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Soldat inconnu

On tombe des nues devant la tombe de Ange Diawara Bidié et ses compagnons

Le 22 février 1972 éclata une insurrection à la tête de laquelle se trouvait le lieutenant Ange Diawara Bidié.

EXPOSITION MACABRE

Le coup d’état fit long feu. Pour échapper à leurs assaillants, les insurgés trouvèrent refuge dans les forêts du sud de Brazzaville, comme les Chouans de Balzac dans les forêts de Vendée pour échapper aux Bonapartistes.

Cet écosystème militaire fut appelé « Maquis de Goma Tsétsé » et l’histoire retint comme catégorisation du mouvement le concept de « M22 » car le putsch se déclencha un 22 février.

Le M22 tint la dragée haute au régime de Marien Ngouabi taxé d’OBUMITRI (Oligarchie Bureaucratique, Militaire, Tribale).

Ironie du sort, en s’en prenant avec violence aux insurgés, Marien Ngouabi donnera à ses propres amis les pointes avec lesquels ils clouèrent son cercueil cinq ans plus tard en 1977.

L’armée de Ngouabi décapita l’insurrection au bout d’une année de traque improbable et pleine d’amateurisme.

Pour la petite histoire, les leaders du Mouvement dit M22 furent arrêtés à Kinshasa puis livrés à leurs bourreaux par le maréchal Mobutu (à l’époque général). On parle d’un deal entre le capitaine Marien Ngouabi et le général Mobutu. D’ennemis qu’ils étaient suite à l’affaire Pierre Mulélé, les deux dictateurs devinrent amis dans l’affaire Diawara, Ikoko, Olouka. En dépit des conventions en vigueur en temps de guerre, Ngouabi tua les prisonniers, comme avant ça Mobutu Mulélé, sans autre forme de procès. Leurs dépouilles furent exposées au Stade de la Révolution devant un public sidéré.

FOSSE COMMUNE

Les corps furent transbahutés d’un camion benne et ensevelis au grand jour dans une fosse commune au cimetière de la Tsiémé, banlieue nord de Brazzaville, sans rituel religieux, sans épitaphe, sous le sceau absolu de l’anonymat. L’herbe sauvage envahit la tombe commune. Les vainqueurs comptaient sur l’acide du temps pour tuer dans la mémoire collective tout souvenir de la rébellion du M22 .

Une cinquantaine d’années plus tard, l’urbanisation sauvage paracheva le travail d’effacement. L’espace funéraire de La Tsiémé fut pris d’assaut par des citadins en précarité de logement. Ils furent démagogiquement encouragés par le slogan ngouabiste et populiste Tout pour le peuple, supposé garantir la gratuité du foncier.
Tout se passait comme si les morts du M22 étaient tués pour la seconde fois après les avoir exclus de la catégorie des défunts politiquement corrects.

Mais, c’était compter sans la ténacité des compagnons survivants du M22. Une stèle tombale sera, bon gré, mal gré, érigée quelques années après l’enterrement sauvage de 1972.

Ce monument posthume est le seul symbole qui permet d’identifier ce lieu funéraire chargé de tant d’histoire et dégageant de hautes vibrations politiques.

PELERINAGE

Les amis de l’association M22 saisissent toutes les opportunités pour se recueillir au grand jour sur la sépulture des maquisards.
Ca n’y ressemble pas encore, mais avec une incroyable indulgence de la dictature, la tombe de Diawara et ses compagnons de fortune prend les allures d’un lieu de pèlerinage qui...dit son nom.

L’objet de rejet dont étaient sujets Diawara et ses compagnons dans les années 1970 semble s’être estompé.

La réhabilitation des victimes n’est pas, cela s’entend, à l’ordre du jour. Surtout pas sous le règne de ceux contre lesquels les insurgés s’étaient opposés en menaçant leurs privilèges qualifiés de « petit bourgeois ». Pour Diawara et ses amis, il y avait « déviation droitière de la ligne révolutionnaire ».

CIMETIERE DES BLANCS

Se pose la question de la conservation du lieu de repos des célèbres victimes.
Le cimetière de la Tsiémé date des années 1950 et est en train de mourir, victime de l’inconscience de la mairie et de l’anarchie urbaine.
Ca serait intolérable que disparaisse ce lieu historique et sacré sous l’assaut de l’urbanisation sauvage.

Il y a, manifestement, deux poids, deux mesures.

Marien Ngouabi possède son mausolée à l’Etat-Major, au Centre-ville, lieu supposé de son assassinat. Diawara a été relégué à la périphérie de l’histoire malgré son poids politique.

Des personnages sans épaisseur historique sont ensevelis au cimetière du centre-ville sous prétexte d’avoir appartenu au PCT. Pour des distinctions funèbres fallacieuses, nombre de membres du clan ont le privilège morbide de figurer parmi les pensionnaires du prestigieux cimetière européen datant des débuts de Brazzaville. On aurait dit que dans l’au-delà les distinctions sociales avaient cours. C’est bien sûr faux. « Cimetière ya mindélé » dit la conscience collective en parlant du cimetière du Centre-Ville.

Les restes mortuaires de Diawara Bidié et ses compagnons n’ont pas ce privilège post-mortem d’avoir pour dernière demeure le cimetière du Centre-ville. Pourquoi deux poids, deux mesures ? L’exception de Barthélemy Kikadidi inhumé au Centre-Ville (avec les honneurs militaires) est toujours demeurée une énigme alors que la thèse officielle du CMP lui imputa l’assassinat de Marien Ngouabi.

MAYITOUKOU

La mutuelle créée par les amis des disparus de 1972 a envisagé d’exhumer les corps des insurgés du 22 février 1972 pour les réinhumer à Mayitoukou, localité située après Makana 2 dans la région du Pool.

Mayitoukou est connue dans l’histoire du Mouvement M22 comme étant le lieu où eu lieu une rude bataille (la bataille finale) où tombèrent des camarades de Diawara. Un illustre résistant, Malonga, nom de guerre "Piment", tomba à Mayitoukou. Une perte énorme. Cet ancien de Chaminade était réputé redoutable tacticien et fut très doué en musique. Sa chute à Mayitoukou sonnera à jamais comme une fausse note dans l’histoire des mouvements de jeunesse au Congo et en Afrique.

La Mutuelle des Anciens de la Défense Civile a racheté un bout de terrain sur ce Waterloo du diawarisme.

L’idée de réinhumer les ossements de la Tsiémé à Mayitoukou ne fait pas consensus.
«  Surtout pas ça !  » ont mis en garde certains esprits lucides du diawarisme. Parmi eux Olivier Bidounga et Alex Nzabana Ibaka.

« Des anthropologues légistes doivent être associés à l’exhumation afin de procéder à des identifications » suggèrent-ils.

AUTOCRITIQUE

L’histoire finira-t-elle par réhabiliter les acteurs du terrible mouvement social qui faillit emporter avant la lettre Marien Ngouabi et ses fidèles continuateurs, notamment Sassou ?

THIERRY OKO, Bruxelles 17 septembre 2022

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