Dans la bibliographie de l’auteur publiée dans notre recueil de nouvelles,« La France, ni marâtre ni mère-patrie », nous avons pris l’engagement de continuer la lutte des indépendances africaines, et avons proposé, par ailleurs, l’acronyme macaroni comme symbole de ce combat. Bien que le sens de ce signe soit donné dans le livre, nous voulions profiter de la journée du 14 Juillet 2019, date de la fête nationale de la République française, pour bien faire connaitre notre combat.

Rappelons que cette fête a été instituée par la loi Raspail 1 du 6 juillet 1880, pour commémorer la prise de la Bastille du 14 juillet 1789 qui est le symbole de la fin de la monarchie absolue, ainsi que la Fête de la Fédération de 1790, qui, elle, symbolise l’union de la Nation française.

Le 14 juillet est donc aussi pour nous, Africains et fils de la « mère-patrie  », une date symbolique du mât de cocagne. Si les Français ont mis fin à la monarchie et fait l’union de leur nation pourquoi empêchent-ils les Africains d’emboiter le pas ? Par exemple, au Togo et au Gabon ainsi qu’au Congo-Brazzaville où Denis Sassou Nguesso veut, lui aussi, se faire succéder au pouvoir pas son fils, Denis Christel Sassou Nguesso, n’encouragent-ils pas des régimes monarchiques ? Ci-après, des morceaux choisis, histoire de planter le décor et justifier la fête du macaroni, une anagramme de Macron, à une voyelle près.

Pourquoi les Africains doivent-il célébrer le macaroni ?

Parce que la France, la mère-patrie «  n’a plus le génie d’antan qui lui permettait de concevoir et de créer des choses, ainsi que des concepts et des maquettes de développement. Il ne lui reste plus que la ruse qui lui permet de détrousser et de piller les richesses des pays africains, notamment celles de ses anciennes colonies. Et, toute sa politique africaine ne sera qu’un émail opaque avec lequel on recouvrira et protégera cette ruse pour lui donner de l’éclat qui va éblouir. C’est pourquoi je crains d’avance que la Macronie, le concept à travers lequel on désigne la gouvernance du nouveau président français, Emmanuel Macron, dont les Africains attendent déjà les conséquences dans leurs pays, ne soit qu’un diminutif ou une mauvaise prononciation du mot macaroni. Macaroni compris dans son sens populaire qui est pourtant injurieux et à travers lequel on désigne un italien ; mais aussi comme une variété de pâte alimentaire en forme de cylindre et qui est creux. » Pages 136-137

Tenue de ville exigée !

« Pour réagir à la déclaration d’Emmanuel Macron sur les femmes africaines qui font sept enfants chacune, et qui parait à leurs yeux comme une injure, toutes les femmes africaines décidèrent d’abandonner leurs bijoux en or, diamant, ivoire et autres matières précieuses pour porter, le 14 juillet de chaque année qui est la date de la fête nationale de la France, des macaronis autour de leurs cous, leurs tailles et leurs bras. Les hommes, eux, décidèrent d’orner leurs chapeaux avec des macaronis. Mais, nombre d’entre eux voulurent bien porter des couronnes faites avec des macaronis. Quant aux jeunes qui ont vu leur avenir brisé par la politique africaine de la France et la corruption qu’elle a développée dans leurs pays, ils s’organisèrent pour aller déverser à la même date des macaronis devant les ambassades et les consulats de la France. Sans s’en rendre compte, les Africains avaient repris la lutte pour les indépendances de leurs pays. Des indépendances qui avaient été mal négociées et revendues par des chefs d’Etat ou par des gouvernements qui, en réalité, ne sont que des compagnies concessionnaires françaises.  » Pages 137-138.

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Des spectacles similaires à ceux de la traite négrière

« Ce que la France a fait et a réussi, c’est durcir les conditions de vie dans les anciennes colonies, pour que les africains restent toujours enchaînés et deviennent volontairement des esclaves. Se faire esclave, soi‐même, est devenu le meilleur choix pour des milliers et des milliers de jeunes africains qui veulent gagner les pays occidentaux. Ils voyagent dans des conditions très difficiles. Ils sont entassés dans des barges ou des bateaux de fortune qui ne sont pas très loin des négriers, pour traverser la Méditerranéen. Malheureusement, ce sont ces images que les grandes chaines de télévision ont diffusées et qui ont fait le tour du monde. Pourtant, ce n’est pas pour obtenir la compassion de tous les autres peuples du monde, mais pour offrir aux nouvelles générations des spectacles similaires à ceux de la traite négrière, notamment celui de la traversée de l’Atlantique par les esclaves noirs. »

La voix de Papa Wemba se fait entendre

« Alors qu’elle pleurait encore sur tous les crimes contre l’humanité commis par les grandes puissances en Afrique, depuis l’exploration, en passant par la traite négrière, la colonisation, jusqu’à la période postcoloniale, la voix de Papa Wemba, grand musicien congolais, à jamais inconsolable, s’est fait entendre à midi et sous un soleil accablant. Elle accuse les Blancs :
«  Likambo nini na ngaï mwana ya maaamaa ?
Me likambo nini na ngaï mwana ya maaaamaa ?

Quel problème entre toi et moi ?
Bokolisaki ngaï na ba passi ya bapaya.
Vous m’avez élevé dans des conditions imposées par l’étranger ;
Na niokwamaki na fimbo ya bapaya
J’ai subi le martyr et toutes formes de tortures.
Bobomeli ngaï ba nzambe nioso ya africaaa
Vous avez remplacé toutes les religions africaines
Eh ngaï eee Eh ngaï eee Eh ngaï eee
Pitié, pitié
Nga boyieeee. Nga boyieeee. Nga boyieeee
Non ! Je refuse ce sort !
Mowumbu n’America na Sali nzela massinioo
Esclave en Amérique, j’ai construit le chemin de fer
Mowumbu n’Africa moniororo na kingo
Esclave, J’ai toujours des chaines au cou
Boteki ngaï na zando ya Tippo Tipo
Vous m’avez vendu à Tippo Tipo
Nzela molayi oyo nzela ya Zanzibar
J’ai emprunté le long chemin de Zanzibar
Nakeyieee n’America
Je suis parti vers les Amériques
Ko salela na nga nde mopaya (…)
Travailler comme esclave (…)
Liberté, liberté ya ngaï mwana ya africa !
Je veux la liberté ! Je suis Africain ! »

L’Afrique victimes des viols

« Cependant un jour, Pierre Mopaya Zoba fut séduit par la nudité d’une jeune fille qui se baignait seule au Fleuve. Comme un chasseur qui veut surprendre une horde d’antilopes, il longea le petit sentier qui descend vers l’eau, arriva à l’endroit où se trempait la jeune fille, se jeta dans la rivièrev avec tous ses habits, et attrapa la demoiselle de la même manière qu’un crocodile saute sur une proie.
– « Laisse‐moi ! Que me veux‐tu étranger ?
Laisse‐moi partir » crie la jeune fille qui se débat pour s’échapper des mains de Pierre Mopaya Zoba.
- N’aie pas peur ! Il ne t’arrivera rien !
Sors de l’eau ma chérie ! Sors et allonge‐toi là, sur le sol.
– Non ! Je suis encore vierge. Laisse‐moi rentrer au village. Au secours ! Au secours ! A l’aide ! » se défend-elle.
Pourtant, personne ne peut entendre sa voix. Le village est loin. Il faut aussi dire que tout le village est parti au champ, à la pêche et à la cueillette.

– Tu es vierge ! J’aime les vierges. Dieu aussi aime les vierges. Je n’aime pas les « second hand » ou les « Biloko basalela ». « Biloko basalela !  » (Il éclate de rire). Les vierges, c’est bon ! Allez viens ma chérie ! (…)

« Tu me fais mal. Tu me fais très mal. Tu m’as blessée. Je saigne. Arrête ! J’ai mal ! » continue de crier la jeune fille qui se débat pour sortir des mains de Mopaya‐ Zoba.

Soudain, un malaise ; elle s’évanouit. Malgré l’état dans lequel se trouve la jeune fille, Pierre Mopaya Zoba descend son short jusqu’à ses pieds, sort un sparadrap de son sac au dos et musèle l’infortunée. Puis, il lui impose un rapport sexuel (…)

Vive la France ! Vive la France !

« Il regagne sa tente, vide en une seule gorgée un quart de whisky pour bien digérer son plaisir, mange goulument un petit chocolat pour refaire son corps qui s’est bien affaibli, prend un cigare et l’allume. Puis, il avale toute la fumée comme s’il veut s’empêcher de vomir. Ensuite, il la sort à travers ses narines et ses oreilles sans toussoter, pour dissiper les odeurs de son viol. Il compose rapidement une ballade et produit par sa voix des sons mélodieux qui envahissent toute la pièce :
O les vierges, O les vierges, O les vierges
Si celles de ma contrée sentent la vanille
Et, sont toutes molles comme des chenilles
Celles d’ailleurs sentent les goyaves mûres
Et, on y revient comme à la cueillette des mûres
Parce qu’elles sont violentes comme une bise sur le Carmel
Mais, toutes sont succulentes comme le caramel
C’est pourquoi à toutes, je continue à brûler le cierge
O les vierges, O les vierges, O les vierges
Tempérées ou tropicales, on s’en fout !
Je m’en fous ! Tant pis !
Même si d’aucuns me traiteront de fou !

Enfin, il enchaîne avec la Marseillaise qui, au début, n’était qu’un chant patriotique de la révolution française, avant d’être adopté par la France comme hymne national, comme s’il veut officialiser, légitimer et mettre le sceau de la France sur son viol.
Et, il crie trois fois : « Vive la France ! » »

Ces textes sont extraits de notre recueil de nouvelles « La France, ni marâtre ni mère-patrie » 2019, Edilivre.

Réalisé par Serge Armand Zanzala, journaliste et écrivain