Un mort troublé dans son sommeil éternel, un Fespam qui s’annonce morose, des citadins expropriés, des flics ripoux, un ancien seigneur de guerre (Willy Matsanga) qui reprend du service : tel est le lot des brazzavillois en ce début de saison sèche.

DE BRAZZA A BRAZZAVILLE

Plus de cent ans après sa mort à Alger, Pierre Savorgnan de Brazza va être rapatrié à Brazzaville où un musée est en train d’être construit en son honneur. Dans l’un des projets de société de Sassou, le retour des cendres de celui qui fut repoussé par les mbochi de l’Alima en 1875 , puis, lors d’un second voyage (1879) signa le Traité de Mbé, fonda ensuite le poste de Mfoa qui deviendra Brazzaville, le retour de ses cendres (disais-je) occupe une place de choix. Après la Route de l’Equateur, c’est le plus beau cadeau que l’Homme des masses compte offrir à ses compatriotes. Mais ceux-ci devront encore attendre une année avant d’avoir l’honneur d’amdirer les ossements de l’homme qui signa avec Makoko et donna possession du Congo aux ancêtres de Chirac.

FESPAM

Ce festival panafricain de musique qui se tiendrait concomitamment à Pointe Noire et Kinshasa, en R. D. Congo et serait honoré par la présence des grands noms de la musique afro-caraïbéenne ne paraît pas faire tressaillir de joie les brazzavillois, réputés pourtant grands mélomanes. L’arrivée des artistes étrangers se fait plutôt timidement, depuis le début de cette semaine, sous l’oeil indifférent des Congolais.

Cette édition, contrairement aux précédentes, ne semble donc pas susciter beaucoup d’engouement au sein d’une population brazzavilloise qui a plutôt d’autres soucis en tête en cette période de conjoncture morose. Pire, Brazzaville n’a même pas fait peau neuve. Les nids de poule qui jonchent les principales avenues de Brazzaville ne semblent même pas gêner le maire (non élu) Hugues Ngouolondélé, gendre de Sassou. Ainsi vont les mandats lorsqu’on n’a pas de comptes à rendre à d’éventuels électeurs.

Par ailleurs les étudiants n’ont pas été encore évacués de leurs chambres des campus de l’université Marien Ngouabi afin de loger les artistes et musiciens de moindre renom. Ils ont intérêt à se dépêcher avant que les cobras ne les y obligent manu militari.

Ca manque de cohérence tout ça. Si, comme prévu, la Route de l’Equateur doit avoir des retombées sur le plan touristique, rien n’est cependant fait pour embellir la ville. Brazzaville ne vend pas cher son image. On se demande à quoi aura servi notre Paris/Dakar nautique ? Le jeu n’en valait certainement pas la chandelle. Les artifices esthétiques mis en place, en février, pour recevoir M. Chirac, tombent déjà en désuétude. Le vernis parti, le vrai visage hideux de la capitale est en train de se découvrir aux yeux de la multitude qui y séjournera du 09 au 15 juillet. Heureusement que la musique adoucit les regards. Vive le FESPAM.

LES ARCANES DE MPISSA

A Brazzaville, dans certains quartiers, on va exproprier. C’est-à-dire tout le monde « na nganda ! Dehors, ouste ! Bo gazé ! » (en lingala dans le texte)

Fort du succès, notamment dans la classe politique, de la douzaine de villas cossues bâties à Pointe Noire, baraques dont les principaux acheteurs sont des ministres et hommes politiques et dont le coût de construction fut estimé à 1.5 milliards de FCFA, le ministère de la construction et de l’urbanisation, sous l’égide de la société pour la promotion et la gestion immobilière (SOPROGI), a souhaité continuer sur cette lancée. Mais cette fois-ci à Brazzaville. Les principaux sites de construction retenus et choisis sont le Camp Clairon et Mpissa.

Minimiser les coûts de production ou plutôt de construction et réaliser plus de profits sont des doctrines classiques prônées par la bourgeoisie politique nourrie au lait et au miel de la Nouvelle Espérance. Mpissa, à Bacongo, pour SOPROGI, était le quartier populaire idéal pour ériger ses villas. Vieille agglomération, avec des bâtisses à valeur comptable presque nulle, lesquelles remontent de surcroit à la période coloniale et sont faites en terre battue pour la majorité d’entre elles, les cases de Bacongo ne méritaient pas d’autre destin que la démolition.

L’indemnisation de quelques propriétaires à Mpissa en échange de leur lopin de terre était la meilleure opportunité que la société immobilière n’a pas hésité d’exploiter pour y construire une demi-douzaine de villas/témoin. Si ce premier test est concluant, l’opération d’expropriation devrait se poursuivre et s’étendre dans ce quartier (soit dit en passant) etniquement homogène. De quoi rendre jaloux ceux de Talangaï dont les chaumières ne semblent pas émouvoir les élus locaux du PCT. Et dire qu’ils furent les rares à voter massivement pour l’homme du 8 février et du 5 juin !

Aux dernières nouvelles, les expropriés de Mpiassa (de vrais têtus !) marqueraient le pas pour dégager les lieux. Ils estiment qu’ils ont été bernés et entraînés dans un marché de dupe.

Encore une catégorie de Congolais qui n’a rien compris ou plutôt qui ne comprend que le langage de la force brutale comme celui dont les Cobras ont fait usage à Pointe-Noire pour déloger les pêcheurs béninois de la Côte mondaine.

LE NARCOTRAFIC AU CONGO

La drogue a pénétré les meurs brazzavilloises. L’oisiveté est la mère des vices. Des frustrations répétitives et la peur du lendemain sont parmi tant d’autres l’une des causes les plus irréfutables qui expliquent l’extension de l’usage des drogues, faibles et dures, dans la population congolaise. La gamme des produits hallucinogènes va, graduellement, du chanvre indien aux substances chimiques, puis au keuppa. Les consommateurs de keuppa, de plus en plus nombreux dans les grandes villes du Congo, affichent un look sordide. Ils sont, de facto, reconnus par leur continuel état d’ivresse, leur hardiesse et leur témérité dans les rues de Brazzaville et Pointe Noire. Ces toxicos sont prêts à tout (vol, agression à main armée) pour rester dans l’état second, ce nirvana, que procurent les stupéfiants. Il faut que le monde qui les entoure soit vraiment dégueulasse pour qu’ils cherchent à s’en échapper de cette façon-là ! Jean-François Ndenguet a du pain sur la planche. Puisqu’il n’existe pas de centre de désintoxication, les potentiels clients du commissariat inauguré à Ouénzé (cf. article) sont déjà disponibles.

L’opération espoir, conduite conjointement par les gendarmes et les policiers, lancée en fin 2003 pour lutter contre les mauvaises mœurs et l’usage des drogues s’est révélée un grand fiasco. Les initiateurs de cette grande opération « main propre » sont juges et partie : ils sont fortement impliqués dans le trafic de la drogue, de la distribution à la commercialisation. De véritables ripoux. Au Congo, la drogue, tout le monde sait où s’en procurer. Sauf les policiers et les gendarmes. Comme par hasard...

UN SEIGNEUR DE GUERRE A BACONGO

On le croyait enterré quelque part en RDC. Cette fripouille est un véritable trompe-la-mort.

En début de cette semaine, il s’est passé à Bacongo, un fait du moins anodin, mais qui devrait redéfinir les rôles de chacun dans un pays de droit. Il s’est développé dans les places publiques de grande affluence - les marchés- un métier : gardien de parkings. Ces parkings sont des endroits, informels, points de départ et d’arrivée des bus et taxis, Au cours d’une invective entre des tenants d’un parking à Total, un certain Willy Matsanga, à loisir, à pris position dans la discussion et s’est permis de conduire l’un des rabatteurs, de force, au commissariat central de police. La peur, la crainte et la stupéfaction que cette intervention a inspirées dans le nombre des badauds est bien la preuve que cet ancien Ninja, reconverti en Cobra en 1997, et que d’aucuns continuaient à croire mort en R. D. Congo est toujours redouté de la population et bénéficie d’une grande protection et d’un appui considérable dans les sphères décisionnaires des forces de l’ordre, à en juger par le respect déférent dont il a été l’objet à l’hôtel de police.

Samuel Keila,
Brazzaville, ce 07 juillet 2005