux expressions est à découvrir dans la nouvelle La France, ni marâtre ni mère-patrie que nous lui dédions, d’ailleurs.

Un tacle qui cloue Jean-Paul Pigasse au sol

Nous soumettons le même exercice et dédions aussi la même nouvelle à Jean-Paul Pigasse, journaliste français, fondateur et directeur du quotidien congolais, Les Dépêches de Brazzaville, mais aussi grand défenseur du régime dictatorial du Congo, qui s’occupe de la Communication dans l’Opération Mouébara, à travers laquelle Denis Sassou Nguesso a planifié le dépeuplement de la partie australe du Congo.

Une dénotation de la ruse de la politique française en Afrique

Arrivée du Christianisme en France (IIe siècle) ; Adhésion à la Charte de l’impérialisme (1885) ; Dix ports négriers installés sur son territoire, et 1,25 million d’Africains vendus dans ses colonies d’Amérique ; Déclaration des droits de l’homme et du citoyen (1789) ; Liberté, Egalité, Fraternité comme principe républicain (1848) ; Code de l’indigénat (1881) ; Lois jules Ferry introduisant les cours de morale dans les programmes scolaires (1881 et 1882) ; Travail forcé dans les colonies (1887) ; Adhésion à la Charte des Nations unies qui pourtant est un véritable instrument de domination des pays du Tiers-monde par les puissances occidentales (1945) ; Déclaration universelle des droits de l’homme (1948), Indépendance, Franc Cfa et Impôt colonial (1960) ; Sommet de la Baule et Démocratie (1990) ; Soutien aux putschistes et aux dictateurs. Cas du Congo Brazzaville (1997 et 2015) lorsque la France a soutenu militairement Denis Sassou Nguesso dans ses coups d’Etat à l’issu desquels il a chassé Pascal Lissouba du pouvoir, alors qu’il était élu démocratiquement, et changé la constitution juste pour se maintenir au pouvoir ; et du Gabon, en début de cette année 2019, quand elle a fait échouer l’aventure de quelques jeunes soldats qui voulaient mettre fin à la dynastie Bongo qui est plus que cinquantenaire ; Une France qui déroule aussi son tapis rouge aux dictateurs et génocidaires. Cas des présidents rwandais, Paul Kagamé, et congolais, Denis Sassou Nguesso, dont les mains égouttent encore le sang humain, et les costumes dégagent l’odeur des cadavres pourris.

Cette ambigüité pousse à déduire que la France n’est ni une marâtre ni une mère-patrie. Parait-il que cette ambigüité est due au fait que la France n’émet pas la chaleur comme une mère poule qui couve ses poussins. Elle ne produit que le froid et fait descendre les températures au dessous de zéro. Voilà pourquoi, la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen, la Déclaration universelle des Droits de l’Homme, le Principe républicain « liberté, égalité, fraternité », l’Indépendance des pays africains francophones et la Démocratie qu’elle avait, jadis, pondus dans ses maternités, n’ont toujours pas éclos. Peut-être que les Africains doivent, eux aussi, porter des gilets jaunes, descendre dans les rues du monde pour casser la coquille qui empêche la démocratie d’éclore dans leurs pays.

Soutien des dictatures africaines

Pour preuve, en 1997, son président, Jacques Chirac, apporte ouvertement son soutien au putschiste Denis Sassou Nguesso, pour chasser au pouvoir un Président élu, Pascal Lissouba. Il fait entrer l’Angola et des éléments de l’armée française dans la guerre congolo-congolaise. Bilan : 400.000 morts et d’importants dégâts matériels qui ne sont toujours pas évalués.

Le 25 octobre 2015, alors que toute la communauté internationale attend qu’elle impose le respect de la constitution et départage les Congolais sur le débat concernant le référendum constitutionnel qui déchire le tissu social, la France, à son plus haut niveau, jette l’huile au feu. François Hollande autorise Denis Sassou Nguesso à organiser un référendum constitutionnel, afin de briguer un troisième mandat. Mais, la France ne soutient pas seulement les dictatures, elle déroule aussi son tapis rouge devant les génocidaires dont le sang humain dégouline des mains.

Un morceau choisi

« Toute la politique africaine de la France n’est qu’un émail opaque avec lequel on recouvre et protège une ruse pour lui donner de l’éclat qui éblouit. C’est pourquoi je crains d’avance que la Macronie, le concept à travers lequel on désigne la gouvernance du nouveau Président français, Emmanuel Macron, dont les Africains attendent déjà les conséquences dans leurs pays, ne soit qu’un diminutif ou une mauvaise prononciation du mot macaroni. Macaroni compris dans son sens populaire qui est pourtant injurieux et à travers lequel on désigne un italien ; mais aussi comme une variété de pâte alimentaire en forme de cylindre et qui est creux (…) A cause de sa cupidité, son manque de génie et de vision, la France a raté de créer un grand et puissant empire francophone et d’être une grande puissance économique. Elle restera toujours pauvre c’est-à-dire mputu. Comme le signifie ce nom avec lequel les Kongo la désignent. Ainsi se confirmera la prophétie et la malédiction prononcée contre ce pays par leurs ancêtres. Lorsqu’ils étaient vendus comme esclaves, croqués par les vagues de l’Océan Atlantique, ou brulaient sous les soleils de la période coloniale. »

Un recueil de sept nouvelles

« La France, ni marâtre ni mère-patrie » se déroule sur sept nouvelles : Le premier épisode savoureux d’une nouvelle, « La France, ni marâtre ni mère-patrie »,« On se verra à Rome ! » ; « Sel piment, » « Ba fwabissalu » ; « Les têtards noyés dans un verre d’eau et La centième version d’une histoire à mille têtes et cent queues. »

« La France, ni marâtre ni mère-patrie », 398 pages, Edilivre, 2019, 27 Euros

Serge Armand Zanzala, journaliste indépendant

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