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La chute

« En ce net moment au Congo » (1) rien n’est net

Les autorités de Brazzaville mentent lorsqu’elles disent qu’à la veille du 2ème tour des Législatives la tension est palpable dans la cité. Pour donner foi à ce faux constat, elles ont décrété dimanche 31 juillet 2022 journée ville morte.

Or rien n’est plus tranquille que vivre à Brazzaville « en ce net moment. »(1)

« Les autorités tiennent le pays. On est tranquille. » s’est réjouit un rappeur en vogue qui compte parmi les égéries du dauphin Christel Nguesso alias Bébé Doc.

Pour l’heure un hiver nucléaire sévit dans le champ de la contestation au Congo. Le printemps arabe n’est pas pour demain au Congo, pays où s’est abattue une répression d’acier dans un gant de velours chaussé par des voleurs.

STOCKHOLM

A vrai dire, les populations sont tellement mortes de peur que Sassou peut alors faire tout ce que bon lui semble. Les droitsdel’hommisme ne lèveront jamais le petit auriculaire pour crier au scandale et se répandre en indignation.

« Lorsque Sassou frappe ça entre comme dans de la margarine  » rit jaune un activiste local. La résistance au Congo est devenue une « structure molle » comme le beurre de karité.

Le peuple obéit désormais au doigt et à l’œil, applaudit quand on l’humilie, plébiscite ses bourreaux, tend la joue gauche quand la droite encaisse un soufflet, dénonce ceux qui osent lever la tête, renseigne la police. Complexe de Stockholm.

Chat ébouillanté craignant de tous ses poils l’eau glacée, le Congolais prend la fuite au moindre bruit insolite, même face à un capitaine de ... l’Armée du Salut car le costume évoque celui du militaire. C’est la peur de l’uniforme typique des peuples sous le despotisme.

Comme le voleur, le congolais voit le képi du gendarme dans tous les buissons. Le type congolais tremble alors de tous ses membres.

Il saute de panique devant un mille-pattes comme quelqu’un qui a eu la chance d’avoir été déjà mordu par un naja.

Le chef cobra (Sassou) mise sur ce syndrome pour asseoir sa domination.

YOULOU CHASSÉ

L’homo congolus qui passa pour un dur à cuir en 1963 quand il décida d’en finir avec l’Abbé Fulbert Youlou, est devenu tout doux, tout mou sous Sassou la vipère sous le commandement duquel 352 de nos compatriotes furent engloutis dans les eaux brunâtres du fleuve Congo. L’horreur se passa au contrebas de la corniche, à un jet de javelot de son palais présidentiel. C’est le génocide des Laris, connu sous le générique « Les Disparus du Beach »  ; un sombre épisode auquel l’artiste Hardos Massamba (l’antithèse de Roga-Roga) vient de rendre sa part de requiem (cf. Congo-Liberty) dans une émouvante chanson.

La typologie congolaise inspire l’ironie résiliente des autres Africains, notamment nos voisins outre-fleuve qui nous trouvent trop mollassons (Ba yuma).

« Bo monelaka kaka bisso ba Congolais ya ngambo. Boma Zaïrois, tika nyoka » a cinglé Antoinette, une influenceuse de Kinshasa depuis Bruxelles. « Bo loba lisusu »

Dans l’art de retourner le couteau dans la plaie, on ne peut mieux faire. Donc dans cette représentation du mal Mobutu était un enfant de chœur doublé d’un sacristain du cœur de qui suintait l’humanisme à l’endroit de son peuple Zaïrois ?

Et pourtant on peut poser l’équation exæquo des acronymes PCT/MPR sans choquer l’épistémologie politique.

5 JUIN 1997

Que s’est-il passé de si traumatisant depuis aout 1963 ?

Une rivière rouge a coulé sous le viaduc de la révolution marxiste montée de toute pièces le 31 juillet 1969.

La conscience de l’impitoyable démonstration de barbarie à compter du 5 juin 1997 est toujours présente dans l’imaginaire sécuritaire de l’homo civilis congolais. Il suffit dorénavant que la garde prétorienne de Tsambitso joue du menton pour que son monde se tienne à carreau. Les escadrons de la mort qui sillonnent les villes de la République bananière à longueur de journée et à la faveur de la nuit sont là pour rappeler que la paix ne tient qu’à un trouble du sommeil du dictateur.

KULTURE

Donc tout va globalement bien au Congo de Sassou. En théorie.

Mais il ne suffit pas de rassurer. Encore faut-il distiller une once de peur pour légitimer la paix. C’est paradoxalement logique. Alors conscient que que tout peut basculer d’un moment à l’autre, on décrète des ordonnances effrayantes, on ordonne des décrets tout azimut. La moindre activité culturelle est bannie à l’horizon sauf quand il s’agit de faire la promotion de l’esprit « bokoko. »( l’authenticité mobutiste selon Roga-Roga le Michel Sardou du chemin d’avenir et des nouvelles perspectives).

COBRA EXECUTANT EKONGO

Récemment une vidéo virale montrait un troufion exécutant une danse étourikanga en uniforme policier, au grand dam du général Ndenguet, lui-même zélé chorégraphe d’ékongo.. Au Congo de Bokoko, Dionysos voit son culte poussé à la limite du délire et de la paranoïa à la moindre réjouissance festive ethnique.

Durant les campagnes des législatives, le rituel de la distribution des coupures d’argent a fonctionné à la folie, les billets de dix milles francs passant de la main du candidat à la bouche des danseurs ékongo frénétiques. On sacrifie à fond au culte du veau d’or.

C’est ça le tempo actuel du Congo.

VERNISSAGE AU MEMORIAL

A un ami qui voulait organiser un vernissage suivi d’une dédicace au Mémorial Pierre Savorgnan de Brazza, Belinda Ayessa (Madame La Pompadour et maitresse de l’incontournable Roga-Roga)), le camarade Onanga Iboko (Préfet de Brazzaville) et Jean-François Ndenguet général SS de la police congolaise l’en ont dissuadé.

Ils ont opposé leur doit de véto en ces termes : « Il y a vote. N’organisez rien avant le 15 août, ni avant le 2ème tour des élections des députés. Essayez à la fin de l’année. En décembre par exemple. » ont-ils conseillé (pour ne pas dire sommé)

Vous l’avez compris, il y a un moratoire sur la culture et sur les distractions qui n’ont pas l’agrégation d’Oyo, celles qui ne sont pas estampillées « lé dza le noua ».

il lui a été conseillé à l’ami de remettre son projet sine die. Donc à jamais.

L’embargo sur la culture n’est pas dénué de sagesse. « Surtout en ce net moment. » (dixit le Préfet). C’est vrai que la situation n’est pas nette. Elle n’a jamais été nette dans ce pays, surtout en cette période électorale. Elle n’a jamais été aussi trouble notamment à Mouyondzi. (2)

D’ailleurs depuis le coup d’état du 5 juin, les coups d’éclat de joie sont prohibés.

Songez, de toute manière, qu’une action culturelle organisée en cette période n’attirera aucun chat. « Ca sera un fiasco. » Ca fera un bide.

Le Congo qui fête, danse et rit est composé de quelques familles kleptomanes devenues un petit comité qui adore festoyer à huis clos et se retrouve à toutes les fêtes , en conclave.

« Comme dans une secte » commente un homme de presse qui a requis l’anonymat.

MEME TOI BRUTUS

Les officiels susceptibles d’honorer l’invitation du vernissage ont d’autres...chats à fouetter ...« en ce net moment. » (j’aime ce congolisme).

La classe des fêtards est tiraillée entre d’un côté les haies d’honneur à Maya-Maya pour accueillir le chef, voyageur infatigable, et de l’autre, les pieds de grue à Oyo pour se faire voir de lui et faire antichambre dans le somptueux palais dont le despote vient de se doter au bord de l’Alima.

Sassou est obsédé par les bains de foule comme un empereur romain. « Jusqu’au moment où il tombera sur un Brutus qui lui plantera une dague. » grince un latiniste congolais.

Dictateur n’est pas un un métier de tout repos. C’est un métier à risques ainsi que l’expérimenta Jules César ou Sadate.

« Tu quoque mi fili » : quelle belle repartie qu’entendra Jean-Dominique Okemba, la main ensanglantée, dans la tragédie que nombre de Congolais imaginent du fond de leurs cœurs. Car on prête au conseiller spécial de Sassou des « velléités ». (sic)

LE DZA, LE NWA, LE KIA OKOLA

La feuille de route des activités officielles ne souffre aucune dérogation sauf quand il s’agit de représentations folkloriques de type coutumier : anniversaire, naissance, obsèques. Bref, tout ce qui honore le bokoko.

Au bout du compte, les fêtes tribales sont la seule industrie florissante au Congo, le seul lieu d’émergence dont peut se prévaloir ce pays extrêmement riche et scandaleusement pauvre en PNB en l’occurrence les fiestas qui mettent en valeur les mœurs et coutumes Mbochi suivant le tempo bokoko rendu populaire par Ibambi Rogatien.

La France avait décrété son exception culturelle sous Mitterrand quand les médias devraient absolument privilégier la chanson française et jeter une omerta sur la musique anglo-saxonne.

Le Congo de Sassou a trouvé sa culture d’exception depuis Bokoko du musicien fonctionnaire fictif Rogation Ibambi dit Roga-Roga, père caché d’un fils de Sassou (Sacer) et premier au hit parade de la daube musicale. On a fait du rythme mbochi (La Cuvette Est ) une exception culturelle faisant un black-out sur les 8 autres régions que compte la République.

ONIANGUE OFFICIER D’ORDONNANCE

En l’occurrence les obsèques du Pasteur Albert Oniangué, ex-proche de Sassou, ce vendredi 29 juillet 2022 ont fait exception à la règle prohibitive festive cérémonielle.

Toute la nomenklatura a suivi le cortège funèbre d’Oniangué. Suspecté d’avoir été victime de l’assiette roumaine, le défunt a eu un bel enterrement ( 1ere classe ) offert par son présumé bourreau au cimetière du Centre-Ville, Le Père Lachaise de Brazzaville, où on s’étonne qu’il y ait encore de la place étant donné l’exiguïté des lieux et le nombre d’apparatchiks qui s’y font ensevelir.

NOCES BARBARES

Une autre exception culturelle a été le mariage civil de la fille du ministre Gilbert Ondongo. C’aurait été pure inconscience que de faire coïncider, un vernissage le jour où un membre éminent du gouvernement marie son enfant. Le Préfet de Brazzaville a regardé avec étonnement mon ami venu lui demander la dérogation d’avoir la salle du musée De Brazza :« Vous n’y pensez pas ! » fut sa laconique réponse après lui avoir opposé les obsèques d’Oniangué et le mariage religieux d’Ondongo-fils à la Cathédrale de Brazzaville, évènement ayant lieu à la même période.

La règle culturelle est qu’il ne se passe plus rien à Brazzaville par les temps qui courent sauf quand il s’agit de manifestations versaillaises des membres du clan.

Grâce au concept de Bokoko popularisé par le griot en vogue Roga-Roga, la cérémonie traditionnelle du mariage coutumier d’Ondongo-fille a été une formidable occasion de défoulement. Le tout Brazzaville politique et militaire y a été convié et on imagine que la barrière entre le permis et l’interdit a dû allègrement sauter lors de la noce.

En guise de dot, le ministre Gilbert Ondongo a inséré dans la liste de mariage le titre foncier du domaine nu qu’il possède à Owando à un jet de sarbacane du palais présidentiel régional de Sassou.

Les rites matrimoniaux des oligarques Mbochi donnent lieu à des dépenses d’une somptuosité surréaliste.

On s’étonne ensuite que malgré les aides au développement et la rente pétrolière, le pays demeure endetté jusqu’au cou.

CONGO ZOBA

Les fêtes sont la seule richesse au Congo où toues les occasions sont bonnes pour sabrer des cargaisons de champagnes.

« Les Brazzavillois ne possèdent ni une usine d’allumettes ni une fabrique de cure-dent. C’est nous qui leur fournissons tout » a ricané une blogueuse kinoise très remontée contre le Congo d’en face, le nôtre.

Sur le même registre du Congoles-bashing , un Sénégalais, ancien immigré au Congo, s’est moqué de nous depuis la terrasse de son immeuble à étage de Dakar. L’ancien commerçant Ouolof établi au Congo a fait une vidéo virale dans laquelle il a blagué les maisons en tôle qui dominent les villes de chez nous. « Et ces Congolais ont le culot de se fiche de nous, les Wara » a craché l’Ouest-africain de retour chez lui.

Autre Congoles-bashing, celui d’une Kinoise répondant au prénom d’Antoinette, blogueuse réalisant plusieurs vues sur la toile. Antoinette a passé un savon d’une heure aux Brazzavillois qui ont coutume d’agresser les Zaïrois à Brazzaville alors que Sassou leur en fait voir de toutes les couleurs en faisant de tous ses enfants biologiques des députés de la République.

« Attendez qu’on se débarrasse de Tshisékédi Tshilombo, on s’occupera ensuite de vous » a promis la citoyenne Antoinette.

Diantre ! De quel droit les anciens compatriotes du terrifiant Mobutu osent-ils faire la morale. Même eux ! Ok : « Le cocu ne voit jamais ses cornes, à l’exception de celles des autres. » disait Dom Juan.

OU VA NOTRE POGNON ?

Ce que le Congo fait de ses richesses c’est succomber à l’hédonisme et aux bacchanales. Le moindre sou est dépensé dans la fiesta, la bombance « lé dza, lé nwa, akongo a béré mbonda, ambochi lé bina. »

Les Maliens, par exemple, ne comprennent pas cette frénésie des Bantous des deux capitales (Kin et Brazza) et s’étonnent de l’absence des Congolais des deux rives dans les débats cruciaux sur le développement du continent et sur la bonne gouvernance.

« Sortis de Koffi Olomidé, du ndombolo, de la rumba et de la sape, « patrimoine de l’humanité », les Congolais n’ont rien à donner » grincent les panafricains du monde entier.

Thierry OKO

(1) « En ce net moment » gallicisme banal usuel au Congo. Idiotisme propre à la langue française telle qu’elle est pratiquée au Congo-Brazzaville.

(2) Claudine Munari Mabondzot (MUST) a réalisé plus de 60 % de voix au deuxième tour. Jacqueline Mikolo candidate PCT, maîtresse de Jean-Jacques Bouya, battue. Résultats empiriques.

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