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Exégèse

L’Eglise catholique du Congo sous Mgr Bienvenu Manamika

L’Archevêque Bienvenu Manamika Bafouakouahou ancien Evêque de Dolisie a remplacé Mgr Anatole Milandou. L’actuel Archevêque, le moins que l’on puisse dire, aime les médias. Il ne loupe aucune opportunité sur les réseaux sociaux pour apporter l’évangile aux catholiques du Congo.

L’EAU

Personne n’a oublié son remarquable prêche sur la pénurie d’eau
au Congo-Brazzaville, pays situé dans un scandaleux bassin hydraulique alors que le Burkina-Faso, pays du Sahel voit ses robinets déverser des kilolitres d’eau pour le bonheur de sa population. Mgr Manamika était alors Evêque dans le Niari.

Les esprits chagrins espéraient qu’il allait continuer de faire un usage subversif des médias, sur fond de théologie de la libération, maintenant qu’il était monté en grade. Ce fut l’inverse. On comprend sa prudence théologique.
Dans ce pays, depuis l’Abbé Fulbert Youlou lâché par sa hiérarchie en 1963, le destin des prêtres a été la persécution. L’abbé Badila, Mgr Emile Biayenda, Père Guth ont été des candidats à la torture malgré leur habit qu’on croyait des gilets pare-balles anticléricaux. C’était mal connaître la puissance de l’athéisme ambiant depuis l’avènement des marxistes au Congo en 1965.

Au micro de Donatien Nyembo SJ à Radio-Vatican dans la semaine du 6 avril 2022, le Prélat congolais Bienvenu Manamika, potentiel théologien de la libération, a mis de l’eau dans son vin. Il n’a plus fustigé, n’a plus remis en cause, n’a plus critiqué comme jadis à Dolisie quand il endossait sans peur la soutane de prêtre ouvrier.

Il a arrondi les angles de l’anathème depuis qu’il a été élevé au rang du chef de l’Eglise Catholique du Congo-Brazzaville.
On peut également comprendre la modération de ses propos à Rome car le régime de Brazzaville avait flanqué au sein de sa délégation une taupe en la personne de la ministre de l’environnement, Arlette Nonault Soudan, qui, opportuniste, a profité du séjour au Vatican pour rappeler que cette année est celle du 140 ème anniversaire de l’évangélisation du Congo.

LE BON CARDINAL

Le hasard fait bien les choses. Dans le roman Les Misérables, M. Charles-François-Bienvenu Myriel est l’évêque de Digne. On le surnomma le Bon Cardinal. C’est une fiction de Victor Hugo. Mgr Emile Biayenda, Cardinal, est aussi appelé Le Bon Cardinal. Sans avoir été canonisé, le Bon Emile Biayenda demeure déjà Saint dans l’esprit des Congolais. Si Mgr François-Bienvenu Myriel n’était pas un personnage de fiction, il eut été canonisé. Il transpirait droiture et rectitude, bonté et bienfaisance, comme le Bon Cardinal Emile Biayenda.
Nous attendons avec fièvre que l’avocat du diable finisse son travail (c’est la règle en matière de béatification) pour que le Congo offre à l’humanité son premier saint, comme l’Ouganda avec Charles Luanga.

L’Abbé Fulbert Youlou a été reconnu bon après avoir été traité de tous les noms par ses compatriotes. Kikounga-Ngot qui ne fut pas de son parti UDDIA mais qui fut son ministre témoigne. Youlou était monogame. Sa femme officielle (officieuse ? ) s’appelait Jeannette. L’Abbé Fulbert Youlou ne court aucune chance d’être béatifié.

Antoine Letembey Ambily qui travailla avec Youlou s’est plaint du sort réservé à l’ancien Président dont aucun édifice au Congo ne porte le nom. Marien Ngouabi tué le 18 mars 1977 alors que ses mains « portaient encore des traces de craie » (il venait de donner un cour à la Fac des Sciences sur l’énergie solaire) a vu l’Université de Brazzaville porter son nom après sa mort.

Alphonse Massamba-Débat a vu le complexe omnisport gratifié de son nom car il l’inaugura en 1965 à l’occasion des Premiers Jeux Africains. C’est l’écrivain A. Létembey Ambilly qui le rappelle.
« Oui mais sa dépouille n’a jamais été retrouvée » déplorera Kikounga-Ngot, ancien maire de Dolisie dans l’émission « Archives d’Afrique » d’Alain Foka.

On a exhumé De Brazza, un colon, on lui a offert un mémorial tandis que Youlou repose dans une pauvre tombe sous un taudis dans son village de Madibou où l’accès se fait par une route impraticable a enfoncé Kikounga-Ngot.

VISITE DU PAPE DANS LE BASSIN DU CONGO

Le nouvel Archevêque du Congo, Mgr Bienvenu Manamika Bafouakouaou a rendu visite au Pape François à Rome le 6 avril 2022.
« De quoi avez-vous parlé ? » lui a demandé le journaliste de Radio Vatican.
Du synode, de la venue du Pape dans le Bassin du Congo et de la Béatification du Cardinal Emile Biayenda a répondu en substance l’homme de Dieu.

Le Synode se profile à l’horizon 2023. Mgr Manamika a fait allusion au synode en vue du grand Synode à venir. « Le synode sur la synodalité. » Du 27 juin au 2 juillet 2022.

Les érudits, les théologiens, les philosophes avertis de la grammaire chrétienne savent de quoi on parle. Synode signifie assemblée d’hommes d’église. Le terme vient du grec. Il signifie faire route ensemble. Le mot synode est interchangeable avec le mot latin Concile. C’est le moment où l’Eglise amorce des changements ou confirme des dogmes.

L’Eglise a besoin de faire route commune avec ses fidèles. En tout cas celle du Congo-Brazzaville minée par des dissensions a besoin de faire peau neuve.

Mgr Manamika parle de « jalousie positive » puisque la visite du St-Père se fait en RDC et pas au Congo de Sassou.
Quand l’Eglise du Congo fait son examen de conscience, elle doit comprendre pourquoi le Pape François évite de traverser le fleuve Congo alors que Jean-Paul II, il y a une quarantaine d’années, sous Mobutu, fit une courte escale à Brazzaville via Kinshasa.

Et pourtant où le péché abonde, la grâce doit surabonder. Le Congo de Sassou submergé par l’iniquité a besoin de la venue du Pape.

Durant le synode préparatoire de Brazzaville, Mgr Manamika a demandé aux prêtres congolais de parler avec « leurs tripes ».
Il doit savoir que Tripes est l’anagramme d’Esprit.
L’Esprit Saint a-t-il quitté l’Eglise ?

On a toutes les raisons de jalouser l’Eglise-soeur de la RDC où l’Archevêque a eu le courage de demander aux Prêtres mariés, ayant des enfants biologiques, de quitter l’habit religieux « pour aller tranquillement s’occuper de leurs enfants ».

Le mariage des prêtres est une problématique synodale. Il faut en parler. St-Paul a fait du sexe des hommes d’Eglise un sujet clef de la dogmatique religieuse. Ses épîtres sont une inflation de la pulsion libidinale du serviteur de Dieu confronté au mariage. Paul dit des Prêtres :
« Mais s’ils manquent de continence, qu’ils se marient ; car il vaut mieux se marier que de brûler. » 1 Corinthiens 7:9

Youlou n’observa pas le vœu de chasteté. Il suivit les recommandations de Paul sur la nécessité de brûler dans la sexualité sa libido lorsqu’elle vous assaille. L’Abbé Fulbert Youlou ne fut pas moins un bon curé. On l’accusa à tort de kleptomanie. Ce qui est faux. L’argent avec lequel il acquit ses biens immobiliers lui fut donné par Moïse Tshombé, chef des « affreux. »

NOTA - (Les affreux sont des mercenaires qui se sont illustrés au Congo-Kinshasa. Ils ont d’abord servi Moïse Tshombé pendant la sécession katangaise (1961-1963))

Thierry Oko

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