Je suis allée voir la pièce Africare au Tarmac de la Villette jeudi soir.

J’ai été bouleversée. Cette pièce raconte le Congo RDC par des témoignages filmés sur place qui dialoguent avec 6 comédiens de 3 villes différentes : Kinshasa, Kisangani et Bukavu dont un ancien enfant soldat. Ces hommes et femmes qui ont fui la guerre ou qui l’ont faite, cette femme qui raconte le viol et l’enfant qu’elle a du mettre au monde, ce chœur de prostituées, ces 3 rescapées de camps de soldats qui ont été violées et violées encore, ces shégués qui parlent de leur rue, ces handicapés survivants, qui VIVENT ! Ils ne pleurent pas, ils ne se lamentent pas, ils regardent aujourd’hui et peut-être demain, en sachant qu’ils doivent faire avec ce qu’ils ont traversé, mais que la vie ne peut pas s’arrêter à ce qu’ils ont vécu. Et le mythe d’Icare avec ces gamins de Kin qui l’étudient en classe. Les comédiens dansent, chantent, s’emmêlent dans ces filets de pêche où sont accrochées les plumes, labyrinthe, ces plumes et cette cire pour fuir ce monde qu’on ne peut fuir…

Je suis retournée samedi avec mon fils et deux de ses potes, 12 ans chacun (le métis, l’Antillais et l’Ivoirien), ils étaient tout étonnés de ce monde dont ils entendent vaguement parler parfois aux infos ou par les parents et ça leur a fait un drôle d’effet des voir des shegués, les enfants des rues du Congo, raconter leur quotidien, alors qu’ils ont le même âge. Ou cette femme qui raconte qu’à 10 ans elle a dû fuir sa famille car ils tombaient tous malades les uns après les autres et l’ont accusée d’être sorcière. "Chantmé !" disait l’un d’entre eux.

Dans le bus au retour, l’un des gamins me dit “Tantie, c’est vrai, d’habitude je préfère aller au cinéma voir des films genre Spiderman, là c’est vrai que tu nous avais dit que c’est un truc qui fait pas seulement rire, mais la prochaine fois que tu me proposes une sortie c’est sûr que je viendrai”. Ma récompense !

Mais, il y a une autre chose qui m’a attristée en allant voir cette pièce, c’est la couleur du public. Les deux soirs, respectivement un couple afro, c’est tout. Et pourtant à la Bastille, il y avait du monde ! Et au concert de Koffi et Werra à 100 euros l’entrée le 21 prochain, il y aura du monde !

J’ai parlé avec le délégué de production, José Bau Diyabanza, qui a sa compagnie à Kin et fait du théâtre social, il m’a raconté les risques pris pour aller filmer dans l’est du pays, sans savoir quel accueil leur serait réservé, j’ai été bouleversée par ce chant qui disait que celui qui est tué est un homme, celui qui tue est aussi un homme, le soldat est aussi un homme, le corps cramé qu’on était en train de trainer à l’image était aussi un homme…

Dépêchez-vous, c’est au Tarmac à la Villette tous les soir sauf les dimanches jusqu’au 28 juillet. Les places sont à 16 ou 12 euros (étudiants, demandeurs d’emploi), 8 pour les jeunes. (on les trouve à 12 euros sur billetreduc.com)

www.letarmac.fr

Pour compléter, un article dans Le Soir : http://www.lesoir.be/culture/scenes/theatre-le-festival-au-carre-2007-07-03-538043.shtml

A lire aussi la chronique dans le journal Le Potentiel : http://fr.allafrica.com/stories/200706220109.html