Un publi-reportage sur un livre de Michel Innocent Peya a été publié par Jack de Maïssa dans Les Echos du Congo Brazzaville. Le texte a été repris par Congopage. Vu l’importance et l’actualité du sujet abordé et le débat qu’il peut susciter, on ne peut rester indifférent.

Fils du Pool, le département qui a plus payé le lourd tribut dans toutes les guerres politiques qu’a connues le Congo, et pour avoir utilisé, nous-même, le terme génocide dans nos publications : livres et articles de presse, nous avons lu cet article avec beaucoup d’intérêt et l’analysé avec minutie.

A la fin de la lecture, nous avons non seulement eu des maux de ventre mais aussi de la nausée. Le contenu étant nauséabond. Nos cheveux se sont aussi dressés sur la tête sous l’effet de la colère. Car génocide ou pas, Denis Sassou Nguesso n’est pas un homme de paix, comme il est présenté dans ce papier.

Nous avons eu l’impression d’être devant quelqu’un qui vante sa paire de chaussure devant un estropié, et revécu l’appel à la compassion, lancé par la fille Dabira, Olivia, aux victimes de son père, afin de l’aider à obtenir, pour ce dernier, une liberté provisoire pour qu’il aille se faire soigner. Sa santé s’étant dégradée en prison où il a été jeté par le même pouvoir qu’il a servi et pour lequel il s’est sali les mains jusqu’aux coudes.

Déjà, rien qu’avec le titre, «  Le génocide imaginaire en République du Congo », l’auteur provoque et crée la polémique.

Susciter le débat pour faire jaillir la vérité ?

On découvre, à travers ce publi-reportage, que Michel Innocent Peya ne conte pas ou n’analyse pas la réalité, qui est la guerre. Mais, il a écrit son livre, pour attaquer ou contrer un ou des livres qui sont déjà écrits. Son objet de travail n’a donc pas été les guerres du Congo pour voir si les crimes commis sont des génocides ou des crimes contre l’humanité.

C’est pourquoi nous disons qu’il a tout simplement fait un plaidoyer pour défendre le pouvoir de Brazzaville. Pire, il présente Denis Sassou Nguesso comme un homme de paix. Malheureusement pour lui, tous les Congolais savent que cette littérature est bien rémunérée. Surtout, en ces périodes ou le pouvoir de Brazzaville se dit lâché par la France. Toutes les compassions ou tous les soutiens sont bien payés.

Mais, il faut aussi dire que ce n’est pas pour la première fois que Michel Innocent Peya refuse de voir la réalité.

Tenez ! Dans ce qui concerne l’environnement, son domaine de prédilection où il s’est spécialisé, il publie, sans une enquête sur le terrain, plusieurs tomes et reçoit les prix, mêmes les plus prestigieux à partir d’un mensonge (à beau mentir qui vient de loin). Il est le seul qui voit la protection de l’environnement là où Sassou et Henri Djombo dévastent. Il ne voit pas les dégâts écologiques dont sont responsables le gouvernement et les enfants Sassou qui se sont lancés dans l’exploitation anarchique de la forêt et de certains minerais.

Pourtant, les Ong qui œuvrent dans la protection de l’environnement ne cessent de tirer la sonnette d’alarme. Et, les cris de détresse des populations riveraines de certains départements, en l’occurrence celles de la Cuvette Ouest et de la Lekoumou ne cessent de trouer les tympans. Sans doute, il court derrière les 10% que l’on paye au commissionnaire qui a arraché un contrat. Le Fonds bleu étant très juteux !
Peut-être aussi que ces populations doivent utiliser les vuvuzelas pour faire parvenir leurs cris dans les oreilles de Michel innocent Peya.

Trois phrases nous dérangent dans cet article

Dans cet article, trois phrases nous poussent à réagir : la première, « La guerre civile qu’a connue le pays et les rebellions à répétition dans cette partie du pays n’ont jamais ciblé une ethnie par rapport à sa race, sa religion ou sa conviction politique », la deuxième, «  Malgré les efforts inlassables des autorités politiques en place dans la recherche de la paix et la stabilité du pays… », et la troisième, « Le génocide des Laris est un non-sens, une absurdité au Congo comme une simple vue de l’esprit. »

Réaction sur la première phrase

Elle se fonde sur deux groupes de mots : la guerre civile, et la rébellion à répétition.
En dehors de la guerre de 1959 dans laquelle s’étaient affrontés les partisans de l’Abbé Fulbert Youlou, et ceux de Jacques Napoléon Opangault, qui est survenue après une élection, et celle de 1993-1994 qui a opposé les ressortissants du Pool et ceux du Niari, la Bouenza et la Lekoumou qui a été déclenchée après un changement de la majorité à l’assemblée nationale, et qui sont des guerres politiques ou des conflits armés (puisque le terme de guerre civile commence à céder sa place à celui du conflit armé), toutes les autres guerres qu’a connues le Congo à partir de 1997, ne sont ni des guerres civiles ni des guerres politiques.

On peut parler du gangstérisme d’un homme qui s’est lancé dans la reconquête et la conservation du pouvoir par les armes. Et, cet homme n’est autre que Denis Sassou Nguesso. Les rébellions armées enregistrées dans le pays n’émanent que de sa stratégie de mener ces guerres. Et, les armes utilisées par les rebelles viennent des casernes militaires. Nous l’avons entendu au procès du général Norbert Dabira.

La deuxième phrase : «  les efforts inlassables des autorités politiques, et la recherche de la paix  ». Michel Innocent Peya présente Denis Sassou Nguesso comme étant un homme de paix. Or, depuis son accession au pouvoir en 1977, le pays ne ne connait que violences et guerres fratricides injustifiables. Pour l’homme, il n’y a que la guerre pour accéder et conserver le pouvoir. Même quand il s’agit de régler les petits conflits.

Avait-il besoin de mobiliser une armée et faire appel aux mercenaires étrangers pour mettre fin à l’aventure du capitaine Pierre Anga à Ikonongo, dans la Cuvette ?
Avait-il besoin d’une guerre pour reconquérir le pouvoir qu’il avait perdu à l’issue d’une élection en 1991, alors que le pays avait opté pour la démocratie et les élections libres et transparentes, après la Conférence nationale souveraine ?

Après la guerre de la reconquête du pouvoir à l’issue de laquelle il avait chassé Pascal Lissouba, qui était élu, toutes les guerres qui ont suivi sont des guerres de la conservation du pouvoir. Comment, Michel Innocent Peya justifie-t-il l’ouverture d’une caserne militaire privée à Tshombitsho, près d’Oyo où sont logés des mercenaires étrangers. Ils seraient plus de 1000 soldats dont plus de la moitié serait composée de tchadiens qui ont combattu dans la guerre centrafricaine et désormais salariés par Sassou.

Le pillage des richesses du pays, une forme de guerre

Sassou, homme de paix ? Pourtant, il vient d’acheter des hélicoptères de combats et des avions de transport de troupes, en Russie. Alors que le pays n’est pas en guerre et que son peuple meurt de faim. Le gouvernement est incapable de payer régulièrement les salaires des fonctionnaires, les bourses des étudiants et les pensions des retraités.

A quoi vont lui servir ces engins de la mort s’il ne prépare pas une énième guerre ? Même le pillage des richesses du pays est une forme de violence et de guerre à l’endroit des Congolais. Puisqu’il aboutit au crime économique. Parce qu’il tue l’économie du pays et les populations qui ne peuvent plus vivre décemment.

Troisième phrase : « Le génocide des Laris est un non-sens, une absurdité  »
Prenons la définition simple du mot génocide, faite par l’encyclopédie Wikipedia, pour bien vous faire comprendre qu’au Congo, il y a bel et bien eu lieu un génocide. Wikipedia dit ceci : « Un génocide est un crime qui consiste en l’élimination physique intentionnelle, totale ou partielle, d’un groupe national, ethnique ou religieux, en tant que tel, ce qui veut dire que ses membres sont détruits ou rendus incapables de procréer, en raison de leur appartenance au groupe ».

Ce que Michel Innocent Peya oublie est qu’une langue n’est pas figée. Une langue vit et évolue en contact avec les autres langues ou encore plus qu’on l’utilise.

L’auteur du publireportage rapporte qu’ « aucun projet génocidaire n’a été planifié, coordonné et exécuté par un quelconque pouvoir au Congo  ». Faudra-t-il rire ou pleurer devant cette ignorance de l’auteur ?

Certes, toutes les guerres qui ont eu lieu au Congo, depuis 1997, sont des actes d’un groupe de gangsters. Mais, il y a l’Opération Mouébara, conçue et planifiée par Denis Sassou Nguesso, pour dépeupler la partie australe du pays qui leur donne le caractère génocidaire. Les documents sur l’Opération Mouébara existent. Ils ont été envoyés au Conseil de Sécurité des Nations Unies. Une plainte avait été déposée à la Cour pénale internationale. C’est la France, encore la France, toujours la France qui bloque leur cours normal afin de ne pas déstabiliser le pouvoir de Brazzaville.

Pourquoi le pouvoir de Brazzaville n’a jamais nié l’authenticité de ces documents et porter plainte pour les accusations qui lui sont faites. Dans nos publications, nous avons, expressément cité nommément Jean-Paul Pigasse, qui est chargé de la communication dans cette Opération. Nos articles étaient illustrés avec ses photos. Mais, l’homme n’a jamais réagi ni publié un droit de réponse, même dans son journal Les Dépêches de Brazzaville. Ne dit-on pas que qui ne dit mot, consent ?

400.000 morts en 1997, et combien dans la guerre de 2016 ? Des arbres fruitiers coupés, des sources d’eau empoissonnées, plus de 300 villages dans lesquels ne vivaient que les membres d’une seule ethnie, ont disparu sur la carte du Congo. Les guerres de Sassou Nguesso ne visent-elles pas un ou des groupes ethniques ?

Somme toute, il est normal que nous ayons plusieurs discours sur les guerres qu’a connues notre pays, le Congo.

Mais, le discours d’un intellectuel ne doit pas être partisan ou encore, un intellectuel ne doit pas avoir deux discours : un discours académique, et un discours politique qui lui permet de plaire ou de flatter le prince.

Laissez-la plainte déposée à la Cour pénale internationale suivre son cours normal et aboutir pour départager les Congolais sur cette question du génocide.

Serge Armand Zanzala, journaliste et écrivain