
Dans la littérature africaine, Cheikh Hamidou Khane est sans doute, avec Camara Laye, "le classique africain" le plus connu au monde. C’est donc avec attention qu’on l’écoute lorsqu’il se prononce, comme le samedi 26 novembre 2005 durant une conférence intitulée « Les élites africaines face à leur responsabilité », conférence qui a eu lieu à Dakar et qui marquait l’inauguration du fameux club du « Manifeste des 121 »(voir le site www.manifestedes121.com). Ce mouvement nous invite au sursaut, et il a été initié depuis le Sénégal. Cheikh Hamidou Kane montre du doigt les élites. Celles-ci ont une responsabilité dans la situation actuelle du Continent noir. Vérités dures, mais qu’il fallait faire éclater au grand jour. Voici les propos prononcés par le grand écrivain africain - propos qui devraient normalement réveiller toutes ces élites africaines trop endormies et corrompues par ces temps "d’afro-pessimisme"...
Cheikh Hamidou Khane :
Dans l’ambiance générale de pessimisme, d’échec et d’impasse qui prévaut en Afrique Noire, moins de cinquante ans après que la responsabilité de nous gérer nous -mêmes nous a été nominalement restituée, j’ai ressenti le « Manifeste des 121 » lancé sur le Réseau Mondial par des intellectuels sénégalais un peu comme un arc en ciel déroulé à l’horizon devant nous, un signe annonciateur de la fin des temps d’égarement et de détresse.
Je dois me réjouir que ce cri de révolte, cet aveu public d’échec, cet appel pour se ressaisir soit parti du Sénégal, de cette minorité - à laquelle j’appartiens - de cadres formés à l’école occidentale et qui, pour cette raison a eu vocation et prétention de diriger le continent depuis le départ des colonisateurs occidentaux. Je me suis réjoui d’observer que les signataires du Manifeste ont appartenu à toutes les obédiences idéologiques « attrapées » en Occident, et qu’ils en sont revenus ou sont sur le point de le faire, qu’ils sont majoritairement sans appartenance partisane actuelle, ou qu’ils estiment leur engagement présent parfaitement compatible avec l’esprit de nouvelle responsabilité qui est à l’origine du Manifeste. J’observe qu’il s’agit de cadres intellectuels modernes qui sont revenus de leur ignorance, de leur prévention, de leur mépris ou de leur dénigrement des valeurs et des voies africaines de la civilisation.
Ce réveil est annonciateur même d’une renaissance, compte pris de ce que la situation calamiteuse dans laquelle se trouve l’Afrique Noire est pour une large part imputable à la responsabilité de ces « élites ». Leur réveil, leur aveu sont prometteurs et annonciateurs d’un nouveau départ, car c’est elles qui, par leur boulimie pour les restes des pouvoirs laissés par les colonisateurs se sont, depuis 45 ans, affrontés dans des rivalités électorales, des coups d’états militaires, des guerres civiles, des pillages inouïs, des génocides, tout en instrumentalisant et en dévoyant, à cet effet, des valeurs africaines positives comme l’appartenance à la même tribu, à la même ethnie, à la même langue, à la même province. Il n’est que de voir ce qui s’est passé ou se passe encore partout, en Afrique centrale, australe, orientale, et maintenant occidentale. Il faut arrêter la folie déprédatrice induite par la lutte pour le pouvoir à laquelle se livrent les élites africaines modernes. Au nom de l’Afrique mère.
C’est aussi la responsabilité de ces
élites qui est en cause dans
l’opprobre, le déshonneur qui frappent l’identité africaine, noire
singulièrement, dans le monde contemporain. Ces élites se sont
appropriées, ont intériorisé, ont fait leurs, la négation par l’occident
de toute réalité, de toute signification, de tout mérite, de toute valeur
à l’identité et aux voies du passé de l’Afrique. Les élites africaines
occidentalisées ont été convaincues à tort qu’elles peuvent bâtir une
Afrique Moderne dépourvue de racines qui lui soient propres, et sustentée
par les seules valeurs imitées de l’Occident, et très souvent dévoyées et
incorrectement appliquées, comme souvent ce qui est imité.
Ce que le Manifeste des 121 révèle de la prise de conscience par ses
élites occidentalisées de cette « trahison des clercs » infligée à
l’Afrique Noire par ses dirigeants modernes annonce sûrement que l’heure a
sonné du rendez-vous que Amadou Hampaté Bâ, dans un texte inédit, a donné
aux jeunes intellectuels africains « Il y a entre ces jeunes et ceux qui
sont comme moi la différence entre celui qui a bu du lait de sa mère pour
grandir et celui qui a bu du lait d’une bouteille (biberon) pour mûrir.
Ces dits jeunes me qualifient de « dépassé » et moi je les considère comme
« non arrivés » ...
Moi et ceux qui sont comme moi, nous attendons nos jeunes intellectuels au
campement de la ré africanisation sans xénophobie ni chauvinisme. Ils
auront accompli leur tâche quand ils sauront labourer leur propre terrain
intérieur avec des instruments scientifiques qu’ils auront acquis à
l’école étrangères ».
Comme en réponse et en acquiescement à cette exhortation de Amadou Hampaté Bâ, j’aimerais citer un extrait d’un essai encore non édité d’un jeune cadre intellectuel, le Mr. Mohammed Habib Kébé, intitulé « Vers le Dialogue des Civilisation ». Identifiant les obstacles anciens et récents qui se dressent encore sur la voie d’un véritable dialogue des civilisations, et après avoir énuméré ceux qui tiennent à l’ethnocentrisme occidental, il signale ceux qui résultent du mimétisme des non occidentaux. Il écrit : « A l’injonction mimétique de l’Occident impérialiste répond le mimétisme de tous les peuples para occidentaux qui, de la mode vestimentaire aux canons esthétiques, de l’idéologie politique aux institutions de l’économie, à l’organisation sociale, appliquent servilement les mêmes recettes sans tenir compte de l’origine historique et contextuelle de ces valeurs, ni des spécificités culturelles qui les caractérisent en propre ».
Il y a donc une prise de conscience grandissante de l’élite africaine moderne formée à l’école occidentale, de la nécessité et de la possibilité de faire interagir le savoir scientifique moderne avec les valeurs endogènes propres à l’Afrique pour l’édification d’un monde nouveau où l’Afrique, le monde noir notamment, aura toute sa place, une plus juste place. C’est cette ère nouvelle qu’annonce le Manifeste des 121 lancé par les cadres sénégalais. Le Manifeste des 121 sonne le réveil, annonce le retour au monde de l’Afrique.
Deux conditions sont nécessaires et possibles.
D’une part, le retour aux valeurs propres de l’Afrique revisitées, réinterrogées et réappropriées par les élites intellectuelles et réutilisées dans notre cheminement vers la modernité, sans xénophobie ni chauvinisme comme dit Amadou Hampaté Bâ, mais aussi sans complexe.
D’autre part, la réalisation délibérée, décisive, dans les faits et pas seulement de manière incantatoire, de l’intégration et de l’unité de l’Afrique.
La manière la plus décisive de mettre un terme à la colonisation, c’est
de détruire les coffrages qui lui avaient servi de fondations, et qui lui
avaient tranché dans la chair vive du continent, pour y délimiter des
niches d’exploitation aux profits de maîtres
étrangers. Les pouvoirs que
nous nous disputons depuis 50 ans comme des fauves affamés et féroces ne
sont que les restes sur une table desservie. Au moment où l’Europe
elle-même, qui a occupé la première place dans le monde au moins depuis le
XVè siècle sent qu’elle doit effacer ses frontières, mettre en commun ses
richesses matérielles et humaines pour ne pas reculer à la 3è ou 4è place
du monde nouveau, les africains pensent-ils pouvoir survivre et remonter
de leur rand des derniers de la classe s’ils ne se remettent pas ensemble.
Cependant, la traite négrière et la colonisation infligées de l’extérieur,
auraient dû suffire, ne serait-ce qu’elles seules, pour fonder l’unité du
continent, une unité dans la souffrance, dans l’exploitation, dans la
servitude, qui lui ont été infligées systématiquement. Cette unité seule
infligée de l’extérieur, aurait dû cimenter sa volonté de renaissance et
de rachat, même en dehors de l’existence d’une unité culturelle interne,
comme les négationnistes de l’identité africaine se sont fait une
spécialité et une « science » d’en contester la réalité.
Que les africains mettent ensemble, comme le font les européens, comme l’ont fait les Etats-Unis, comme le font la Chine, l’Inde, et d’autres grandes entités humaines afin de peser de leur vrai poids dans le monde. L’Afrique recèle des ressources humaines nombreuses, jeunes, résistantes, résilientes, ainsi que des richesses matérielles, minières, énergétiques, forestiers, agricoles considérables. L’Afrique n’est pas démunie ; elle est seulement désunie.
Que la jeunesse africaine mette bon ordre dans cet état de choses et j’invite les signataires du « Manifeste des 121 » à s’atteler à cette tâche.
Personnellement, je me souviendrai toujours de L’Aventure ambiguë... un grand livre.
Chiek Hamidou Kane est un grand intellectuel Africain. Un vrai. Pas comme un de ces nombreux BAC + 100 qui croient avec assurance que le salut du continent noir viendra d’eux seuls. Quant au contenu de son intervention, il me laisse speechless, sans parole, tellement qu’il dit des choses sensees avec des mots moments tout aussi senses.
50 ans apres les independances l’Afrique se demande toujours sur quel pied partir... les decisions, les vraies se font attendre et l’Union Africaine rame, comme la defunte OUA... pour dire que le discours d’Hamidou Kane - l’ambiguite culturelle, ideologique que vit l’Afrique - demeure d’actualite. Et pourtant il y a eu toutes les prises de positions pertinentes qui insistent sur le fait qu’il s’agit de se situer, se realiser sur ce pont d’echanges où le monde noir prend quelque chose a l’Autre en lui donnant en retour... le reflexe des intello c’est, au contraire, d’encourager le repli ethnocentriste, tribal... le sens de la modernite, la vraie : se nourrir des differences...
Ces paroles devraient en faire réfléchir plus d’un car elles parlent de RESPONSABILITÉ ! Par contre, il est clair que le choc des générations est particulièrement exacerbé chez nous (en Afrique) compte tenu de la déférence que les jeunes doivent démontrer à l’égard de leurs ainés....
Personnellement, je suis saturée par ce mépris ou, au mieux, cette complaisance partenaliste de la part de nos ainés, qui nous ont démontré leurs limites, depuis trop longtemps...Je ne rejette pas l’imposant patrimoine que certains nous ont légué mais il faut user de discernement et ne pas tout gober pcq soit-disant "la vieillesse c’est la sagesse" (ou le diplôme c’est l’intelligence !)....
Tant mieux de voir que certains intellos africains sont enfin sortis de leur nombrilisme excessif !
En octobre dernier nous avions mis en ligne un sujet concernant un article d’opinion publie par François de la Chevalerie dans Le Monde et intitule "Pauvres francophones" (voir nos archives d’Octobre). François de la Chevalerie, qui vit en Asie, m’a ecrit et lance par cette occasion un debat qui me semble interessant et proche des preoccupations de Cheikh Hamidou Kane (François de la Chevalerie a vecu au Senegal). Voici l’integralite de sa lettre parvenue par l’adresse electronique de notre Blog :
Je réside bien loin de vous puisque je vis en Chine (Tianjin) mais je lis
avec plaisir votre blog, riche de ses interventions bien construites.
J’ai vécu mon enfance au Sénégal, dans les années soixante dix, très loin
de tous les maux qui submergent aujourd’hui la France. Nous vivions alors
heureux lisant tout à la fois Camara Laye, Cheikh Anta Diop, Hamphate Ba
ou Baudelaire et Claudel, débattant de tout et de rien sans jamais
d’hostilité. Je suis triste de ce qui se passe dans mon pays qui, à mon
sens, manque aujourd’hui d’énergie constructive.
A cet égard, peut-être devriez vous évoquer un sujet qui n’est pas abordé
mais qui mérite l’attention. Depuis quelques années,je constate que des
cadres, des entrepreneurs, des ingénieurs, des ouvriers spécialisés, des
artisans, d’autres encore, quittent la France. Tous éprouvent un « ras le
bol » à l’égard d’un pays jugé incapable d’évoluer et, de surcroît, de se
pacifier. Selon mes informations, 11000 personnes qualifiées auraient
quitté le territoire depuis le 1er janvier 2005. Le phénomène s’accélère.
D’un côté, une France marginalisée rue dans les brancards. De l’autre, la
France des élites prend la tangente. Toutes deux, dans un même élan. L’une
donnant de la voix, l’autre désertant. Ne s’agit-il pas d’une même maladie
_ ? C’est la question que je me pose.
Bien amicalement,
François de la Chevalerie
Le statu quo du continent africain offre le tréteau pour nous interroger scrupuleusement si 45 ans après les indépendances et, au demeurant, 15 ans après le vent de démocratisation de ces territoires enharnachés de summa potestas , la plupart des Etats africains sont sur le droit fil des pays dits en développement, sinon ,ne sont -ils ,fort malheureusement , en sous développement tant l’insigne vacillement, ruine, recul ou stagnation récurrents sont imminents ? Dans ces conditions déplorables qui laissent à désirer plus d’un du vieux continent, les roides voix bien haussées pour brider le silence et l’irresponsabilité des « élites » africains, ne peuvent qu’être enclin à l’éloge, à l’encouragement méritoire. Les problèmes étalés par Cheikh Hamidou Kane, dont on gardera indélébiles les stigmates de « L’aventure ambiguë » sont dignes d’intérêt. Et mon cher Edem l’a tôt compris pour ne pas avoir été coi. Le devenir de l’Afrique requiert explicitement et sans lanterner la prise de conscience collective des « élites » du continent. Le changement procédera de la symbiose entre l’osmose des réalités africaines, encore légèrement prises en compte, et l’apport de la civilisation occidentale jusqu’ici peu passé au crible - on ne prendra pour exemple que la transposition intégrale et quelquefois bancale des législations occidentales qui, contre l’ahurissement des plus lucides, sont parfois en désaccord atterrant avec les us et coutumes locaux.
Sans être prolixe, je crois comprendre l’intervention de Mr Cheikh Hamidou Kane pour en tirer deux enseignements, à mon sens fondamentaux. Le premier, Mr Kane semble mettre sur le dos des intellectuels (certainement ceux n’ayant jamais gouttés au lait maternel), la déliquescence actuelle du continent africains, signe de leur « non arrivés » comme le disait son ami, le très respecté Mamadou Hampaté Bâ, rendu célèbre par l’étrange destin de Wagrin, un très bon roman ! En deuxième, on peut retenir que Mr Kane semble mettre sur le dos de ces mêmes intellectuels, la perte des valeurs africaines (fondement de son identité) de l’opprobre, le déshonneur qui frappent l’identité africaine, noire singulièrement, dans le monde contemporain à cause de l’appropriation par ces élites des thèses occidentales sur la négation de toute réalité, de toute signification, de tout mérite, de toute valeur à l’identité et aux voies du passé de l’Afrique. Mr Kane termine enfin son texte par un vibrant plaidoyer pour l’unité africaine seule voie selon lui, susceptible de permettre enfin à l’Afrique de répondre présent au « rendez-vous du donner et du recevoir ».
Mr Kane est l’une de ses rares espèces, qui par la force de son intelligence et la conviction de ses pensés, a réussi à influencer nombre de générations sans user pour cela du dilatoire ou de tout autre moyen très peu recommandé par la morale, et (pour être en phase avec l’illustre auteur) les valeurs africaines. Pour l’avoir suivi il y a 24 Heures à la télévision sénégalaise, Mr Kane garde toujours cette force de l’esprit qui le caractérise, magistralement étalée dans son célèbre livre, « l’aventure ambiguë », une œuvre de philosophie de tout premier plan, un classique de la littérature africaine post coloniale. A l’instar de grands noms de la littérature africaine tels Tchikaya Utam’s (certaine le plus grand poète africain après Senghor), Amadou H Bâ, Ferdinand Oyono, A Kourouma..., Mr Hamidou Kane, est pour nous autres jeunes ou moins jeune (33 ans ai-je), un exemple de discrétion et d’intelligence.
Cependant, je suis dans le regret de ne point partager les conclusions de Mr Kane sur la crise actuelle de l’Afrique ou sur les moyens d’y sortir. Comme tout bon littéraire et philosophe, le doyen Hamidou Kane est généraliste, très peu pragmatique, et je m’en explique.
Deux faits importants :
Les élites africaines, du moins les intellectuels les plus en vue, sauf dans quelques pays (Sénégal avec Senghor, Cote d’Ivoire avec Ouphouet Bouagny), n’ont jamais occupés les premières marches du pouvoir en Afrique. Cette affirmation peut cependant être contestée si l’on s’accorde à dire que les généraux et autres colonels de l’arme sont aussi des intellectuels.
L’appropriation des cultures occidentales par les jeunes africains, peuvent aussi s’expliquer par l’ouverture naturelle de ce contient au reste du monde. Ne dis t-on pas que la culture est universelle et ne peut se perpétuer qu’en se nourrissant des valeurs d’autres cultures ? Ici, le rôle des intellectuels dans la soit disant dépravation des mœurs de nos sociétés par la culture des autres, doit -être relativisé. Question : Doit -on par exemple interdire à nos enfants les chaînes de télévisions ou de radios étrangères comme cela se faisait en Algérie ou en Iran ?
J’ai parfois du mal à comprendre ce concept de valeurs africaines car de toute manières, personne n’a encore jamais eu la présence d’esprit de dire quelles sont-elles. A mon entendement, ces valeurs ne peuvent être différente de celles prônées par toutes les religions, c’-à-d, justice, égalité, solidarité, partage et enfin équité. Ces valeurs prenant parfois des significations dramatiques en Afrique. C’est en effet le cas du mot solidarité. Parce qu’il faut être solidaire des autres, les africains refusent l’effort, car un grand frère ou un cousin en Europe ou occupant une certaine « position » au pays est toujours prompte à venir en aide ou a assurer la dépense quotidienne. Cette valeur doit être proscrite si l’Afrique veut évoluer.
L’affaire Hissen Habré qui déchire encore le Sénégal, a permis de se rendre une fois de plus à l’évidence que les Africains de manière globale (pas seulement les intellectuels), ne sont pas encore prêt à franchir ce pas qui permettrait certainement à notre continent de se projeter dans le futur. Le Sénégal dans sa globalité, faisant fi de ces mêmes « valeurs africaines », protége un dictateur, longtemps véritable terreur du peuple de Tchad, pour soit disant, préserver les valeurs d’hospitalité. Le sous développement de l’Afrique est avant tout le résultat de l’impunité dont jouissent tous ceux qui occupent certaines positions en Afrique, auteurs de crimes tant politiques qu’économiques. Juger un anciens chef d’état pour cause d’assassinat ou de détournement aurait sans doute été salutaire pour les africains, plus que ces discours tendant toujours à stigmatiser l’élites, qui pour paraphraser le Doyen C H Kane, s’est fourvoyer. Tant que l’Afrique n’aura pas dit non à l’injustice, au vol et autres détournement de deniers publiques et prôner la bonne gouvernance, les discours tel celui de notre doyen respecté C H Kane, ne seront que souffle de vent.
Le Doyen C H Kane a bien raison : le Continent a un réel problème avec ses élites, toutes ses élites (politiques, intellectuelles etc.), il ne s’agit pas de ne pas s’ouvrir au monde, « une civilisation à se replier sur elle-même, s’étiole et meurt ». S’ouvrir au monde ne veut pas dire tourner le dos au lieu à partir duquel on part. L’universel abstrait n’existe pas ; il s’origine toujours du particulier. Or, il est incontestables que nos élites sont, en plus d’être corrompues - pas toutes heureusement - sont extraverties : il n’est de vérité pour elles qu’occidentale reconnaissant ainsi implicitement le discours de l’anthropologie coloniale : notre Continent est une tabula rasa, au moment même où l’Occident est arrivé au bout de ce qu’elle peut pour s’installer dans une logique de réitération sur fond de crise de valeurs, de sens et de repères. Il y a là fascination dont il faudrait se déprendre, une métamorphose « qui parfois ne s’achève même pas ; qui nous installe dans l’hybride et nous y laisse ».
Ce qui m’inquiète ce sont les logiques d’évitement et de ponce-pilatisme : c’est toujours la faute à l’Autre. L’Autre qu’il faut clouer au pilori. Parce que cela n’arrive qu’à l’autre. Interminables procès en sorcellerie réciproque. Ah insensé qui crois que je ne suis pas toi.
Ce qui m’inquiète c’est la périlleuse inertie de nos Etats qui ont l’air de se contenter des proclamations, des incantations, des principes et de leur pétition.
Ce qui m’inquiète c’est le redoutable silence des hérauts, des porte-voix, si tant que les mots intellectuel et société civile, aient, sous nos tropiques ahuris, quelque signification autre que verbale, nominale.
Certes, pour arriver au bout de la violence pour laquelle notre continent semble éprouver un attrait morbide et qui fait ricaner les autres, il faudrait sûrement en produire l’étiologie ; en examiner les causes, les formes et les effets, en connaître les divers avatars. Mais en attendant rien n’interdit de tirer les conclusions des prémisses que nul n’a probablement souhaité. Et parer au plus pressé. Et d’abord en parler sérieusement. Loin du bruit et de la fureur. Loin des passions politiciennes. Avec comme seule boussole le souci et la querelle de nos peuples. Il nous faut retourner à la sagesse de nos racines communes, à nos irréductibles et universelles valeurs de solidarité, de fraternité, réapprendre à nous aimer, à nous parler, au-delà des nos adversités et de nos divergences légitimes : il y va du destin de notre Continent.
Au moment où l’Afrique est à la croisée des chemins. Hypothéquée par un passé -dont les effets continuent de se faire sentir - qui l’a sortie de son processus normal de développement endogène, handicapée par un contexte international chargé de lourdes menaces, le continent, en proie à tous les démons, semble apparemment être voué à toutes les calamités : économiques, politiques, sociales et même naturelles.
Or, aujourd’hui il s’agit de défendre la République contre ceux qui rêvent de plaies et de bosses et qui l’ont prise en otage. Contre les tentations autoritaires, contre ceux qui prennent nos pays comme une sorte de Wall Street où il s’agit d’acheter et de vendre des actions pour récolter des dividendes, faisant du peuple un moyen, et non de son épanouissement le but de la politique. Contre ceux qui font de la politique l’unique moyen de promotion économique, Il s’agit de mettre un terme à la lutte des places qui a dévoyé la politique de sa noble tâche de construction de la Cité
Il faut refuser de céder à la peur, au découragement, à la suspicion inquisitoriale et au chantage. A la loi des suspects. Aux logiques de salut individuel. Il faut résister. Etre debout. C’est de l’avenir de nos pays dont il s’agit. Contre tous les pêcheurs en eaux troubles qui exposent nos pays à de redoutables dérives dont on vu ce dont elles peuvent accoucher (Côte d’Ivoire, Congo, Rwanda, Libéria etc.). Cette dangereuse engeance est perceptible à travers des signes qui ne trompent pas : Violence économique sur fond e corruption et de mal gouvernance, violence du contrôle social, tentations de repli communautaire, velléités ethnicistes, tensions sociales de toute sorte, exacerbations religieuses, recherche frénétique de l’argent facile - celui -là qui corrompt et pourrit les consciences - , mauvaises passions, agressions verbales répétées, incivilités renouvelées, impudentes et banalisées dans nos comportements, monologues croisés et terroristes sur fond d’anathèmes et d’excommunication qui font litière de tout dialogue ; logiques obliques de salut individuel recouvertes d’aphorismes frauduleux, bruyants et vains sont en passe de devenir notre lot quotidien.
Il s’agit de réfléchir et d’agir, ensemble, en participant activement à la construction de nos pays, pour en faire des pays prospères, démocratiques et stables dans une Afrique unie, apaisée et en voie de développement. Il s’agit de construire une nation, édifier un peuple et consolider un état.
D’autant que nos démocraties sont fragiles, nos citoyennetés rétives et nos Républiques chétives. Il nous faut donc renouer les fils du dialogue et du débat fécond ; renforcer la République et ses institutions, la démocratie et ses principes ; épouser fermement et résolument la Querelle de nos peuples, en étant généreux et ouvert avec nous-mêmes, loin des querelles partisanes, des litanies et des jérémiades sans fin.
Or, notre Continent a un problème avec ses élites. Il s’agit de rompre avec les mimétismes et avec les gesticulations, car si nous voulions, pour paraphraser Fanon, faire de l’Afrique une nouvelle Europe, il eût mieux valu confier les destinées de nos pays aux Européens, ils sauraient mieux le faire que les plus doués d’entre nous. « Mais si nous voulons que l’humanité avance d’un cran »’, si nous voulons portons le problème de la condition humaine « à un niveau incomparablement supérieure de celui où l’Europe l’a manifestée, alors il nous faut faire peau neuve, inventer un homme neuf », promouvoir une pensée neuve.
J’ai conduit une mission d’observation internationale, et donc j’ai profité de ma présence dans la sous région pour venir à Dakar rencontrer certaines personnalités du monde politique, de la société civile et mener des actions de plaidoyer auprès de ces autorités par rapport aux problèmes de démocratie, de la justice et les grandes questions qui se posent en terme de lutte contre l’impunité en Afrique. Il s’agit bien entendu d’évoquer aussi la situation de crise en Côte d’Ivoire. Situation qui risque d’embraser toute la sous région si rien n’est fait maintenant. Ainsi j’ai pu cet après-midi (Ndlr, samedi 26 novembre) participer à une initiative que je salue. Initiative qui a réuni les élites intellectuels et politiques, universitaires de Dakar dans le cadre du « Manifeste des 121 ». Le thème de la rencontre m’a particulièrement intéressé, il s’agissait de réfléchir sur « la responsabilité des élites face à la situation actuelle du Sénégal ». Et évidemment cela m’amène également à m’interroger sur la responsabilité des élites ivoiriennes dans la crise que vit le pays en ce moment, et également la responsabilité de l’élite intellectuelle africaine dans la construction du destin de l’Afrique
Le particulier et l’universel
Il y a, dans la vie des individus et des peuples, des moments privilégiés où, sous une apparence fortuite, surgissent des questions de fond qui méritent qu’on s’y attarde. A défaut d’y apporter des réponses adéquates et exhaustives, on sent bien que leur bonne position conditionne l’intelligibilité de l’histoire immédiate et à plus long terme. En amont de l’idée selon laquelle l’humanité ne se pose que les questions qu’elle peut résoudre, il faut dire que l’humanité n’a de chance de résoudre que les questions qu’elle arrive à poser correctement. Or, la proximité de l’évènement, la passion avec laquelle il est vécu par les différents protagonistes peuvent dresser un véritable obstacle épistémologique entre eux et ce qui, les concernant, n’est lisible que dans son après coup. Parmi les évènements de notre histoire récente, on ne peut pas ne pas accorder une place particulière à ce qu’il est convenu d’appeler l’affaire Habré. Elle a une valeur paradigmatique, tant par l’ampleur que lui ont donnée les média que par la diversité des intervenants. Il faut dire qu’à cette occasion, les mots se sont parfois croisés tels des épées, courant sus à l’adversaire, frappant de taille et d’estoc, sans faire la moindre concession aux arguments opposés. Ce qui est la pire façon d’aborder un problème qui, quoi qu’on dise, engage, ici et maintenant, la façon dont l’Afrique et les Africains entendent se poser et être considérés dans le monde. Car il se trouve qu’au moins, sur ce principe, tous semblent formellement d’accord.
Habré donc, un chef d’Etat africain déchu, réfugié au Sénégal depuis longtemps au point d’y être pratiquement considéré comme un compatriote par beaucoup, accusé par d’autres (dont certains qui revendiquent la qualité de victimes) d’avoir commis des exactions sous son règne, seul ou plus sûrement avec des complices qui aujourd’hui sont au pouvoir, est réclamé par la Belgique qui veut le juger, se prévalant de la compétence universelle en la matière.
S’agissant de la demande belge, l’histoire des pays africains (pour peu qu’on y réfléchisse) permet de la classer dans le répertoire de l’indécence. Tout Etat africain recevant une demande de ce type peut se présenter comme victime ou témoin à charge et citer la Belgique à comparaître pour l’assassinat odieux de Patrice Emery Lumumba et son implication dans la tragédie du Rwanda. Les Africains ont d’autant plus de raison de le faire que la fameuse compétence universelle a perdu son universalité en cours de route, à la suite des deux gifles assénées par Bush et Sharon. Voilà des individus nommément désignés, contre lesquels des victimes ont articulé des chefs d’accusations précis, qui deviennent innocents dès lors que les pays dans lesquels ils vivent (l’Amérique et Israël) ne les déclarent pas coupables. On n’a pas assez souligné que la restriction du champ d’application d’une « universalité », qui ne peut plus s’énoncer qu’accompagnée de pudiques guillemets, est précisément ce qui a permis de formuler l’insulte la plus grave contre les pays africains.
L’« universalité », à la suite des réactions américaine et israélienne, se réduit, au point de ne plus concerner que les pays ne disposant pas de « système judiciaire assez fiable », au nombre desquels il faut bien entendu compter les Etats africains. Il faut aller plus loin que l’argument qui refuse la politique du deux poids deux mesures, et dénoncer un universel qui n’est que l’onction que confère la fameuse Cour, ou ce qui est reconnu au particulier qui a les moyens de s’imposer à elle. On voit le tour de passe-passe par lequel l’universel se convertit en particulier, aussi bien dans sa formulation que dans sa visée, et celui parallèle par lequel le particulier s’impose comme universel du fait de son seul poids. D’où la levée de boucliers suscitée par la demande belge et la satisfaction affichée par la quasi-totalité de l’opinion publique africaine, toutes sensibilités confondues. L’histoire, la logique, le droit et l’éthique se conjuguent pour disqualifier à ses yeux la demande belge. De telles réactions peuvent, à terme, forger une nouvelle perception par les Africains eux-mêmes d’un destin commun.
Mais cette position de principe n’est tenable jusqu’au bout que si on observe scrupuleusement ce qu’elle commande. Et ce qu’elle commande relève, au-delà de la légalité, de la légitimité, au-delà du droit positif qu’on peut changer à sa guise, d’une normativité supérieure du type de celle qu’invoquait Antigone face à Créon. Devant celle-là, personne ne peut se dérober, pas plus la Belgique et l’Occident que nous les Africains. Car il se trouve que, dans le feu des réactions, notre spécificité d’Africains a été parfois évoquée, avec divers contenus : sous le label des valeurs traditionnelles d’hospitalité et de foi en la parole donnée, ou même des préceptes religieux. Il s’agit, dans l’inventaire de notre mémoire, de références à ce qui fait notre spécificité mise en péril par l’injonction de l’autre. On sait que Fodé Kaba préféra mourir dans son tata pour avoir refusé de livrer son hôte à l’administration coloniale lancée à sa poursuite. Réactualisée, cette attitude invite, pour notre dignité, aux plus grands sacrifices face à toute entreprise menée pour assujettir l’Afrique, hier comme aujourd’hui. Quand notre devoir n’est pas douteux, notre conscience serait coupable ne serait-ce que d’hésiter.
Mais notre conscience doit devenir de plus en plus exigeante si nous voulons avancer, car l’histoire nous met surtout devant des conflits de valeurs. Imagine-t-on, en restant dans le champ de cette valeur sacrée qu’est l’hospitalité, Fodé Kaba protégeant, non pas un homme injustement pourchassé, mais un tyran qui se serait rendu coupable des pires crimes envers son peuple ? L’aurait-il seulement reçu ? S’en serait-il débarrassé, sitôt informé de ses forfaits ? Il appartient à chacun de répondre, pour sa part, à cette question, pour peu qu’il radicalise les termes de sa position. Pour notre part, nous croyons que la valeur qu’est l’hospitalité ne l’emporte pas en dignité sur celle qu’est la vie humaine. Et on serait mal venu d’invoquer les religions révélées dont certaines défendent la loi du Talion, alors même qu’Aristote le Grec réfléchit dans l’Ethique à Nicomaque sur la notion de circonstances atténuantes. Sans aller chercher aussi loin, il suffit de rappeler que la Charte de Kouroukanfouga qui est du XIIe siècle, interdisait qu’on dispose à sa guise même de la vie d’un esclave. Certains des articles de cette charte devancent de quatre siècles la proclamation des Droits de l’homme alors que d’autres anticipent sur nos droits de la troisième génération.
Si nous voulons mobiliser notre mémoire culturelle, il faut citer, parmi les mécanismes subtils de dévolution et de gestion du pouvoir dans nos sociétés sénégambiennes, la pratique du « jiin » qui, sous le roulement des tambours, pouvait contraindre un souverain à l’exil ou au suicide. Les formes édulcorées du xaxar et du mbamb permettaient à l’opinion publique de faire sentir à ceux qui avaient la charge de gouverner les hommes qu’ils ne pouvaient pas tout se permettre. Ce n’est donc pas aux Africains qu’on apprendra l’éminente dignité de la vie humaine et le droit des gens.
Sous les angles d’attaque que nous venons d’évoquer, nous pouvons défier quiconque sur le terrain de l’universel véritable. La spécificité à tout prix est un piège. Pire, elle peut être le masque justifiant tout et n’importe quoi, comme certaines démocraties « à l’africaine » qui ne sont que des tyrannies à peine camouflées. Il faut oser, derrière la reconnaissance de la particularité, revendiquer hautement et tenter de faire partager dans notre culture des paradigmes qui revendiquent l’universalité. Ce qui impose une extrême vigilance envers les autres et envers nous-mêmes. Une tradition n’est vivante qu’à la condition expresse de résister victorieusement à l’interrogation critique des vivants. Il faut bien rompre avec cette paresse consistant à penser que tout est déjà dit et que l’histoire ne fait que se répéter alors que c’est nous qui bégayons devant ses défis sans cesse renouvelés. Pour les relever, c’est un tri que nous sommes obligés de faire en revisitant notre mémoire avec un sens aigu de la créativité. L’essentiel, ce faisant, est de garder l’initiative historique, pour participer, sans que rien ni personne ne puisse nous forcer ni nous intimider à la définition de l’universel.
De cette façon, et malgré ce que certains ont reconnu comme le jugement des vainqueurs, nous pouvons approuver le châtiment des criminels nazis à Nuremberg, celui d’Eichman à Jérusalem, et continuer à réclamer le jugement de Sharon pour Sabra et Chattila et ceux qui se rendent coupables d’abominations en Irak. Et, par souci de cohérence, être prêts, en tant qu’Africains, à juger devant nos peuples ceux qui auront violé leurs droits. Habré en fait-il partie, seul ou en collusion avec d’autres ? En tout cas, des hommes et des femmes se posent aujourd’hui en victimes d’exactions qu’il aurait commises et sont prêts à venir devant un tribunal pour le prouver et demander réparation. Il appartiendra à une juridiction africaine indépendante, en lui fournissant les moyens, tous les moyens de sa défense, d’en décider. En tout état de cause, s’il n’est pas permis de le livrer à n’importe qui, dans n’importe quelle condition, il est encore plus contestable de dire qu’il échappe à tout jugement, quoi qu’il ait pu faire. Car alors, il aurait plus de droits que les citoyens sénégalais qui l’ont accueilli.
L’un des mérites de cette affaire aura été de mettre le doigt sur une lacune à l’échelle de tout un continent : la nécessité d’un organe qui rende les dirigeants responsables devant leurs peuples et prêts à rendre des comptes. Cette juridiction, tous les Africains de bonne foi doivent travailler à son avènement, pour que le droit de tous soit pesé sur une même balance et le continent réconcilié avec lui-même. Car la justice, une fois dite, n’exclut ni le pardon, ni le dépassement. C’est la condition pour que d’autres ne s’arrogent pas le droit de nous décerner un brevet de « fiabilité juridique » dont ils prétendent avoir l’exclusivité, tout en empêchant que notre continent soit un espace d’impunité des puissants et de mépris du droit de leurs victimes.
Il me semble que Mr Kane fait une grosse confusion entre l’elite et l’intellectuel. De mon point de vue l’élite est d’inspiration technocratique ou plus encore bureaucratique dans le sens Weberien alors que l’intellectuel est un libre penseur de la problématique humaine. Il apparait donc normal, vu cet eclairci, que les élites sollicitent l’accession au pouvoir ; cela fait partie de sa nature. Sa confusion est tout simplement liée au fait que le manifeste est une arme morale pour les intellectuels et non pour les élites. Vu que l’intellectuel se met volontaire hors du champ de l’action publique comme le précisait Sartre. Dans ce sens, il m’est difficile de comprendre son enthousiasme car il n’appartient pas aux élites de rédiger des manifestes(appel à la considération à la défense d’une cause moralement juste) mais de s’impliquer diversément dans la vie publique ; par là j’entend la création des institutions démocratiques et citoyennes. Et pour preuve, dès qu’elle s’y intérresse s’est pour dire des absurdités-permettez moi le mot- comme : « le retour aux valeurs propres de l’Afrique revisitées,... » et pourtant ce sont ces valeurs qui sont à l’origine de la déperdition du continent. En guise de comparaison, l’occident a reussit à rompre avec ses valeurs archaiques grace aux lumières. Ainsi, ce qu’il faut ce n’est pas un retour mais une rupture. Et la conception de la rupture est du ressort de l’intellectuel. En conclusion, le problème de l’Afrique est lié à la pensée donc à l’habileté à ré-envisager de manière critique son "être" et son histoire. ça aussi c’est le travail des intellectuels et non des élites. A voir le plébiscite qu’ont eut P.BIYA et O.BONGO lors des élections présidentielles et vue la nature de leur pensée politique on peut considérer que la démocratie est morte en Afrique et enterrée.Et ça bien sûr ça n’émeut pas grand monde.
Comme tout lecteur intérressé sur l’avenir du continent africain, j’ai bien sûr, lu le livre de Cheikh Hamidou Kane "L’Aventure Ambigue" qui pose des terribles questions sur le métissage culturel des lettrés africains francophones.
Je veux aller plus loin que lui en disant que, justement le drame de l’Afrique a été cette "rencontre" de la culture africaine et française. Car si la culture(j’évite de dire la colonisation) a eu des effets positifs et néfastes pour les étudiants africains, les vrais bénéficiaires de cette oeuvre sont bien la France et sa politique "néocoloniale" culturelle.
Que voit-on du résultat de cette entreprise, à l’apparence "généreuse" ? D’un : tous les Africains qui ont été à l’école pour assimiler la culture française et ses valeurs républicaines ont fini par attérir en France. Et de deux : Souvent, ils sont en France et y restent, se naturalisent, pour ne plus retourner contribuer au dévéloppement de leur propre pays, et par-delà, du continent africain. Sont-ils pour autant "intégrés" dans la société auquelle ils vivent ? Les récents événèments nous le démontrent : pas du tout. Sur le plan concret, ils ne sont pas reconnus, et pire de tout, ils sont sous-représentés... !
Il a fallu des manifestations de révoltes pour attirer les responsables français de tenir compte de la composante noire dans la communauté française. La part de l’Afrique est mal représentée, à défaut d’être connue ou prise à sa juste valeur.
Il est un fait que la France reste un pays que les Africains portent dans leur coeur. Que faire si cette France n’adopte pas une attitude réaliste sur les Noirs d’Afrique au sein de la république ? Ces Africains qui ne viennent pas tous des pays africains francophones. Loin sans faux. Ils aiment la France qui les repousse surnoisement.
Bien entendu, il y a des efforts à faire des deux côtés. Si l’on veut instaurer une meilleure coopération entre cette France et cette composante négro-africaine de l’Hexagone.
Et lorsque les Africains auront clairifiés leur position vis-à-vis de ce qu’ils attendent de la France, ils pourront dès lors refléchir pour faire de l’Afrique un continent digne de ses fils et non une terre des "mutants" actuels.
Pour terminer, j’appelle à cette refléxion : on ne développe pas son pays avec une culture d’emprunt, ni une langue d’emprunt. Alors, il faudrait inventer une nouvelle culture pour l’Afrique. Pour le bien de tous.
Cela permettra à tous d’apporter une contribution efficace pour le monde de demain, appelé à vivre ensemble, dans la compréhension, le respect des autres et dans la dignité des peuples.
Alfonso Sadi
C’est simplement "divin" ce texte et merci Alain.
Je suis tellement émerveillé que je préfère accepter de rester sans voix.
Je veux vous proposer ces lignes que j’ai tenté écrire (je ne suis pas ’littéraire’)
D’un mandat de Trois fois Trois jusqu’à Trente !
Pour le Congo
Que nous aimons conserver tous ensemble
Dans l’unité,
En travaillant à installer le progrès
Comme ces bons pays en exemple
Aujourd’hui
Ont refusé de banaliser ce temps
Dans une constitution
Mandéla en Afrique du sud
A choisi quatre années comme
Durée
Du mandat à respecter dans son pays
Il y a aussi la Grande Bretagne
Et les célèbres Etats Unis d’Amérique
Qui longtemps ont choisi leur nombre
Quatre
Le Congolais
Pour le moment discute de
La constitution sans coup férir
La durée du mandat reste à inventer
Que retenir pour nous motiver
Du pouvoir
Qui nous est donné d’exercer
Notre bon droit reconnu de plus en plus
Sans manquer de faire attention
Que l’œuvre humaine est souvent
Sujette à caution pour ne pas oublier
Les détresses
Les Douleurs
Subies par le plus grand nombre
Quand dure trop longtemps
Le mandat confié à un incapable
L’exercice intelligent par nous tous
D’une responsabilité
N’a rien à voir avec un exercice de Maths
Qui assure aussi un entraînement certain
Nécessité d’apprentissage pour
La maîtrise d’un processus et
Garantir
Une pratique dans le temps
La maîtrise qui donne lieu
A la nécessité de changer
La règle du jeu au moment opportun
Nécessairement
La hauteur
A retenir n’est pas loin
De celle retenue déjà ailleurs
Notre pays n’a pas tout oublié
Alors trois années est la période
Suffisante
Renouvelables trois fois maximum
Pour rejoindre d’ici trente ans
Les heureux pays justement cités
Pour limiter la durée de mandat
Convenons -en !
Maintenant.
Dites moi s’il vous plaît ce que vous en pensez, d’avance merci.
Kitmien.
Timba Bema, tu es mon Gaston KELMAN ici. Tu devrais écrire plus souvent car quand tu écris, j’ai rien à rajouter. Cheick HAMIDOU KANE confond "élite et intellectuel". C’est pas de sa faute à l’aube des indépendances africaines ces 2 choses se confondaient chez les africains (c’est pas un reproche). C’était justifié par le contexte de l’époque. Aujord’hui le drame de l’Afrique c’est qu’il n’y a plus ni l’un ni l’autre. Et pourtant nous avons connu dans les années 70-80 une phase où commençaient à émerger en Afrique aussi bien des intellectuels d’une part et des élites politiques de l’autre. Mais cette dynamique a été cassée, depuis que la pyramide de l’intelligence a été renversée partout dans le monde. Le monde est conduit par des ignares qui écrasent sous leur poids le petit nombre de gens intelligent sur terre. Il faut remettre la pyramide de l’intelligence à l’endroit, afin que comme disait le camarade SEKOU (je parle du célèbre guinéen ancien professeur de mathématique à la Faculté des Sciences de l’Université Marien NGOUABI au Congo-Brazzaville), je le cite : "Moi je suis tout à fait en haut, et les ABIBI, MOUKAMBA sont en bas".
ça nous faisait rire à l’époque, de voir un tel prof parler ainsi de ces collègues. "Moi je suis en haut, ABIBI et MOUKAMBA sont en bas", mais on se rend compte que si le monde marchait si bien à l’époque c’est bien parce les plus intélligents etaient en haut et les moins intelligents en bas.
Et c’est les plus intelligents qui tiraient le monde. Et la grosse masse suivait. Elle écoutait ce que disait les intellectuels. Et les intellectuels étaient investis d’un mission. La conduite de l’humanité.
Il faut que les intellectuels reprennent leur place si on veut que le monde se remette dans le bon sens de la marche. A ce sujet, j’ai bien aimé CHARPACK qui dernièrement a envoyé Nicolas HULOT se balader lors d’un débat télévisé. Nicolas HULOT devenu soit disant conseiller de Jacques CHIRAC à l’environnement. Qu’est ce qu’il connait de l’environnement celui-là ? Ce petit apprenti cascadeur tombé dans le lac Titi-caca au PEROU (lac préféré des français) et de surcoit plébiscité le défenseur n°1 de l’environnement en FRANCE (n’importe quoi !). Que veut t’il apprendre à CHARPACK ? prix nobel de la physique. C’est le comble. Mais CHARPACK ne s’est pas laissé faire, il l’a envoyé ce balader avec une arrongance inhabituel à un grand chercheur de son rang. MAIS C’EST LEXASPERATION. Y en a marre de cette cacophonie. Il faut que chacun retourne à sa place. Et que les intellectuels reprennent leur place et pas seulement en Afrique. C’est valable aussi pour les Etats unis, la FRANCE, etc...Et que Nicolas HULOT retourne faire ses émissions de télévisions pour gamins et gamine de 14 ans en sautant en depuis la Dune du PYLA.
Blaise
Deuxièmement : Vous avez dit affaire HISSEIN HABRE ?
Y a t’il une affaire Charles TAYLOR ? Et pourtant ce dernier se la coule douce dans une villa cossue de la banlieue de LAGOS au Nigéria ?
Posez-vous plutôt la question de savoir que veut aujourd’hui la FRANCE à travers l’affaire HISSEIN HABRE. le ravisseur de Mme KLAUSS (? ?) et que la FRANCE avait pourtant emmené au pouvoir contre GOUKOUNI WEDDEI, avant d’emmener GOUKOUNI au pouvoir contre HISSEIN HABRE. S’il vous plait mes frères arrêtez ! trop de douleur de mon enfance ressurgissent. A 14 ans, j’avais serré la main à Brazzzaville KAMOUNGUE. Un autre des protagonistes tchadien à l’époque. On ne comprennait pas pourquoi ses frères tchadiens se battaient. n tentatives de réconciliations menées dans le secret par la très efficace diplomatie congolaise de l’époque. Tournez la page mes frères.
Au nantais Japhet N’DORAM. A l’emblméatique footballeur tchadien de la fin des années 70 que j’ai vu et serré la main à Brazza. J’ai cité TOKO.
Blaise
Juste pour préciser l’état d’esprit dans lequel j’ai abordé "l’affaire Hissein HABRE". BOUTEFLIKA a fait voter par référendum populaire une amnistie sur des gens qui ont égorgé des villages entiers en Algérie, y compris des enfants, femmes, et vieillards. En Afrique du Sud les larmes de la Commission Vérité et réconcialiation ont apporté bien plus qu’un procès pour "crime contre l’humanité". Et nous voilà entrain de faire un excès de zèle sur Hissein HABRE dont la seule place qu’il méritait c’était de rester aux oubliettes.
Je suis de cette génération des congolais qui a grandi avec le traumatisme de la guerre au TCHAD, qui je rappelle était suivi de très très près au Congo-Brazza. Je crois même que GOUKOUNI OUEIDEI dormait à Brazzaville lorsqu’il était en rébellion contre Hissein HABRE.
Et GOUKOUNI, il est où ? pourquoi pas une extradition de GOUKOUNI aussi ? Pourquoi pas une arrestation de DEBBY qui a envoyé même des soldats tchadiens au Congo tuer des innocents congolais dans la guerre qui a ramené SASSOU NGUESSO au pouvoir ?
Hommage aux 2 soldats congolais dont l’un de mes amis, tombés au TCHAD dans le cadre de la force africaine d’interposition envoyée au TCHAD pour s’interposer entre GOUKOUNI OUEDEI et HISSEN HABRE et tenter de mettre fin à cette guerre interminable. Les forces congolaises étaient conduites par le commandant (à l’époque) NZALAKANDA (avis aux jeunes congolais qui ne le sauraient pas). Nous tremblions de peur quand nous les voyions partir pour le TCHAD. On pleurait pour eux. On savait pas s’ils allaient revenir.
Hommage, à TOMBALBAYE, premier président de la République du TCHAD.
ps : corrigez moi, si je me trompe. j’écris de mémoire. Avec mes souvenirs d’enfance.
Blaise
biographie cheikh hamidou kane
oeuvre cheikh hamidou kane(aventure ambigue) titre deux philosophie different
resume de ce texte.
Pour ma part, il y a longtemps que j’ai perdu foi en l’Afrique. Je crois que l’Afrique est entrain de mourir sur tous les plans. On est mal barrés. Je suis fiert d’être noir mais j’ai honte être africain.
si bi sa chi pa moi si tri bien li livre
Il est temps qu’on réagisse ;réveillons nous ; qu’on parle un peut de nous, nous sommes ignorés ; sortons de l’ombre.
je te tire chapeau monsier Cheikh Hamidou Kane ; l’aventure ambigue est un chef d’oeuvre
j’aimerais avoir le ressumé du roman:aventure ambigue de cheikh amidou kane.
J ’ AIMERAIS avoir la bio-bibliographie de Cheik Hamidou Kane
salut je suis un eleve qui veut la bio_bibliographe de cheick hamidou kane .je veux la situatuion du roman,la structure,les personnages,le résumé,les thèmes et enfin la conclusion.puis je toutes ces informations sur ma boite d’adresse ?
je serai vraiment ravi pour la reponse de cette demande.c’est urgent et je compte sur vous .
merci
salut je suis un eleve qui veut la bio_bibliographe de cheick hamidou kane .je veux la situatuion du roman,la structure,l’analyse,et enfin la conclusion.puis je veux toutes ces informations sur ma boite d’adresse. je serai vraiment ravi pour la reponse de cette demande.c’est urgent et je compte sur vous.je veux l’avoir d’ici le 23 mars 2007 . merci
Edem dit :
salut je suis un eleve qui veut la bio_bibliographe de cheick hamidou kane .je veux la situatuion du roman,la structure,l’analyse,et enfin la conclusion.puis je veux toutes ces informations sur ma boite d’adresse. je serai vraiment ravi pour la reponse de cette demande.c’est urgent et je compte sur vous.je veux l’avoir d’ici le 23 mars 2007 . merci
Ben dis donc il en veut, il en exige des choses, et pourquoi pas une petite turlute en prime ?
Toi, l’élève, c’est quoi ces exigences ? Tu penses que c’est en demandant à d’autres de faire ton boulot que tu dois obtenir tes diplômes ? Tu veux ci, tu veux ça, tu n’es même pas capable de demander poliment.
Tu as un ordinateur, tu as le net, sinon tu n’aurais pas pu écrire ce post, alors file sur Google fais tes requètes, tire tes renseignements et fais ton exposé. C’est TON boulot et cesse d’exiger.
Katouka !
SLT Mr kane
enchante de faire votre rencontre
hors de la conference internationnal
sur la charte du manden a bko
merci aliousamassekou@yahoo.fr
salut je suis un malien je fait la terminale serie LLT au lycée oumar bah BAMAKO, donc je veut la bio_bibliographe de cheick hamidou kane .je veux la situatuion du roman,la structure,les personnages,le résumé,les thèmes et enfin la conclusion.puis je toutes ces informations sur ma boite d’adresse ? je serai vraiment ravi pour la reponse de cette demande.c’est urgent et je compte sur vous . merci
nous voulons les renseignements sur les personnage de l’aventure ambigue
Adresse émail personnel de Cheik Amidou Kane.
Merci d’avoir éveillé la conscience nègre dans sa richesse et sa contribution à l’humanité.
un grand n’est pas un petit .mon pere:cheikh hamidou kane est l’un des exemples que doit suivre la majorite de ces dirigeants ivrement gauches pour releve notre cher continent.seul un intellectuel connait le sens et la valeur d’un pays.
S’il y a bien un mot que je ne peux m’emp$echer de dire, de te dire et de vous dire...c’est bien "merci".
Quant a moi je cosidere hamidou kane comme un mythe surtout avec son oeuvre l aventure ambigue .jai appri tant des choses dans cet oeuvre.
Salut. Moi je suis mauritanienne.Je pense que l’essentiel a été dit...C’est 1 roman riche.C-HAMIDOU KANE nous avertit du charme trompeur de l’occident.Pensons y pour pouvoir rester nous meme.