Quelque chose est sans doute en train de se passer à Hollywood depuis ces dernières années : le regard des producteurs se pose de plus en plus sur le continent africain. Cela donne des films appréciés aussi bien par la critique que par le public et nous fait découvrir au passage de nouveaux talents africains ou africains-américains. L’exemple le plus frappant, cette année, est Forrest Whitaker qui porte de bout en bout, et avec un charisme extraordinaire, le film Le Dernier roi d’Ecosse (photo). Il vient d’ajouter son nom à la très petite et prestigieuse liste des artistes africains américains ayant remporté l’oscar le plus prisé pour tout acteur : l’Oscar du meilleur acteur (Sydney Poitiers en 1963, Denzel Washington et Halle Burry en 2002 , et enfin Jamie Foxx en 2005 ).

Forrest Whitaker est allé au lycée en Californie, et nous avons eu droit, à la télé, aujourd’hui, au passage de son prof d’anglais – qui dit lui avoir tout donné. Sans blague ! Et que dire du coach de football américain qui affirme que son poulain Whitaker a gardé le même punch, le même regard dans ses films que lorsqu’il l’entraînait sur un terrain et qu’il n’y avait qu’à voir comment il tenait son Oscar ! Ah oui ? Bon, on a su du coup qu’il était bien un bon joueur de football américain avec une touffe afro et des epaules carrées. Pour l’instant, Dieu merci, aucune fille affirme avoir été sauvagement draguée dans la cour de recréation ou avoir vu les chaussettes trouées du lauréat sous le lit. Mais attendons voir.

On se rappelle enfin que cet acteur – révélé grâce au film Bird de son ami Clint Eastwood – a fait son chemin seul avant de devenir aujourd’hui une star. Et tant mieux si ce couronnement lui vient grâce à un film dont l’Afrique est le sujet. Idi Amin Dada doit se retourner dans sa tombe ou murmurer dans les oreilles des autres fantômes dictateurs que sa dictature à lui aura au moins servi à quelque chose !

Un bonheur ne venant pas seul, Jennifer Hudson remporte quant à elle l’Oscar du second rôle - comme jadis Woopi Goldberg - alors que la chanteuse et actrice Beyoncé - qui a joué dans la meme film, Dream Girls - que Jennifer Hudson, rêvait d’une distinction, et elle le criait dans le monde entier. On a pu voir d’ailleurs comment cette ancienne chanteuse de Destiny Child avait du mal a cacher son amertume tout au long de la remise des Oscars. L’affront était de taille : la chanteuse-actrice n’avait même pas été nommée. Or Monsieur de La Palice dirait : pour gagner, encore faut-il être nommé ! Jennifer Hudson, photo Vogue. {JPEG}Les professionnels avait préféré Hudson, et l’on comprend pourquoi Beyoncé a longtemps snobé la lauréate au point que, quelques jours avant, selon Le journal du Dimanche du 25 février, elle aurait remercié et salué toute l’équipe de Dream Girls, sauf celle qui allait plus tard rapporter un Oscar !
Il faut dire que Jennifer Hudson est un produit d’American Idol , dont la variante française est la Star Academy. Elle avait échoué et fut humiliee en direct par un professeur hargneux qui avait même parié qu’elle n’aurait aucun avenir dans la chanson ou, tout simplement, dans le monde artistique et qu’il fallait aider de vrais talents et non cautionner la médiocrité ! Et la voilà désormais récipiendaire d’un Oscar ! Les medias en font un écho au point d’occulter carrément la prouesse de Forrest Whitaker. Le magazine Vogue, dont nous reprenons ici la photo de couverture, vient de consacrer une couverture à Hudson… Sur le plateau de l’émission d’ Oprah, Jennifer Hudson dit qu’elle se croit dans un songe... Pendant ce temps, Beyonce essaie de se calmer... dans son cauchemar. Et puis il y a ces bruits inutiles : au regard des "rondeurs" de Jennifer Hudson, quelques uns parlent du triomphe de du poids sur la minceur - donc un changement de valeur...
JPEGEn peu de temps donc les producteurs américains ou anglais nous ont donné des films sur l’Afrique, avec parfois des acteurs de premier plan qu’on a pu voir entre autres dans "Totsi" , que nous avons évoqué ici ; Hôtel Rwanda qui, en revenant sur le génocide du Rwanda, bouleversa toute l’Amérique et eut plus d’impact que n’importe quel reportage sur la question ; Le Dernier roi d’Ecosse qui revient sur les atrocités du régime ougandais d’Idi Amin Dada à qui on impute l’extermination de plus de 300.000 de ses concitoyens ; Amazing grace qui repose la question de la traite des Noirs, avec une apparition de Youssou N’Dour ; Blood diamonds qui nous montre bien que tous les diamants sont éternels, mais il faut y mettre le prix et le sang ! Faut-il en conclure que tous ces sujets sont gênants pour la France au point que celle-ci, par le jeu des subventions, choisit et détermine quel type de regard porter sur le continent africain ?

Au fond, la France aurait tort de ne pas prendre ce phénomène au sérieux, car Hollywood a vite pris la mesure d’un besoin grandissant du public mondial d’aller vers ce continent. La France, elle, a un véritable probleme à resoudre avec l’Afrique qu’elle regarde comme une patate chaude. Pas Hollywood. Regardez d’ailleurs le palmarès des Césars remis le samedi 24 février au Châtelet : une hostilité, une surdité criardes aux rumeurs du monde - au point qu’un film comme Indigènes - présenté aux Césars d’Hollywood sous le titre de Days of Glory, film algérien - n’a rien eu en France (oh, disons qu’il a eu le prix du "scenario original"). Doit-on conclure que dans ces trophées parisiens, aucune des réalisations africaines francophones ne pouvait au moins être citée ? Quid de Cissako de la Mauritanie ? Quid d’Haroun du Tchad ? Oh, ils ont leur Fespaco de Ouagadougou, diraient certains ! Di Caprio et Hounsou {JPEG}
N’aurait-il pas été utile, pendant la remise des Césars, de rendre hommage au cinéma du monde – donc du continent africain aussi ? C’est pourtant ce que les Américains, eux, ont fait ce dimanche 25 février en remettant leurs fameux Academy Awards (les Oscars). Deux étrangers (Catherine Deneuve et un japonais dont le nom m’échappe) sont venus rendre hommage au cinéma du monde, et on a pu voir défiler des images venant et de l’Espagne, de l’Algérie, de l’Inde, de l’Afrique du sud… et de la France !!! Sans compter que, pour l’Afrique, l’incontournable et vedette du moment Djimon Hounsou était aux premiers rangs non loin de Di Caprio (ici en photo tous les deux). Martin Scorsese fut l’homme de la soirée avec son film les Les Infiltrés ( The Departed) est servi par une belle brochette d’acteurs capables d’envoyer au cinéma tout "cinéphobe". Il est épatant de voir comment Hollywood aligne et honore ses monstres du cinéma tous présents lors de cette cérémonie : Martin Scorcese, Francis Ford Coppola, Steven Spielberg...

En 26 ans de "boulot", Eddy Murphy a été enfin pour une fois nommé, pas pour un de ses films, mais pour la belle comédie musicale Dream girls qui nous fait revivre l’époque de la Motown. C’est le film que je me propose d’ailleurs d’aller voir cette semaine. On y reviendra...

Enfin, j’ai vu également Jamel Debbouze dont la coïncidence me fit prendre le même avion que lui le dimanche à Paris pour Los Angeles. Je pus ainsi constater, non sans sourire, comment l’homme se débrouillait en anglais devant la police des frontières qui prenait ses empreintes et sa photo comme pour tout visiteur des Etats-Unis…