Nous parlons aujourd’hui, au Congo, d’un phénomène qui tue le processus de création de l’Etat - Nation : le tribalisme ou le régionalisme. Oui, il y a des tribus et des régions au Congo comme dans d’autres pays. Ce qui fait la richesse de notre pays et son identité c’est, l’existence ensemble de toutes ces choses. D’une tribu ou région à une autre, le Congo présente une richesse dans toutes ses splendeurs (des forêts jusqu’à la savane et des savanes jusqu’à la mer), qui ne peut qu’émerveiller et attirer les hommes et les femmes.

Mais, le tribalisme ou le régionalisme comme moyen de façonner l’Etat - Nation, a fait surgir un débat politique d’un autre genre, se traduisant par des conflits tribaux ou régionaux, qui n’ont fait que déchiré le tissu social congolais qui venait à peine de prendre corps. Le tribalisme ou le régionalisme au Congo, a commencé quelque part, par des congolais guidés uniquement par des intérêts personnels et égoïstes, et par la suite, s’est étendu à l’ensemble du pays à travers les structures de l’Etat comme, mode de gouvernement d’un pays encore à la recherche de son identité.

Voici un récit des évènements, qui se sont passés au sein d’un corps de l’Etat congolais naissant et, qui peut éclairer le peuple congolais, sur la question de savoir si c’est l’homme du Sud ou l’homme du Nord qui a semé le tribalisme ou le régionalisme au Congo : il s’agit de l’Armée Congolaise.

- Au commencement elle fut « colonie » Française du Moyen Congo en Afrique Equatoriale Française (AEF).

15 Août 1960 :

La colonie enfanta la « République du Congo » avec pour premier Président l’Abbé Fulbert YOULOU.
Dans la république naquit le « premier bataillon congolais » des Forces Armées Congolaises -FAC- avec comme « premier officier » au grade de sous-lieutenant, en provenance de l’Armée Française, le nommé MOUTSAKA David, qui assuma la charge d’organiser et de former les cadres de l’Armée congolaise naissante.

1960- 1962 :

Le capitaine MOUTSAKA David, Commandant en Chef et Chef d’Etat Major Général des Forces Armées Congolaises, est originaire du Pool, région du Sud Congo. Dans le cadre de ses obligations, il assure le recrutement des nouvelles recrues venant de toutes les régions du territoire congolais du nord au sud et d’Est en Ouest, pour couvrir les besoins en personnel officiers, sous-officiers, soldats, de la nouvelle armée congolaise, sous le patronage du Président de la république, Fulbert YOULOU, originaire du Pool, région du Sud du Congo ; sans esprit de tribalisme- c’est ainsi que :

- le sergent-chef NGOUABI Marien
- le sergent-chef YOMBHI-OPANGO Joachim ;

tous deux originaires du Nord du Congo, seront choisis pour suivre le stage préparatoire de l’Ecole Spéciale Militaire Interarmes -E.S.M.Ia- à STRASBOURG (France) pour une éventuelle admission à l’école SAINT- CYR/COETQUIDAN pour la formation « d’élève » officier de l’armée congolaise.

Pourtant ce choix n’a porté que sur deux sous-officiers originaires du Nord. A leur retour au Congo, ils sont nommés régulièrement au grade de sous-lieutenant, puis lieutenant et capitaine, par le Commandant en Chef des Forces Armées Congolaises, Chef d’Etat Major Général, le Capitaine MOUTSAKA David, originaire du Pool (Sud du Congo).

Par ces faits, il est constaté que le Chef d’Etat Major Général, Commandant en Chef des FAC et le Président de la République, bien que tous deux originaires du Pool, Sud Congo, n’ont eu à aucun moment ou en aucun cas usé de l’esprit de tribalisme dans leur commandement.

Ainsi donc, il est notoirement inexact d’affirmer un quelconque égard de tribalisme. Mais les réactions agressives manifestées par les officiers du Nord, démontrent plutôt une preuve d’acte d’ingratitude envers le Commandant en Chef des FAC et le Président de la République, tous deux originaires du Pool- Sud Congo, pour qui sans eux, ces officiers du Nord n’auraient jamais été cadres de l’Armée Congolaise.

C’est dans le cadre de ses obligations, à la régulière, le Commandant en Chef des FAC- Chef d’Etat Major Général MOUTSAKA David, décide la création du « cadre » des réservistes. Ainsi donc, le recrutement d’élèves officiers venant du « civil » devient nécessaire. D’où la consultation des Autorités Civiles des Régions, pour y puiser des éléments susceptibles d’être recrutés :

- pour le Nord, sera recruté ; Denis SASSOU en formation de cadre enseignant à l’école de Dolisie.
- Pour le Niari, sera recruté ; MBOUNGOU Innocent, cadre enseignant.
- Pour le Pool, sera admis d’office ; KIKADIDI Barthélemy, sous officier venant de l’Armée Française.

Les trois candidats choisis sont acheminés pour formation, premièrement, à l’école militaire « d’officiers de réserve » à CHERCHELL en Algérie, pays devenu indépendant. A leur retour au Congo, ils sont dirigés à l’école militaire française d’application à SAINT-MAIXENT (France) en qualité « d’élèves officiers » du cadre de réserve de l’Armée Congolaise. A leur retour au Congo en 1963, malgré « l’avis » négatif opposé et formulé par le premier bureau de l’Etat Major Général des FAC, chargé du personnel cadre, en ce qui concerne l’intégration et le maintient dans l’Armée d’active des officiers sortant d’écoles formant les « officiers » du cadre de réserve . Seul, dans le cadre de ses obligations, le Commandant MOUTSAKA David, Commandant en Chef des FAC, Chef d’Etat Major Général, passa outre cet avis du premier bureau, donna ordre formel d’exécution afin qu’il soit procédé à une intégration au sein des FAC de ces trois officiers de réserve. Pour ce faire, seront nommés au grade de Sous-lieutenant :

- l’Aspirant SASSOU Denis
- l’Aspirant MBOUNGOU Innocent
- l’Aspirant KIKADIDI Barthélemy.

Voilà comment SASSOU Denis deviendra « officier » d’active de l’Armée Congolaise... grâce à qui... ? Pour s’attribuer par après le grade de « Général d’Armée » sans référence justificative ni compétence.
Le Sous-lieutenant SASSOU Denis est affecté au premier Bataillon Parachutiste Congolais où il sera incapable d’y décrocher son brevet de saut. Dans cette unité, il retrouve ses compatriotes du Nord :

- Capitaine NGOUABI Marien, Chef de Corps
- Capitaine YOMBHI OPANGO Joachim, Adjoint
- Lieutenant SASSOU Denis, Commandant la Première compagnie
- Lieutenant KIGANGA, Commandant la Deuxième Compagnie.

Par suite d’évènements successifs de subversion, les Capitaines NGOUABI et YOMBHI OPANGO sont relevés de leur fonction et mutés dans d’autres Corps, tandis que le Lieutenant KIGANGA rejoint le maquis. De ce fait, le Lieutenant KOUNOUGOUS Paul et le Lieutenant NZALAKANDA Blaise sont affectés au Premier Bataillon Parachutistes Congolais :

- Lieutenant SASSOU Denis, faisant fonction de chef de Corps
- Lieutenant NZALAKANDA Blaise, Commandant la Deuxième Compagnie
- Lieutenant KOUNOUGOUS Paul, Commandant la Troisième Compagnie et en même temps officier du Premier Bureau de l’Etat Major Général.

15 Août 1963 :

Le Président de la République, YOULOU Fulbert, est contraint à la démission. Acte de démission qu’il remet, devant le peuple réuni au Palais Présidentiel, au Capitaine MOUTSAKA David, Commandant en Chef des FAC, Chef d’Etat Major Général.
Le Capitaine MOUTSAKA David, devenu Chef de l’Etat, n’a aucune ambition politique personnelle, celle de détenir le pouvoir. Dès la désignation de MASSAMBA-DEBAT Alphonse, par le peuple congolais, comme Président de la République et Chef de l’Etat, le « militaire » remet le « pouvoir » au peuple congolais.

1963-1966 :

Le Commandant MOUTSAKA David est maintenu à son poste de Commandant en Chef des FAC et Chef d’Etat Major Général par le nouveau Président de la république. La période 1963-1966 est une période très trouble, malgré des avancées économiques non négligeables dans l’ensemble du pays. Elle est trouble parce que :
- les politiciens congolais de l’époque, qui avaient des ambitions présidentielles, menaient entre eux, une guerre sans merci qui a coûté la vie aux personnes qui pouvaient bâtir le nouveau Etat naissant. Si aujourd’hui, les composantes de l’opposition au régime de SASSOU ne s’entretuent pas, elles ne sont pas loin d’afficher leur préférence pour une lutte de positionnement au sein de cette opposition, que de s’occuper de la misère de la population congolaise souffrante sous la main de SASSOU, et à cause de la division de l’opposition congolaise.

- des gens manipulées ou pas, mais, qui se passaient pour des proches du président MASSAMBA DEBAT Alphonse (il s’agit de : CASTRO, MABUAKA, etc.) et tuaient les congolais ou terrorisaient la population.

- il y avaient aussi ceux qui oeuvraient pour prendre en main le régime, c’est-à-dire, mettre en place un régime dans lequel ils s’assureraient le contrôle total.

Les apprentis politiciens congolais, de concert avec les hommes en armes, ont fait de cette période, des moments sombres de la république.

Mais suite à un complot monté, un coup d’Etat, avorté, a lieu en Juin 1966. Par qui ? Les Officiers du Nord qui furent intégrés dans l’Armée Congolaise par le Commandant MOUTSAKA David.

Surpris par un tel acte, écoeuré, le Commandant en Chef des FAC, Chef d’Etat Major Général, MOUTSAKA David, présente sa démission et se retire des FAC pour ne pas cautionner l’idéologie politique marxiste qui caractérise la majorité de la classe politique congolaise et que les officiers putchistes veulent pratiquer au sein des FAC qui seront débaptisées pour porter la nouvelle dénomination de « ARMEE POPULAIRE NATIONALE (APN). Ces Officiers putchistes sont :

- le Capitaine NGOUABI Marien ;
- le Capitaine YOMBHI OPANGO Joachim
- le Lieutenant SASSOU Denis.

Dès le départ du Commandant MOUTSAKA David, il sera remplacé dans ses fonctions par le Capitaine EBADEP Damas qui deviendra le Commandant en Chef des FAC, Chef d’Etat Major Général sous le patronage du président de la République, MASSAMBA-DEBAT Alphonse, Chef Suprême des Armées.

1967-1968 :

31 Juillet 1968, les mêmes officiers putchistes de 1966, récidivent, réorganisent un coup d’Etat militaire, opérations de guerre qui feront que le Lieutenant KOUNOUGOUS Paul sera grièvement blessé et évacué sanitaire à l’Hôpital Militaire du VAL-DE-GRACE à Paris (France), et par ailleurs, poussera le Président de la République MASSAMBA-DEBAT Alphonse à présenter, en Septembre 1968, sa démission de ses fonctions.

Suite à ce coup de force militaire, le Capitaine NGOUABI Marien est désigné par le Parti Congolais du Travail -PCT-, son Parti, comme Chef d’Etat, Président de la République. Durant son mandat, il procède aux nominations des officiers des FAC :

- YOMBHI OPANGO Joachim, de Capitaine jusqu’au grade de Colonel
- MOUTSAKA David, de Commandant jusqu’au grade de Colonel
- SASSOU Denis, de Lieutenant jusqu’au grade de Commandant

18 Mars 1977 :

Le Président de la République NGOUABI Marien est assassiné, par un Commando commandité par SASSOU Denis et YOMBHI OPANGO Joachim, qui deviendra Président de la République à la place de NGOUABI en avril 1977.

05 Février 1978 :

SASSOU Denis, non satisfait, dépose YOMBHI OPANGO Joachim suite à un coup d’Etat de palais. Durant les mandats de SASSOU 1 - SASSOU 2 - SASSOU 3, les nominations aux grades supérieurs dans les rangs de l’Armée nationale devenue le refuge des anciens « miliciens » venant de « diverses » écuries, sont réservées en priorité aux seuls individus civils ou militaires originaires du Nord, sans songer à remercier par nomination de droit, à son ancien Commandant en Chef, en la personne du Colonel MOUTSAKA David, pour qui, sans lui, il ne serait jamais devenu « Officier » d’active des Forces Armées Congolaises. Ces propos n’engagent que la personne qui vous les rapporte sur ces pages. En les découvrant, dit-il, il lui était difficile de ne pas laisser parler le cœur et les partager avec les autres.

Ces faits vous sont relatés, dans le souci, qui est celui d’amener les congolaises et les congolais à réfléchir, avant de s’engager pour une cause, bien qu’elle soit d’utilité publique ou relève d’un devoir national, aux côtés d’un homme politique. Si les congolaises et les congolais se rendaient compte de cette liberté de choix, qu’elles ou qu’ils ont, sur les hommes politiques, le Congo se ressaisirait très vite et, les dictateurs se transformeraient très vite en agneau pour rester toujours en selle dans la vie politique nationale.

Point n’est utile de rappeler aux congolaises et congolais que : pour se faire un nom, SASSOU s’est fait passer pour un vrai marxiste. La fin du marxisme au Congo devait sonner sa fin politique mais, il s’est transformé en démocrate pour figurer dans le paysage politique congolais ( tant pis pour les gens qu’il a tué ou fait tuer dans son régime marxiste, même si c’est pour instaurer la démocratie qu’elles étaient tuées). Donc, SASSOU NGUESSO ne peut exister sans le peuple congolais. Le talon d’Achille de SASSOU NGUESSO Denis c’est le peuple congolais.

Les Congolaises et les Congolais de bon sens ont ce devoir de créer, dans le cadre d’un mouvement politique populaire, des conditions qui permettent de stopper le tribalisme ou le régionalisme comme moyen de gérer les affaires d’un pays.

Entre les personnages de MOUTSAKA et SASSOU, il n’y a pas de comparaison possible. Les gens comme MOUTSAKA existent au Congo, tant dans l’Armée que dans les autres corps de l’Etat congolais. Nous avons ce devoir d’oeuvrer pour un Congo où il fait bon vivre pour toutes les Congolaises et tous les Congolais.

En conséquence et au vu de ces faits et actes ci-dessus étayés, il nous est permis de se demander où se situe le « tribalisme » au Congo Brazzaville !...au Sud ou au Nord ?... avec la création d’une Armée aux trente quatre (34) Généraux sans troupe, dont quatre (4) originaires du Sud, il vous revient d’en juger. /-

Paris le, 04/03/05

Gérard MILANDOU
Secrétaire Chargé de l’Organisation du Collectif des Exilés et Démocrates Congolais de l’Extérieur (CEDCE).