Télégramme à la ministre Adelaïde Moundele Ngolo :
Vos services dans la réanimation d’urgence surprennent et plombent les Congolais ! Comme si la région du Pool n’avait pas assez souffert et Monsieur Sassou n’avait pas assez démontré sa cruelle médiocrité, vous lui fournissez des clous pour fermer le cercueil avant d’ensevelir la région ! Cette funèbre collaboration doit cesser.

D’entrée de jeu, nous avouons que nous avons eu du mal à trouver le titre qui vous convient le mieux pour bien vous faire comprendre notre révolte, indignation et émotion.

Madame la ministre, « Ya bouchi  » ( la sœur). Puisqu’effectivement vous êtes une sœur aînée. Nous nous sommes familiarisés avec quelques membres de votre famille biologique. Nous avons connu votre sœur cadette que nous appelons affectueusement Mama Annie. Nous avons connu le colonel Edgard Mougani qui, est pour nous, un ancien collègue au Conseil départemental du Pool ; mais aussi un frère. Nous avons connu votre père, Tata Mougani. Un notable à qui nous rendons un hommage mérité.

Nous avons connu la benjamine de votre famille, Ya Alice, avec qui nous étions dans la confrérie Sainte Rita. Elle était une « Rose  ». Le nom donné aux sœurs membres de la confrérie. Et nous, une « Abeille », celui, donné aux frères.
Mais, nous vous jurons Woualaï, nous n’avons pas été une abeille qui pique les roses. Nous étions et vivions comme frère et sœur, même si Ya Alice sentait les roses, et nous, les fleurs du flamboyant.

Nous avons été, avec le père Christian de la Bretèches, à Kindamba Ngoueri dans votre village. Mais, nous pensons que c’est le titre de Maman qui vous convient, le mieux. Tradition et authenticité obligent !

Chère Maman,

Nous ne voulons pas ici nous plonger dans votre passé lointain qui est très élogieux et dans lequel ceux qui vous connaissent bien trouvent et vantent vos qualités de sapeur et de karatéka. Sapeur, vous vous habillez et coiffez toujours bien. Nous comprenons vite pourquoi Tonton Benoit n’a pas pu résister à votre look et charme.

Dans le karaté, vous étiez ceinture noire et très forte dans le mawashi-geri. Mais, nous ne voulons pas dire que sur le plan des shuto tonton Benoit en avait beaucoup reçus. D’ailleurs, lui aussi, était un grand sportif.

Nous voulons ici tout simplement revenir sur vos qualités de secouriste que beaucoup de Congolais ignoraient jusque-là et que vous-même avez étalées ces derniers temps.

Vous tentez de sauver le pouvoir de Denis Sassou Nguesso en le réanimant avec votre adhésion au projet de création d’un poste de vice-président.
Alors que c’est vous, dès le début de la première guerre de Denis Sassou Nguesso avec Frédéric Bitsamou dit Ntumi, qui aviez amorcé le dialogue entre les belligérants.
Même si des langues (fourchues ?) vous accusaient déjà, en ce temps, d’être de mèche avec Ntumi.

Tout simplement, parce que c’est à Kindamba Ngoueri, dans votre village, que ce dernier aurait rencontré les premiers Ninjas qui étaient à la recherche d’un abri. Car, ils étaient pourchassés par les cobras et les Angolais qui se battaient du côté de Sassou Nguesso pour le ramener au pouvoir, le soupçon de collusion planait sur vous.
D’ailleurs, le procès du général Norbert Dabira a confirmé cette complicité entre Ntumi et Denis Sassou Nguesso que beaucoup de Congolais dénonçaient mezzo voce. Puisqu’il a été dit, devant la barre, que les armes de Ntumi provenaient des casernes militaires, il y avait, en effet, matière à suspicion.

Et dans cette première guerre, vous avez donc été la première femme à venir au secours des populations du Pool. Vous parliez aux Ninjas comme une mère. Et, les Ninjas vous écoutaient et vous obéissaient comme des enfants.
Cependant, dans la deuxième guerre qui a opposé les mêmes acteurs, vous avez été moins visible que dans la première.

Beaucoup de Congolais ont été déçus par votre indifférence et votre silence. En tout cas, du référendum qui avait eu lieu en 2015 à la signature du cessez-le-feu entre les représentants de Ntumi et ceux du gouvernement, en passant par l’élection présidentielle anticipée du 20 mars 2016, c’est à peine si on a entendu votre voix.
Curieusement et brusquement, les Congolais vous voient prendre la direction de la campagne électorale du candidat unique du clan Sassou Nguesso.

Puisque le Pct, votre parti politique, et les autres partis de la majorité présidentielle ainsi que ceux de l’opposition n’ont pas encore annoncé leurs candidats à cette prochaine élection dont personne, sauf Denis Sassou Nguesso et le candidat à sa succession, ne connaisse la date, on ne comprend pas votre zèle.
Un autre membre du gouvernement, Thierry Lezun Moungalla, fait partie de cette équipe de campagne. Mais, nous l’avons déjà dit dans un article publié sur ce même site que ce ministre était trop fragile pour nous. Voilà pourquoi nous ne voulons pas l’affronter et parler de lui.

Les Congolais scandalisés

Pourtant, les Congolais sont scandalisés parce qu’ils ne comprennent pas comment une originaire du Pool peut se battre contre son propre camp.
Ce département est aujourd’hui complètement dévasté par des guerres récurrentes et a toujours été victime de la politique de Denis Sassou Nguesso, depuis les années 70 jusqu’à aujourd’hui, en passant par celles de 1972 avec le coup d’état du lieutenant Ange Diawara, et celle du 18 mars 1977, au cours desquelles les populations du Pool ont payé un lourd tribut. En volant au secours de cette dictature qui vit ses derniers moments vous ôtez le peu d’énergie qui restait au Pool.

Alors que tout le monde sait que Denis Sassou Nguesso a une haine viscérale pour les Bakongo en général, et les populations du Pool, en particulier, vous venez d’apporter de l’eau à son moulin.

Et, malgré ce qu’elles peuvent faire et donner, Sassou Nguesso ne les portera pas dans son cœur.

D’ailleurs, bien avant vous, chère Maman, Sassou Nguesso a eu entre autres amis Gérard Bitsindou, général Casimir Bouissa Matoko. Vous savez comment ils ont fini.
Sassou Nguesso a-t-il hésité, un instant, à cause de ces amitiés, à bombarder ce département ? Non !

Nous avons appris qu’un obus était même tombé sur la tombe de votre père. Comme si on voulait le voir mourir une deuxième fois !

Des recrutements des auxiliaires à Bacongo

Aujourd’hui, nous apprenons dans les réseaux sociaux qu’un coup d’état est en préparation. Les auteurs sont cités nommément. On parle des généraux Jean Dominique Okemba et Jean François Ndenguet. Et, que le commissaire du Poste de sécurité de Bacongo, un certain Gabin dit l’Ange de la mort, aurait recruté 214 jeunes sous la fonction d’auxiliaire de la police. Ces jeunes qui recevraient, chaque fin du mois, un perdieme, seraient déjà armés.

On parle aussi de cinq cachettes d’armes dans les quartiers de Brazzaville sud. Alors qu’il y a quelques mois seulement, tous les auxiliaires de la police qui, pour la plus part, étaient originaires du nord, (tribalisme et protection du pouvoir obligent !) avaient été congédiés en les laissant partir avec leurs armes. Et, le communiqué officiel qui était diffusé à cette occasion rapportait que la Direction de la police avait mis fin à cette fonction compte tenu de la crise financière que connait le pays.
Pourtant, aujourd’hui, elle remet le recrutement des auxiliaires sur le tapis. Et, comme par hasard, c’est dans les quartiers du sud de Brazzaville seulement que l’on recrute.

Voilà, chère Maman, ce qui devait vous préoccuper en tant que fille du Pool, élue du peuple et membre du gouvernement, et vous pousser à parler à vos enfants.
Les Congolais, même ceux qui ont tiré profit de ce pouvoir, ne comprennent pas que c’est encore des filles et des fils du Pool qui viennent sauver le pouvoir moribond et agonisant de Denis Sassou Nguesso. Alors qu’hier ce pouvoir leur appartenait. Il était le pouvoir de tous les originaires du Nord. Pour le protéger ils avaient été dressés contre leurs frères et sœurs du sud comme en témoignent tous les nombreux crimes politiques enregistrés dans le pays.

Aujourd’hui, ils ont découvert, dépouillé et démasqué l’homme qui les avait pris en otage. Ils veulent le changement. Curieusement, c’est vous, enfant du Pool, qui allez encore chercher à pérenniser le pouvoir qui vous a réduit en esclave et fait de la région un no man’s land.

Chère Maman,

Serez-vous donc plus proche de Denis Sassou Nguesso que le général Norbert Dabira ? Dabira a beaucoup profité de ce pouvoir ; mais il a voulu tuer Sassou Nguesso dans une explosion de son avion en plein vol. Parce que le mal qu’il a fait aux Congolais devient insupportable.

Aussi, nous pensons qu’en tant que membre du gouvernement vous êtes suffisamment informée sur le vol d’armes et munitions de guerre qui a eu lieu à Tshambitso, près d’Oyo, la poudrière privée de Denis Sassou Nguesso.
Pensez-vous que c’est pour aller faire la chasse aux éléphants que toutes ces armes ont disparu ? C’est pour vous dire que même les Mbochi ne veulent plus de ce pouvoir clanique et tribaliste.

Vous avez adhéré au projet illégal et illégitime de la succession de Christel Denis Sassou Nguesso à son père ou celui de la création d’un poste de vice-président. C’est votre choix ! Mais, ce n’est pas digne de vous. Ce n’est pas digne d’une fille du Pool.
Pire, lors de la présentation du livre « Ce que je crois », de Christel Denis Sassou Nguesso, les Congolais ont été choqués de voir que le pressenti successeur de Sassou Nguesso, qui, pourtant, vu son âge est votre fils, vous a manqué du respect. Il est resté assis alors que vous, l’élue du peuple, membre du gouvernement et mère, vous étiez debout, et vous lui tendiez la main. Il ne manque pas de toupet ce fils de pute qui n’ose pas se lever devant vous !

Dictateur comme son père, il a mis sur écoute le président du sénat qui, selon la constitution de son père, est la deuxième personnalité du pays. Mais, Pierre Ngollo est aussi le secrétaire général du Pct, le parti auquel appartient Christel Denis Sassou Nguesso.

Serge Armand Zanzala, journaliste et écrivain