Beaucoup se souviennent sans doute de Djo Balard, personnage du milieu de la SAPE, la Société des Ambianceurs et des Personnes Elégantes. L’homme fut la coqueluche de ce mouvement dans les années quatre-vingts, toujours tiré à quatre épingles et défrayant la chronique des amoureux de l’habit, de la griffe. Qu’est-il devenu ? C’est avec curiosité que j’ai lu l’interview qu’il a accordée aux Dépêches de Brazzaville de ce mois. Lorsque ce mensuel lui demande ce qu’il est devenu - puisqu’on n’entend presque plus parler de lui autrement que par sa geste passée -, le Sapeur répond, pince sans rire probablement : « Je me suis rangé pendant un certain temps pour laisser libre cour à ceux qui prétendent vouloir prendre le flambeau de la Sape... » Donc, c’est un repli stratégique, le Roi de la Sape qui décide de regarder de loin les piètres agitateurs qui ne lui arrivent pas à la cheville ? JPEG
Il fait le constat d’un Champion du monde des poids lourds qui décrète qu’il reste le plus grand, le plus beau et que personne ne l’égalera quoi qu’il arrive. Et comme il n’y a pas de grand Sapeur de sa trempe depuis, Djo Balard lance : « ...De nombreuses personnes m’ont demandé de venir rehausser le niveau de la Sape. ». La Sape serait-il un mouvement ridicule ? Un épiphénomène ? Une congoloiserie ? Non, d’après notre Roi Djo Balard qui convoque Léopold Sédar Senghor : « Je suis le seul artiste congolais à avoir eu l’honneur d’être présent sur les pages du dictionnaire. J’ai même été félicité par Léopold Sédar Senghor ». Sans blague ! Et le dictionnaire en question ? Hachette, édition 1992. A ce train-là, si le vieux Senghor était en vie, Djo Balard aurait eu sa place pour siéger à l’Académie française et dépoussiérer la sape des immortels qui doivent bien s’ennuyer depuis des siècles avec leur habit vert...

Mais Djo Balard est le roi de la Sape, et il veut que le monde entier le sache. Son projet immédiat, d’après ses dires recueillis par le journaliste Kani Okoko, c’est une « Coupe d’Afrique des Sapeurs ». Allons, Djo, allons, ne soyons pas modestes, une Coupe d’Afrique seulement ? Il faudrait bien l’étendre à la Terre entière, sans oublier les autres planètes, car les extra-terrestres et leur soucoupe volante nous arrivent ici-bas en combinaisons ridicules même pas signées par Dolce et Gabbana ou Yamamoto et Jean-Paul Gaultier. Et quand on demande à Djo Balard d’où vient la Sape, ce goût de l’habit, il remonte à son déluge à lui : « Je pense que les origines de la Sape remontent à l’époque coloniale... lorsque Pierre Savorgnan de Brazza est venu avec sa tenue de colon... ». Donc Djo Balard n’était pas encore né, mais certainement l’esprit saint lui inspirait déjà un destin tout tracé.

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Sapeurs de Brazzaville

La Sape vient-elle du Congo-Brazzaville ou du pays d’en face, l’ex-Zaïre ? Les frites viennent-elles de la France ou de la Belgique ? Les capotes sont-elles anglaises ou françaises ? C’est une question qui agace le Congolais de Brazza qu’est Djo Balard, fier de son titre de Roi de la Sape : « Mais la Sape ne vient pas de Kinshasa !... », tonne-t-il. Et si les ex-Zaïrois ne sont pas d’accord avec ces propos régaliens, Djo Balard enfonce le clou de cercueil : « ... Je compte défier les Sapeurs de Kinshasa au Stade du 20 mai, car je veux leur montrer que je suis l’unique Roi de la Sape ! » Nos frères d’en face sont ainsi prévenus, le Roi est de retour et projette de les attaquer à domicile, dans leur stade mythique connu par Mohammed Ali et George Foreman. La guerre risque d’être rude, puisque Djo Balard dénie à mots couverts le statut de Sapeur à l’artiste Papa Wemba : « Papa Wemba, lui, se défend valablement dans la musique. Moi je n’ai pas été reconnu comme le Roi de la Sape par les Congolais, mais par la scène internationale. »

A part ça, tout va bien, et Djo Balard tient à son titre comme la tortue tient à sa carapace....