Seconde volte-face de Me Ambroise Hervé Malonga en l’espace de vingt-quatre heures. On apprend de source brazzavilloise, ce jeudi 28 juillet 2005, que l’avocat congolais vient de confirmer son refus définitif de représenter les parties civiles dans le procès de Brazzaville.


Me Ambroise Hervé Malonga aurait confirmé son intention de ne plus participer au procès des Disparus du Beach.

Selon une information qui vient de nous parvenir ce jeudi 28 juillet, Me Ambroise Hervé Malonga qui venait de manifester son intention de revenir dans le procès, aurait de nouveau fait volte-face.

L’avocat de la partie civile signe et persiste. Il confirme son refus de participer désormais à une cérémonie juridique qu’il a toujours qualifiée de "simulacre de procès".

Hier encore, l’avocat, selon plusieurs agences d’information dont l’AFP, avait pourtant manifesté sa volonté de reprendre le cours de la défense de ses clients. Il fit savoir ce désir dans une lettre adressée au premier juge.
Aujourd’hui l’avocat est donc revenu sur cette décision de remettre pied au palais de justice.

L’opinion nationale proche du gouvernement de Brazzaville doit donc déchanter. Le départ de l’avocat avait jeté un réel embarras chez les notables politiques notamment chez le ministre de la justice Ebia Entcha qui s’est fendu d’un discours où il qualifiait l’avocat congolais de tous les noms. La décision de Me Ambroise Malonga avait même, selon le site progouvernemental Congosite créé une "psychose" au sein de la partie civile.

Le retour annoncé de Me Malonga avait, par conséquent, suscité une lueur d’espoir au sein de la classe juridico-politique soucieuse de voir se dérouler le procès jusqu’à la fin et de voir se manifester la vérité dans dans cette ténèbreuse affaire.

La volte-face de Me Malonga a jeté un froid et déjoué, forcément, tous les projets de ceux qui espéraient organiser le procès des assassins du Beach à Brazzaville, arguant que la souveraineté de l’Etat congolais supportait difficilement qu’un tribunal étranger, en l’occurrence celui de Meaux en France, les coiffe au poteau dans cette affaire.

Sans prétendre cerner les raisons qui ont poussé Me Amboise Malonga de changer à nouveau d’avis en l’espace de vingt-quatre heures, on peut néanmoins affirmer qu’à l’écoute des audiences de la sixième journée, il y a de quoi être perplexe quant à la manière dont la première confrontation entre accusateurs et accusés s’est déroulée. Quel but poursuivait, en effet, le procureur en essayant de stigmatiser des "contradictions" chez les témoins à la barre. Exemples : on demande à un témoin s’il reconnaît avoir vu au Beach l’une des personnes présentes au box des accusés. Le témoin avoue ne pas être sûr ; il dit "non". On se regarde d’un air entendu du côté des juges avec, en arrière-plan, la conclusion suivante "Vous voyez !". On parle de tatouage qui aurait servi de critère de sélection pour confondre les Ninja dissimulés parmi la vague des retournants. Une future victime, le fils d’un témoin, ne présente pas de tatouage. Alors ! Cela suffit pour essayer de susciter le doute dans le juré. "Vous dites qu’aucune autorité n’était présente au Beach ce jour-là et vous dites qu’il y avait un ministre" fait-on remarquer à un témoin : donc "contradition". Ensuite on essaie de ridiculiser la thèse en vigueur chez les parents stipulant que les arrivants de Kinshasa étaient distribués en deux rangées, d’un côté les femmes, de l’autre les hommes. On essaie de la ridiculer en partant du fait que certains témoins disent qu’il y avait fouille des personnes selon le critère sexuel, d’autres qu’il n’y avait pas fouille des femmes. Et de parler de "contradictions" entre témoins.
Des trois témoins présents hier au procès, un seul (la mère de Boris Matondo) est capable de désigner le nom des personnalités responsables de la disparition de son enfant, mais (précise-t-on) elle n’était pas au Beach le jour fatidique !
On noircit davantage un cobra, un certain Ndoba, auteur d’enlèvement de Boris. Ndoba est un proche d’Adoua. Suivez notre regard.

Que vise-t-on, de facto, ridiculiser les témoignages en soulignant les "contradictions" chez les témoins ? Faire payer les lampistes de la trempe de Ndoba ? Disculper les hauts gradés assis dans le box des accusés ?

Chacun, à commencer par Me Malonga, semble voir clair dans le jeu des juges.

Simulacre. C’est un simulacre de procès. Voilà ce qu’a dû penser et cesser de ne pas dire Me Ambroise Malonga. Cette qualification paraît avoir été confirmée par l’audition des audiences de la journée du 27.

La décision de Me Ambroise Malonga de se désister pour la seconde fois a-t-elle été dictée par ce mode opératoire des juges ?

Difficile de répondre. Aussi la conférence de presse au cours de laquelle l’avocat démissionnaire a promis expliquer les raisons de sa sortie est attendue avec fièvre pour comprendre.