Plus rien ne va plus entre Robert Gerderloos, directeur général de Celtel-Congo, et Jean Dello, ministre des Postes et Télécommunications, chargé des Nouvelles technologies. En guise de représailles à la délocalisation de la direction générale de cette société, de Brazzaville à Kinshasa, Jean Dello a fait interrompre les liaisons Celtel entre les deux capitales les plus rapprochées du monde. Victime, par la suite, d’une tentative de corruption, le ministre des Postes et Télécommunications menace de réviser le cahier de charges de Celtel Congo, la plus importante société de téléphonie mobile dans le pays, comme il l’indique dans l’interview ci-après.

Que se passe-t-il entre Celtel-Congo et le gouvernement congolais ?

Il s’est passé un incident très grave. Depuis un certain temps, le directeur général de Celtel-Congo, qui a travaillé avec nous pendant trois ans, et qui a bénéficié de tous les atouts du Congo, se sentant fort, a délocalisé la direction générale de cette société qu’il a transférée à Kinshasa. Donc, il devait diriger les deux Congo, à partir de Kinshasa.

Cela était-il prévu dans le cahier de charges de Celtel-Congo ?

Pas du tout. Aucune ligne ne le dit. Il fait tout à sa tête. Il est allé s’installer à Kinshasa. Il a retiré un Européen qui était à Lubumbashi, il l’a affecté à Brazzaville comme directeur régional. Donc, notre pays est considéré, par Celtel, comme une province de la RDC. Je leur ai écrit pour dire : ne faites pas ça, vous ne respectez pas notre pays ; il faut revenir sur le cahier de charges.

Quelle a été la réponse de Celtel-Congo ?

M. Robert Gerderloos a fait la sourde oreille. Son compagnon, qui était à Lubumbashi, a dit : "je ne peux pas lire de telles lettres. Je préfère aller en prison que d’appliquer la teneur de cette lettre. Ensuite, il s’est mis à menacer des Congolais travaillant chez Celtel, notamment Kanga Anicet qu’il devait mettre à la porte, sans aucun motif valable. Partant de cela, j’ai fait interrompre la liaison Celtel sur le fleuve et faire passer les communications par notre entreprise d’Etat qui est l’O.n.p.t. Nous avons aussi fait arrêter le fonctionnement de leur gateway."

Avez-vous trouvé une solution à cette crise ?

Quand nous avons bloqué les télécommunications sur le fleuve, Celtel a fait venir son numéro 2 d’Amsterdam. Nous avons eu une séance de travail. J’ai présenté un certain nombre de points qui ont été acceptés.

Lesquels ?

Premièrement, il fallait que Monsieur Robert Gerderloos s’installe tranquillement à Kinshasa, et ne plus remettre les pieds ici, sauf peut-être pour voir ses amis, mais pas pour travailler à Celtel-Congo.

Deuxièmement, celui qu’il a nommé devait repartir dans les valises du numéro 2 qui est venu travailler avec nous. Je reste ferme là-dessus, malgré la petite corruption qu’ils voulaient préparer. Je suis au courant qu’ils ont préparé un peu d’argent pour me corrompre, pour que je garde Hamez Emmanuel. J’ai dit non ; celui qui va se présenter avec de l’argent, je vais le faire arrêter. Je n’ai pas besoin d’argent. J’ai besoin de mon pays. C’est tout.

Donc, les deux points ont été obtenus. J’ai demandé qu’on me présente une liste de trois personnes. Je choisirai l’une d’elles. Cette personne sera nommée directeur général de Celtel-Congo-Brazzaville. Pas des deux Congo.

Ensuite, nous allons regarder le cahier de charges, nous allons revoir la licence, comment ils l’ont obtenue. Nous allons voir, aussi, certaines amendes qui étaient mises de côté et qui n’avaient pas été exécutées, etc.

Et puis, le réseau sur le fleuve avait été installé, ils n’avaient pas encore payé. Tout ça doit être payé obligatoirement.

Autrement dit, Celtel-Congo va perdre certains avantages dont elle jouissait...

Si nous l’avons fait, c’est parce que Celtel-Congo est une fille du Congo. Cette fille, nous devons la laisser grandir tranquillement, sans problèmes. Donc, il ne faut pas qu’ils croient que c’est leur société, à eux seuls. C’est notre société ; c’est une société de droit congolais du Congo-Brazzaville. Donc, ils n’ont pas à transférer sa direction générale à Kinshasa. Je sais que Celtel-Congo existe aussi à Kinshasa ; c’est un nouveau réseau qu’ils installent là-bas. Ils devaient, normalement, faire passer leurs communications par le gateway d’ici, pour qu’ils puissent gagner. Ils ont vu, certainement, des intérêts. Nous avons perçu tout cela ; leur numéro 2 habitant Amsterdam a tout compris, et il nous a donné raison.

Bienvenu Boudimbou
Brazzaville