Seule la parole libère, au même titre que l’écriture. Un vernissage a eu lieu jeudi 10 septembre 2020 dans la « salle verte » de l’ambassade du Congo à Paris. Dans le cadre de sa rentrée littéraire, une romancière congolaise
a parlé des rapports de domination/soumission entre les sexes.

Emma Mireille Elion-Opa, Journaliste, Ecrivaine, Dramaturge, Fonctionnaire, a présenté son ouvrage « Seule la lutte libère » devant un public trié sur le volet (en raison du Covid). Une quarantaine de personnes au total a répondu présent.

Grâce à un excellent casting, le public s’est fait une idée de « Seule la lutte libère », une pièce de théâtre dont le thème principal porte sur la condition féminine en Afrique, notamment la douloureuse question de l’excision, un rite de passage qui fait couler beaucoup d’encre et beaucoup de...sang.

Quant à l’intitulé de l’œuvre, l’allusion au slogan de l’URFC n’est que trop évidente, sauf qu’ici il s’agit d’un combat dynamique, porté par le théâtre, un mode littéraire destiné à transmettre des données qui font bouger les lignes de la société. En effet, la vie est «  un combat » mais aussi « un jeu ». Ce qui semble l’inverse des enjeux de l’ancienne Union Révolutionnaire des Femmes du Congo (URFC), préoccupée par la politique stricto sensu.

Seule l’écriture libère

La modération, assurée par Aurore Foukissa, a permis d’écouter Marien Fauney Ngombé, excellent rhétoricien qui dans son rapport de l’ouvrage, de l’avis de l’auteure, n’a pas trahi la problématique exposée dans la pièce, notamment, sur le sort des femmes en Afrique.

Mise en abyme

La mise en abyme (ou mise en abîme) fait partie des techniques de critique de roman prisées par Roland Barthe dans « Le degré zéro de l’écriture ». Il s’agit de l’histoire dans l’histoire. Emma Mireille Opa-Elion a utilisé la mise en abyme comme stratégie d’écriture. Des sujets telle la scolarité de la femme en Afrique sont renvoyés méthodologiquement par le douloureux thème de l’excision qui lui-même renvoie à la polygamie ou phénomène des « bureaux ». De fil en aiguille, l’auteur a pu aborder un nombre infini de problèmes qui minent nos sociétés.

Le podium était composé de l’éditrice, Muriel Troadec, une française née en Côte d’Ivoire et dont la maison d’édition est basée désormais à Pointe-Noire au Congo bien qu’elle réside elle-même à Bordeaux. Pour la petite histoire, le père de Muriel Troadec est né au Congo en 1939. Autant dire que Mireille Opa-Elion a frappé à la bonne porte quand, après une première procédure d’édition, elle a été obligée de changer de maison, optant pour « Les lettres Mouchetées » de Muriel Troadec. « Le Congo est un pays qui foisonnent d’écrivains » a reconnu l’éditrice girondine. Visiblement Mireille Opa a fait mouche.

Jeu d’acteurs

D’entrée de jeu, deux acteurs, parmi lesquels, Jean-Felhyt Kimbirima, ont dramatisé deux extraits du livre. Leurs voix ont retenti au plafond de la salle verte de l’ambassade dont des représentations de la peinture de Michel-Ange qui le décorent ont dû être sensibles à ce genre littéraire, le théâtre, qui date de l’époque athénienne. Quelle voix de stentor, Kimbirima, comédien, metteur en scène, directeur artistique !

La condition féminine

L’hypothèse de Mireille Opa-Elion est celle-ci : le monde est un village planétaire (cf. Mac Luhan) ; la condition féminine est la même partout, en Occident, en Afrique, en Asie. Bien que l’excision ne concerne pas au premier chef les femmes en Afrique Centrale, l’auteure, née à Brazzaville, ne reste pas moins citoyenne du monde, et donc partie prenante de toutes les douleurs que ressentent les femmes, quel que soit le champ culturel où ces douleurs sont infligées.

La question de la domination de la femme est millénaire. Récemment, aux siècles derniers, même le grand Victor Hugo a ignoré le droit de la femme au profit du seul concept du droit de l’homme. Voter est un acte politique qui a pris du retard dans une démocratie comme la France. Un diplôme comme le baccalauréat a été jusqu’à une époque récente une utopie pour la femme, en France. Marie Curie, une femme, a obtenu le prix Nobel en physique et en chimie. L’illusion que Marie Curie était un homme a longtemps brouillé les esprits tant on ne pouvait imaginer qu’une femme soit une savante. La stupéfaction fut grande en Afrique Centrale quand Aimée Nialli Gomez, une congolaise, fut la première femme à décrocher le Bac. A Brazzaville, un quartier porte le nom de Jane Vialle, l’une des première femmes lettrées d’Afrique Centrale.

Qui a dit que l’avenir de l’humanité sera dicté par la femme ? Celui-là ou celle-là n’a pas tort.

Quand on pense que Platon était solidaire du combat féministe on n’en croit pas ses yeux que la première bachelière française, Julie Victoire, n’ait eu la légitimité de la connaissance et de l’intelligence qu’à une date très récente. Le combat est un domaine non exclusif aux hommes comme l’ont montré des figures charismatiques de la trempe de Jeanne d’Arc la Pucelle d’Orléans, Kimpa Vita (la Jeanne d’Arc du Congo) morte sur le bûcher.

L’universalité revendiquée par Emma Mireille Opa-Elion se ressent notamment dans l’écriture où la distribution des noms des personnages de la pièce (Elombé, Louzolo...) n’obéit à aucune règle ethnicisante et ethnocentrique.

Dans la salle, on a noté la présence de Patrick Ngombé, conseiller à la communication (Ambassade du Congo à Paris), Yvon Amar (RFI), Loriette Bikouta (tuséo), Boniface Mongo Mboussa, critique littéraire, Jean-Aimé Dibakana, écrivain, Akinati Motsé, styliste, écrivaine, Marie-Alfred Ngoma des Dépêches de Brazzaville, Martial Pos, de Télé-Congo. Richard Ossoma-Lesmois, juriste écrivain, Nelly Biola d’Elikia Deliss (Traiteur)

Thierry Oko

Photographies de la dédicace