On vient d’apprendre par AngolaPress que Brazzavillois et Ponténégrins ne se sont pas contrôlés ce samedi 1er juillet 2006 après la victoire de la France sur le Brésil. Esquissons ci-après une analyse de cette "récupération" de la victoire des autres par un pays en mal de performances et en manque de victoires sur tous les plans.

On a appris de l’agence de presse Angolapress et de Jeune Afrique.com l’abandon des Congolais dans une liesse indescriptible après la victoire de la France sur le Brésil ce samedi 1er juillet en Allemagne. Les grandes artères de Brazzaville et Pointe-Noire ont été littérallement envahies par une foule en liesse.

Ce comportement de masse est d’autant plus surprenant qu’il n’a été observé que dans ces deux seules villes africaines.

En effet aucune correspondance n’est venue de Libreville, de Yaoundé, d’Abidjan ou de Dakar pour faire état d’un tel comportement de foule.

Après la guerre froide entre la France et la Côte d’Ivoire, on voit mal en effet les Ivoiriens jubiler pour une équipe française triomphant sur celle du Brésil.

Pourtant, bien que la France (surtout la France sarkozyste) soit très mal perçue également au Congo-Brazzaville, cela n’a pas empêché, ce samedi 1er juillet, les populations de cet ancien territoire d’Outre-mer de s’abandonner dans un délire collectif au même titre que les Marseillais, les Parisiens ou les Strasbourgeois.

Il y encore quelques années (au plus fort de la guerre civile de 1997) les Congolais n’avaient pas de mots assez durs pour fustiger la France par rapport à son attitude ambiguë durant les trois mois du sale conflit qu’ils venaient de vivre.

Chaque observateur fut stupéfait de constater qu’après avoir déployé L’opération Pélican à Brazzaville peu avant le conflit de 1997, les Français l’avaient tout simplement levée dès que les premières salves furent tirées des deux côté des belligérants.

Les Congolais gardèrent une dent contre cette France chiraquienne plus soucieuse de défendre les Pouvoirs africains que les populations civiles. En plus la fameuse formule "la démocratie est un luxe pour l’Afrique" fut très mal ressentie quand Jacques Chirac la pronnonça après la guerre civile de juin 1997.

Donc la joie collective des Congolais de Brazzaville et Pointe-Noire paraît pour le moins irrationnelle dans le contexte géopolitique actuel.

Les principaux sujets de ce délire collectif expliquent leur attitude par le fait que l’équipe de France compte de nombreux noirs d’origine africaine.
Mais on peut leur opposer le fait aussi que l’équipe brésilienne possède également historiquement des liens avec l’Afrique. Ne serait-ce que par le fait de l’esclavage.

Notons au passage que dans les banlieues noires de Paris, la liesse a atteint le même niveau durant la nuit de ce victorieux samedi.

Toutefois, il est difficile de comprendre pourquoi à Brazzaville et Pointe-Noire cette même liesse populaire ne s’est pas manifestée à l’issue de la victoire de la France sur l’Espagne !

C’est ici que les tentatives d’explication semblent délicates.

Selon AngolaPress, le Président Congolais, Denis Sassou-Ngiesso, avait souhaité la victoire du Brésil, pays pour lequel il n’a jamais fait mystère de sa sympathie.
Toujours selon cette agence de presse, le plus gros lot de supporters en liesse a été remarqué dans les quartiers sud de Brazzaville. Or les quartiers Sud furent ceux qui subirent les plus atroces pogroms durant les massacres de 1998.

Doit-on croire qu’il s’agit là d’un transfert de la contestation politique sur le terrain du sport ?

Le raisonnement de la populace aurait-il été le suivant : comme le Pouvoir est pour le Brésil, soyons alors pour la France ?

Dans ce cas la France aurait-elle simplement été le bénéficiaire, par substitution, d’une querelle de politique intérieure congolaise ?

Dans tous les cas, Mpila devrait se soucier d’un tel comportement imprévisible de la masse.

Car, que risque-t-il de se passer à Brazzaville si la France remporte la Coupe du Monde ?