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Me Maurice Massengo-Tiassé, un coupable innocent

Je m’appelle Moboukou Louamba. Au mois de décembre 1999, nous revenions d’un piquenique sur la Nationale 1 vers Ngangalingolo en compagnie des artistes (musiciens, comédiens) faisant partie des amis de Me Massengo-Tiassé quand (tout à coup) nous sommes tombés nez à nez avec un convoi de Cobras dirigé avec force et détermination par le général Adoua.

S’ensuit une violente dispute entre le général Adoua (le chef cobra) et l’avocat Massengo-Tiassé (chef de notre délégation).

Nous soupçonnions le général Adoua (aujourd’hui décédé) d’aller commettre des forfaits ( pillages) dans le Pool. Les Cobras avaient l’habitude de se livrer à des razzias dans la région.

L’échange entre notre chef Tiassé et le général Cobra Adoua fut un morceau d’anthologie. « Vous n’êtes qu’un général fabriqué » lui lança avec véhémence Massengo-Tiassé. « Vous répandez la désolation au sein des populations ajouta-t-il. « Il faut filmer la scène » demande Tiassé à son cousin, membre de notre délégation. « Si c’est pour diffuser la vidéo au journal télévisé, tu te mets les doigts dans l’œil  » lui dit Adoua. La cassette, en effet, ne fut pas diffusée au journal télévisé du soir.

Tiassé et Adoua se lancèrent un défi. Adoua lui fixa rendez-vous au Front, histoire de voir qui des deux avait les « couilles bien suspendues  » (pour parler comme Ndalla Graille à la Conférence Nationale).

« C’est un piège » lui dit un membre de notre délégation. « N’y va pas ». « Il va te tirer dessus après s’être planqué dans les buissons avant l’heure du rendez-vous  ». Malgré la mise en garde, Me Tiassé releva le défi. Lorsque Me Tiassé arriva au lieu du rendez-vous nos soupçons se vérifièrent. Adoua l’avait devancé. « Le général Adoua vient de partir » lui dirent les témoins. Son traquenard échoua.

Me Massengo avait échappé à une exécution programmée selon les règles des malfrats et autres bandits de grand chemin.

Après la scène épique de la Nationale 1, la rumeur selon laquelle « les piqueniqueurs dominicaux de Ngangalingolo avaient péri, massacrés par les Cobras » se répandit comme une trainée de poudre dans Bacongo.

BACONGO A FEU ET A SANG

Ô misère, ô désolation ! En rentrant à Bacongo où résidait Me Massengo-Tiassé ( dans l’ex-villa où louait l’ancien maire de Bacongo, Abel Mokono) on constata l’horreur. Une maison venait d’être incendiée rue Kitengé, les débris fumaient encore. Etant donné l’anarchie qui régnait à Bacongo, nos résolûmes de mener des opérations anti-pillage sous la direction de Me Massengo qui passait me prendre à Poto-poto chaque fois qu’il avait besoin de moi. C’est-à-dire presque tous les jours. Il faut dire que j’avais deux lieux de résidence ; à Poto-Poto chez mon père, à Mpissa chez ma mère : les deux parents étant divorcés.

Les Cobras entreprirent de s’en prendre à la résistance Lari, d’attaquer Bacongo en ce mois de décembre 1999. Me Tiassé se replia dans les quartiers Nord, via l’Hôtel Bikoumou où il séjourna un moment. Repli stratégique : à Ouénzé où il est né, Me Maurice Massengo-Tiassé était à l’abri de l’arbitraire. La vindicte de Lissouba (qu’il traita de fou dans son journal Le Forum) était à sa poursuite.

ASSASSINAT DE 2 MATSOUANISTES

Quand on lui impute l’assassinat de deux Matsouanistes à Mpissa, ce n’est pas vrai. On est dans l’affabulation. Tony Moudilou devrait s’en prendre à Vital, un Cobra, puisque c’est lui et ses copains miliciens qui contrôlaient Bacongo après la débâcle de Bernard Kolélas une fois qu’il avait rallié la Mouvance Présidentielle en acceptant le poste de 1er Ministre de Pascal Lissouba (Un cadeau empoisonné).

Pour des Matsouanistes, c’est tout de même étonnant. Baignant dans une profonde mysticité, ces gens-là généralement ne se laissent pas surprendre par la première embuscade. Qu’ils aient été tués aussi facilement par les Cobras, je me demande si c’était de véritables matsouanistes, disciples d’André Matsoua Grenard. « Un matsouaniste sait quand il y a danger. Il sent le traquenard. Il disparaît. Si des matsouanistes sont tombés c’est qu’ils n’en étaient pas. »

Me Tiassé avait un alibi en béton armé. Le jour de l’attaque de Bacongo, il était au Parlement. Vital a pillé Bacongo et tué les deux matsouanistes grabataires, affaiblis par la maladie. C’est mon avis.

Certains pillages à Bacongo étaient le fait de règlements de comptes. Des Lari ont agressé d’autres Lari. Comment expliquer que certains incendies étaient déclenchés alors que les Cobras n’étaient plus là. Le crime s’était associé avec la malice. Une annexe de la maison du colonel Marcel Touanga prit feu lorsque celle du commandant Kakou voisine de la sienne fut incendiée. Le vent de la jalousie avait propagé les flammes de la haine.
Une confrontation Vital/Tiassé gagnerait à être organisée.

ATTAQUE DE BACONGO

L’offensive générale de Bacongo commença à 16 heures, le 19 décembre 1998. Le quartier se vida de toute sa substance humaine et spirituelle. Ce quartier fut jadis le fief de la Résistance au temps où de Gaule en 1940 chaussa les bottes de l’anti-collaboration.

Les Cobras ratissèrent le quartier maison par maison, allant jusqu’à affaiblir la conscience de lutte tapis au fond de chaque être qui veut défendre sa parcelle de vie. Les jeunes se dispersèrent. J’étais face à un dilemme. Devrai-je fuir en direction de Simou-Djoué ou replier vers Poto-Poto ? Bien que Kongo, pour moi, Simou-Djoué était une zone inconnue. Ce, d’autant plus que certaines personnes nous accusaient à tort d’être des partisans Cobras parce que je faisais partie du groupe de Me Massengo-Tiassé. Je passai alors la nuit à Mpissa. Le lendemain, des Cobras firent irruption dans notre parcelle. Un milicien braqua son arme sur moi et fit feu. Son fusil s’enraya. Il tira une seconde fois en l’air, le coup partit. Il me fixa des yeux. Je soutins son regard cinq bonne minutes. Je lui dis en lingala qu’il allait me tuer pour rien. Il s’étonna que je lui parle en lingala, car à Bacongo, la langue en usage est le lari. « Combien as-tu dans ta poche ? » me demanda le Cobras le doigt sur la gâchette. Je lui tendis mon porte-monnaie. « Prends-tout mais rends-moi ma carte d’identité et mon passeport  » négociais-je. Nous nous retrouvâmes dans la rue. Un Cobra dit à ses amis : « Je le connais, c’est un grand de Poto-Poto ». Je répondis à son signe de reconnaissance par un sourire. Le chef qui dirigeait le reste de la troupe me dit de prendre le couloir humanitaire et de me diriger vers Poto-Poto. En vérité le jeune Cobras qui disait me connaître, je ne le connaissais ni d’Adam ni d’Eve. C’était peut-être mon Ange Gardien déguisé en milicien. (91:11 Car il ordonnera à ses anges De te garder dans toutes tes voies ;)

Cela dit, je n’étais pas sorti de l’auberge car le pire nous attendait au « bouchon  » du Centre Culturel Français. Une fois passé ce point de contrôle, on était sauvé. Beaucoup laissèrent leur vie au Centre Culturel Français. Le tri se faisait à cet endroit. C’était le Triangle des Bermudes des rescapés de Bacongo.

Je tiens à préciser qu’après que les assaillants Cobras avaient tout nettoyé nous avions entrepris de faire des opérations anti-pillages afin de freiner l’ardeur des goujats de l’Etat-voyou et de faire renaitre l’espoir d’un peuple abandonné par son leader « Tata Kolélas » après sa fuite vers l’inconnu de l’exil.
Mais il paraît que l’exil est un grade qui ne se vole jamais. (Stendhal)

Avant cela, dans la foulée de l’atmosphère trouble dans Bacongo, nous allions déposer des vivres au Séminaire chez les réfugiés, à nos risques et périls. Dans notre délégation de bienfaiteurs bénévoles figurait mon oncle M. que j’avais entraîné dans cette aventure humaine malgré lui, par sympathie, en fait, en dépit du bon sens. La maison de ses parents à Kibouendé sera incendiée par les indigents auxquels nous apportions secours alimentaire au Séminaire St-Jean de Kinsoundi. Pour avoir vu mon jeune oncle au milieu du groupe de Tiassé, leur Foi de réfugiés s’ébranla, laissant place à la Loi du Talion (œil pour œil, dent pour dent). On le prit pour un Cobra. Vous voyez la bêtise humaine ! En guise de représailles, son domicile parental à Kibouendé fut pris d’assaut par les voisins. La maison familiale fut réduite en cendres. La bêtise humaine est une abomination.

Je me souviens que sur notre passage dans Bacongo, les badauds nous proféraient des menaces : « Attendez, quand Papa (i.e. Kolélas) sera de retour, il vous en cuira, vous verrez ». Ils ne se rendaient pas compte de l’humanisme dont on faisait preuve à leur égard. C’est pour cette raison qu’au moment de la panique générale dans les quartiers sud, il était plus prudent pour moi de battre en retraite vers Poto-Poto que d’effectuer une fuite en avant vers Poto-Poto Djoué (l’autre nom de Simou Djoué).

Je me rappelle aussi que quand l’attaque de Bacongo devint imminente, j’étais en compagnie d’une amie que j’avais accompagnée faire des courses au Marché Total. Un véhicule Hilux, rempli de Cobras, déboula sur les lieux. Je reconnu un gars de Poto-Poto parmi les passagers à bord du véhicule militaire. Il s’appelait Ngouéngnié. Il faisait partie de la troupe du général Nianga-Mbouala. Il me souffla : « quitte la zone. Fuis à Poto-Poto. Ca va barder incessamment  ». Je rebroussa chemin.
L’amour est le crédit de l’inconscience non assumée (pensée de Cupidon). Ma copine prit la route de Mpila où se trouvait son école.

Le lendemain, 9 heures du matin, les obus se mirent à pleuvoir sur Bacongo.
Vers 13 heures on vit débarquer les Nsiloulou. Puis l’effroyable : 16 h la rumeur circula qu’on était en train de massacrer tous jeunes en âge de porter une arme.
Les deux matsouanistes ont été manifestement tués pendant l’offensive du 19 décembre 1998.

La caution est l’effondrement de la morale. A Bacongo l’irrespect fut la règle, l’éthique l’exception.

TONY MOUDILOU

Mon sentiment est que Tony Moudilou joue le jeu de Ntoumi. C’est le plastron de l’opération Mouébara. Il joue le rôle de l’ennemi mais c’est l’ami de Sassou. Le général Jean-Marie Michel Mokoko en sait quelque chose. Moudilou le mena en bateau. Le général 3M lui doit son séjour en prison. Moudilou veut placer Tiassé entre le marteau et l’enclume. D’un côté de la tenaille, Sassou, de l’autre les Matsouanistes. Tiassé au milieu. Comme Jésus broyé de part et d’autre par les Romains et les Pharisiens.
Le péché est la banque de toutes les misères.

Pendant l’émission d’Elvis Karel Kakou (Titi Mag New, 13 novembre 2022) Me Tiassé dit avoir filmé les corps qui jonchaient les rues de Bacongo. Les films sont visibles sur YouTube même si cette chaîne (réponse du berger à la bergère) interdit de montrer les cadavres. En revenant du Séminaire St-Jean de Kinsoundi, les morts étaient étalés sur la voie publique. Comment filmer toutes ces preuves ? « Mon téléphone n’avait plus de batterie. On parle des Disparus du Beach. Il y a eu aussi les Disparus de Bacongo. »

L’équité de chaque partie appauvrit la totalité. (Pythagore).

Toujours au micro d’Elvis Kakou Me Tiassé explique : « Quand je suis arrivé chez les Matsouanistes, je leur ai dit d’enterrer les morts dans la cour car si les agents de la Croix Rouge ramassaient les dépouilles ils allaient les inhumer dans des fosses communes. Comment alors faire le travail de deuil ? »

TÉMÉRITÉ

Ce qui m’a frappé chez Tiassé c’est son courage proche de l’inconscience. Rien ne lui faisait peur, ni même la peur. Nous tremblions d’effroi lorsque nous tombions nez à nez avec les pillards Cobra. Lui non. Il ne portait jamais d’armes. Il arrêtait le bras armé des miliciens de Sassou avec sa seule témérité lorsque ceux-ci voulaient frapper à Bacongo. Il a fait battre Adoua en retraite alors qu’il ne portait pas d’arme.

La persuasion est le révolver de la volonté. (Lénine)

Les kolélistes lui en veulent parce qu’à son arrivée à Paris, en 2015, après qu’on l’avait donné pour mort à Brazzaville, il avait déclaré au micro d’Elvis Kakou que Jean-Marie Michel Mokoko avait battu Guy Brice Parfait Kolélas et Sassou. Pour le lui faire payer on lui a collé sur le dos le meurtre des deux matsouanistes. Je n’ai jamais eu d’atomes crochus avec Guy Brice Parfait Kolélas. Il s’est acoquiné avec Sassou. Il y a laissé sa vie.
La politique est un pacte avec le diable. (Machiavel)

« Pour quelles raisons aurai-je tué des pauvres gars alors que je suis moi-même fils de matsouaniste ? » se demande Maurice Massengo-Tiassé, lui qui a sauvé tant de civils dans les quartiers Sud !

La descendance est une mutuelle, l’assistance un rituel.

Massengo-Tiassé est innocent de cette cabale. C’est un innocent qui va payer comme Jésus. Comme Jésus, il ressuscitera par la suite. Quant à Tony Moudilou, il entrera dans l’Enfer de l’histoire.

MOBOUKOU LOUAMBA, Témoin oculaire et auriculaire

Où se trouvent la table, la chaise appartenant à Fidel Nzoungou ? Où est la blouse portée par Fidel Nzoungou le chef spirituel matsouaniste ? Là où se trouvent ces reliques, là se trouve le véritable centre spirituel du matsouanisme. Le temple de Mpissa est un lieu vide de toute sacralité. Le lieu saint se trouve ailleurs à Bacongo. Lorsqu’on accuse Me Massengo Tiassé d’avoir saccagé le Temple de Mpissa, il s’agit d’un faux procès. Le véritable Temple des Corbeaux est demeuré intact à ce jour. Ceux qui occupent le site laïc de Mpissa sont davantage des Ngunza que des Matsouanistes. La couleur rouge des vêtements portés par les occupants du site de Mpissa n’a rien de commun avec la tenue blanche officielle que portait Fidel Nzoungou de son vivant.

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