« L’ambition de notre parti et de son Président est : Reconstruire le pays et rendre la dignité à ses citoyens ! C’est le sens de notre engagement politique. »

John Luis Malga : Bonjour Monsieur le Secrétaire général, on vous connaît par la teneur de vos écrits qui sont parfois très durs à l’égard du pouvoir et de Monsieur le Président de la République. Qu’est-ce qui explique cela ?
Daniel NKOUTA : Bonjour. Je pense que vous vivez au Congo et vous voyez dans quel état se trouve ce si cher pays que nos Ancêtres nous ont légué. Pensez-vous qu’il est normal qu’un tel patrimoine soit dans un tel état de délabrement sans qualificatif ? En ma qualité de responsable politique, il est de mon devoir comme il l’est aussi des autres, non seulement d’attirer l’attention mais de condamner sans réserve cette politique autocratique et dictatoriale qui ne dit pas son nom.

J.L.M. : Parlez-moi de votre parti, le C.D.R.C. présidé par le Président Modeste BOUKADIA, qui d’ailleurs était candidat à l’élection présidentielle de 1997. Quel est votre programme de gouvernement puisque le C.D.R.C. estime que tous doivent se rassembler autour de la notion de la République telle que définie le 28 novembre 1958. Cette République-là étant le projet de société ?
D.NK. : Absolument, nous estimons que la République léguée par nos prédécesseurs doit être la fondation de notre pays. Le reste doit être articulé par sa mise en valeur par un Programme de gouvernement. Pour ce qui est du parti, vous savez que le C.D.R.C. n’est pas un nouveau parti et moins encore il n’ajoute pas de la confusion et de la trahison à la cohabitation imposée par le P.C.T. qui affame sciemment les dirigeants des partis politiques, pour les obliger à une bien triste « danse du ventre » afin de survivre !
Depuis sa création, les principes fondateurs du C.D.R.C. sont restés fermes et immuables. Notre parti n’est pas un Mouvement de plus, mais c’est la force novatrice pour reconstruire le Congo-Brazzaville. C’est la ligne médiane où se réconcilient les contraires. Il est la synthèse en vue du dépassement de soi pour aller de l’avant afin que la priorité pour tous les responsables politiques du pays soit pour le Congo-Brazzaville, la reconnaissance du droit de l’État d’exister. J’ajoute que l’État Congolais, comme tout État, n’est jamais que l’expression de la Nation même que nous devons à tout prix construire. Cependant, force est de constater malheureusement que l’Histoire démontre la véritable nature des partis traditionnels qui se sont succédés au pouvoir. Pendant les réunions des précampagnes de la présidentielle 1997, hélas stoppée par le coup d’État, notre parti n’a jamais cessé de dire bien clairement que le peuple devait s’écarter des partis traditionnels pour éviter une dérive incontrôlable susceptible d’entraîner le pays dans un tourbillon de violence. À nouveau en 2009 nous serons à la croisée des chemins. Que va faire le Peuple ? Va-t-il laisser perpétuer la politique de la fuite en avant qui ne peut rien résoudre puisqu’il s’agit de maintenir le statu quo de quelques personnes ? Ou va-t-il tourner définitivement la page de l’errance économique ?

J.L.M. : Monsieur le Secrétaire général, pensez-vous que le Peuple soit prêt pour vous soutenir dans cette voie de la Bonne gouvernance, du partage et de la solidarité que propose votre parti, le C.D.R.C. ?
D.NK. : Soyez sans crainte ! Tout Peuple, et ce quelles que soient les latitudes, est toujours prêt dès lors que les femmes ou les hommes qui sollicitent son suffrage sont prêts à conduire un réel changement de mœurs politiques. Les Congolaises et les Congolais sont connus pour cela même s’ils sont patients. Il y a toujours une limite qu’il ne faut jamais dépasser. Je crois fermement que cette limite a été largement dépassée. Je ne vois pas comment le PCT va-t-il s’y prendre pour échapper aux sanctions du Peuple ? Va-t-il utilisé le bourrage des urnes et confisquer ainsi une victoire du Peuple au risque de provoquer une crise plus grave qui aurait des répercussions et des conséquences incalculables dans la sous-région ? Le bon sens commande que tout se déroule de manière démocratique afin que nous grandissions tous et que finalement nous léguions au passé les errances qui ont causé tant de torts à notre pays. En tout cas, c’est la volonté du Président Modeste BOUKADIA de conduire le pays à bon port pour que chaque enfant de ce pays jouisse des bienfaits qui seront issus de la mise en place de ce qu’il propose : le marché intérieur.

J.L.M. : Aux Etats-Unis, M. Barack Obama a gagné les primaires chez les Démocrates. En France, M. Nicolas Sarkozy a été élu Président de la République. Je ne prends que ces deux grands pays qui ont une tradition de très longue date. Sur quelle tradition repose l’action politique du C.D.R.C., d’une part et d’autre part, pensez-vous que le Président Modeste BOUKADIA a les qualités et la stature d’un homme d’Etat capable d’être au-dessus des partis pour se consacrer essentiellement au bien du Peuple congolais et à la reconstruction du pays ?
D.NK. : C’est ce que je disais tantôt que dans tout pays, le Peuple à tout moment est capable de prendre en main sa destinée dès lors que le leader est prêt ! Les deux exemples que vous citez sont la preuve irréfutable ! Pour ce qui est de notre tradition politique, elle est exactement la même que pour chaque Congolaise et chaque Congolais. La référence d’un enfant est ses parents. Pour un parti politique ou un pays, ce sont les Sages qui ont marqué la vie publique de leur pays. Pour les Etats-Unis, c’est George Washington. Pour la France, le Président de Gaulle occupe une place de choix ! Pour nous Congolais, notre histoire nous a été gommée. C’est pour cela qu’il y a une véritable dérive idéologique qui a entraîné des errances économico-sociales qui ont entraîné des catastrophes. C’est pourquoi, le Président Modeste BOUKADIA souligne toujours qu’il nous faut mettre au centre de notre politique notre propre histoire. Qu’elle soit endeuillée ou non, nous devons l’affronter pour nous la réapproprier pour la léguer aux générations futures. Ce sera leur sous-bassement afin qu’il n’y ait plus de sang versé inutilement. C’est ce que veut et souhaite pour le Congo le Président Modeste BOUKADIA. Il me dit souvent regretter que le Président Sassou-Nguesso n’ait pas écrit ses Mémoires pour les léguer à notre histoire. Si cela n’est pas fait, notre histoire sera toujours tronquée et nos fondations risquent d’être friables car en tout pays, toute femme et tout homme politique se réfère toujours aux Anciens partis rejoindre les Ancêtres, tant pour les honorer que pour solliciter leurs bons conseils afin d’asseoir et consolider la concorde entre leurs enfants bien au-delà de leurs divergences.
Quand le pays est menacé par la propre cohésion de ses enfants, quand le pays dérive vers une misère sans cesse plus accrue pour l’immense majorité de ses citoyens, c’est la Mémoire des Ancêtres qui doit nous éclairer pour guider nos réflexions et nos actions !
C’est cette Mémoire que l’on honore par toutes les commémorations pour entretenir le lien social entre tous les enfants de notre communauté nationale dont l’État n’est que le commandité par l’expression du suffrage universel de tous les citoyens de notre Nation !
Oublier cette Mémoire, c’est se vouer à revivre éternellement les mêmes évènements, les mêmes escroqueries, les mêmes guerres contre les civils ; c’est entretenir et faire revivre les démons qui nous ont conduits là où nous sommes, dans la misère la plus inextricable.
Renouer avec les Mânes de nos Ancêtres nous donnera la force d’entraîner le Congo vers l’indispensable voie du changement, le seul chemin qui permettra de vaincre la pauvreté. Encore faut-il définir ce changement qui n’est qu’un jugement de valeur relatif à chacun ! Tous les Responsables du pays doivent dire clairement qu’il s’agit d’éradiquer la misère !
Oui, il nous faut renouer avec tous les Mânes du pays, depuis les Bueta M’bongo, les Mâ N’gunga, les M’biemo, les Matsoua, les Ibalico, les Opangault, et toutes les autres grandes figures, etc. Oui, les Congolaises et les Congolais doivent se référer à la Mémoire de leur Histoire pour ne plus se mentir ! Beaucoup d’humilité nous est nécessaire pour regarder le Congo face à son destin trahi en Afrique centrale par une élite apatride et cupide ; c’est la condition nécessaire pour que l’Unité nationale et la vraie réconciliation des Enfants de ce pays puissent s’opérer !
Alors, nous pourrons prétendre œuvrer ensemble pour bâtir le nouveau Congo dans la concorde et la paix retrouvée, la compréhension mutuelle pour fermer les plaies innommables du passé atroce et bestial indigne de notre pays, sans ouvrir d’autre plaie ! Sur la base de ces fondations, nous mettrons alors en œuvre une vraie politique d’ouverture qui doit récompenser toutes les compétences afin que notre pays retrouve son rang au sein de la sous-région équatoriale en termes de géopolitique mais surtout au sein de la CEMAC en terme économique, financier et monétaire. L’ambition de notre parti et de son Président est : « Reconstruire le pays et rendre la dignité à ses citoyens ! C’est le sens de notre engagement politique. » Cet engagement doit mener le Congo à ce qu’il devienne autosuffisant sur le plan alimentaire et développe ses propres structures scolaires, hospitalières. Bref, en résumé : « La pensée politique du C.D.R.C. est la continuation, dans le respect de la République et de la Démocratie, des idéaux et principes définis le 28 novembre 1958 par Félix Tchicaya, Jacques Opangault, Fulbert Youlou, rénovés voire complétés en 1991 par la Conférence Nationale Souveraine. Cette pensée politique altruiste et moderne stipule en substance : Avant de parler de justice, de liberté et de progrès, à la population qui est démunie de tout, il est indispensable de prendre, dans un premier temps, des mesures radicales contre la misère, la maladie, la malnutrition et la malformation (scolaire et professionnelle). En effet, si chaque Congolaise et chaque Congolais ne disposent pas de moyens qui leur permettent de satisfaire aux besoins vitaux, individuels et collectifs, de leurs familles (justice sociale, bien-être, Emploi), il est illusoire de parler de solidarité, de développement, d’unité et encore moins de concorde. Le C.D.R.C. estime que la manière la plus efficace pour remédier à toutes ces carences est la reconstruction de l’État, qui seul doit être le premier et important investisseur pour créer la richesse nationale par la mise en œuvre d’un marché intérieur sur toute l’étendue de notre République. Disons que l’État ne doit faire que ce que la puissance privée est encore incapable de réaliser.
Pour ce qui est de la dernière partie de votre question, le Président Modeste BOUKADIA a donné à plusieurs occasions des indications claires sur les actions à mener afin que la vie quotidienne de nos concitoyens se trouve améliorer. Je fais confiance au Peuple Congolais Souverain qui j’en suis sûr le sait déjà !

J.L.M. : Monsieur le Secrétaire général, vous dirigez maintenant le parti. Est-ce un signe avant-coureur que le Président Modeste BOUKADIA est déjà en congé du parti car candidat à la Présidence de la République ? A-t-il été remboursé de ses fonds déposés en garantie lors de la présidentielle de 1997 ?
D.NK. : Le parti ne s’est pas encore réuni en session extraordinaire pour examiner cette question. Mais, il me semble que la question de l’élection à la présidence de la République n’est pas encore à l’ordre du jour. Voyez-vous, les élections locales ont même du mal à être organisées. Pour ce qui est du remboursement des fonds de garantie, le trésorier du parti ni le Président Modeste BOUKADIA n’ont jamais enregistré un quelconque remboursement en provenance de ceux qui ont confisqué la République en annulant l’élection présidentielle de 1997.
Mais revenant sur l’avenir du pays. Pour que toutes les énergies des forces vives du pays convergent, le C.D.R.C. estime que la démocratie est la structure la plus efficace qui motive et responsabilise les citoyens à participer à la vie publique pour favoriser au possible la construction du cadre de vie et assurer un marché intérieur d’ordre public et privé, afin de créer et répartir les biens !
Le Président Modeste BOUKADIA est fermement convaincu que le développement du Congo passe par l’unité et l’adhésion sans distinction a priori d’ethnies, de régions, de religions, de philosophies, des femmes et des hommes, Anciens comme Jeunes, citadins ou ruraux, croyants comme laïcs et libre-penseurs, industriels, paysans, pêcheurs, professions libérales et salariées, fonctionnaires et militaires, artisans, commerçants, artistes, étudiants, bref ! toutes les fonctions sociales de notre pays qui font leurs, les principes de la démocratie pluraliste !
Afin que tout soit clair, notre parti à vocation de gouvernement et il a l’ambition de s’appuyer tant sur les compétences des citoyens restés au pays que sur celles de la diaspora congolaise le plus souvent émigrée du fait de l’absence de perspectives des élites. Le C.D.R.C. croît fermement que la création d’un marché intérieur battant monnaie pour assurer à terme un cadre de vie comme en Arabie sera l’atout majeur pour faire revenir ces gens formés !
Cependant, nul n’étant tenu à l’impossible, le C.D.R.C. considère cependant comme indispensable et nécessaire, tant à l’égard du Peuple Congolais que de la Communauté Internationale, que les partis traditionnels, sans exception tous responsables de la déconfiture absolue et de la paupérisation de la quasi-totalité du Peuple, en particulier le PCT en tant que chef de file, s’auto réforment voire se sabordent à la manière, en son temps, de l’ancien Parti Communiste Italien dont il faut encore saluer aujourd’hui le grand courage et la lucidité !
Pour ce faire, le C.D.R.C. se présente comme la plateforme d’accueil idéale pour tous ceux qui, ayant une claire conscience de cet échec, savent que la rédemption passe toujours par un pardon qui ne peut s’accorder à soi-même, l’absolution étant toujours le fait d’un tiers extérieur. Le C.D.R.C. ayant toujours condamné toutes les iniquités et malversations du passé, ses membres fondateurs n’ayant jamais participé au quasi-braquage du Trésor et au détournement généralisé de fonds dissimulés dans les paradis fiscaux de la planète, se voit comme la seule entité politique digne de foi n’ayant jamais exécuté la danse du ventre !
Dans ces conditions, candeur et virginité sont de mises pour la crédibilité indispensable à la réalisation du Programme de Reconstruction du Pays et de ses infrastructures afin d’assurer son autonomie dans le cadre des moyens nouveaux de la technologie moderne en tous domaines. Ainsi, le C.D.R.C. se voit comme la locomotive de cette ambition généreuse et tend la main à tous ceux qui désirent faire à court terme de notre pays un des phares de l’Afrique et une terre où il fera bon vivre : voilà posée l’Union Nationale !

J.L.M. : Monsieur le Secrétaire général, aux termes de cet entretien, que souhaitez-vous ajouter ?
D.NK. : Tout d’abord, je voudrais vous remercier de nous avoir permis de présenter notre parti au grand public car depuis la mise en bière de la démocratie en 1997, notre parti a mené une réflexion en profondeur et demande à toutes les Congolaises et tous les Congolais de continuer de ne pas céder à la tentation de la facilité même si nous savons que c’est très dur de ne pas manger, de ne pas faire soigner ses enfants, de voir nos étudiants sans perspectives, etc. L’avenir du pays est entre leur voix le moment venu. Le C.D.R.C. est un parti qui veut la paix pour sortir le pays de l’indigence. La question de fond qui reste est celle-ci : le Président Sassou Nguesso peut-il être à nouveau cet homme-là qui permit à la Conférence Nationale Souveraine de se tenir afin qu’il entre différemment de façon définitive dans l’histoire de notre pays en étant Juge lors de la compétition présidentielle en évitant de prêter attention aux chants des griots qui le pousseraient à la faute s’il devenait Juge et parti ? Il perdrait alors tout crédit que le pays pourrait lui accorder. Enfin, le Président Modeste BOUKADIA est animé d’un désir ardent : parler à toutes les Congolaises et à tous les Congolais de l’ensemble de notre pays, de même il rassure tous les partenaires qui y ont des intérêts dans notre pays ou ceux qui veulent s’y implanter pour participer à la mise en place de notre marché intérieur en apportant des investissements en sachant que le premier investisseur dans notre pays doit être l’Etat congolais.
Quant à moi, ma mission est de discuter avec les autres partis politiques qui souhaitent devenir nos partenaires afin que nous établissions un Programme de Gouvernement commun dont l’objectif sera la lutte contre la pauvreté qui touche tous les habitants du Congo. J’appelle donc tout le Peuple congolais à nous soutenir pour qu’ensemble, du Nord au Sud, nous accomplissions cette si grandiose œuvre. Aussi, rappelons-nous de M. Touadikissa Massanga, journaliste à La Rue Meurt sous un titre un peu moqueur : À beau mentir qui vient de loin… [1] qui fit cette analyse pertinente : Fait significatif : les partis politiques sont en panne de réflexion théorique. Pire encore, malgré un évident et louable volontarisme, ils ont subi la loi des faits, n’ayant pas assumé la contradiction du pouvoir et de la gestion. Du coup, les vieux politiques sont tombés en disgrâce. Il est donc urgent, toute honte bue, et à vrai dire essentielle, d’en finir avec les tares d’une classe politique déjà vouée aux gémonies. Au vrai, responsables des tempêtes qui ont secoué le Congo, les partis politiques traditionnels n’ont réussi jusqu’ici qu’à provoquer une crise d’indigestion nationale. Et partant, aucun des acteurs du jeu politique ne semble avoir aujourd’hui la stature nécessaire pour sortir le Congo de la raque. Dans ce vide de la classe politique, deux jeunes politiques prétendent relever ce formidable défi : Modeste Boukadia, le président du CDRC et Magloire Montan du MR. Ces nouveaux venus à la politique qui cherchent à utiliser au mieux l’énergie et les convictions qu’ils ont consolidées en France, affichent un optimisme à toute épreuve, assorti d’une inébranlable foi dans le destin du Congo. Certes, ils n’en sont pas à croiser le fer avec la classe politique traditionnelle ; mais, opérant un dépassement, ils s’en prennent à elle avec une rhétorique toute politique et évoquant, avec une modestie feinte, que seuls les deux partis politiques qu’ils ont créés sont appelés à devenir l’aile marchante du Congo, autrement dit, hors du CDRC et du MR, il n’y a point de salut pour le Congo. Conscient qu’une politique se fait aussi avec un grand dessein, sinon avec une grande mystique. Le CDRC propose « une rénovation complète et en profondeur de la classe politique et partisane » ; mieux, ce nouveau parti entend « lutter contre l’escroquerie mise en place par la classe politique traditionnelle et partisane ». Dont acte et prémonition ! Merci !

[1] N° 232 du 07 au 13 mai 1998