Depuis quelques jours, le sujet sur le Fédéralisme occupe les débats du forum. Entre les tenants et les opposants, l’attitude raisonnable serait d’approfondir la question de manière objective .

Le Fédéralisme est en train de hanter les esprits de certains congolais (République du Congo). Pour ma part, je crois que derrière cette aspiration se cache certainement l’idée de vouloir voir le Congo s’en sortir. En soi, l’intention est bonne.

Pour commencer, voici ce que certains dictionnaires nous donnent comme définitions du Fédéralisme :
C’est l’union de plusieurs Etats qui, tout en conservant chacun une certaine autonomie, reconnaissent l’autorité d’un pouvoir unique dans certains secteurs et constituent un seul Etat pour l’étrangers (Larousse).
Dans le Petit Larousse Illustré, il est défini comme un : Mode de regroupement de collectivités politiques tendant à accroître leur solidarité tout en préservant leur particularisme.
Une autre définition tirée du Robert nous apprend que le Fédéralisme est un système politique d’un Etat fédéral, régissant les rapports entre le gouvernement central et les gouvernements des collectivités (Etats fédérés, républiques, cantons, provinces) qui forment cet Etat.

Ces différentes définitions nous renvoient à un désir d’unité, de regroupement (d’Etats séparés), de solidarité entre Etats tout en gardant une autonomie. Mais cela n’exclut pas le fait que dans certains secteurs il y ait une autorité unique à tous les Etats et qu’à l’extérieur l’Etat fédéral soit considéré comme un seul Etat.

Ce qui revient à dire que si nous lisons l’histoire des Fédération comme les Etats-Unis ou la Suisse, nous allons nous rendre compte que les différents Etats ou cantons dont ils sont constitués, étaient séparés les uns des autres et c’est pas souci de devenir plus fort qu’ils ont choisis de se fédérer. Beaud Olivier écrit ceci :
La fédération est une solution institutionnelle inventée par des petites républiques pour faire face au péril de la guerre représentée par les vues bellicistes des monarchies ou des empires despotiques. [1]

Il y a certes un cas particulier en ce qui concerne la Belgique, mais même dans ce cas là on peut apprendre qu’ :
En vertu de l’autonomie institutionnelle propre au système fédéral, régions et communauté "font la loi" dans une série de domaines. L’autonomie conférée implique en corollaire, conformément à la même idée fédérale, l’établissement de mécanismes de participation et de coopération entre toutes les composantes de l’Etat belge. Cette nécessité est encore plus aiguë dans le fédéralisme belge qui comporte cette particularité d’être le fruit d’un processus de dissociation et non d’un phénomène d’agrégation. [2].

En effet la Belgique s’est fédéralisée dans le souci de répondre aux besoins de ses deux communautés (flamande et wallone), les néerlandophones voulaient être reconnus comme autonome culturellement et les wallons francophones ont voulu plus tard assumer seuls leur avenir économique. Nous pouvons aussi constater que la différence linguistique a beaucoup joué dans le choix vers la fédéralisation de la Belgique.

Sans rentrer dans les détails, nous voyons donc que le modèle belge semble mieux nous "correspondre", dans ce sens que le Congo n’est pas un pays composé de différents Etats qui veulent se mettre ensemble, mais un seul Etat qui veut se fédéraliser pour une autonomie des différentes présentations. Mais la différence avec nous c’est le fait que les belges, même en ayant voulu se séparer en vue d’une autonomie, ressentent de manière plus intense la nécessité de travailler ensemble (cf. citation de De Wilde d’Estmael)

Nous constatons donc que par rapport aux Etats fédéraux comme les Etats-Unis et la Suisse, nos motivations sont différentes. Même les définitions citées plus haut ne confirment pas les motivations qui semblent être les nôtres aujourd’hui dans ce choix pour la Fédération.
Il semble que l’idée qui motive les tenants du Fédéralisme au Congo, est celle de se séparer pour devenir indépendants les uns des autres afin de se gérer et de profiter des richesses personnelles. Parce qu’aujourd’hui il semble que ce sont les mêmes qui profitent des biens de tout le monde.

C’est ici que des problèmes risquent de surgir, car notre idée du Fédéralisme risque de relever plus d’un idéal que de la réalité. Parce que comme il est écrit plus haut, si nous aspirons à une Fédération née d’un désir d’autonomie, donc d’une séparation plutôt que d’une union, il nous faudra encore plus tenir aux valeurs qui vont nous permettre de coopérer les uns avec les autres pour que cela ne tourne pas en affrontement entre les différents Etats.

Dans la situation qui est la nôtre, sommes-nous prêts à coopérer ?

Une autre idée qui semble être très forte dans le fédéralisme c’est que celui-ci comporte un paradoxe né du danger de guerre, il risque d’y succomber si ce danger potentiel est constamment actualisé [3].

Nous pouvons aussi lire ceci : le fédéralisme sert à établir la paix, c’est-à-dire l’impossibilité de la guerre. Dans le domaine de la politique intérieure, personne ne songerait à appeler "paix" une situation dans laquelle une agression est possible et où il faut en permanence être armé pour faire face à l’agresseur éventuel, même si, dans le moment présent, aucune réaction n’est nécessaire… La paix existe à partir du moment où une organisation a le pouvoir d’empêcher les hommes, isolés ou en groupe, de recourir à la violence pour régler leurs différends et de les contraindre à les régler par des moyens juridiques [4]

Si nous lisons bien ces lignes, nous nous rendons compte que le Congo se trouve dans la situation décrite et donc nous pouvons de ce fait nous demander si dans notre contexte le Fédéralisme est la solution pour nous aider à nous en sortir ? Ne sommes nous pas en train de désirer un modèle d’Etat qui est en contradiction avec ce qui nous caractérise actuellement ?

En ce moment le Congo n’a pas une pression qui le pousse à se protéger contre l’extérieur, même si le danger de guerre par rapport aux autres pays est toujours permanent. Le Congo est en guerre contre lui-même. Ce sont des groupes à l’intérieur d’un même pays qui s’oppose pour des problèmes qui leur sont internes. Le Congo veut se fédéraliser pour se protéger de lui-même. L’ennemi du Congo don il devrait se protéger, serait-ce le Congo lui-même ?

Dans notre situation, le choix pour la fédération avec le contenu que nous lui conférons (la volonté de se séparer pour devenir autonomes) ne serait-il pas le coup fatal qui va achever le Congo ?
Quand les autres, à l’instar de l’Union Européenne, se mettent ensemble pour plus d’efficacité, le Congo serait-il en train de vouloir se diviser pour devenir plus fort ? (Plus faible ?)

Avant de penser à fédéraliser le Congo, ne semble t-il pas plus judicieux de chercher les racines des problèmes qui minent les différentes régions qui ont du mal à vivre ensemble et d’essayer d’en trouver des solutions ?

Je n’ai pas la prétention de répondre à ces questions, car il s’agit là de la vie de toute une Nation. Je voulais simplement, pour ma part, apporter une contribution à cette réflexion. Quoiqu’il en soit, aucun système politique ne porte en lui la formule magique pour aider les Etats à s’en sortir. C’est à chaque Etat de trouver celui qui lui convient le mieux tout en restant le plus réaliste possible.

Blanchard Alice.

[1Beaud O., « La Fédération entre l’Etat et l’Empire », Les Fédéralismes Travaux et recherches Presses Universitaires du Septentrion, 1996, p. 43

[2De Wilde d’Estmael T., Les Fédéralismes, Travaux et recherches Presses Universitaires du Septentrion, 1996, p. 95

[3Beaud O., « La Fédération entre l’Etat et l’Empire », Les Fédéralismes Travaux et recherches Presses Universitaires du Septentrion, 1996, p. 44

[4Barthalay B., « Le Fédéralisme », Que sais-je ? n° 1953, pp. 25.27