Droit de réponse à Hervé Mahicka-Mounkala, porte-parole du groupe « Initiative Fédéraliste », suite à son article intitulé « Aux Hommes Politiques Congolais », diffusé par voie électronique le 31 mai 2004.

Si l’on devait juger l’engagement des Congolais suivant la virginité politique, on pourrait s’étonner de l’avalanche des critiques à l’égard d’une Résistance qui œuvre pour la restauration de l’état de Droit et des libertés fondamentales au Congo-Brazzaville.

En effet, l’une des caractéristiques étranges de l’engagement politique chez certains de nos compatriotes, c’est l’approche et la compréhension du conflit politique non sur le fond mais sur la tactique qui amène à des prises de positions antinomiques. Celles du porte-parole du groupe « Initiative Fédéraliste » reflètent exactement cette nature où règne amalgame et confusion.

Amalgame parce qu’il conforte les thèses insensées comme celle de l’affiliation ethnique des partis politiques. Des thèses que les marxistes Congolais ont abreuvé la jeunesse depuis les années 60. Cela n’étonne point lorsque les ex-pionniers de la révolution marxiste le restituent sans analyse. Nos populations sont par nature pacifiques et les représentants qu’ils élisent se doivent de se conformer à cette nature. Lorsqu’un belliqueux s’accapare de la direction d’un groupe, à plus forte raison d’un état, la nature de celui-ci change inévitablement.

Confusion parce qu’il réduit la résistance patriotique des Congolais à une simple opposition au putschiste Sassou-Nguesso. Cette vision réductrice découle d’une culture surannée qui personnifie les relations et les instances, occulte le débat de fond et favorise le clientélisme à l’origine des comportements dichotomiques des nombreux ex-révolutionnaires Congolais.

C’est pourquoi, avant de nuancer les propos de l’article suscité, force est de rappeler à ce porte-parole le sens éminemment noble du combat que mènent le MCDDI, parti de dimension nationale, et l’ERDDUN.

Tout d’abord, le refus de la capitulation et de l’allégeance, formellement exprimé par l’appel d’Abidjan en octobre 1997, oriente et définit la plate-forme idéologique de la Résistance. Non seulement, le coup d’état est un mode d’alternance qui ne nous paraît pas digne de la République. Mais surtout, dans un conflit qui idéologiquement oppose le totalitarisme à la liberté et à l’état de Droit, c’eût été se renier et se saborder que de tricher avec notre idéal, cet idéal incarné par le Président de notre mouvement, monsieur Bernard Kolélas. D’où l’ERDDUN.

Ensuite, la Démocratie pluraliste est notre modèle politique. Dans notre pays, la défense de cette idée date des années 60 au prix du sacrifice de la vie du président de notre parti (27 ans de prison !). Nous n’en sommes qu’heureux de constater que celle-ci est aujourd’hui largement partagée. Les marxistes qui tentent de la combattre par les armes en font une macabre expérience. Notre discipline intérieure, fondée sur le respect de la légalité, est une chose sacrée, sous peine de voir l’espace politique se transformer en un terrain d’affrontements multiformes et le pays vulnérable à l’ingérence extérieure. Or comment maintenir cette discipline intérieure si les consciences individuelles n’obéissent qu’à des intérêts particuliers ?

Dès lors, pour répondre à l’opportunisme des uns et à la résignation des autres, nous accueillons avec un mépris de fer les indécentes imputations de ce porte-parole. Ces imputations sont exactement les mêmes dont, à l’aube de l’ère démocratique, nous fûmes affublés, sans en être accablés, par les intrigants marxistes Congolais.

Toutefois, nous apportons les précisions suivantes pour dissiper les malentendus dans l’opinion.

·Sur les massacres des populations civiles, y compris ceux du Beach, le MCDDI et l’ERDDUN réclament une commission d’enquête internationale indépendante. L’amnistie, donc le sacre de l’impunité, n’a jamais et ne sera jamais acceptée par le MCDDI. Humainement, lorsqu’on dénie aux victimes le droit de justice, quelle alternative laisse t-on aux veufs, veuves et orphelins ?

·La résistance du révérend pasteur NTUMI est d’une part, une réponse à l’agression systématique des populations civiles, d’autre part, un rejet explicite du putsch.

·La dénonciation du prétexte d’outrage par le Délégué Général du MCDDI, monsieur Théo-Joseph sénga, est un acte politique majeur, mûrement réfléchi, face aux velléités criminelles de monsieur Sassou-Nguesso.

·Le MCDDI encourage toute prise de conscience patriotique face au régime inhumain, indistinctement de l’appartenance politique ou confessionnelle des auteurs. Il est absurde que des hommes libres lient leurs destins à toute autre personne, physique ou morale, quelle qu’en soit sa position sociale. Le Développement Intégral concours justement à cet effet.

·Le MCDDI privilégie le dialogue comme une voie pacifique de règlement de conflit, comme dans toute société civilisée. Il est vrai que les fondamentalistes marxistes refusent cette voie et préfèrent injecter dans notre vie publique des poisons propices aux divisions et querelles stériles.

Cependant, dans le contexte politique Congolais actuel, la représentativité au sein des structures du pouvoir de Brazzaville ne repose sur aucune base réelle. Ceci étant, le pouvoir, comme dans toute dictature, exagère et falsifie son suffrage qui contraste avec le recours au coup d’état comme moyen d’accession au pouvoir. Il s’attribue des desseins démesurés. De même, l’opposition dite intérieure ne peut être jugée à sa juste valeur. Sa crédibilité est entachée de suspicions dans ce sens où le pouvoir l’utilise, par pure forme démocratique, comme façade. Et la Résistance l’utilise à toutes fins utiles.

Dans cette situation exceptionnelle, les critiques acerbes globalisantes contre les opposants égarent les auteurs de la sagesse. La politique est une science et un art tout ensemble ! (B. Kolélas). Ce qui importe, c’est le rôle de chaque opposant dans la lutte patriotique pour l’intérêt bien compris de notre peuple qui, en dernier ressort et à la lumière de la vérité, saura élever chacun à la dignité ou le reléguer au rang de traître.

En outre, tous les exilés ne sont pas des opposants et tous les opposants ne sont pas des exilés. Le choix de combattre le régime de Brazzaville qualifie certes d’emblée tout homme d’opposant. Mais nous affirmons que c’est par les actes que l’opinion de ce dernier trouvera écho, non en aboyant. En semant la confusion, ce porte-parole fait le jeu du pouvoir de Brazzaville pour lequel il paraît plus indulgent.

Par ailleurs, nous ne saurions terminer cette lettre sans souligner le caractère prétentieux de ce groupuscule qui croit détenir l’axe de stabilité politique au Congo-Brazzaville à travers leur projet (Rotterdam, 15/10/2003) imprécis sur la nature des entités à fédérer et sur le rôle du pouvoir central qui nécessairement a une incidence forte sur les entités à fédérer dont il faudra préalablement fixer la dénomination et les compétences. Face à des mentalités pécétisées (endoctrinées par le PCT), craindre une balkanisation du Congo justifierait bien toute méfiance. Un simple Droit de réponse ne peut malheureusement suffire à couvrir l’analyse approfondie ou le débat y référent. Pour notre parti, le MCDDI privilégie la Décentralisation qui accorde une autonomie aux régions.

La légitimité ne s’acquière pas en jetant des pierres sur tout le monde ! Sur ce, nous engageons le débat ouvert par les lanternes dans la lutte contre le régime totalitaire de Brazzaville.

Ces convictions là sont les nôtres. Elles n’ont pas de parti. Elles ne sont ni du Sud ni du Nord. Elles n’ont qu’un seul objet qui est celui d’être utile au pays. Le peuple Congolais, dont nous avons l’honneur et le réconfort de toucher le cœur et d’atteindre l’esprit, le sait bien. Nous lui demandons de s’unir et de se joindre à nous pour libérer le pays du putsch et de la tutelle. Nous sommes convaincus que la soif de liberté l’emportera et qu’alors renaîtront les acquis de la Conférence Nationale Souveraine pour le salut et le renouveau du Congo-Brazzaville.

Fait à Paris, le 9 Juin 2004.

Edgard M’FOUMOU-Né
Responsable du MCDDI-France.