La russafrique-

Elle était déjà là. Elle y revient de nouveau ! Elle , c’est la Russie, pays dont les actes posés ces derniers temps par sa diplomatie à l’égard de l’Afrique, font croire que ce pays veut encore revenir dans le continent africain dont la météo économique annonce des belles saisons, dans un futur très proche.

Pourtant, la Russie a toujours été là. Depuis la période de la guerre froide et de l’ex-Urss où elle a soutenu les pays africains dits aussi pays du tiers monde qui avaient opté pour le socialisme scientifique.

Pour cette raison, elle avait participé dans les guerres de libération contre les puissances coloniales. Cas de l’Angola et de la Namibie. Mais aussi contre celles qui avaient été menées dans ce continent contre l’impérialisme américain ou français. Cas de la République populaire du Congo.
Et, ses entreprises étaient toujours présentes en Egypte et au Maroc, notamment dans les mines. Rien qu’en 2013, son volume des échanges avec l’Afrique était estimé à 5 milliards de dollars.

Cependant, avec l’effondrement de l’Union soviétique et la situation économique morose qu’elle avait héritée, la Russie avait réduit sa présence et sa coopération avec les pays africains.
Et ce n’est qu’en 2006, lors de la visite de Vladimir Poutine au Maroc et en Afrique du Sud que le pays est revenu sur ses vieux bons sentiments envers ce continent. Sans doute parce que flatté par les richesses de son sous-sol : réserves mondiales de pétrole estimées à 7,6% ; gaz naturel, 7,5% ; réserves aurifères , 40% ; chrome et platine entre 80% et 90% ; matières premières indispensables et stratégiques au monde 30 %. Mais, il y a aussi sa population qui va avoisiner les 2,5 milliards en 2050 qui constitue un grand marché pour les produits russes. Voilà en gros les raisons qui ramèneraient la Russie en Afrique.

Et, le pays de Poutine ne commence pas son voyage de retour comme pendant la guerre froide ou la colonisation lorsque les puissances occidentales partaient en Afrique pour apporter la civilisation. Elle commence par des opérations de charmes.

Opérations de charme

La Russie commence par trois grandes et séduisantes opérations de charme.
Premièrement, elle annule, en 2009, 20 milliards de dollars sur les 25 de la dette de l’Afrique.
Deuxièmement, elle obtient, en 2017, des Nations Unies la livraison des armes à la Centrafrique pour aider les autorités de ce pays qui est déchiré par une guerre civile, à recoudre son tissu, malgré l’embargo qui avait été imposé à ce pays depuis 2013.
Troisièmement, elle s’immisce dans le débat très passionnant sur le Franc Cfa (Communauté financière africaine) et sur lequel beaucoup de chefs d’Etat de ce continent ne veulent pas se prononcer pour ne pas subir des représailles de la France.

Elle annonce donc son soutien politique et son adhésion à la lutte pour l’indépendance économique de l’Afrique. Et, prend les Africains aux sentiments.
Selon la presse internationale, la Russie aurait à travers son ministre de l’Economie et des Finances fait savoir à son homologue français la position de son pays sur ce débat. « Nous ne pouvons pas rester et voir comment les pays africains retardés, sont dans une misère profonde à cause d’une monnaie qu’ils ne veulent pas. La colonisation est finie. Il est temps pour les pays africains d’avoir leur pleine indépendance et de prendre le contrôle ».

Cette même presse va jusqu’à dire que le ministre russe aurait donné à la France un « ultimatum de six mois pour mettre fin à cette monnaie afin que les pays africains concernés puissent se développer, dans le cas contraire, il y aura des sanctions économiques russes et une interdiction d’importation des produits français. » Et, d’ajouter : « La Russie veut augmenter sa coopération avec les pays africains. Mais, il faudra mettre fin au Franc Cfa. Et, cette fin devra être garantie par l’Euro. Elle sera bénéfique en termes de commerce. »

Il faut donc comprendre qu’au pays de Poutine, les économistes pensent que le Franc Cfa constitue un grand obstacle au développement. Ils s’opposent aux chefs d’Etat de l’Uemoa (Union économique et monétaire ouest africaine) qui affirment que « le franc Cfa a permis une stabilité monétaire et financière des pays africains ».

L’Afrique, redeviendra-t-elle le champ de bataille des grandes puissances ?

A côté des anciennes puissances coloniales qui sont le Royaume uni, la France, l’Italie, l’Espagne et le Portugal, mais dont la présence en Afrique et les relents néocolonialistes ne suscitent plus de réactions ou indignations. Parce que les relations établies donnent l’impression que ces pays seraient dans leurs propriétés privées ; et les Etats-Unis qui y sont déjà très visibles, l’Afrique va avoir d’autres grands partenaires comme la Russie et la Chine. Peut-être aussi l’Allemagne, le Japon, le Canada, l’Australie et l’Inde.

Mais la question fondamentale aujourd’hui, est celle de savoir comment l’Afrique va-t-elle gérer tous ces partenaires anciens et nouveaux qui sont tous des grands pays ayant des fortes économies et de très puissantes armées ou industries militaires ?

La question peut paraître aberrante. Pourtant, elle vaut la peine d’être posée et mérite une réponse.

Car, même si la présence de toutes ces puissances ne va pas exhumer la guerre des idéologies, comme pendant la guerre froide, et faire que toutes ces puissances viennent s’affronter sur le terrain africain, comme jadis lorsque les puissances occidentales et l’Union soviétique s’affrontaient en Afrique, elle va au moins engendrer des pro-russes, pro-chinois, pro-canadiens, pro-allemands… qui vont devenir les défendeurs des intérêts de toutes ces puissances.

Une grande corruption pourra donc se développer dans les pays africains entre les dirigeants politiques et les grands lobbies internationaux qui seront au service de ces puissances, pour négocier les marchés.

C’est ainsi il faudra donc craindre que cette présence massive de toutes les grandes puissances en Afrique ne développe non seulement la corruption des dirigeants africains ; mais aussi le trafic des armes.

Car, chaque puissance cherchera à avoir au sein de la classe politique une porte d’accès aux matières premières.

Et, faudra-t-il dire qu’en ce 21e siècle, le grand business qui fait accroitre les économies des grandes puissances semble être la guerre ou la vente des armes.
C’est ainsi que la présence de toutes ces puissances mondiales sur le continent africain peut devenir très dangereuse si et seulement si les pays africains n’organisent pas leur défense et ne se préparent pas pour les recevoir.

Comment doivent-ils organiser leur défense ?

Partant de la réalité qui est déjà connue et vécue par les Africains et qui leur fait découvrir que les puissances étrangères occidentales ou orientales ne viennent pas dans leurs pays ou leur continent pour des raisons philanthropiques, mais pour des intérêts économiques, les Africains doivent organiser des stratégies de défense.

Mais, c’est l’Union africaine qui doit être la cheville ouvrière dans l’élaboration de toutes ces stratégies et l’uniformisation des maquettes et des concepts de développement.

Ainsi que celle des politiques économiques et de développement à mener dans tout le continent comme cela se fait au sein de l’Union européenne. Ceci permettra aussi d’éviter le déséquilibre dans le développement du continent.
Mais, pour ce qui concerne le commerce des matières premières dans tout le continent africain, nous réitérons notre point de vue sur la création des comptoirs.

Ce point de vue a déjà publié sur ce site dans un article titré « L’Afrique bouge et fait bouger  ». Nous y avons parlé d’un comptoir africain sur la vente du pétrole.
Et, il devra en être ainsi pour un certain nombre de matières premières que la Commission de l’Union africaine, devra répertorier.

Aussi, cette stratégie permettra de mettre fin à la guerre meurtrière qui a lieu à l’est du Congo Kinshasa, et qui trouverait ses origines dans le contrôle ou la vente de minerais.
L’Union africaine devra donc prendre ses dispositions pour mettre fin à ce spectacle désolant, révoltant et humiliant pour les Africains.

Car, dans la nouvelle configuration de l’économie africaine, voire mondiale, c’est le Congo Kinshasa qui sera le poumon.

Serge Armand Zanzala, journaliste et écrivain

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