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Persona non grata

RFI : Mal lui en a pris au Mali

Réactions après la suspension de RFI et France 24 au Mali

Macron a été interpellé, interloqué. RFI et France 24 ont été black-outés au Mali, pays qui brille comme on sait par son respect du pluralisme démocratique. Comme dit le proverbe bambara « honni soit qui MALI y pense. »

Macron a eu des grincements de dents quand les Maliens ont fait à la France ce que l’Union Européenne a fait aux Soviétiques. « Les médias russes RT et Spoutnik interdits de diffusion dans l’UE. » a-t-on lu avec stupéfaction.

La logique du Talion a été saluée avec joie par Vox-Africa, média africain très engagé et anti-françafrique lorsque la junte malienne a riposté.

En somme, l’ancien Empire de Ségou a rendu la monnaie de son franc malien aux Gaulois.

Moral de l’histoire : Ne jamais faire aux autres ce que vous ne voulez pas qu’on vous fit.

CENSURE, SENSURE

Règle : il y a des Etats qui peuvent censurer. D’autres à qui on ne peut pas rendre la monnaie de la pièce sans susciter de protestation. Deux poids (de pain), deux mesures (de manioc ) ?

Les médias sont les lieux de reproduction de tous les arbitraires. Bourdieu avait vu cette lumineuse doxa dans son étude sur la Télévision « lieu où s’exerce la censure par excellence. » (disait-il)

Quels que soient les Etats, des tas de coups sont permis. Les médias sont censurés, censurent et s’auto-censurent. Mais les médias occidentaux ont la censure sélective. RFI a fait les frais de ce positionnement après avoir traité l’actualité ukrainienne et africaine de façon différentielle subjective. Quand RFI et France 24, appareils idéologiques de l’Occident, censurent sur la guerre en Ukraine, le Mali n’a visiblement pas, selon Emmanuel Macron, droit de censurer ces médias occidentaux.

De même, pour Bourdieu, une censure peu perceptible est celle, réelle, exercée par les journalistes, de même il existe une liberté de ton adoptée par les journalistes occidentaux quand il s’agit d’informer sur les pays pauvres c’est-à-dire où les outils de communications sont pauvres, par exemple les Etats africains. A en croire RFI et France 24, au Mali le gouvernement ment.

C’est ce qui a mis Vox-Africa dans une colère noire.

Personne dans les médias occidentaux n’osera dire que le gouvernement ukrainien tombe sous le coup du flagrant délit de mensonge alors que son Président est un ancien comédien. Au contraire le Président ukrainien Volodymyr Zelensky est estimé pure de tout bluff. Il est l’immaculé conception du politiquement correct tandis que le malien, l’africain, Assimi Goïta, est le mécréant de la bonne gouvernance. Aussi on lui jette l’anathème et l’opprobre.

RFI et France 24 ont pêché par condescendance. Le cas flagrant de la couverture de la guerre en Ukraine est la preuve qu’il existe, en matière de presse, des sujets dominants et des sujets qu’on doit dominer, écraser. Bourdieu désigne par « faits divers » les sujets destinés juste à faire diversion, les chiens écrasés, les sujets relatifs aux pays pauvres. dirigés par de pauvres types.

Donc, la guerre en Ukraine c’est du lourd. La révolte au Mali c’est du menu fretin. Cette classification dichotomique a fait déborder la coupe malienne, en toute légitimité.

LE CONTRE-EXEMPLE CONGOLAIS

Les médias africains, notamment congolais, sont la voix de leur maître. Ils s’auto-contrôlent si bien que le gouvernement n’a pas besoin de sévir. Vous nous direz que parfois ces médias (Télé-Congo, DRTV) organisent des débats contradictoires, symptôme de vitalité démocratique. Balivernes ! C’est ce que Bourdieu appelle « faux débats. » Des simulacres de démocratie destinés à faire illusion.

Au Congo, RFI ne risque pas de subir ce qui lui est arrivé au Mali. Elle prend soin de ne pas donner la parole aux Opposants. Sassou aiment ceux qui n’aiment ceux qui lui tiennent tête. Vox-Africa s’étonne que RFI puisse émettre en bande FM dans nombre de pays d’Afrique Centrale (dont le Congo), ce qui est inimaginable en Chine ou dans les pays du Golf. Autrement dit il y a trafic d’influence entre les Républiques bananières et les médias français.

Tout dans ce mariage de la carpe et du lapin se passe pour le mieux dans le meilleurs des mondes.

Ces deniers temps, ce monde n’a pas été meilleur pour « Thalassa » et « Sel Piment », deux journaux à la démarche iconoclaste dont les directeur de publication ont été jetés en prison pour crime de lèse-majesté.

Pour quelles raisons un reporter ukrainien porté disparu quelque part dans le Donbass fait-il pleurer le PDG de Reporter Sans Frontières quand un journaliste de Thalassa (Congo) jeté dans les geôles de Sassou le laisse de marbre ? Il versera des larmes. Sauf que par rapport par exemple à Gys Fortuné Bemba ce sera des larmes de crocodile.

La meilleure stratégie pour un média étranger de faire longue vie dans les dictatures noires c’est d’être étranger aux sujets qui fâchent. RFI et TV France 24 ont transgressé la règle au Mali. Mal leur en a pris.

L’INTERET D’INTERNET

Sassou coupe le signal internet quand ça l’arrange et Macron regarde ailleurs. Quant à François Hollande il n’avait trouvé rien à redire quand Sassou modifia la Constitution afin de se maintenir à vie au Pouvoir.

Bourdieu n’a pas eu le temps d’aborder la question des médias numériques. Mais Internet est également un lieu de censure impitoyable. Sassou a eu le loisir de couper le signal internet durant une compétition électorale dans son pays. Le ciel n’est pas tombé. La foudre de Reporters sans frontières ne s’est pas abattue sur Thierry Moungala.

LAMBERT EKIRANGANDZON

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