Un correspondant exterieur nous a fait parvenir ce texte copié depuis Mwinda.

Appel à tous mes frères et sœurs mbochis. Et au-delà à tous mes frères des autres régions

Par Wilfrid OGNAMY

L’année 1997 restera à jamais marquée dans nos esprits comme une année noire.

Le 5 juin 1997, le Congo Brazzaville basculait dans une guerre sans précédent. A l’issue de celle-ci, un homme, un fossoyeur s’emparait du pouvoir avec l’aide honteuse des multinationales du pétrole et des mercenaires… Il s’installait au pouvoir tel un véritable Kani à la recherche d’une considération humaine. Depuis 1998, conséquence de cette absurdité meurtrière, le Pool, l’une des régions du Congo Brazzaville est devenu le théâtre d’assassinats, de viols et pillages sans précédent. La composition ethnique dominante de l’une des milices, les Cobras pour ne pas les citer, a pu un moment accréditer la thèse du complot nordiste et plus particulièrement mbochi, assimilant par-là ce peuple (mbochi) à un homme qui abrite en lui toute l’horreur du monde.

Le moment est alors venu pour la nation tout entière et particulièrement pour le peuple mbochi de dégager les responsabilités et de désigner les véritables responsables de ce gâchis humain. Le moment est venu de se souvenir des grands illustres mbochis qui ont fait la fierté du Congo et laissé leur empreinte dans l’histoire par des hauts faits de courage, d’humanisme et de responsabilité. Je pense notamment à mon (feu) grand-père Jacques OPANGAULT, un des pères du Congo moderne. Tous les Congolais se rappellent que suite à un désaccord politique ayant entraîné les événements douloureux mais limités de février 1959, cet homme politique n’a pas hésité à négocier avec Fulbert YOULOU l’arrêt des hostilités pour sauvegarder un bien plus précieux que le pouvoir, la NATION.

J’ai une pensée tout aussi émue pour Jean-Baptiste IKOKO qui n’a pas hésité à mourir la main dans la main avec Ange DIAWARA alors que ses bourreaux (d’autres Mbochis) lui demandaient de renier leur fraternité de pensée. C’est aussi un autre Mbochi, OLOUKA, qui a sauvé la vie à ce même Ange DIAWARA à la radio Congo lors du coup d’Etat de KINGANGA. L’histoire plus récente de notre pays nous interpelle lorsque nous nous remettons en mémoire le rôle cardinal joué par Léthembé AMBILI (youliste et membre du MCDDI) pendant la Conférence nationale souveraine. Lors de ce forum historique je me souviens aussi, étant militant du PARI à l’époque, de l’étrange confession à la commission politique générale entre Benjamin TOUNGAMANI, responsable du PARI, et Henri OSSEBI de l’UPRN où il était question d’une nouvelle société congolaise débarrassée des anciens clichés du genre ’’ retard du Nord ’’ ou ’ ’région hégémonique ’’. Malheureusement OSSEBI a penché du mauvais côté.

Aujourd’hui un homme qui se prétend Kani, mais qui n’en a ni la sagesse, ni la perspicacité, ni l’humanisme a la prétention de représenter le peuple mbochi au nom duquel il veut légitimer ses crimes. Stop, trop c’est trop.

Où est alors la responsabilité du peuple mbochi ? Il est urgent et impérieux que le peuple mbochi se désolidarise de manière explosive et claire de ce tyran qui ne cesse d’enfoncer notre pays (avec la complicité agissante de comparses qui se disent représentants du Pool) dans la division et la pauvreté à tous les échelons de la vie sociale et de toutes les régions du pays.

N’oublions pas que celui qui refuse de se désolidariser des crimes en porte une partie de la responsabilité.

Dans l’affaire du Beach qui a été mise au grand jour dans la sphère internationale par la FCD, les témoins rescapés et l’aide déterminante de la FIDH et de Survie, j’ai apporté ma modeste participation pour la recherche de la vérité non seulement en tant que mbochi, mais surtout en tant qu’humaniste congolais. Chaque jour qui passe, nous observons avec indignation de la part de nos bourreaux de Brazzaville, l’envie effrénée de se justifier sur le nombre exact des disparus du beach de Brazzaville. Comme si ce problème se réduisait à un simple calcul macabre. La vérité est ailleurs : ce qui importe à notre peuple tout entier du nord et du sud, c’est de savoir pourquoi autant de bestialité et de haine à l’égard des enfants de cette modeste région et au-delà d’autres localités tel Owando.

Il devient donc urgent que les autorités de Brazzaville indiquent le lieu où ont été jetés les corps de ceux qu’ils reconnaissent avoir tués. Cette exigence nous permettra de donner à ces enfants, mes frères et petits frères, une sépulture digne de personnes humaines.

Notre émotion sur la tragédie du beach de Brazzaville est la conséquence d’une longue réflexion sur la nécessité de voir jaillir au Congo Brazzaville une idée de justice. Seule une justice responsable évitera aux originaires du Pool d’être tentés par des représailles à la rwandaise qui ne tarderont peut-être pas. Si la justice ne passe pas, pourrons-nous en vouloir à ce père originaire du Pool qui aura perdu toute sa famille dans cette tragédie que l’opinion attribue aux Mbochis et que nous légitimons par notre silence coupable ? Cette tragédie interpelle plus d’un Congolais, car des noms ont été cités comme commanditaires, mais à ce jour, seul le général Dabira paie le chèque de la conscience bouleversée. Que la justice continue son travail par le biais du tribunal de Meaux pour que la vérité éclate afin de confondre les vrais responsables de ces massacres honteux.

Peuples mbochis, le moment est indiqué pour vous de vous désolidariser de ce pouvoir moribond dont vous n’êtes pas bénéficiaires.

Je m’en veux pour preuve à partir des informations en ma possession, des difficultés et de la misère qui ne cessent de s’accroître à Boundji, Owando, Ewo, Impfondo sans oublier le virus Ebola qui ne cesse de faire des ravages dans la cuvette Ouest au moment où la famille princière et certains patrons des multinationales jouissent à atteindre le sommet de l’extase dans des anniversaires et autres mariages pompeux.

Je n’oublie pas mes frères qui ont été enrôlés dans la milice cobra qui souffrent dans différents quartiers de Brazzaville et réduits à l’état de pilleurs ou de braqueurs Tous ces jeunes ne demandaient que du travail, des livres. Aujourd’hui ils perdent leur vie par dizaines dans des exécutions extra judiciaires à l’instar du colonel Eyoma.

Qui sont les véritables responsables ? Ces jeunes ou ceux qui leur ont donné les armes ? Mes frères et sœurs mbochis, n’oublions pas les dictateurs assoiffés de sang ont toujours fini par être vaincus, inquiétons-nous de notre avenir. Car n’oublions pas que le sang de l’homme est sacré. Comme celui de notre Seigneur Jésus Christ. Sun TSE ne disait-il pas : " le combat implique courage, ruse, faites comme si vous étiez avec eux dans les couloirs, car cela vous permettra de mieux affûter vos armes " ? N’oublions pas non plus que l’avenir se joue comme un jeu d’échecs.

A tous ceux qui seront surpris par cet appel à la raison, qui croyait prendre est pris. A tous mes parents et amis que la peur habite, je vous dis : je me sacrifie pour l’unité à venir de notre peuple. Sacrifiez-vous pour moi dans la misère et le Congo s’en sortira... La patience est la meilleure arme de la réussite.

Il est des moments de la vie où la communion des idées est aussi forte que les liens de sang. DIAWARA et IKOKO l’ont réalisée. Nous avons commencé à le faire à la Conférence nationale. Nous continuons dans la diaspora congolaise en France. A bon entendeur, salut !

6 Janvier 2004.

Bonne année !

- Wilfrid OGNAMY
- Président de la fondation Jacques OPANGAULT
- Membre éminent de la FCD - RCN


Transmis par : Ouenzé