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Terre arable

Pourquoi être gentil quand on peut être cruel ?

« A la suite de la visite à Brazzaville de Paul Kagamé dans votre pays, 12 000 hectares de terre arable vont être cédés pour 25 ans à des fermiers rwandais » Anatole Collinet Makosso, Premier ministre et premier dindon de la farce a encaissé la cinglante remarque sans broncher.

Mais qu’est-ce que cette transaction foncière (arable) qui tourne la nation en ridicule ? On serait tenté de confondre arable et arabe. Mais arabe ne vient pas d’arable. Terre aride, terre arable est une équation résolue au Moyen-Orient où la terre est un enjeu de lutte impitoyable.
Ce n’est donc pas en Palestine que ce genre de négoce agraire risque d’arriver car là-bas les terres fument encore ; les ayant-droit ont l’intifada facile.

« En fait, (du latin arabilis « labourable », dérivé de arō « labourer ») il s’agit d’une terre qui peut être labourée ou cultivée. Les terres arables sont les terres affectées à des cultures temporaires (les zones de polyculture ne sont comptées qu’une fois) (sic) , les prairies temporaires à faucher ou à pâturer, les cultures maraîchères et jardins potagers, et les jachères temporaires (moins de cinq ans) . »

A ce diapason, l’arable n’est pas la chose la mieux partagée de notre représentation territoriale nationale, « des forêts jusqu’à nos savanes », car peu d’hectares ont été labourés et ont bénéficié de l’ingéniosité de nos outils de travail. Pauvreté de l’outillage ou syndrome renversé du laboureur et ses enfants car nos ancêtres n’ont jamais assez fouillé, biné, sarclé, semé, moissonné pour trouver le trésor caché ... ?

CULTURE EX NIHILO

« En vérité toute terre aride est arable, il suffit de ne pas la laisser en friche » aurait dit La Palice. De toute façon, la notion de terre est devenue relative puisqu’on peut désormais planter hors-sol. Preuve, les jardins partagés en terrasse d’immeubles. L’agriculture est en passe de devenir un « no man’s land » qui fait voler en éclat la notion de « mise en terre ». Il va sans dire que cette conception de l’agriculture se situe à des années-lumière de celle de l’homme des masses qui fit jadis de la terre la base de l’autosuffisance alimentaire des Congolais. « Lokuta monéné, PCT waya ! »

UNE PORTION CONGRUE

12.000 ha concédés aux Tutsi des Grands Lacs ça signifie 120 km 2 de nos terres, de nos forêts, de nos savanes. A raison d’une superficie globale de 342.000 km2, il s’agit une portion bien congrue que les compatriotes de Kagamé ont reçue de leur partenaires de l’Alima.

Mais même 1 cm2, c’est « déjà trop » comme morceau aliéné à un tiers, à plus forte raison à un locataire aux visées boulimiques insatiables et à la psychologie agressive notoire, qui vous avale le « bras quand vous lui donnez le doigt. »
L’appétit vient en mangeant.

Le monde arabe, justement, est en guerre permanente (depuis des siècles) à cause des bouts de terre dont il ne supporte pas l’appropriation par les Juifs.

Fort de ses 342.000 km2 (superficie du Congo) le Congo est une faible étendue dont on peut faire une bouchée. Il est à l’inverse de La Suisse au bord du Lac Leman dotée d’un puissant système de défense : ses banques aux caisses bourrées d’argent de ses potentiels agresseurs. La meilleure défense c’est l’arnaque. C’est loin d’être le cas du Congo de Sassou : « votre pétrole nous intéresse » disent ceux qui lui font des OPA à l’instar des riverains du Lac Tanganyika.

Depuis que notre ancêtre de la préhistoire prit possession de nos terres, aucune once n’ a été judicieusement colonisée, exploitée, viabilisée et son fruit usé à bon escient. Aire forestière peuplée de bêtes sauvage et d’essences riches , en dehors d’une technologie fondée sur la magie parentale ( la sorcellerie), aucun mode de production, même précapitaliste ne s’est enraciné dans cet écosystème. D’ailleurs Hegel a émis des doutes quant à l’existence de l’Histoire chez ces forestiers bantous, cousins des Pygmées. Les philosophes allemands désignent par Histoire la lutte des classes et la capacité de se projeter dans l’utopie.

A en croire les penseurs germaniques, tel que Dieu nous a prêtés nos lopins pour les générations futures, tels que nous les avons appréhendés, sans y apporter la moindre transformation. Métier le plus vieux au monde, l’agriculture n’est aimée des Congolais que lorsqu’elle se pratique chez les autres et ne nous parvient que sous forme de produits finis importés.

Aucune mise en jachère n’a fait du Congo un Jardin d’Eden. Depuis le néolithique, l’agriculture sur brûlis règne sans partage quand le slogan « priorité des priorités » n’a jamais connu l’ombre d’une exécution quelconque nulle part, ni à Kombé en 1967 ni à Sinoa La Belle en 1976. En tout cas, aucune fouille poussée au carbone 14 n’a révélé de traces d’une proto-agriculture. La mythique Valée du Niari s’est taillée la part de lion de l’arable congolais. Bien avant les Rwandais, la très fertile Vallée du Niari fut jetée en pâture à la boulimie des fermiers Sud-Africains.

En vérité en terres congolaises, il y a peu de laboureurs ayant légué la terre et peu d’enfants-héritiers susceptible de labourer et transformer ces morceaux fonciers en surfaces arables. Le peu de terre dont disposaient les fermiers, Sassou vient de le leur ôter dans le but avoué d’enlever le beefsteak à la bouche des générations futures du Pool. Le généreux distributeur va les donner pour une bouchée de pain aux Rwandais de Paul Kagamé dont le pays commence à manquer cruellement d’espace vital.

Car cette terre, les Congolais y tiennent farouchement même s’ils la négligent en temps d’accalmie. « Un trésor est caché dedans » dit le fabuliste. « Baliverne ! » dit Sassou qui n’a d’yeux que pour le pétrole qu’il cueille chez les Vili. N’eut-été la mauvaise foi de Sassou qui a préféré pêcher le pétrole au lieu de cultiver la terre, Le Congo ne serait pas lanterne rouge en production cacaoyère caféière et palmiste puisque les premières boutures qui ont fait la richesse de la Cote d’Ivoire furent transplantées de nos terres (certains disent de la RCA).

BIBLE

« Le royaume des cieux est semblable à un homme qui a semé une bonne semence dans son champ.25 Mais, pendant que les gens dormaient, son ennemi vint, sema de l’ivraie parmi le blé, et s’en alla.26 Lorsque l’herbe eut poussé et donné du fruit, l’ivraie parut aussi. Les serviteurs du maître de la maison vinrent lui dire : Seigneur, n’as-tu pas semé une bonne semence dans ton champ ? D’où vient donc qu’il y a de l’ivraie ? Il leur répondit : C’est un ennemi qui a fait cela. Et les serviteurs lui dirent : Veux-tu que nous allions l’arracher ? Non, dit-il, de peur qu’en arrachant l’ivraie, vous ne déraciniez en même temps le blé. Laissez croître ensemble l’un et l’autre jusqu’à la moisson, et, à l’époque de la moisson, je dirai aux moissonneurs : Arrachez d’abord l’ivraie, et liez-la en gerbes pour la brûler, mais amassez le blé dans mon grenier. » (Matthieu 13- 24 à 30.

IL VIENDRA COMME UN VIOLEUR

L’arbre cache la forêt vierge. En clair on ne voit rien, mais tout est montré. Il se murmure qu’il y a un agenda caché dans le calendrier agricole de l’homme d’Oyo (L’Empereur ). Les fermiers Tutsis sont de vrais militaires et de faux agriculteurs. Des mercenaires qui vantent le commerce, une notion dont l’étymologie est la prédation. L’Afrique ne s’est pas encore relevée du commerce des négriers que nos ancêtres avaient pris pour des missionnaires évangélistes. Ce qui était faux, fou, flou, filou.

Alors que le Congo cherche des moyens de se débarrasser de la dynastie Nguesso, l’ennemi ne désarme pas. On dit : « souffrez encore. Prenez votre mal en patience. Allons seulement. » Face aux accords congolo-rwandais nos compatriotes ont beau geindre, rien à faire. «  Circulez, il n’y a rien à voir. »

Quand l’heure sera venue, sortira du bosquet le soldat Tutsi-Hutu administrer une volée de bois vert au résistant congolais. La communauté internationale, folle de rage de ce que que fait Poutine en Ukraine, pays riche en terres arables, ferme les yeux sur ce que fait le Vladimir tutsi en Afrique Centrale. On sait ce que dira la Communauté quand ça va exploser dans cette région équatoriale d’Afrique : « Mince ! On ne savait pas. »

ENQUETES DANS LA SANGHA

Des études ethnographiques, pour une alternative congolo-congolaises furent entreprises dans les années 1970 sous la direction de Côme Manckassa. Jamais ces enquêtes n’ont été exploitées à ce jour. De quoi s’agissait-il ?

Dans ces années-là, l’anthropologue congolais mena des enquêtes sur La Sangha, histoire d’expérimenter la politique gouvernementale de Marien Ngouabi sur le regroupement des villages et sur les terres arables souvent en jachère de la partie septentrionale.

Manckassa enquêta chez les Bakouélé, terrain vierge de la sociologie depuis les missions de Mgr Augouard. Les Djem, les Bakouélé étaient favorables à une cohabitation avec des agriculteurs kongo venus du Pool. « Entre Congolais, pas de quoi fouetter un chat » coupèrent court les nordistes avant que les Cassandres n’évoquent le drame-fondateur de 1959 qui traumatisa les esprits sous Youlou et Opangault, tragédie qui ferait de toute cohabitation nord-sud une utopie.

La moisson était abondante dans la Sangha, mais peu d’ouvriers. Selon les enquêtes confirmées à ce jour, les richesses agricoles prenaient une étonnante orientation au lieu d’être réinvesties dans le circuit économique. Avec le produit des ventes du café, du cacao, on passait son temps à détrôner les femmes mariées en surenchérissant la dot (compensation matrimoniale). Le mariage concurrentiel passe pour une institution sur laquelle Côme Manckassa a consacré une vaste chapitre dans sa thèse de 3ème cycle à la Sorbonne sous la direction de Georges Balandier et sa thèse d’Etat défendue à Lille sous la direction du professeur Jacques Lombard. Le mariage concurrentiel est une dynamique régressive. Ca construit un capital et déconstruit des projets économiques. Ca stimulait les rapports économiques puisqu’il fallait beaucoup produire pour s’emparer de la femme de l’autre car dans la Sangha, « la femme divorcée est âprement convoitée et recherchée » constata Côme Manckassa. « Pauvre femme ! Tu as divorcé combien de fois ? Cite le nombre d’hommes qui te convoitent ? » raille la rivale qui veut humilier la femme fidèle.

Les ruraux de la Sangha étaient disposés pour des coopérations autour de la terre arable dans leur région. Quitte à le faire avec les « Bakongo ». C’est un champ de possibles que le système de tolérance articule en tant que philosophie de l’existence. C’est ça notre histoire, notre philosophie bantou vue par Van Wing mais passée sous silence par Hegel, voire par Marx.

GUERRE, TERRE, TIERS- EXCLU

L’inculture des amis du chemin d’avenir, les a empêchés de saisir la transition agricole potentielle dans une coopération entre congolais.
Les pêcheurs du Nord dans le Manianga, les paysans du Pool dans la Likouala : voilà un modèle d’intégration économique qui se passerait largement des Rwandais à moins que les compatriotes de Kagamé ne viennent au Congo non pas pour la terre mais pour la guerre.

« Laissez croître ensemble l’un et l’autre jusqu’à la moisson, et, à l’époque de la moisson, je dirai aux moissonneurs : Arrachez d’abord l’ivraie, et liez-la en gerbes pour la brûler, mais amassez le blé dans mon grenier. » (selon St-Matthieu)

Pourquoi faire la paix quand on peut faire la guerre ?

Sans être de mauvais augure, quand on cédera les terres arables aux nilotiques du Rwanda, les conditions d’une ukrainisation du Congo seront réunies dans l’après-Sassou puisque tout porte à croire qu’après lui, c’est le déluge.

Lambert Ekirangandzo

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