Ces derniers temps, s’il y a un nom qui ne quitte pas le petit écran et fait la une de tous les journaux, c’est bien celui de Darfour.
Darfour ! Darfour-le-four ! A-t-on idée de donner pareil nom à une région désertique ? Les gens sont nés dans un four naturel et vous ne trouvez pas mieux que de donner à leur misère l’horrible nom de Darfour.

Heureusement que les gars là-bas ne comprennent pas tous le français, ses subtilités et encore moins son humour noir.
En France, vous savez certainement ce qu’il en coûta à un certain Jean-Marie d’avoir lâché un lapsus bien intentionnel sur les « Durafour-crématoires ». De là au fameux « détail de l’histoire », il n’y eut qu’un petit pas que notre trublion, mauvais historien à ses heures s’empressa de franchir.
Parler du Darfour dans une région désertique, c’est un peu comme parler de corde dans la maison d’un pendu.
Mais là n’est pas l’histoire. L’histoire c’est que dans notre Darfour se déroule un drame bien africain, tellement africain ! Des gens se sont mis un jour en tête d’en trucider d’autres pour la simple raison que les uns étaient Arabes les autres Africains. Vous avez compris le fin mot de l’histoire ? Moi, pas ! Je dirais même plus : j’y ai perdu mon latin.

Revoyons en effet les choses au clair. Nous sommes dans un pays africain, le Soudan, oui ou non ? Cela ne veut-il pas dire que tous les habitants de ce pays sont des Africains ? Comment alors comprendre que des Arabes africains se mettent soudain à tuer des Africains africains ?

Je soupçonne que les média « ignares » comme d’habitude, empêtrés dans des contradictions sémantiques, ne sachant pas comment nous vendre le conflit du Darfour, aient décidé de faire court : « des miliciens arabes chassent et tuent des populations africaines. » En fait, ils voulaient tout simplement dire que des Arabes chassaient des Noirs. Mais couards comme à leur habitude journalistique, ils n’ont pas osé assumé leur pensée. Ou peut-être sont-ils trop humanistes et évitent-ils ainsi d’embraser ce continent suffisamment meurtri.

Entre-temps, l’affaire est devenue tellement sérieuse et délicate qu’on l’a confiée aux Noirs. « Débrouillez-vous entre vous ». Ah oui, qui a-t-on envoyé au Darfour éteindre le feu ? Kofi Anan et Colin Powel. Et ils ont débarqué sur la terre de leurs aïeux en bras de chemise, à la grande joie des Africains, à la colère des Arabes.

Bon, pour Kofi Anan, il n’avait pas le choix ; n’est-il pas le patron du « machin » que détestait le général ? Mais pourquoi diable, a-t-on envoyé Colin Powel au lieu de Donald Rumsfeld s’il ne s’agissait pas de racisme ? Histoire de dire : « Débrouillez-vous entre négros. » Pendant ce temps, le « brave » Rumsfeld est envoyé en Afghanistan, là où les choses sont plus sérieuses et exigent un engagement plus profond des USA.

Ne me dites pas que je suis raciste, car je vous l’ai déjà dit, je n’y comprends plus rien à cette affaire du Darfour. Mais là où j’ai fini par perdre ma raison, c’est quand tous les ministres arabes soudanais que j’ai vus défiler à la télé pour défendre la cause perdue de Khartoum, étaient tous plus noirs que Colin Powel. Imaginez donc ces braves défenseurs de la pureté raciale traverser une rue chaude de Paris, ne se seraient-ils pas fait traiter de sales nègres par un Gaulois pur sang ? Alors, dites-moi honnêtement, les mecs, ils sont arabes ou noirs ? Ou bien sont-ils Arabes en Afrique et Noirs en Europe ?

Les Français, j’en connais un tas de racistes indécrottables comme dirait mon frangin, racistes et chauvins jusqu’aux cheveux. Ils ne porteront jamais une perruque dont un seul cheveu ne serait pas français. Mais les Français, j’en connais aussi un autre tas qui sont normaux jusqu’aux boyaux, qui boivent même du vin chilien, australien ou sud-africain. Et les malins n’ont plus qu’à se servir : un coup, ils puisent dans les chauvins, un autre ils piochent dans les « normaux ». Une chose par contre est sûre, tous savent faire la différence entre un Beur et un Black, surtout quand on met un Feuj à côté. Pour les rares Gaulois incapables de faire ces différences, on a inventé le dictionnaire si explicite en matière de races.

C’est d’ailleurs le grand Larousse qui m’a permis d’apprendre que le Darfour était aussi grand que la France. La première idée qui m’est venue est la suivante : pourquoi ne pas en faire un pays indépendant pendant qu’on y est ? Je me suis consolé en pensant que les Darfouriens n’avaient pas encore lu le manifeste fédéraliste qui fait chaque jour plus d’adeptes chez nous. Pauvres Darfouriens, une petite lecture de notre petit manifeste leur aurait épargné tant de souffrances.

Ensuite, je me suis mis à penser que dans la nouvelle république du Darfour que j’appelle désormais de tous mes vœux, il y a certainement des départements plus grand que le Grand Duché du Luxembourg, alors pourquoi ne pas en faire de grands duchés darfouriens bien indépendants avec ducs, cours, palais etc. ? Enfin, j’ai pensé que si jamais dans les grands duchés darfouriens, il y a un seul territoire de la taille de Singapour, de Hong-Kong ou de Macao, je n’aurais de paix que lorsqu’ils seront élevés au rang d’entités dotées de la souveraineté nationale.
Ma joie ne sera donc totale que lorsque le Soudan et toutes les républiques bananières arabes et africaines qui peinent à s’assumer, se déclineront sous forme de matriochka, ces poupées-gigognes russes en républiques de plus en plus petites, jusqu’à la république-molécule et la région-atome.
Vous avez peut-être compris pourquoi les « vaillants-pères-fondateurs » qui ont engendré nos indépendances, fruits de l’immaculée conception par le saint-esprit-colonial n’ont trouvé mieux (par lâcheté ou par pragmatisme) que de décréter en 1963 l’intangibilité des frontières issues de la colonisation.
Mais seulement voilà ! qui dit que les frontières sont intangibles ne sait peut-être pas que l’Erythrée s’est longtemps détachée de la famélique Ethiopie, que la Somalie a explosé, que la RDC sur la carte ne correspond plus à la RDC sur le terrain. La Somalie, pour ne prendre que ce pays-martyr se décline en trois candidats-pays. Je n’ai pas dit trois pays-candidats au suicide national, nuance !

Nous avons nos patriotismes cachés, nos nationalismes à fleur de peau, nos tribalismes viscéraux, mais nos « identités meurtrières » (Amin Maalouf) sont-elles supérieures à notre humanité bafouée ? Le Darfour des Africains et des Arabes nous interpelle peut-être sur nos crimes passés et à venir. Sommes-nous à la veille d’un schisme entre Afrique Arabe et Afrique africaine (c’est-à-dire noire) ? Notre silence est-il l’expression d’une angoisse ou d’une impuissance. L’avenir nous le dira...

Kalma