Un ambassadeur belge qui ne s’exprime qu’en néerlandais lors d’une mission économique regroupant les trois Régions, qui ne prononce pas le mot Belgique et qui se montre très critique vis-à-vis du pays hôte : voilà qui est plutôt inédit. C’est pourtant ce qui se serait passé voici quelques jours au Congo-Brazzaville, comme l’a révélé dans une chronique de BelTRL notre consœur Chantal Monet. Plusieurs hommes d’affaires participant au voyage nous le confirment. L’ambassadeur dément.

Reprenons. La scène se passe lors du briefing de présentation de la mission (organisée par l’agence à l’exportation flamande FIT, à laquelle se sont jointes les agences wallonne et bruxelloise) qui, après quelques jours en RDC, fait escale du 13 au 15 décembre au Congo-Brazzaville. C’est l’ambassadeur belge Jan de Bruyne qui se charge de la présentation. « Du début à la fin, témoigne le francophone de Flandre Ismaël Djelassi (Siemens), il a fait son briefing en néerlandais, alors qu’il y avait des sociétés wallonnes et bruxelloises et une délégation de la Chambre de commerce grecque. Et à aucun moment il n’a cité le mot Belgique. » « Sachant que la délégation n’était pas seulement néerlandophone, il aurait pu s’adresser dans une langue universelle, confirme la néerlandophone Anissa Temsamani (Waterleau). Un diplomate fédéral ne doit pas exporter la politique nationale à l’international. » Serait-ce une explication ? Toujours est-il que nos témoins l’affirment : « L’ambassadeur se vante d’être le premier ambassadeur N-VA… » Et Lieven Spoo (Spoo), qui avoue d’emblée « avoir voté N-VA », ajoute : « C’était déshonorant, une gaffe monstrueuse diplomatiquement parlant. On n’a jamais vécu cela. Comme ambassadeur, on représente un pays, pas une région. »

S’ils ne comprennent pas cette attitude « très flamande », nos témoins sont davantage choqués par la présentation du pays faite par l’ambassadeur. « Il s’est attaqué au pays hôte, assure Ismaël Djelassi, à son passé marxiste, au président et à son entourage, sa femme notamment, “des gens corrompus qui se sucrent sur les revenus des sociétés pétrolières”. C’est la première fois de ma vie que j’assiste à un tel spectacle hors norme, et je fais des missions depuis quinze ans. » « Je participe à de très nombreuses missions, 198 jours l’an dernier, ajoute Anissa Temsamani, et je n’ai jamais entendu un ambassadeur tenir de tels propos relativement violents. Il a parlé d’un régime corrompu, dont le président a plusieurs femmes… Il n’aide pas les hommes d’affaires. »

Lieven Spoo, lui, s’est « retenu pour ne pas se lever et demander à l’ambassadeur pourquoi on était là, si tout est si négatif dans ce pays. Publiquement, il a donné un historique du pays, puis a parlé du président, qui a plusieurs femmes, il a dit que tout est corrompu, que tout est pour sa famille… Je me suis dit : dès que je rentre, j’écris une lettre ! Et plusieurs collègues flamands étaient aussi agités que moi, on en a longuement parlé ».

Plusieurs hommes d’affaires (comme nos trois témoins) ont effectivement écrit au FIT et/ou au ministre des Affaires étrangères (par mail, SMS ou lettre). « J’ai envoyé un mail à Didier Reynders lui relatant cet incident grave et choquant et d’autres témoignages lui sont parvenus, explique Ismaël Djelassi. Il m’a répondu que son département ferait une enquête. »

Aux Affaires étrangères, on reconnaît « faire le nécessaire », sans vouloir entrer dans les détails : « Le département a bien compris que le discours tenu lors de cette réception a été mal perçu par certains et le regrette. Quant à d’éventuelles conséquences, le département dispose d’un système d’évaluation interne prenant en compte un large éventail de critères sur une certaine durée. Un diplomate a droit à des opinions politiques personnelles. Cependant, dans l’exercice de ses fonctions, il représente l’intérêt général. »

L’ambassadeur se défend

« Je ne suis pas fou ! » Jan de Bruyne est ambassadeur au Congo Brazzaville, où il est arrivé en septembre.

Des entrepreneurs vous reprochent de ne vous être exprimé qu’en néerlandais… J’étais convaincu que c’était le FIT qui organisait le volet « Brazzaville » de la mission. Il y avait 47 entrepreneurs flamands, 2 Wallons et 1 Bruxellois. Et les francophones m’avaient dit qu’ils parlaient le néerlandais.

Votre présentation du pays a choqué… J’avais envoyé mon petit texte au ministère. J’ai une longue carrière derrière moi et je comprends très bien que l’on ne doit pas faire de remarques qui peuvent être mal interprétées et que mon rôle est de nouer de très bons contacts avec les autorités ici.

Vous démentez avoir tenu des propos choquants, « insultants » disent certains ?

C’est le contraire qui est vrai. Je ne suis pas fou ! Je suis bouleversé. Je ne comprends pas.

Vous n’avez pas été très critique à l’égard du Congo-Brazzaville ? Dans une telle mission, on explique la situation du pays de trois façons différentes : lors de propos privés, durant les briefings et durant le volet officiel. Il est bien possible que j’ai dit, en privé pas en public bien sûr : ’’Oui, c’est un pays difficile, soyez prudents ; il y a certaines lenteurs administratives’.

Vous n’avez pas parlé de pays corrompu ? Non ! S’il vous plaît ! Allez…

Ni de la femme du président ? Allez, Madame… Je ne tiens pas ce langage. Cela peut nuire aux relations entre la Belgique et le Congo Brazzaville. Ce n’est pas sérieux !

Etes-vous le premier ambassadeur N-VA ? Je suis un fonctionnaire fédéral. La couleur politique, je n’en parle certainement pas. Il est possible que je sois étiqueté : mon père était ministre Volksunie. Mais ça n’entre pas en compte. Je ne serais pas devenu diplomate fédéral si je voyais que c’était impossible.

Sources : Lesoir.be