vendredi29 juillet 2005

Ecrire sans la France : l’écrivain d’Afrique noire francophone et la langue française

Commencer par être écrivain tout court

À l’heure où se répand un courant “africaniste” dans les lettres francophones d’Afrique noire, certains d’entre nous s’interrogent sur la nécessité du français comme langue d’écriture. Le Camerounais Patrice Nganang [1] va jusqu’à proposer “d’écrire sans la France”.

Avant d’abonder dans le sens de l’auteur, notons ceci, qui est d’importance. Pour Patrice Nganang, « Écrire sans la France » semble signifier tout à la fois écrire sans le français (donc dans les langues africaines ou toute autre langue que le français) et sans la France (c’est-à-dire les idéologies néocolonialistes hexagonales dont la Francophonie serait l’incarnation). Tel est le spectre de la formule. Le ton est sans voie de recours possible. D’après l’auteur, ceux qui ne s’y plieraient pas cautionneraient l’idéologie coloniale. Il écrit en effet : “C’est que, écrire sans la France, c’est avant tout écrire par-delà la francophonie : c’est donc retrouver la mobilité latérale de nos aïeux et de nos aînés qui de pays en pays, de terre en terre, et surtout de langue en langue se déplaçaient, sans profession de foi préliminaire, au gré de l’interlocuteur, au gré de la terre sur laquelle se posaient leurs pieds, et avec la même dextérité s’exprimaient en medumba et en bassa autant qu’en douala : bref, ne vivaient pas la multitude de leurs langues comme une damnation, tel que le veut un Gaston-Paul Effa, dans la lignée des argumentations purement coloniales, mais certainement comme une évidence.” [2]

La question méritait d’être posée, c’est désormais chose faite. On est toutefois en droit de se demander si l’idéologie qu’elle véhicule peut valablement se substituer au talent, seule unité de mesure d’un écrivain, quelle que soit sa langue. En se lançant dans de telles polémiques, sans aborder la question du métier, l’auteur africain n’escamote-t-il pas le vrai sujet, à savoir la littérature ? Tout se passe comme s’il pouvait discuter de tout et de rien, pour à la fin, sans doute par fainéantise ou par manière de raccourci, rejeter la responsabilité sur les chocs de l’Histoire. Pareille attitude permet de ne surtout pas discuter de l’essence de la création littéraire : le texte... Et lorsque, quelques lignes plus loin, mon confrère Patrice Nganang se demande : “Verrons-nous bientôt venir ce jour où des écrivains africains cesseront vraiment d’être francophones ?”, il est évident que nous nous éloignons du domaine de la création pour emprunter les sentes embourbées de la militance. Être francophone nous empêche-t-il d’être des écrivains ? L’ombre de la France pèserait-elle si fort au point de nous empêcher d’écrire en toute liberté ? N’avons-nous pas encore compris qu’il y a longtemps que la langue française est devenue pour les Français eux-mêmes une langue étrangère, et que l’Académie française n’en a plus le contrôle ? Que dire de l’impertinence, des fugues de langue venant d’un Ahmadou Kourouma, d’un Patrick Chamoiseau, d’un Sony Labou Tansi ou d’un Daniel Biyaoula ? Si, dans le terme “écrivain francophone”, l’adjectif « francophone » est de trop pour certains, peut-être faudrait-il déjà commencer par être écrivain tout court !

Le retour de l’authenticité

L’argument principal de ceux qui nous demandent d’écrire sans la France se résume ainsi : le français est entaché d’un vice rédhibitoire, insurmontable et même inexcusable : c’est la langue du colonisateur. C’est une langue qui ne nous permettrait guère de nous exprimer avec authenticité. « Authenticité », ai-je noté ? Encore un mot chargé de conséquences inimaginables ! C’est au nom de l’authenticité que certaines nations du continent ont vu leur population sombrer. Selon les partisans de l’authenticité, la langue française véhiculerait des “codes” d’asservissement, des tournures impropres au phrasé africain, toutes considérations que nous aurions tort de sous-estimer !

L’un des meilleurs prosateurs sénégalais, le romancier Boubacar Boris Diop, par exemple, après plusieurs publications en français (aux éditions Stock notamment), affirme s’être désormais tourné vers l’écriture en ouolof : “Le français - ou l’anglais - est une langue de cérémonie, et ses codes, à la fois grammaticaux et culturels, ont quelque chose d’intimidant... Ce sont là autant de raisons qui amènent l’écrivain africain à douter du sens et de la finalité de sa pratique littéraire” [3]. Notre confrère a publié effectivement en 2003 un roman en ouolof, Doomi Golo (Le fils du singe) [4] . Le milieu africaniste, fier, a applaudi cet acte de courage. Mais voilà que, à notre plus grande surprise, les éditions Philippe Rey annoncent, du même auteur, la parution de L’impossible innocence [5], un roman écrit, semble-t-il, dans ce qui peut se faire de plus classique et de plus maîtrisé dans la langue française. Preuve que l’écrivain, comme tout artiste, doit maîtriser son médium, en le rendant intimidant. C’est lui qui doit faire marcher la langue ; il ne doit jamais s’en laisser conter.

La situation s’avère encore plus compliquée lorsque c’est un éditeur français qui engage ses finances dans le dessein de rééditer le livre d’un auteur africain en Afrique. Ce fut le cas pour Le Cavalier et son ombre [6] publié à Paris, réédité en poche en Afrique, en français. Ce qui permet de vendre le livre à un coût moins élevé pour le lectorat du continent. Ce fut aussi le cas pour Les Gardiens du Temple [7].

De même, puisque l’opération n’est pas si simple que cela, l’éditeur anglophone de Ngugi Wa Thiongo va jusqu’à assurer lui-même la publication de certains de ses livres dans son pays et dans sa langue natale ! Voici donc que la langue du colonisateur tend les bras à la langue du colonisé ! Je me pose cette question : Naipaul, Rushdie, Zadie Smith, Walcott, Danticat sont-ils considérés comme étant « dans la lignée de l’idéologie coloniale » lorsqu’ils révèlent l’étendue de leur talent d’écrivains en langue anglaise ? À moins que les partisans de l’authenticité considèrent - par une opération relevant du cynisme - que la langue anglaise n’ait pas été une langue venant d’une puissance coloniale !

L’auteur africain du « dedans » et celui « du dehors »

En réalité, les partisans de l’authenticité parlent à mots couverts des écrivains africains du « dedans » et ceux « du dehors ». L’auteur africain « du dehors », résidant en Europe, est généralement perçu comme déconnecté de la réalité. On préjuge que, coupé des racines du continent, sa vision du monde est en quelque sorte faussée. Englué dans le système éditorial parisien, cet écrivain corrompu ne s’adresserait plus à ses « frères et sœurs », mais à son « public de raison », qui lui dicte ce qu’il a à écrire : « des ouvrages formatés pour un public occidental », selon l’expression de la journaliste Nabo Sene [8] .

Au contraire, l’auteur africain du « dedans », résidant en Afrique, serait celui qui incarnerait l’authenticité, la pérennité des valeurs et des traditions. Il serait « le dernier gardien de l’arbre », pour reprendre le titre d’un roman du Camerounais J-R Essomba. Son combat serait de refuser les chaînes d’une francophonie qui est la cause de tous ses maux. Il devrait regarder son passé, valoriser ses propres langues, écrire sans la France, retrouver « la mobilité latérale de nos aïeux et de nos aînés », mobilité si chère à Patrice Nganang au moment où nous espérons la situer sur le plan des échanges plus vastes, chaque langue ayant toujours un grain à picorer dans une autre. Et même dans une prose aussi achevée que celle du Camerounais Gaston-Paul Effa ou du Tchadien Nimrod - qui résident tous les deux en France - vibre une espèce de bruissement de langues que seuls les sourds (ou ceux qui font semblant de l’être) ne peuvent entendre...

Mourir pour les idées, d’accord, mais de mort lente (Georges Brassens)

Lorsqu’on milite pour une cause, on se fait fort de se conformer aux idées pour lesquelles on voudrait mourir afin de montrer aux autres l’exemple. Demander à l’écrivain africain francophone de cesser d’être francophone et lui proposer - comme, au fond, le pense Patrice Nganang - le modèle anglophone, relève d’une tentative de séduction spectaculaire. On ne peut pas à la fois blâmer une sphère et tirer profits sans vergogne de ses avantages. On constate en effet que bon nombre d’écrivains africains francophones, y compris ceux « du dedans » ou les moralisateurs de ces derniers temps, sont les éléments qui tirent le plus profit des dividendes de la francophonie. Ils sont présents dans les salons et rencontres littéraires francophones, sollicitent et acceptent diverses bourses ou résidences d’écriture. Certains d’entre eux, après une expérience malheureuse dans des maisons d’éditions africaines vont à pas feutrés à la conquête des éditeurs parisiens. Leurs livres sont publiés et diffusés en Europe. À commencer d’ailleurs par Patrice Nganang (publié chez l’Harmattan, au Serpent à plumes, et maintenant dans la collection Continents noirs de Gallimard). Au passage, cet écrivain aura accepté avec jubilation le Prix Marguerite Yourcenar décerné aux États-Unis par les instances francophones, dont le Consulat général de France ! De même que le Grand Prix littéraire d’Afrique noire qu’il a reçu pour le même livre, Temps de chien [9]. Or le Grand Prix littéraire d’Afrique noire est décerné par l’ADELF, l’Association des Écrivains de Langue Française tous pays confondus ! Bref, Jean-Paul Sartre a eu tort de refuser le Nobel... La situation de l’écrivain africain francophone n’est pas si différente de celle d’un écrivain d’une province française dont le rêve est de publier chez Gallimard, Grasset, Le Seuil ou Albin Michel...

La courtoisie née de l’échange (Derek Walcott)

Écrire sans la France ? La plupart des écrivains francophones d’Afrique noire, s’ils parlent leur langue maternelle, sont loin de la maîtriser à l’écrit. Plusieurs de ces langues sont demeurées orales. Les politiques de ces pays doivent au préalable susciter une réflexion autour de ces langues. Or il faut déjà songer à “bâtir” une grammaire (ou la repenser si elle existe), l’harmoniser, ou encore installer des académies, développer des dictionnaires, créer des journaux dans ces langues, bref préparer les esprits à passer du stade oral - auquel on réduit d’ordinaire l’Afrique - aux exigences de l’écriture. Et il n’est pas interdit de traduire le livre d’un auteur africain francophone dans une langue africaine ! Les Gardiens du temple de Cheikh Hamidou Kane a été écrit en français, puis traduit plus tard en ouolof !

Il ne s’agit pas seulement d’écrire dans une langue africaine, encore faut-il préparer l’Africain à lire cette langue... comme on prépare le Français, le Chinois ou le Russe à lire leur langue !

La réalité est plus grave que cela : l’écrivain africain francophone est demeuré un indigène sans le savoir. “L’indigénat est une névrose introduite et maintenue par le colon chez les colonisés avec leur consentement”, soulignait déjà Jean-Paul Sartre dans son introduction à Frantz Fanon. Et peut-être faudrait-il commencer par lutter contre ce consentement de l’indigène, faire de sorte que, pour reprendre l’expression de V. S. Naipaul, “la seule échappatoire possible” ne soit plus le drame de notre condition. En suivant cette logique, comment demeurer insensible aux propos de Derek Walcott, propos qui résument bien le désespoir actuel de l’écrivain africain francophone : “Nos corps pensent en une langue et bougent dans une autre...il devrait être clair que renoncer à la pensée parce qu’elle est blanche relève de la manie la plus absurde. Dans nos corps, que nous nous plaisons à torturer nous confondons deux grâces : la dignité que donne la confiance en soi, et la courtoisie née de l’échange [10].”

Alain MABANCKOU

[1] Auteur du récent L’Invention du beau regard, Contes urbains, Continents noirs, Gallimard, 2005

[2] “Ecrire sans la France”, article paru dans la revue Africultures, n° 60.

[3] Entretien de Boubacar Boris Diop avec Jean-Marie Volet, revue Mots Pluriels, n°9, 1999.

[4] Boubacar Boris Diop, Doomi Golo, roman (en ouolof), Editions Papyrus, Dakar, 2003.

[5] Boubacar Boris Diop, L’impossible innocence, roman à paraître aux Editions Philippe Rey, Paris

[6] Boubacar Boris Diop, Le Cavalier et son ombre, roman, Stock, 1997.

[7] Cheikh Hamidou Kane, Les Gardiens du temple, roman, Stock, 1997.

[8] Nabo Sene, Des sociétés africaines morcelées, Le Monde Diplomatique, n° 586, janvier 2003

[9] Patrice Nganang, Temps de chien, roman, Le Serpent à Plumes, 2001.

[10] Derek Walcott, Café Martinique, essai, Ed. Anatolia/Le Rocher, 2004.

Commentaires

  1. le 30 juillet 2005 à 09:00

    Cher Alain,

    Sympa de desormais publier un blog sur Congopage,au moins tu sembleras etre plus accessible a tes lecteurs que nous sommes.Mais entre nous je les trouve trop longs et d’une rigueur litteraire a faire mourir d’ennui.Comme tu l’as dit toi meme une fois,"ecris avec tes baskets".Les Weston et les costumes garde-les pour les romans.On veut ici le A.M de tous les jours.Enfin c’est mon avis.
    Quant au sujet,je n’en dirai pas grand chose puisque m’etant deja livre a un echange memorable (t’en souviens-tu ?) avec le sieur Nganang sur Africultures.
    J’ajouterai juste qu’a partir du moment ou nous acceptons le fait d’avoir ete colonise,a partir du moment ou on va debourser de milliards pour venir enterrer les restes (s’ils existent encore)de De Brazza dans la capitale de la France libre (BZV),alors a partir de ce moment,considerons le francais comme etant aussi notre langue.D’ailleurs elle demeure jusqu’a preuve du contraire le denominateur commun entre tous les peuples francophones d’Afrique. Et puis entre-nous,ecrivain c’est aussi une profession comme avocat ou policier,on doit pouvoir en vivre n’est-ce pas ?ou est donc le mal d’ecrire dans une langue qui me permettra d’atteindre le plus de lecteur possible et du meme coup gonfler mon compte en banque ?
    Demandez a B.Boris Diop combien d’exemplaires de son livre en wolof a t-il vendu ou combien d’editeurs etrangers ont voulu acheter les droits de traduction de celui-ci.Bref comme l’aurait dit le Grand Tchicaya Utam’si "arretons de danser toujours a rebours la chanson".

    Amities,

    Boris Kharl

  2. Posté par A. Mabanckou, le 30 juillet 2005 à 12:35

    Cher ami,

    Merci pour les conseils, et on apprend toujours ainsi...
    J’essaierai de raccourcir les prochaines chroniques.

    Amitiés.

    A. M

  3. Posté par zephyrin evariste, le 30 juillet 2005 à 14:12

    Bonjour,

    Aurais-je votre accord pour publier votre tribune sur 2 mo 4 pawol dans la rubrique litterature et essai.

    merci
    zeph

  4. Posté par webmaster, le 30 juillet 2005 à 14:35

    Pour toute question à l’auteur, utiliser le formulaire de contact en suivant le lien : Lire toute la biographie. Merci.

    webmaster

  5. Posté par Nicolas, le 30 juillet 2005 à 14:50

    Au passage, juste une remarque : ceux qui réduisent la langue française à la "langue du colon" - quand bien même ils ont été un jour colonisés - commettent le même erreur que les xénophobes et les racistes : généraliser à partir d’un élément. Que chacun écrive dans la langue qu’il veut, mais qu’on ne vienne pas nous fatiguer avec ces histoires de "langue de colonisateur". Paul Eluard, Voltaire, Le Clezio, Céline (éhéhéhé)et des centaines d’autres, écrivent en français et leur langue n’est pas rendue condamnable par ce que certains de nos parents sont partis coloniser l’Afrique et l’Asie. La langue est au-delà. Nabokov, qui n’était pas un petit écrivain, le fut en Russe et en Anglais, corrigeant lui-même les épreuves de ses romans traduits en Français.
    Vieille querelle, mais je crois que le conseil est juste : que chacun choisisse la langue dans laquelle il chante le mieux, et oublions un instant l’histoire et les faux procès. Un écrivain se juge sur LES histoires qu’il raconte... Et la langue est, dans tous les cas, à son service. On a le droit de la coloniser, la langue, non ?

  6. Posté par Boris Kharl, le 30 juillet 2005 à 20:20

    Au webmaster !

    Si vous ne pouvez pas poster les textes en entier,dites nous le nombre de mot qu’il faut pour qu’on s’adapte.Mais de grace arretez de couper les textes de facon anarchique,ca en denature le contenu et la teneur.Merci

  7. Posté par francoise harnois, le 30 juillet 2005 à 20:45

    moi j’ai trouve cet article passionnant,documenté et vibrant...et puis trés courageux ..... les jeunes amoureux
    black,blancs,beurs qui s’embrassent dans les rues de paris ont trouvé langue commune et ne se demandent pas qui a colonisé qui....

  8. Posté par A. Mabanckou, le 30 juillet 2005 à 23:10

    Cher Nicolas,
    L’idée d’une liberté de l’artiste est celle que nous essayons tous de défendre. Et je partage ces belles réflexions, si justes, si pertinentes...

    A. M

  9. Posté par A. Mabanckou, le 30 juillet 2005 à 23:54

    Réponse à Zéphirin Evariste.

    Vous pourrez publier la tribune ci-dessus dans votre site aux conditions suivantes :
    - Bien signifier le site d’origine où a été publié l’article( Congopage.com ).
    - Bien mentionrer le lien qui renvoit à ce Blog.

    A M

  10. Posté par Edmond VII Mballa Elanga, le 31 juillet 2005 à 22:25

    Bonjour,
    Quelle belle chronique ! Quel ton juste ! Il est en effet dommage que des écrivains - ou plus généralement des leaders d’opinion tentent de noyer le poisson avec des polémiques vaines. Qu’il s commencent déjà par ne s’exprimer que dans leur langues maternelles et on verra bien qui va les entendre...

  11. Posté par Kanate Dahouda, le 2 août 2005 à 04:52

    Bonjour Alain,
    Je suis alle sur ton Blog. Malgre mon calendrier charge de lectures et de devoirs, je n’ai pu resister a la tentation de parcourir serieusement tes reflexions sur ’’Écrire sans la France’’. Je n’ai pas perdu mon temps, du tout. En effet, je trouve que ton texte est d’une grande facture intellectuelle. Riche, souple de nuances, l’article en question evolue avec elegance et conviction. Felicitations pour ce bel exercice mene de mains de maitre, et qui degage des bouffees d’air permettant d’echapper aux lieux communs sur le francais, la francophonie et les langues africaines. A la session d’automne, je compte enseigner un cours sur les problematiques de la francophonie. Tes reflexions s’inscrivent tres bien dans le cadre de ce cours. Je ne manquerai donc pas d’inviter mes etudiants a se pencher sur ton texte...

    Prof. Kanate Dahouda, Geneva, New York USA

  12. Posté par Florent COUAO-ZOTTI, le 4 août 2005 à 19:58

    Je suis toujours envahi par un malaise lorsque des écrivains francophones utilisent le français pour dire que, s’exprimer en français pour un écrivain africain ou autre, constitue une impasse. J’ai la conviction que c’est un combat d’arrière garde et qu’il ne faut pas faire d’un choix idéologique personnel une profession de foi à imposer à tous.

    Face à cette question - que les gens s’acharnent, depuis longtemps, à transformer en problématique existentialite - j’ai toujours le sentiment qu’on divise inutilement les écrivains en deux camps : d’un côté, ceux qui militent en faveur d’une telle option et de l’autre, ceux qui y sont indifférents et continuent d’écrire dans la langue de Voltaire. D’ailleurs, ces derniers, de tout temps, ont toujours été suspectés de "collaboration" avec la France quand ils ne sont considérés comme des traitres à leur race. On se croirait à l’époque de L’Enfant noir où Alexandre Biyidi reprochait à Camara Laye de ne pas être, dans son roman, suffisamment anticolonialiste. La littérature africaine a aussi ses démagogues.

    Mais la réflexion de Patrice Nganang ne doit pas être seulement interprétée de cette façon. Il y aussi chez notre ami le souci de se libérer des flonflons habituels qui entourent les institutions francophones et qui ne permettent pas forcément la lisibilité et la visibilité des auteurs du continent. La littéraure africaine est encore tributaire des diktats de ces structures, même si beaucoup d’écrivains du continent bénéficient de leurs appuis. Comme, du reste, Nganang lui-même.
    La langue française nous empêche-t-elle de produire ? Pourquoi parlons-nous de cette langue comme une langue étrangère ? Dois-je, moi, Florent Couao-Zotti avoir honte de mes héritages culturels -héritages qui intégrent ce que j’ai reçu de mon père, de mon pays, de son histoire et de l’histoire du monde ? - Comme les gênes qui me viennent de mon père, la langue frnaçaise n’est pas étrangère à mes habitudes de vie. Et si je l’ai choisie comme beaucoup d’autres, c’est parce qu’elle mon territoire d’appartenance. Dire qu’on écrit en Français n’est pas synonyme d’aimer la France ou de faire plaisir à la France. Ceux qui ont cette lecture ne sont, hélas !que des esprits limités. Ce n’est pas poarce que je parle le fon ou le mina que je fais plaisir à un fon ou à un yorouba.

    Mais revenons à l’écrivain africain francophone.
    Il y a quelques mois, j’ai rencontré Moussa Konaté à Limoges. "J’ai appris", lui-ai-je dit, que tu t’es installé ici". Il m’a répondu avec son flegme habituel :"Je suis installé ici parce que j’ai l’impression qu’on ne veut pas de moi là-bas". C’est tout dire.

    Florent COUAO-ZOTTI

  13. Posté par Sami, le 4 août 2005 à 22:32

    Florent, tu sais, certains écrivains se prennent aussi pour des penseurs. Je pense qu’ils en ont la capacité, mais ils risquent de ne trouver aucun sujet digne de ce nom avant leur mort. Donc, qu’on ne leur reproche pas d’aller au cimetière des débats pour déterrer les vieux os des sujets défunts. Toi qui te fais filmer dans les cimetières, tu les y as déjà rencontrés ! N’est-ce pas de là que t’est venue l’image de cet homme qui déterre le cadavre de sa femme pour... Allez, avoue !

  14. Posté par Théo, le 4 novembre 2005 à 12:57

    Cher ami,
    j’aimerai avoir si possible la biographie et la bibliographie de Cheich Hamidou Kane, stp.
    Egalement avoir des infos sur sa seconde oeuvre qui n’est pas arrivée à son terme.
    Merci et à tout de suite.

  15. Posté par S. A. KONATE, le 11 novembre 2005 à 03:21

    Cher ami,
    Je crois que nous avons besoin d’ecrivains qui reflechissent a l’ecrire comme tu viens de le faire. La question de la langue est absolument une des plus diffciles a tenir parce que tres brulante. Comme tu le dis si bien, la langue francaise, comme d’ailleurs toute autre langue europeenne d’adoption, est frappee par cette marque indelibile qu’est son histoire d’infusion dans les cultures qui en ont fait siennes en dehors de l’espace centrale de cette langue : la France. Nonobstant cette tache sur la langue francaise, elle est aujourdhui partie integrante et indissociable de nos cultures africaines. Recuser cette partie de nos cultures est un acte ahistorique.
    La militance a laquelle tu as fait allusion, par rapport a la reaction du frere Nganang, est aussi inevitable que reelle. Il y a la une attitude de amour/haine que certains eprouvent a l’endroit de la langue francaise. Et cette attitude fait qu’autant on hait cette langue autant on ne peut s’en defaire. On reste en elle, on l’utilise et on la subvertit, peut-etre pour aboutir un jour a cette forme batarde tres avancee du francais que nous avons partout dans les espaces francophones.
    On ne pourra pourtant pas aussi aisement se defaire du francais.
    Mais la these des nationalistes culturels est bonne, mais pas envisageable. Combien lisent en francais, a plus forte raison les traductions en langues africaines ?
    Comme les americains disent ici, bonne critique et bon courage. Nous attendons ces genres de critiques !
    Un frere qui a aime ton blog !!!

  16. Posté par paul, le 19 janvier 2007 à 12:52

    c’est beau le courage, et les belles paroles, mais immaginez vous le grondement social que l’on entendrait aujourdhui en france, si la langue parlee dans l’éxagone etait le BAMBARA...c’est vrai qu’il est aujourdhui bien difficile de se défaire de ce moyen de communication que nous utilisons tous, mais pas impossible. de maniere inconsciente nous soutenons et faisons vivre une culture qui nous est etrangere ; mais, mon Dieu avons nous les moyens de faire autrement, au moment ou les dés pipés de l’interdependance des entitées et la globalisation sont jétés ? le combat de la francophonie comme bien d’autre n’est pas le notre, pauvres bougre negro-africain que nous sommes, combien de conscience sommes nous pret a ensevelir pour une cause qui n’est pas la notre, cela me rappelle tristement le sort de ces africain mort pour la france , sans savoir un mot de francais, sommes nous pret a mourir pour cette meme france parceque nous parlons le francais ?
    Mr Nganang , nous avons été en terminale A4 au LGL, et etions ensemble dans le club de litterature, avec un certain Etoa, Bikay..
    bien des choses a vous, et a alain manbankcou, votre reuissite nous rempli de joie. vive les generations futures, et que la lutte des idees nous survive.
    Paul M

  17. Posté par Andre’, le 8 février 2007 à 18:56

    Je suis etudiant jamaicain du francais et d’une maniere, je m’imagine traiter d’une dualite complexe : premierement, parler anglais ou ne pas parler anglais (ca, c’est la question)[rappeler que bien que je ne me considere jamais comme anglais ou creole mais simplement noir, je ne sais parler qu’anglais] ; deuxiemement, de faire un effort precis d’apprendre une autre langue <>, est-ce que ca me rendre traitre a ma race, en effet, a mon existence ? Pourquoi pas ibo, ouolof ou meme creole haitien ? Non, je ne me passion point que pour le francais. La langue, transcend-t-elle vraiment des centaines d’annees d’oppression, d’injustice, d’inegalite ; soit il envers les Noirs ou pas ? Mais je ne peux pas nier l’anglais dans ma pensee plus que je peux le blanc dans mon peau maron ! Comme disait-on en Jamaique, Nuff Respek Mabanckou.

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