Le message de Denis Sassou Nguesso sur l’état de la Nation en 2018, prononcé le 29 décembre dernier, devant le parlement réuni en Congrès, notamment son volet sur la lutte contre les antivaleurs, ne cesse de créer la panique dans les rangs de son propre parti, le Parti congolais du travail (Pct).

Il y a péril en la demeure.

C’est notre très informé journal d’investigations, « Le Troubadour  », qui confirme le malaise que Sassou Nguesso a créé parmi les siens, en publiant une information qui a fuité d’une réunion du Bureau politique de ce parti.

Mais, c’est le journal en ligne « Zenga-Mambu.com » qui, lui aussi, a mené des investigations, après les révélations du journal le Troubadour, qui va loin, disant que le Pct a lâché son président, Denis Sassou Nguesso. Et que ce dernier ne compte plus que sur le soutien du peuple qu’il affame et auquel fait porter le deuil tous les jours.

Sans vouloir verser dans la polémique et partant du fait qu’il est permis, dans le journalisme, d’écrire un article en s’inspirant d’un autre article déjà publié, nous nous permettons de rédiger ce papier. Non pas pour contredire les articles du Troubadour ou de Zenga Mambu.com, mais de dire ce que notre lecture des filigranes du discours de Denis Sassou Nguesso, des réactions au sein de son parti et du procès des disparus du Beach, mais aussi de ces deux articles, nous a fait découvrir.

Nous avons toujours pensé que le fond d’une pensée où d’un discours surtout politique, n’est à chercher ni dans les mots utilisés ni entre les lignes ; encore moins dans les événements ou les faits apparents même lorsqu’ils matérialisent cette pensée ; mais il est à voir dans le filigrane. C’est dans ces dessins que se situe le fond de la pensée.

Une lutte imposée par le Fmi

D’entrée de jeu, il faut dire que Denis Sassou Nguesso n’est pas né de la dernière pluie. C’est un vieux routier de la politique qui ne peut pas scier la branche sur laquelle il est assis. Même si en politique, il faut parfois sacrifier certaines têtes pour avancer ou résoudre une situation difficile, il y a des limites à ne pas dépasser.
Nous rappelons aussi que cette lutte contre les actes antivaleurs, Sassou ne l’a pas initiée lui-même. Elle lui est imposée par le Fonds monétaire international qui est en négociations avec son gouvernement.

Parmi les « fretins » et les « gros poissons » qui risquent d’être pris dans la nasse, il y a ses propres parents biologiques et tous les grands cadres de son parti et de sa tribu. Puisqu’il se sert du tribalisme pour garder le pouvoir, et de la politique pour enrichir ses parents, il ne peut pas se dédire en frappant ses parents mbochi.
Même ceux qui n’ont pas exercé des fonctions administratives ont été en contraventions antivaleurs. C’est le cas des membres du Secrétariat du Pct qui avaient rang de ministres et qui étaient payés par le Trésor public.

Mais, il y a aussi les affaires des conseillers fictifs à la présidence de la république, et des fonctionnaires fictifs dans la Fonction publique et d’autres institutions de la république qui risquent de couler tout son parti.

A moins que l’on dise que Sassou Nguesso voudrait aussi profiter de cette lutte pour rajeunir son parti et le laisser aux jeunes, tout se passe comme si le cobras est en train de se mordre la queue.

Néanmoins, la lecture du contenu du discours nous pousse à croire que Sassou Nguesso ne cherche qu’à protéger les siens, membres de la famille, du clan ou du parti, sous le principe de « l’autorité de la chose jugée » : Res judicata pour les professionnels du Droit. Vu les menaces que leur font les Congolais, et les nombreux dossiers judicaires qui sont déposés dans les tribunaux internationaux on peut dire que les carottes sont cuites. Aussi, imaginons-nous que Sassou Nguesso a dû négocier avec les « gros poissons » pour obtenir leur comparution devant la justice. Des garanties pour garder leurs biens meubles et immeubles leur sont, sans doute données, et leurs peines connues d’avance.

L’autorité de la chose jugée

L’autorité de la chose jugée est définie comme « l’autorité octroyée à un jugement qui interdit de remettre en cause ce dernier, en dehors des voies de recours prévues par la loi, la même affaire soit à nouveau portée devant un tribunal. L’autorité de la chose jugée constitue également le fondement de l’exécution forcée du droit établi par la décision de justice. Elle est attribuée à un jugement dès son prononcé. »

En clair, cela veut dire que tous les « fretins  » et les « gros poissons » qui vont être pris dans la nasse et qui seront jugés et condamnés par le tribunal ou la justice de Sassou Nguesso, ne doivent plus être poursuivis pour les mêmes délits.

Déjà, dans son discours de fin d’année, Denis Sassou Nguesso a sous-estimé les infractions qui ont été commises afin d’atténuer les peines que doivent encourir leurs responsables. Il parle de « délits économiques » et non de « crimes économiques ». Alors que certaines infractions sont des véritables crimes économiques comme les définit Jean Muhire de l’Université Libre de Kigali : « comportement antiéconomique  » c’est-à-dire toute manière d’être ou d’agir d’une personne physique ou morale qui porte atteinte directement à l’économie du pays. En d’autres termes, sont antiéconomiques tous les comportements qui troublent l’ordre public économique ; freinant ainsi l’augmentation de la production, entravant la circulation des biens et services, et empêchant une meilleure allocation des richesses entre les citoyens d’un Etat, et qui enfin, une fois non réprimés, plongent la population dans une misère éternelle.  »

Nous avons dénoncé la ruse de Sassou Nguesso dans un article titré « Pêche miraculeuse : Sassou Nguesso et les « délits économiques » au Congo : une partie de pêche à la nasse trouée ? »

Et, nous assistons déjà à cette remontée des filets de pêche. Avec le procès de Jean Didier Elongo et les peines qu’il a subies on va nous servir « l’autorité de la chose jugée ». Pour tout ce qu’il a volé aux Congolais, l’ancien directeur général du contrôle des marchés publics (DGCMP), n’a été condamné qu’à vingt-quatre (24) mois d’emprisonnement ferme par la Cour d’appel de Brazzaville. Il garde tous ses biens meubles et immeubles. Que représentent 650 millions de FCFA d’amendes pour quelqu’un qui a volé des milliards ?

Aussi, les Congolais devaient-ils se rappeler de l’affaire des Disparus du Beach et du procès qui avait eu lieu à Brazzaville, pour revoir la ruse de Sassou Nguesso.

A ce procès, les principaux accusés qui, pour la plupart, étaient des généraux des Forces armées congolais, vivaient chez eux. Ils partaient de leurs domiciles pour venir libres au tribunal et y repartaient après les audiences sous les acclamations de leurs partisans. Malgré la gravité de l’affaire les réactions du public étaient antivaleur. Mieux : les Congolais avaient aussi appris que chacun avait touché une somme de 30 millions de Francs Cfa pour accepter de boire la coupe de la honte et de l’humiliation.
Il faut s’attendre que Denis Sassou Nguesso nous joue la même partition antivaleur, dans sa partie de pêche. Nous sommes convaincu que c’est le même solfège qui va être joué. Les requins de la cleptomanie partiront libres de leurs domiciles et ils y repartiront libres après les audiences. L’assignation à résidence remplacera l’emprisonnement ferme. Sassou Nguesso ne va pas sacrifier tous ses propres parents et tous les cadres de son parti. Surtout de sa tribu. Faut pas exagérer !

Dans le même article, nous avons écrit : « Cependant, pour coincer Sassou Nguesso dans sa ruse, nous réitérons notre vœu de voir le Frocad-Idc, les Composantes 3JM et les Diasporas se structurer autour d’une Organisation pour la Libération du Congo (OLC) cogérée par un Conseil législatif et un Conseil exécutif. Il appartient à cette organisation de définir les crimes et les délits, de les identifier, les repartir entre les crimes de sang, de démocratie et les crimes ou délits économiques, et fixer leur prescription. Cela pour que le Conseil législatif donne son avis sur les crimes ou les délits qui doivent faire l’objet des plaintes devant les tribunaux nationaux ou internationaux ou encore examinés par une Commission Paix et Réconciliation. »

Et d’ajouter « Car le traitement de ces dossiers ne peut pas être tout simplement une affaire de droit. Il implique aussi la politique. D’où la nécessite d’un vrai Dialogue ou d’une Conférence nationale souveraine bis ou encore d’une Conférence internationale sur le Congo. » Avons-nous été entendu ?

Nous ne voulons pas dire comme, Stéphane Maurice Bongho-Nouarra, Premier Ministre de la République du Congo de septembre à décembre 1992 « Monoko na ngai nganga* » pour nous vanter. Pourtant…

Serge Armand Zanzala, journaliste et écrivain

* Monoko na ngai nganga ( ce que je dis se vérifie avec le temps)