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Anti-retraite

Travailler ad vitam aeternam au Congo

Au Congo de Sassou, la retraite est redoutée. Du coup, les gens redoublent de stratégies pour y échapper, quitte à être en porte-à-faux avec la philosophie du Bureau International du Travail.

Ailleurs, la retraite à 60 ans (il faudra un jour l’abaisser à 40 ans) est un enjeu de bataille politique, une légitime-défense face à l’agressivité de cette fameuse main invisible qui fonde le Marché. La pénibilité et la non-rentabilité du travail jusqu’à 65 ans (pourquoi pas la mettre à 75 ans pendant qu’on y est) sont typiques des « travaux forcés », comme aux temps de l’esclavage voire aux temps de l’âge de la pierre taillée.

Soixante-cinq balais est un âge de la vie qui mérite d’être consacré au farniente (mot italien qui veut dire « ne rien faire ») mais surtout pas au travail perpétuel jusqu’à ce que mort s’en suive.

En tout cas, c’est le point de vue de ceux qui en veulent à Emmanuel Macron en France. C’est le but poursuivi par les partisans du « Temps de vivre » cher aux philosophes.

Né au Maroc, donc en Afrique, on peut imaginer que si Jean-Luc Mélenchon avait été Congolais il aurait subi le sort de Jean-Marie Michel Mokoko (la prison) ou celui, plus dramatique, de Guy Brice Parfait Kolélas (la mort).

Le leader des Insoumis a une autre étymologie de la notion du temps libre et de l’existence. Passé soixante berges, on a droit à un repos bien mérité et bien rémunéré. On doit bénéficier d’un farniente assorti d’une pension qui garantit un pouvoir d’achat élevé et un pouvoir politique conséquent.

Or, ici, au Congo-Brazzaville, « travailler à vie » est perçu comme une aubaine par une catégorie d’individus protégés par leur position dans le système de la dictature. En vérité ces pseudos laborieux travaillent à vie sans ...donner leur vie. Sans effort puisqu’ils sèchent leurs bureaux comme les élèves font l’école buissonnière. Des tricheurs quoi !

L’adage dit : « Le travail c’est la santé. Ne pas travailler c’est la conserver. » Eloge de la paresse comme le préconisait Paul Lafargue, beau-fils de Karl Marx, philosophe des prolétaires - travailleurs ? Sassou, toujours frais comme une rose, se reconnaîtrait dans cet adage de « farnienteur » en chef grassement rémunéré.

« Travailler c’est trop dur et voler ce n’est pas bon, demander la charité c’est quelque chose que je ne peux pas faire » slamait Alpha Blondy. Ca, Sassou doit aimer. En revanche la critique sur le vol ça a dû rendre fou Sassou. Tout comme celle sur la mendicité. Le Président du Congo, pays extrêmement riche, ne va pas moins quémander du pognon aux Institutions Financières Internationales en tant que PPTE. La honte c’est pour quand ?

A BAS LA RETRAITE

Nombre d’apparatchiks et leurs clients du Chemin d’avenir se battent bec et ongle pour ne pas faire valoir leurs droits à la retraite alors qu’ils sont septuagénaires pour certains, octogénaires pour d’autres. Il y a refus d’obtempérer face au Code du Travail congolais et notamment face à la temporalité qui veut qu’après la vie professionnelle il y a aussi une vie. Ils font battre en retraite l’idée d’aller à la retraite. Isidore Mvouba, alors ministre d’Etat, fit reculer dans certaines branches, à coups d’arrangements, selon sa bonne humeur, l’âge de départ à la retraite.

L’AGE DU CAPITAINE

Le premier Congolais, le général Sassou, est septuagénaire révolu. Les absolutistes le disent même octogénaire. Normal donc que l’hypothèse de bosser ad vitam aeternam bénéficie d’un tabou inviolable dans sa vision du Code du Travail. Infatigable, il est aux affaires depuis près d’un demi-siècle (la « retraite politique » connaît pas). Après tant de dur labeur et tant de sueur ayant dégouliné de son front, l’homme tient bon. Mobali ya tembé.

Les grincements des dents (à en avoir mal aux mâchoires) ne se sont pas faits attendre. Par exemple, parmi les doléances des grévistes de la Direction générale du budget au Congo-Brazzaville, figure la traque des anti-retraites. Les faux travailleurs, les vrais escrocs.

« Le mouvement de grève se durcit à la direction générale du budget. Les travailleurs de la direction générale du budget, au Ministère congolais des Finances, n’entendent pas lever leur mouvement tant que les autorités n’accèdent pas à leurs doléances. Ils réclament le paiement des arriérés de primes depuis 2017 et la cessation définitive d’activités par ceux qui ont fait valoir leurs droits à la retraite, mais occupent toujours des postes à responsabilité  » (Les echos-congobrazza.com )

LE BON YOMBO

« Quant à (...) Jean François NDENGUET, les congolais ne comprennent pas les raisons de son maintien en fonction alors qu’il est en retraite depuis quelques temps, dans un pays où le taux de chômage atteint des proportions très élevées. » (Dac E-New Dominique EBIOU, : La folie du criminel retraité Jean-François Ndenguet. 6 mai 2020.)

A titre indicatif, Ndenguet est adepte du yombo (élixir capillaire de l’éternelle jeunesse). Or ce c’est pas le corps physique mais le corps social qu’il faut rajeunir.

« Son compère (...) , Albert Ngondo, un octogénaire qui a largement dépassé l’âge de la retraite depuis belle lurette, fut nommé par le décret numéro 97-51 du 29 décembre 1997 au lendemain du coup d’Etat sanglant mené par son mentor Sassou Denis qui fit plus de dix mille morts. La couardise de cet impétrant fait du Congo non pas un Etat, mais une pétaudière. » (Congo-Liberty décembre 2021 Olivier Mouebara).

On peut penser que les anti-retraite sont des amoureux indéfectibles du travail. Des stakhanovistes irréductibles. Mais non ! Puisque, chose surprenante, leur ami c’est l’absentéisme...L’école buissonnière de la Fonction Publique.

LA POLICE TUE

Le camarade Jean-François Ndenguet, général à la retraite, continue d’occuper ses fonctions. Mais personne ne le voit, ex situ, ni à la garnison ni à Kimongo à la frontière avec l’Angola. Il est aux abonnés absents de la défense de la Nation. En revanche, il est très présent et très actif dans la répression et dans la sécurisation du pouvoir in vitro. Il bosse dans les actions létales, fait la promotion de l’intimidation et distille la peur dans les esprits. C’est sa feuille de route. (Ses feuilles mortes ?) Pourtant dans la délinquance persiste une pléthore de Bébés Noirs. La police de Ndenguet tue. C’est arrivé au commissariat de CHACONA (bilan une dizaine de morts) et au pied du viaduc de la corniche de Makabandilou (des os broyés)

L’EPOUVANTAIL DE LA RETRAITE

Les anti-retraite n’ont pas tort. Ils ont raison d’avoir tort. Ils ont tort d’avoir raison. La retraite au Congo est un champ d’affaiblissement du pouvoir d’achat. C’est surtout une période ex aequo avec la pauvreté. Pouvoir d’achat, achat du pouvoir de vivre. C’est un oxymore.

On se rappellera des anti-béatitudes de Mgr Ernest Kombo : « Malheur aux retraités car ils seront maltraités. » Ce sermon sur la montagne de son auguste sacerdoce lui valut l’extrême-onction. Le prélat mourut peu après. Victime de son blasphème syndical et de son crime de lèse-majesté.

Etre retraité au Congo est une redoutable équation. L’hypothèse ou l’hypothèque consiste de cohabiter avec la misère. Les économistes du Chemin d’Avenir ont du pain sur la planche. Dans l’algorithme des grilles salariales les Jean-Louis Bakabadio, Hervé Diata, Rigobert Maboundou, Gilbert Ondongo (économistes du PCT) doivent expliquer pourquoi les cotisations sociales des travailleurs sont connectés sur leurs droits quand se calcule leur retraite et disparaissent lorsqu’ils sont à la retraite. Le bulletin de paye affiche un diagramme où se déclinent les cotisations de chaque travailleur, les congés payés, ainsi que leur sécurité sociale en cas de maladie. Mais tout cela ne compte que pour du beurre lorsque, les fourmis ayant travaillé toute leur vie, se trouvent à la saison sèche de la retraite.

LES GRIFFES DE LA CRF

Au Congo la Caisse des retraites gèrent des malversations, des détournements, des délinquances financières. Nota-Bene : CFR (Caisse de Retraite des Fonctionnaires)

Epilogue : les retraités sont non seulement maltraités mais sont des bienheureux de la précarité, éligibles à la galère. Le paradis (le Royaume des Cieux) leur appartient disent Les Ecritures. Mais ils n’y croient pas. Ils veulent vivre le bonheur ici et maintenant, sur terre. Voilà pourquoi, mieux que Macron, des travailleurs comme Sassou, Ndenguet, Okemba, font tout pour reculer l’âge de la retraite à titre personnel jusqu’à (probablement) ... cent ans, c’est à dire travailler jusqu’à ce que mort s’en suive. Tout ce que abhorre Mélenchon.

Lambert EKIRANGANDZO

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