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Le bois fort de Rosalie

Ce n’est pas de Rosalie, la malienne ou sénégalaise, immortalisée par Célestin Nkouka et les Bantous de la capitale dans la chanson « Rosalie Diop » dont il est question.

C’est de Rosalie Matondo, ancienne élève du CEG de la Paix et du lycée de la Révolution dont il s’agit. Sourire enrobant, regard vert ambré cerné de mélancolie, Rosalie Matondo, la fervente protestante a le charme doux des contrebandières. Il est inhabituel que le partant désigne son successeur. C’est ce qui pourtant est arrivé au ministère des Eaux et forêts. Comme à la SNCF, au Congo-Brazzaville, tout est possible.

SUR UN PLATEAU

Rosalie Matondo a une voix douce et une autorité naturelle qui ne cache pas un sourire pétillant. Arlette Soudan Nonault et Destinée Hermella Doukaga en savent quelque chose. Ces deux dames de pique d’Anatole Collinet Makosso ont titillé l’ours. Elles se sont heurtées à un mur. Rosalie Matondo a remporté tous les arbitrages face aux litiges administratifs contre Arlette Soudan Nonault et Destinée Hermella Doukaga. Le nom de Rosalie Matondo a été soufflé aux oreilles de Denis Sassou Nguesso par Henri Djombo. « Pondou ya mobesso na ndako ya taba  ». Et, depuis, le nom de Rosalie Matondo n’a pas quitté le cœur de Denis Sassou Nguesso.

L’ex inamovible patron des Eaux et Forêts et l’un des plus riches comme Crésus du régime Sassou, Henri Djombo a assuré ses arrières au Ministère des Eaux et forêts en y plaçant son poulain. L’ex préfet de la Likouala, le caporal chef Gilbert Djombo Momondjo qui se vante d’avoir 4 milliards de francs CFA n’arrive pas à sa cheville. On est mieux servi que par soi-même. Résultat : pas de droit d’inventaire à la prise des fonctions de Rosalie Matondo, «  mwana ouénzé  » , née à Fort-Lamy au Tchad de parents du Congo-Brazzaville originaires de Mbanza-Mpoudi. Pas de remise en cause des permis d’exploitation forestière concédés à l’une des filles de Denis Sassou Nguesso et aux sociétés asiatiques qui dévastent l’écosystème. Le reboisement n’a pas suivi le rythme des abattages. Rosalie Matondo n’a pas daigné participer au jeu de massacres entre petits coquins. Rosalie Matondo veille aux grains. Henri Djombo coule des jours heureux avec une retraite dorée, lui qui a transformé le port de Douala au Cameroun en une porte de sortie des grumes du Congo-Brazzaville, échappant ainsi à la comptabilité nationale. Avec un sens de la défense de l’intérêt particulier de Henri Djombo que l’on dit chevillé au corps, Rosalie Matondo recouvrera-t-elle son autonomie ? On ne crache pas dans la main qui vous nourrit. Rosalie Matondo a choisi une stratégie qui ne fâche personne mais ne résout rien.

HAUSSE

La production de bois du Congo-Brazzaville devrait s’améliorer cette année, selon une récente projection de la Banque des États de l’Afrique centrale (BEAC).

Elle pourra atteindre 2,420 millions de m3 contre 91,3 mille de m3 en 2021.

La hausse des exportations de bois est liée à la situation actuelle du marché international. Cette hausse intervient après deux années de déclin de production dû à la pandémie de Covid-19, entrainant la baisse de contribution du secteur au Produit intérieur brut (PIB) à 4,45%), contre 6% auparavant.

La production forestière a atteint 3,8 millions m3 en 2019, peu avant la recrudescence de la pandémie covid-19, soit pour les futs (48,64), les grumes (41,46%), les sciages (9,43%), les placages (0,41%) et les contre-plaqués (0,05%). D’après la même source, les exportations des produits forestiers ont atteint 1,013 million m3 durant la même période pour une valeur de 145,1 milliards FCFA (Les dépêches de Brazzaville, 4 mai 2022).

TRONçONNAGE

Des pans entiers de forêts ont été pillés dans la Likouala, la Lékoumou et le Niari. C’était à la fin du siècle dernier, à l’époque où régnait Henri Djombo au Ministère des Eaux et Forêts. Une dizaine d’exploitants forestiers à l’instar de Mavoungou Ma Mbongo, Bernard Koumba (KB), Joseph Ngouma, SFGC Goma, Nzoungou Auguste (NZA), Bikoukous à Dolisie dans le Mayombe avaient perdu espoir suite au tronçonnage, sans vergogne, des anciennes futaies de limba, Kambala, scipo, d’Acajou et d’Okoumé. Vraisemblablement par des bandes organisées avec la complicité des cadres administratifs, militaires et politiques. Choquantes, ces coupes rases révèlent une tendance. A savoir que le bois est devenu une ressource de plus en plus recherchée. Avec sa large superficie forestière, la troisième dans le Bassin du Congo, le Congo-Brazzaville recèle un écosystème vivant d’une richesse insoupçonnée. Mais, paradoxe, alors que sa taille a baissé de 30 % depuis les années 60, et que la capitale de l’or vert, Dolisie, exporte beaucoup de bois, le Congo-Brazzaville continue d’importer en nombre des produits transformés. Du papier-carton, des meubles ou même des table-bancs (cf. le passage de Hellot Mampouya au Ministère de l’Education nationale). Serait en cause, selon la Cour des comptes, l’inadéquation entre la formation et le marché de l’emploi, « l’insuffisante intégration entre l’amont et l’aval, entre l’offre et la demande de bois  », qui se traduit par un déficit de la balance commerciale.

Pour Rosalie Matondo et la filière bois qui contribue à hauteur de 4,45 % à 6 % au produit intérieur brut (PIB) et l’instauration du système de certification des forêts, l’avenir s’annonce radieux comme dans un ciel clair après l’orage. Pour les finances du Congo-Brazzaville et pour la poche aussi de Rosalie Matondo.

Benjamin BILOMBOT BITADYS

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