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Les gesticulations de Brazzaville dans le climat des affaires

L’éthique du « Chemin d’avenir » et l’esprit d’entreprise au Congo-Brazzaville sont deux perspectives radicalement antinomiques.

Depuis la signature le 11 juillet 2019 du premier volet de la conclusion, pour une durée de trois ans, de l’accord avec le FMI au titre de la facilité élargie de crédit d’un montant de 246,8 millions de dollars, plusieurs personnalités du Congo-Brazzaville avaient joint leurs voix à celles de Sassou Nguesso, Clément Mouamba, Calixte Nganongo pour améliorer le climat des affaires et ainsi espérer grapiller quelques places au classement doing business. Parmi les pontes du pouvoir qui avaient rejoint le chœur de Brazzaville, figurait en bonne place, le député de Kindamba, au teint jaune papaye, Isidore Mvouba.

Le Président de l’Assemblée nationale avait, exhorté le gouvernement à engager sans délai, et avec détermination les négociations avec les traders.
« Un tel challenge, nous l’avons compris, pose en termes de nécessité absolue la mise en place des réformes structurelles avec à la clé, l’amélioration du climat des affaires, levier indispensable de la diversification de notre économie  » (LES DEPÊCHES DE BRAZZAVILLE 26 août 2019). Ancien Premier Ministre, Isidore Mvouba, qui n’aurait pas initié des réformes indispensables en vue de l’éclosion des entreprises privées, indice de l’amélioration du climat des affaires, qui aurait mangé du lion, très en forme, avait tiré la sonnette d’alarme. Les bons diseurs ne sont pas de bons faiseurs. Avait-il été entendu ?

A LA RECHERCHE DU TEMPS PERDU

Depuis le temps que le monde de l’Entreprise attendait le guichet unique, les potentiels créateurs d’entreprises ne vont certainement pas jouer les rabat-joie. Sassou, Makosso, Andely, Ebouka-Babackas et Lydia Mikolo s’y sont résolus in extremis. Vaut mieux tard que jamais. Confronté au péril du chômage, le Congo-Brazzaville aux abois, fait feu de tout bois. Après plus de cinq années d’hibernation, les membres du comité de direction de l’Agence congolaise pour la création des entreprises (ACPCE) se sont réunis, le 13 juin 2022 à Brazzaville, en session inaugurale, sous la présidence de Gervais Bouiti-Viaudo. La structure se fixe l’objectif de parvenir à la création d’une entreprise dans un délai de quarante-huit heures (Sacer infos, 14 juin 2022). Que du temps perdu. Denis Sassou Nguesso, Anatole Collinet Makosso, Roger Rigobert Andely, Ingrid Olga Ebouka-Babackas, ludovic Ngatsé, Lydia Mikolo aiment-ils vraiment les entreprises ? L’interrogation vaut son pesant d’or.

Le tandem Anatole Collinet Makosso-Chrystel Sassou a embrayé sur le même leitmotiv et a embouché le même cantique : « Doing business  ». C’est le nouveau mantra du pouvoir de Brazzaville. La création d’entreprise au Congo-Brazzaville s’apparente à un parcours du combattant. D’un côté, on lâche la bride, de l’autre on savonne la planche. C’est le double jeu caractéristique des marxistes du Congo-Brazzaville qui privilégiaient la propriété collective des biens au détriment de la propriété privée.

BRAZZAVILLE TIENT SA LIGNE. LES PMI /PME DU CONGO-BRAZZAVILLE S’INDIGNENT

Les choix idéologiques ont étouffé dans l’œuf l’initiative privée au Congo-Brazzaville. Les tracasseries et les lourdeurs administrative, la corruption et le harcèlement des membres du clan Sassou bloquent la création des petites et moyennes entreprises (PME). La terreur exercée par Wamba Sassou au port de Pointe-Noire et la mésaventure de Franck Koumala dans l’implantation d’une usine d’allumettes à Dolisie illustrent à merveille les contradiction de l’administration Sassou dans la politique de création d’entreprise (Sacer infos, 15 juin 2022).

PRECURSEURS

Les pionniers dans la création des entreprises au Congo-Brazzaville à l’instar de Norbert Ntiétié, Daniel Ebina, Pierre Matingou, Ngoulou Nkounkou, Alphonse Nzomambou (SCAB), Auguste Miakassisa (Craie Auguste), Patrice Mfina Matsiona (Citraco Corporation), Bouyou Georges, Gabriel Koulounda (Rond point Koulounda), Mpassi Clovis (Saint Jobert), Nzoungou Auguste, Bernard Koumba, Mavoungou ma Mbongo, Nkouka Marcel Color, Miambanzila, Mampouya Mazinga, Meuble Ngoma, Nkounkou Philippe, Bikouta Joël, Itoua Hilaire, Oyo Norbert, Mavoungou Bayonne (Ciné Bayonne, Boulangerie Bayonne, Hôtel Bayonne), Bikoukous, Joseph Ngouma, Jean-Paul Matsima, Ngoma Mayassi, Nkembo Transit, ont été snobé par le pouvoir marxiste-léniniste de Brazzaville. Ces patrons n’ont pas été reconnus à leur juste valeur. Cela fait toujours du bien de savoir qu’on est aimé. Des hommes d’affaires fabriqués de toute pièce à l’instar de Otto Mbongo, Gabriel Bopaka Peinture, Ossété Jonas et Willy Etoka bénéficiaient de la bienveillance du pouvoir. Ils avaient l’œil et l’oreille des dirigeants marxistes. On est vite passé de l’euphorie à la faillite. Pendant longtemps et encore aujourd’hui, la junte militaro-marxiste au pouvoir au Congo-Brazzaville s’est employé à rejeter ad nauseam les chefs d’entreprise dans le camp de ceux qui menacent le régime. On n’attire pas les mouches avec du vinaigre. La qualité des infrastructures et les difficultés d’approvisionnement en énergie n’incitent guère à l’installation des petites et moyennes industries (PMI).

Le « chemin d’Avenir » de la création d’entreprise au Congo-Brazzaville est jalonné d’embûches. Le climat des affaires au Congo-Brazzaville impose aux autorités de changer de logiciel et de se montrer imaginatives et inventives. Dans une préface du Mystère de la chambre jaune, Jean Cocteau écrivit : « Pierre Reverdy nous disait : il n’y a pas d’amour, il n’y a que des preuves d’amour ».

Benjamin BILOMBOT BITADYS

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