Samedi 22 juillet 2018, il s’est passé quelque chose d’épouvantable dans le commissariat de police de Yoro sur l’ancien site du Chantier de Construction Navale (Chacona), une entreprise sino-congolaise des années 70 ayant, depuis, rejoint le cimetière des éléphants blancs.

On parle de musée de l’horreur à Yoro/Chacona. Quatorze personnes âgées entre 19 et 25 ans sont mortes par asphyxie dans une cellule. Les dépouilles portant des traces de mutilations auraient été pour une partie déposées dans les différentes morgues et pour l’autre balancées dans le fleuve. Horrible.

Nous passons sur les versions infantilisantes du procureur André Oko Ngakala et de Thierry Moungalla, porte-parole d’un gouvernement dont la parole n’a plus jamais porté une once de vérité depuis l’égorgement de Marien Ngouabi en 1977 en passant par la St-Barthélémy de Bacongo-Makélékélé en 1998, les Disparus du Beach en 1999, les explosions de Mpila (2012) : autant de mythes fondateurs du règne de la terreur.

Le Congo obéit à trois ordres de la barbarie depuis la guerre du 5 juin 1997 : l’épée, le sacrifice et le sang.

La symbolique très macabre des enfants de Moukondo enlevés sans laisser de traces dans les années 1980 fut une superstructure du crime qui ouvrira la voie à la vague des interprétations les plus fantasmagoriques. De ce fait, le statut sacrificiel de la catastrophe humanitaire de Chacona a été immédiatement légitimé par l’inconscient collectif prenant alibi sur l’appartenance de la plupart de la classe dirigeante à des écoles de haute magie. Depuis l’obélisque du Rond-point Moungali qui versa des larmes de sang, l’impensé du discours a trouvé la raison logique de l’hécatombe de Yoro. Il s’agit d’une logique mystique. Elle a triomphé sur la logique scientifique. Le trafic des organes serait l’enjeu métaphysique de la rafle de Kibéliba dont la chaine a eu besoin de transiter par Chacona, poste de police/cobra qu’abrite Mpila, fief des agents du premier cercle du pouvoir clanique.

Les deux tours jumelles en construction dans le quartier portuaire de Yoro ont besoin de parenthèse de sang. Or, en magie noire, le sang est le meilleur mortier qui soit pour asseoir les loges, (entendez les deux tours de Yoro qu’il serait mieux de dénommer « tours du 22 juillet 2018 » )

Au XXIème siècle, le bas moyen-âge gagne du terrain dans l’institution imaginaire de la société congolaise meurtrie par la rapine de la manne pétrolière, œuvre du premier cercle du pouvoir de Sassou composé comme on le sait par la tribu-classe d’Oyo. Comme Platon, les Congolais d’Edou-Penda croient à l’immortalité de l’âme, c’est-à-dire à l’éternité du pouvoir pour peu qu’on lui donne un coup de baguette magique.

C’est l’explication que l’impensé du discours congolais donne aux crimes totémiques de Yoro/Chacona. Le pouvoir/vampire, a besoin d’hectolitres d’hémoglobine pour se refaire une santé après le coup de semonce tiré par le général Mokoko et qui a failli emporter le Dracula de Tsambitso.

En tout cas, pour l’avenir des Mbochi (mobile du crime par lequel Dabira voulut expédier son patron en Enfer), les Congolais vont payer de leur chair. Ca sera cher payé comme le prouvent les macchabées de Mpila.

Héouri Iko