vendredi14 avril 2006

Et si vous étiez des victimes du racisme de l’intelligence ???

Pierre Bourdieu ? Sociologue français. Considéré comme un des grands animateurs de la sociologie française de la seconde moitié du XXème siècle. Mais il était aussi connu pour son engagement public. Né en 1930, il est mort à Paris le 23 janvier 2002. Ce sociologue avait publié en 1983 un court texte qui, aujourd’hui, est plus que d’actualité. Ainsi est-il convenu de repenser la notion de racisme, de ne pas seulement y voir une question de races. Et si nous n’ouvrons pas les yeux, il nous sera difficile de saisir les nuances et les subtilités de certains racismes qui se déroulent devant nous et prennent alors la nature d’une réalité, d’une situation presque fatale. Le sociologue nous proposait la notion de "racisme de l’intelligence". Laissons-le l’exprimer et la définir par ses propres mots :

Il faut avoir à l’esprit qu’il n’y a pas un racisme, mais des racismes : il y a autant de racismes qu’il y a de groupes qui ont besoin de se justifier d’exister comme ils existent, JPEGce qui constitue la fonction invariante des racismes. Il me semble très important de porter l’analyse sur les formes du racisme qui sont sans doute les plus subtiles, les plus méconnaissables, donc les plus rarement dénoncées, peut-être parce que les dénonciateurs ordinaires du racisme possèdent certaines des propriétés qui inclinent à cette forme de racisme. Je pense au racisme de l’intelligence.

Le racisme de l’intelligence est un racisme de classe dominante qui se distingue par une foule de propriétés de ce que l’on désigne habituellement comme racisme, c’est-à-dire le racisme petit-bourgeois qui est l’objectif central de la plupart des critiques classiques du racisme, à commencer par les plus vigoureuses, comme celle de Sartre.

Ce racisme est propre à une classe dominante dont la reproduction dépend, pour une part, de la transmission du capital culturel, capital hérité qui a pour propriété d’être un capital incorporé, donc apparemment naturel, inné. Le racisme de l’intelligence est ce par quoi les dominants visent à produire une « théodicée de leur propre privilège », comme dit Weber, c’est-à-dire une justification de l’ordre social qu’ils dominent. Il est ce qui fait que les dominants se sentent d’une essence supérieure.

JPEGTout racisme est un essentialisme et le racisme de l’intelligence est la forme de sociodicée caractéristique d’une classe dominante dont le pouvoir repose en partie sur la possession de titres qui, comme les titres scolaires, sont censés être des garanties d’intelligence et qui ont pris la place, dans beaucoup de sociétés, et pour l’accès même aux positions de pouvoir économique, des titres anciens comme les titres de propriété et les titres de noblesse.

Ce texte de Pierre Bourdieu est paru en 1983 dans Le Monde Diplomatique sous le titre « Classe contre classe » et repris dans ce mensuel en avril 2004 sous le titre "Le racisme de l’intelligence". Il nous invite ainsi à approfondir cette notion de racisme de l’intelligence - et donc de déplacer notre grille de lecture de la question. Le chemin est long puisque nous avons d’ordinaire une conception étriquée du racisme : nous voyons le monde en noir, blanc, jaune ou rouge dans leur choc - en y ajoutant les métissages issus du croisement de ces couleurs ! Ce qui n’est toujours pas une manière "intelligente" de traiter le racisme... Et si jusque-là nous mettions la charrue avant les boeufs ? Qu’y-a-t-il de pire que la "misère du monde", la domination et l’exclusion par l’intelligence ?

Commentaires

  1. Posté par Alain Serbin, le 14 avril 2006 à 07:17

    Une société est raciste ou ne l’est pas. Tant qu’on aura pas saisi cela, bon nombre de problèmes ne seront pas règlés. Ce discours fanonien reste actuel. Pierre Bourdieu nous dit, si j’ai bien compris, qu’il existe un racisme de l’intelligence. Formule pompeux et très vague en apparence, mais qui donne une bonne définition du racisme surnois. On ne mesure pas le nombre des racistes que l’on côtoie dans notre vie quotidienne. Le racisme restera un sujet d’actualité tant que l’on évacuera pas cette notion même de "race", source de toutes les confusions, de haines et d’exclusions.

  2. Posté par DM, le 14 avril 2006 à 10:16

    "Croyez à la Bonne Nouvelle"

  3. Posté par monofila, le 14 avril 2006 à 11:33

    L’intervention du sociologue Pierre Boudieu pourraît trouver un écho dans les analyses faites sur les rapports dominants-dominés de Jean Philippe Breton. Dans un ouvrage intitulé La parole manipulée, ce dernier nous montre comment une classe politique en l’occurence-et qui pourrait être n’importe laquelle-peut être amenée à manipuler l’opinion publique, subjuger les citoyens. Mais on pourra se demander quels liens alors avec "le racisme d’intellegence" condamné par Bourdieu ?

    N’allons vite dans notre analyse, au risque de se méprendre ! En effet à lire JP Breton, on comprend que la lutte des classes autrefois liée à l’idée de fortune, serait devenue ce jour tributaire des valeurs dont se réclament certains groupes. Dans cette lutte qui ne dit pas son nom, ceux qui se croient supérieurs aux autres, le plus souvent revendiquent la marque de la suprématie de leur intelligence sur les valeurs propres aux autres groupes. Pour ce faire, quoi mieux choisir alors que la manipulation cognitive ? Des contraintes masquées et ruses de la parole ? Par quoi passer si ce n’est pas des techniques habiles de ridiculisation de "l’autre" et de "frustration intellectuelle" ?

    Pierre Bourdieu voit dans ce "racisme d’intellince" un refus d’altérité. Moi j’y vois surtout un refus de d’affirmation de sa propre bassesse, sa propre nullité et de sa peur devant la prodigieuse ascension intellectuelle des peuples venus d’ailleurs mais tout aussi respectueux des lois de la République que les propres "nationaux de souche".

    Bourdieu et Breton ont ceci de commun en ce qu’ils pensent tous que la manipulation est une arme dangereuse ; par elle un groupe se disant supérieur peut bien arriver à créer dans l’esprit des autres communautés un sentiment d’impuissance et de faiblesse qui n’existe nulle part ailleurs que dans cette mentalité qui leur a été transmise. Force est de constater que ces genres de "racismes" emmergent souvent dans les sociétés où les soit-disants inférieurs d’esprit commencent à se faire distingeur.- Chose qui est vécue comme une menace- Alors comme pour les ramener à "leur niveau d’infériorité" dans lequel ils ont longtemps demeurer, il faut passer par les arguments de ce type...

    Cher Alain il n’est que regretable de constater que la France que tous aimions use d’un tel discours contre les communautés d’immigrés. Les universités françaises qui sont loin d’être les dernières au monde, regorgent hélas de talentueux professeurs qui versent dans de telles professions de foi, prônant la supriorité d’esprit de l’occidental face à ce qu’ils appelent "ces nègres" !
    Cependant il n’en demeure pas moins que ces derniers se révèlent parfois plus instruits que leurs "frères"incapables de connaître deux ou trois figures noires qui ont marqué l’histoire, tandis que les autres font tout pour mâitriser le Siècle des Lumières et l’histoire de France ! On objectera que ce n’est pas important que de connaître de telles choses, mais je répondrais en disant que si cela n’est pas aussi utile, à quoi nous sert-il alors d’apprendre le Siècle du Roi Soleil si on ferme les portes de sa connaissance à l’étude de la vie de Nelson Mandela, l’homme qui a donné au monde la plus belle leçon de l’histoire du 20ème siècle !

    Manipuler pour régner, serait-il alors devenu le propre du discours français ?

    car,

  4. Posté par swazz, le 14 avril 2006 à 11:44

    Alain Serbin a écrit : Une société est raciste ou ne l’est pas.
    Quelle inepsie ! C’est ce genre de phrase toute faite qui rend l’individu incapable de prendre ses responsabilités !
    Facile de se cacher derrière le collectif, ça anihile toute responsabilité individuelle.

  5. Posté par Timba Bema, le 14 avril 2006 à 14:50

    A.Serbin ; Le « racisme de l’intelligence » n’a rien de sournois ; il est plutôt ouvert ie il ne se dissimule pas. Comme Bourdieu le dit si bien il fonde sur une « sociodicée » ; un discours justificatif de sa position sociale produit par une classe dominante ou pensant l’être.

    Monofila ; je pense que le processus que tu décris relève du Racisme et non “Discriminisme” tel que Bourdieu le décrit(Je m’excuse devant l’esprit de Bourdieu pour avoir précisé ou alors détourné ce concept). Par ailleurs, je pense qu’il faut manipuler le discours de P.Bourdieu avec minutie. L’expression « racisme de l’intelligence » signifie que la discrimination se produit non pas sur la base de la couleur de peau ou tout autre critère inné mais sur l’appartenance ou pas à une classe sociale(« On ne naît pas intelligent on le devient »). L’erreur de Bourdieu, si je me permet, comme de bien d’autres analystes est d’associer le Racisme à toute forme de discrimination. Le “discriminisme” n’est pas forcément un Racisme. Mais le Racisme, pour s’affirmer a nécéssairement besoin de s’appuyer sur le “discriminisme”. Le Racisme fonde la domination d’un groupe sur l’ordre naturel-ethnique tandis le “discriminisme” la fonde sur la compétence(Les racistes diront : « Nous sommes nés pour dominer les autres et nous les dominont parce que nous en sommes capables »).

    Par ailleurs, la notion de “Race” a toujours eut un contenu différent au cours de l’histoire ce qui pourrait justifier le remplacement du terme « racisme de l’intelligence » par “discriminisme de l’intelligence”.Puisque, au moment de la formulation de ce concept, la classe qui le produit est d’essence démocratique et républicaine. La Démocratie étant un processus de discrimination populaire ou par représentation entre différents candidats pour assumer une fonction. Dans ce sens, la Démocratie est d’essence “discriministe”. La différence entre “l’intelligentsia” et l’aristocratie se trouve bien là ; à savoir sur la légitimité du processus qui fonde sa domination.

  6. Posté par monofila, le 14 avril 2006 à 16:45

    Soit ! Mais n’empêche que dans tout discriminisme, n’y emmerge une part de racisme qui enlève à ce concept toute la charge de tolérance qui l’accompagne. J’apprécie bien les analyses plastiques des concepts aussi fuyants à la connaissance que le "racisme d’intelligence", mais je ne me limite pas à la face structuraliste que peut sembler inciter certaines approches, sans donner un jugement de valeur.

    Mon cher TSIMBA BENA, je tiens à vous dire que les concepts "racisme" et "discriminisme" n’ont de distinction que de forme. En effet à bien y voir, ils traduisent les mêmes réalités et posent les mêmes problèmes. "Les intentions sont les mêmes, dirait Alain, mais les mots sont différents ; voilà encore un autre cas d’habillage"

    Ne nions pas d’autre part que le discriminisme soit différent du racisme, et c’est à juste titre que j’ai souligné qu’à propos il s’agit d’une technique qui "revendique la marque de la suprématie (d’une )intelligence sur celle des autres" racisme sur l’appropriation du savoir et non de peau, une revendication de suprématie basée sur le savoir et les valeurs de création ! Cependant qu’est-ce qui peut fondé un tel discours que le racisme même ? Au demeurant on finit toujours par revenir à la question de la race, d’une manière ou d’une autre.

    Convenons donc que discriminisme et racisme sont des doctrines contraires à la raison humaniste, et source de troubles pour l’harmonie des citoyens !

  7. Posté par PepMiC, le 14 avril 2006 à 18:43

    Juste un petit commentaire pour le webmaster ou quiconque en charge du look du blog : Thanks for the refreshing new look, I Like it a Lot !

  8. Posté par Timba Bema, le 14 avril 2006 à 18:45

    Monofila ; je ne peux pas nier que travailler avec des concepts est un exercice périlleux sujet à confusion. Mais, comme j’ai essayé de préciser plus haut : le Racisme, pour s’affirmer, a besoin de prendre nécéssairement appui sur le “Discriminisme”. Dire que les deux choses traduisent la même réalité, je pense que c’est légèrement excessif. Voici un exemple pour détendre l’atmosphère : Les notes à l’école. Les écoliers sont notés pour chacune des matières qu’ils apprenent et c’est uniquement ceux qui ont la moyenne générale qui passent en classe supérieure. Est ce que tu trouves quelque chose à redire à cette forme de “discriminisme” ?

    P.S : Ce que Bourdieu appelle Racisme de l’intelligence c’est le système par lequel la France “fabrique” ses élites et les comportements qui en suivent. C’est en quelque sorte une critique des grandes écoles comme l’ENA, Sciences Po, HEC, etc...Tu conviendras donc de la nécéssité de recalibrer Racisme en “Discriminisme”.

  9. Posté par Mère Evé de Paris, le 14 avril 2006 à 19:44

    Ça semble peut-être une boutade au sein d’un échange sérieux, mais je me demande si le vocable racisme n’a pas été conservé uniquement pour la question de la prononciation (discriminisme, c’est pas beau ni à prononcer ni à entendre, selon mes oreilles). Ça m’a étonnée de voir ce terme accolé à celui d’intelligence, au point d’ouvrir mon dictionnaire pour vérifier tout ce que le terme racisme englobe. Bon, on s’est bien éloigné de son étymologie. Et le terme élitisme, qui a pris une sacrée connotation péjorative, vous le mettez où ?

  10. Posté par swazz, le 15 avril 2006 à 01:42

    Ce que Bourdieu appelle "Racisme de l’intelligence" ....issu du constat qu’il n’y a pas qu’une forme d’intelligence et qu’on a trop tendance, en France mais aussi ailleurs manifestement, à mettre au dessus du panier en fonction du niveau d’études, intellos, profs de fac ou bac+10 par exemple, alors qu’une maman illettrée peut parfaitement avoir la même intelligence...et ça dérange celui là même qui le constate, surtout s’il n’a pas l’intelligence de le dire simplement pour être compris de tous !!!

  11. Posté par Timba Bema, le 15 avril 2006 à 08:46

    Swazz ; J’abonderais dans ton sens en disant que la grande majorité des patrons de PME en France(80% des entreprises) n’ont pas fait d’études supérieures. On peut dire la même chose de certains artistes, des sportifs de haut niveau,etc...

    Néanmoins, je trouve que ta position (« il n’y a pas qu’une forme d’intelligence ») est ambigüe car elle fait sourdement écho à la thèse de HOWARD GARDNER qui prétend qu’il y a huit(08)formes d’intelligence tentant ainsi de justifier la division du travail en matière d’intelligence et de crééer l’homme unidimmensionel tant décrié par H.Marcuse. On peut résumer sa pensée par :(Tout le monde n’est pas doué pour les mêmes disciplines). Il oublie tout simplement que l’intelligence est la faculté de pouvoir faire les choses et non de les faire. Voici ses formes d’intelligence :

    - L’intelligence linguistique (ou verbale) : capacité à discuter, écrire

    - L’intelligence logico-mathématique (les tests de QI en sont saturés selon H. GARDNER)

    - L’intelligence musicale

    - L’intelligence visuelle spatiale (celle qui intervient lorsque vous jouez aux échecs)

    - L’intelligence kinesthésique (l’intelligence du corps, du toucher...)

    - L’intelligence naturaliste (zoologiste, chasseur en afrique noire...)

    - L’intelligence interpersonnelle : Celle qui intervient dans vos relations avec les autres, la communication

    - L’intelligence intrapersonnelle : Celle qui intervient sur ce que vous comprenez de vous même, l’introspection

    Par ailleurs, ce sont les productions d’une intelligence qui caractérisent sa qualité. Donc, si la ménagère illéttrée vaut mieux, en terme de conceptualisation de la pensée que le professeur d’université, qu’on lui donne une chaire.

    Bien à toi

  12. Posté par diva, le 15 avril 2006 à 10:12

    ce Wagner, avec ses huit formes... je n’avais jamais entendu parler de cela. ca me donne envie de rire. Toujours ces obsessions de classement, et comme tu dis Timba pour le coup on voit se profiler la hierarchie derriere et la justification de toutes sortes de domination.
    Je trouve dangereux d’employer le terme de racisme pour d’autres formes de discrimination que celle fondee sur la race. Car ce qu’elle a d’arbitraire et de scandaleusement absurde et injuste lui est specifique. Comme tu le fais tres justement remarquer, Timba, aucune societe n’est egalitaire, et certainement pas la democratie. On pourrait aller jusqu’a dire que le principe meme de la vie sociale repose sur l’organisation en groupes de domines dominants, savants/ignorants, riches/pauvres. La democratie essaie de corriger un peu les inegalites fondamentales (on nait pauvre, malade, isole) et de faire en sorte que l’ascencion sociale soit possible pour les meilleurs (les plus talentueux et les plus travailleurs). Tu as donc raison Timba de dire qu’elle est fondee sur le discriminisme.

    Et je trouve comme toi qu’il y a un risque a confondre avec Bourdieu l’arrogance des elites (ce qu’il baptise le racisme de l’intelligence) et le racisme. Le racisme peut amener un homme a tuer son semblable a qui il ne reconnait pas le droit de vivre pour des raisons ethniques. On n’a encore pas vu les majors de promo de l’ENA aller trucider les menageres analphabetes dans leur cuisine...

  13. Posté par Pierre Clavilier (amabssadeur en France de Poetas del Mundo), le 15 avril 2006 à 13:02

    Votre blog est très riche, je me félicite de l’avoir lu et vous complimente pour sa teneur...
    à vous lire

    Pierre Clavilier

  14. Posté par Kitmien, le 15 avril 2006 à 14:43

    Je suis heureux de vous lire Timba et Diva, car j’hésitais à dire mon désaccord sur cette insidieuse utilisation du mot racisme en l’appliquant sur un sujet j’allais dire "insoluble", comme les débats sur les intelligences sont un fait social pour des objectifs déterminés dans une société animée par des intellos, il y a un trop grand amalgane à utiliser le terme racisme.
    Merci donc à vous. Kitmien.

  15. Posté par A. Mabanckou, le 16 avril 2006 à 00:48

    Cher Pierre Clavilier,

    Outre les participants aux discussions, remercions aussi au passage le webmaster Richard Songo, responsable de ce nouvel habillage du Blog. Richard est l’oeil discret qui suit tout depuis l’Amerique du nord. Il peut a juste titre se feliciter d’etre a la tete du site congolais le plus visite... Et je le remercie une fois de plus d’heberger notre Blog ici, sur Congopage.com

    Bien a vous

  16. Posté par swazz, le 16 avril 2006 à 00:48

    "il n’y a pas qu’une forme d’intelligence " C’est un fait, je ne l’ai pas inventé. (Je ne connais pas ce Howard Gardner)

    Pour ma part je ne comprends pas.
    Timba Bema écrit : l’intelligence est la faculté de pouvoir faire les choses et non de les faire.
    et il écrit aussi : ce sont les productions d’une intelligence qui caractérisent sa qualité.
    Alors c’est quoi l’intelligence pour vous ?
    Au passage, il y a des profs de fac qui sont de bonnes ménagères, et des personnes illettrées parce que n’ayant pas eu accés à l’instruction, qui peuvent être aussi intelligentes l’une que l’autre.
    Et si tu tiens à mettre un jugement de valeur, j’aimerais qu’on valorise plutôt celle qui vit dans l’ombre que celui qui de toute façon a eu accès au moyen de le prouver à lui même et aux autres.
    Une étude a été faite qui montrait par exemple que la réussite scolaire ne dépendait pas tant que cela de l’origine sociale mais beaucoup de l’intelligence de la maman et de l’éducation qu’elle donnait, analphabète, illettrée ou pas.

    N’oublions pas que le courant de pensée qui parlait de reproduction sociale comme une fatalité a fait énormément de mal. ( c’est à ce courant que Bourdieu et ses pairs ont réagi) J’ai connu au moins un instit qui partant de se principe n’insistait pas pour apprendre à lire à des enfants, par contre il les faisait parrainer par des étudiants de l’ENA et intervenait à la fac pour parler d’inovations pédagogiques...Il est sûr que parmis tous ces enfants qui sont passés par sa classe une sélection naturelle (et non discriminatoire d’après toi puisque les notes discriminent !!) a dû se faire ! Non ?

    Alors, C’est quoi l’intelligence ?

  17. Posté par A.Serbin, le 16 avril 2006 à 09:13

    Je m’apprêtais pour répondre à certains bloggueurs manieurs des beaux mots quand soudain la réponse de "swazz" dit tout.Et résume en mieux ma pensée. Je n’ai plus rien à ajouter, sinon ceci : que fait-on de ceux qui n’ont pas eu la chance de faire des études universitaires et qui se montrent souvent plus intelligents que les autres ? Ils ne sont nullement négligeables.

  18. Posté par Timba Bema, le 16 avril 2006 à 10:09

    SWAZZ ; Merci d’alimenter le débat. Pour moi, l’intelligence est pour l’homme ce que l’instinct est pour l’animal ; c’est la faculté d’adaption(donc un potentiel). Je pense que l’intelligence pose problème pour certains parce qu’on l’associe aux autres facultés humaines(pensée, intuition, sentiment, sensation). Cette confusion est compréhensible puisque toutes ces facultés fonctionnent en même temps donc sont en interaction. A partir de cette distinction, il me semble que l’intelligence n’est pas la faculté suprême mais que si il en est une c’est l’interaction des facultés ;. c’est la raison pour laquelle selectionner une seule des facultés me semble être une erreur. C’est aussi dans ce sens que je trouve que, pour faire les choses, l’intelligence n’est pas la seule faculté qu’on sollicite donc il parait complétement farfelue de lui attribuer totallement la réussite de nos actions. Mais, en même temps que j’ai dit ça, j’ai aussi admis implicitement qu’elle y contribue d’ou la phrase « ce sont les productions d’une intelligence qui caractérisent sa qualité »

    Bien à toi

  19. Posté par D.O.W., le 16 avril 2006 à 14:16

    Riche débat ! Si je peux apporter ma pierre à l’édifice, d’abord je suis totalement d’accord avec les précisions sémantiques et conceptuelles de Timba. Quand on a un tant soit peu le souci de l’étymologie, on n’emploie pas les mots n’importe comment. Et dire "racisme de l’intelligence" de la part de quelqu’un du niveau de Bourdieu, traduit une certaine légèreté, et un vraie manque de recherche, surtout quand on appartient au domaine des sciences sociales où le néologisme est souvent très savant. Racisme a une étymologie bien précise, et même si on comprend en quoi Bourdieu veut établir un rapprochement, c’est Timba qui dit bien les choses : le terme "discriminisme" a beau ne pas sonner euphoniquement aux oreilles de Mère Evé, je crois qu’il est celui qui traduit le mieux la pensée que Bourdieu veut là exprimer. Elitisme aussi aurait pu convenir, mais il est vraiment trop restreint, et n’a pas une portée aussi générale. Je proposerais aussi "différencialisme" déjà très utilisé, mais c’est vraiment le mot "discriminisme" de Timba qui dit le mieux de quoi il est question ici.

    Il faut noter que les mêmes remarques devraient s’adresser aux journalistes, qui parlent souvent de racisme anti vieux, anti jeunes, etc.

  20. Posté par D.O.W., le 16 avril 2006 à 14:16

    Par ailleurs, il faudrait vraiment savoir évacuer de temps en temps cette question de la couleur. A. Serbin et monofila veulent absolument y revenir, mais le débat que propose Bourdieu ne saurait être relié à quelque problématique de couleur. Au contraire, il tente de l’en démarquer. Il faut vraiment que les Noirs sachent qu’il y a d’autres problèmes dans le monde que ceux relatifs à leur couleur. Et d’ailleurs, j’ajoute que je n’appelais pas à cette démarcation du mot "racisme" parce qu’il serait sacré, ou que ce qu’il a "d’arbitraire et de scandaleusement absurde et injuste lui est specifique". Ce n’est pas vrai Diva, d’autres formes de différencialismes sont absurdes et injustes, et peuvent aussi mener au meurtre gratuit (même si en effet ce n’est pas encore le cas dans le modèle qu’étudie Bourdieu d’un discriminisme de l’intelligence). Mais en Irlande, les meurtres inter communautés religieuses n’avaient pas grand chose à voir avec le racisme. Les traitements que subissent les membres des sous-castes en Inde, on pourrait en citer des meurtres et autres scandales ayant trait à une forme ou une autre de discriminisme, même ceux qui semblent les plus anodins.

    Enfin, dans vos beaux échanges, Swazz a en effet relevé une belle contradiction dans ton discours Timba. Et je trouve que tu ne t’en expliques pas de façon convaincante. Mais chacun de nous a ses contradictions ;-) Moi j’adhère à l’idée que l’intelligence est un potentiel, et que ce n’est donc pas la production qui mesure l’intelligence. Et pour finir sur une note d’humour, je crois tout à fait que parmi les ménagères illetrées, sommeillent en effet des professeurs de faculté, des pédagogues, des prix nobel. Car de mon point de vue, on a le potentiel, mais par la suite, on peut réaliser son potentiel ou non.

    Dernière remarque à Swazz qui écrit : "N’oublions pas que le courant de pensée qui parlait de reproduction sociale comme une fatalité a fait énormément de mal. ( c’est à ce courant que Bourdieu et ses pairs ont réagi)". La fameuse thèse de Bourdieu sur la reproduction du capital culturel, ne s’éloigne pas vraiment de ce courant...

    Bien à vous tous.

  21. Posté par Timba Bema, le 16 avril 2006 à 17:22

    DOW ; il faut avouer que tu nous manquais dans ce débat et je profite pour te souhaiter la bienvenue. Je trouve que ton terme “Differencialisme” est tout a fait recevable. En ce qui concerne l’Irlande, comme je l’ écrivais plus haut, la notion de “Race” a eut une utilisation tellement complexe dans l’histoire que parfois pour des individus de la même couleur de peau, elle a intégrée des différences physiques et morphologiques plus ou moins concrètes. Il se peut donc que dans le cas de l’Irlande on ait affaire a du Racisme. En ce qui concerne l’intelligence, je constate que nos opinions se rencontrent pour la décrire comme un potentiel. Néanmoins, je pense que si on en reste là on n’avance en rien puisque si la nature nous a doté de ce potentiel c’est bien pour qu’il serve à quelque chose(comme tu le dis si bien : « on a le potentiel, mais par la suite, on peut réaliser son potentiel ou non »). Donc dans le fond, l’intelligence a une finalité pratique(productions). Lorsque je parle de la qualité(subjectif) d’une intelligence, je ne parle pas de sa mesure(objectif). En somme, l’appreciation de l’intelligence est subjective et il n’y a pas de hiérarchies entre les productions. J’espère que j’ai pu te faire partager mon opinion.

    Bien à toi

  22. Posté par D.O.W., le 16 avril 2006 à 22:06

    Mon cher Timba, je te remercie pour le compliment et la bienvenue. Il faut croire que pour moi c’est vraiment Pâques aujourd’hui, même si je n’ai pas reçu d’oeufs en chocolat (rires). Ok pour faire le distingo "qualité" / "mesure" de l’intelligence. En revanche, certes, le concept de race a souvent fait l’objet d’extensions. Mais dans le cas de l’Irlande, ce serait un peu étonnant quand même que l’on convienne de parler de racisme... Et sur la question du potentiel de l’intelligence, en effet, il faudrait idéalement réaliser son potentiel. Mais je voulais simplement signifier qu’il ne faut pas en venir à dire que ceux qui n’ont pas réalisé le leur, ne sont pas intelligents. Le plus souvent d’ailleurs, c’est juste qu’ils n’ont pas eu la possibilité de se réaliser : ainsi, combien de génies se meurent en Afrique, dans les villages les plus reculés, à la merci du premier objectif de caméra en quête d’exotisme, qui viendra seulement montrer combien ils sont restés "proches de la nature" ? Là où en réalité, gît peut-être Einstein. Et parlons-en d’Einstein. S’il était né en Papouasie, dans l’arrière pays, avec les mêmes facultés, notre forme de raison limitée, n’aurait vu en lui qu’un sauvage. Il faut éviter ce piège-là, et c’est là que je voulais en venir. Quand tu me dis on ne peut s’arrêter là, moi je te dis : et celui qui n’a nulle production (de son intelligence), comment fait-on pour juger ou apprécier son intelligence ? Tu me renverrais la question, et je te dirais : that’s where we are. What to do ? Parce que ici, même les tests de QI n’auront aucune utilité pour le Papou qui ne sait pas lire...Et qui a peut-être une intelligence supérieure à celle de celui qui a conçu le test ;-)

    Bien à toi.

  23. Posté par Timba Bema, le 17 avril 2006 à 02:06

    DOW ; j’ai l’impression que mésestime l’intelligence des papous. Fabriquer des objets est déjà un grand signe de l’intelligence.

  24. Posté par A.Serbin, le 17 avril 2006 à 09:19

    Je viens de lire ce jour de lundi dans un journal lausannois (Le Matin, 17.4.2006), un article qui va vous passionner et je vous le soumets puisqu’il parle de la bêtise humaine que vous venez d’aborder. Au cours d’un défilé pour un concours "Mister Suisse" qui se déroulera le 29 avril prochain dans le canton du Tessin, à Chiasso, l’un des finalistes, Junior Manizao, d’origine africaine, a été salué par des saluts hitlériens et des imitations bruyamment des grognements de singe lors de son entrée en scène ! Cette intrusion raciste fait par des "Skinheads", montre bien le chemin qui reste à parcourir afin que des telles attitudes ne se répètent plus. On le voit souvent dans les stades dont les joueurs de couleur subissent des humiliations et des vexations.
    Junior Manizao a été tout de même digne car, disait-il, il ne veut pas donner trop d’importance à l’événement.Du bon sens, sauf que pour cette dizaine de crânes rasés qui faisait le salut d’Hitler, un Noir reste un Noir. Quel que soit son génie.
    Alors, lorsqu’on veut dépasser le problème du racisme, il nous revient comme un boomerang. Il ne faudrait surtout pas passer sous silence ce type d’actes racistes.

  25. Posté par D.O.W., le 17 avril 2006 à 09:40

    Timba, j’ai peur que tu ne m’aies mal compris. Le sens de mon post était de dire exactement le contraire : il n’y a pas, chez les Papous, une proportion différente de gens intelligents (sous-entendu par rapport à l’Occident ou tous autres peuples). Seulement, par les vues artificielles que l’Occident a érigées, le Papou, l’Africain des contrées exotiques (et même l’Africain tout court), ne seront vus que comme de gentilles peuplades proches de la nature.

    Très édifiant ton post A. Serbin. On a beau mettre des mots dessus, ils ne seront jamais assez forts pour dire combien ce genre d’événements peut détruire la personalité d’un jeune homme, d’une jeune femme. Et je suis de ceux qui préviennent qu’on n’en aura pas fini de si tôt avec l’hydre du racisme. Seulement, pour dire autrement ce que je disais dans un post précédent, quand on rentre en salle de conférence le matin, il faut décider de quoi on va parler : soit du racisme, soit d’autre chose. Et si on décide de parler d’autre chose, il vaut mieux se donner rendez-vous un autre jour pour parler du racisme. On ne peut pas sans cesse retrouver ce sujet mêlé à tous les autres débats. Soit les débatteurs seront vus comme de piètres penseurs, soit alors la qualité même du débat s’alterera. Si on décide de débattre du goût qu’ont les frites chez Mc Do et qu’on finit par parler de racisme, il y a un problème quelque part quand même.. !? ;-)

  26. Posté par Timba Bema, le 17 avril 2006 à 15:55

    Dans ce cas mon cher DOW I apologize.
    Merci aussi à ce cher Richard Songo pour “planter” ce décor très “Pinky attitude”

  27. Posté par moko pericle, le 18 avril 2006 à 15:01

    Surprise, surprise ! changement de décor. Merci avec grd M à notre Webmaster Richard.
    A propos des victimes de l’intelligence, accepterions-nous d’abord le fait que ns utilisons seulement 10% de nos capacités mentales. Et que, les 90% sont en état de dormance, en latence d’après le physicien Einstein Albert. Vous vous rendez compte, du potentiel qui est en nous cher Timba Bema, qui "dort" en nous et qui pourrait accroître notre intelligence au profit du plus grand nombre des écrivains qui manquent en Afrique noire (RDC,Gabon)mon cher Alain, au besoin d’en fabriquer des savants et d’autres grands hommes du village planétaire.
    En aucun cas n’adoptons une position victimaire de l’inteligence . Créons, innovons et travaillons d’avantage car, en nous résident encore les 90% inexplorées de nos capacités mentales.

  28. Posté par moko pericle, le 18 avril 2006 à 15:09

    N.B : lire davantage en lieu et place d’avantage.

  29. Posté par Timba Bema, le 18 avril 2006 à 15:46

    Moko Periple ; Je suis aussi circonspect que toi sur les limites de l’usage que nous faisons de nos capacités mentales. Et, je me dis toujours en paraphrasant mal Césaire que les chemins de la connaissance sont illimités. Il y a tellement de discipline qui cherchent à accaparer le leadership de notre cerveau qu’on se demande si il restera de la place pour des activités créatrices. Néanmoins, je pense qu’il suffit de gratter un peu pour se rendre compte qu’en Afrique sommeille des futurs écrivains. Toute la souffrance de notre continent ne pourrait que produire des talents artistiques pour peu qu’on brise certains ferrements mentaux.

  30. Posté par Cisight, le 18 avril 2006 à 22:31

    Un Humain n’utiliserait que 10 % de son intelligence ?

    Il paraît que pour faire un(e) génie il faut 90 % d’intelligence en provenance de la totalité des Humains et seulement un petit 10 % de soi.

    Dans ces conditons, combien pèse une intelligence ?

  31. le 19 avril 2006 à 06:15

    Je trouve que le mec s’est un peu pris les pieds dans la terminologie.

    Marx appelait ça tout bonnement la lutte des classes. Il donnait le capital comme enjjeu de cette lutte... ultimement, il s’agit du pouvoir quand on s’y arrête. Avoir les moyens de production et les leviers de l’état en sont les deux principales composantes.

    Alors que l’on crée des élites artificiellement ne date pas d’hier ; il suffit de regarder l’Angleterre avec sa monarchie, son aristocratie et tous les privilèges qui viennent avec. Les exemples de ce genre sont nombreux.

    Ce que je trouve aberrant, c’est que des idéologies racistes comme celle du sud des États-Unis esclavagiste, de l’Afrique du Sud de l’Apartheid et de l’Allemagne nazie aient pu même exister.

    Les théoriciens arrivent toujours à trouver de quoi se rendre intéressants.

    L’autre jour par exemple, une étude concluait que les blonds avaient survécu jusqu’à nos jours à cause de l’attirance particulière que les femmes blondes ont exercé depuis leur apparation à un moment indéterminé de la préhistoire.

    L’étude en question affirmait que les mâles étaient plus attirés par les blondes, et tralali et tralala..

    Si c’était vrai, il n’y aurait que des blonds aujourd’hui.

    Mais ce genre de connerie est publiée tout les jours à grande échelle pour faire la promotion d’une vision de la beauté et de la légitimité de la domination d’un groupe sur les autres.

    Bref, je pense que toutes les formes de racismes sont des formes de bêtises.

    La perpétuation des élites en est surement responsable car elle nous donne comme soi-disant "supérieurs" des gens comme Lady Di et le prince Charles.

    Inévitablement, ce genre de personne acouche un jour un chapelet d’absurdités.

    P.

  32. Posté par Laurence de S-L, le 19 avril 2006 à 10:49

    Cher Alain,

    Je suis à fond d’accord avec l’analyse de Pierre Bourdieu. Cependant il me semble que le recours au mot racisme est maladroit, et j’aurais plus volontiers recours au mot intolérance. Sinon rien d’étonnant à ce que cette thèse est émergée en France, mon pays est intolérant avant d’être raciste, et Bourdieu devait au moins penser aus système des grandes écoles d’ingénieurs françaises qui établissent de fait une aristocratie républicaine à peine meilleure que celle de l’Ancien Régime. A des amis ayant vingt années d’expérience, les chasseurs de têtes demandent encore avant tout quelles écoles ils ont fait !!

    Amicalement,

    Laurence de Sainte Lumière,
    Le 19 Avril 2006.

    http://www.20six.fr/laurence-de-sai...

  33. Posté par A. Mabanckou, le 19 avril 2006 à 11:50

    Je partage ces memes idees, Chere Laurence de Sainte Lumiere...
    Convenons toutefois que Bourdieu savait agiter les idees, comme dirait l’autre !

    Bien a toi

  34. Posté par moko pericles, le 19 avril 2006 à 17:53

    Cisight,
    Eh ! oui cette déclaration est de Heinstein, je cite 1/10ème seulement de nos capacités mentales.
    Tenez, le physicien-astronome Galilée d’origine Italienne n’avait pas eu la meute de tout humain ecclésiastique losqu’il affirmât que "la terre tourne autour du soleil". Il a fallu des millénaires pour s’en convaincre de la véracité factuelle de ses déclarations.
    Un petit ajout encore, il a été reconnu que plus de 70% des maladies mentales sont d’origine psychosomatique. Pour ta gouverne lire "la puissance de la pensée sur le corps" de Hubbard. Bonne lecture ! au grand dam de savoir si l’intelligence se pèse(rire !).

  35. Posté par Minga, le 22 avril 2006 à 18:30

    Vous m’excuserez tous, mais la terminologie de Bourdieu ainsi ses explications tarabiscotées m’abrutissent. Plus je m’efforce de comprendre, moins j’y parviens. Racisme de l’intelligence ? Je découvre l’ingénieuse combinaison... (rires) Heureusement que vous êtes là - pas aussi reconnus que Bourdieu, soit - Mais m’expliquant nettement mieux sa propre théorie. Merci, les gars.

    DOW propose d’évacuer de temps en temps la question de la couleur. Ce serait tellement l’idéal. Mais le hic est que l’on n’est jamais seuls dans ce genre d’affaires. Il y a toujours autrui dont on ne peut ignorer le jugement. Et comme dit si justement A. Serbin : on a beau se vouloir au-essus de tout ça, la dure réalité nous revient à la gueule comme un boomerang.

    Ce serait tellement le rêve de penser que la couleur de la peau est un détail de nos jours. Mais soyons optimistes et pas utopistes. Faire l’autruche profite à qui ? D’autant plus que des anecdotes comme celles rapportées par Jo Ann (Angola) ou A. Serbin (Suisse) nous obligent à regarder la réalité en face. Une réalité bien laide dans un décor préparé pour accueillir un concours de beauté : ironie du sort...
    A se demander quand même comment ces Skinheads (avec leur apparence, en général, atypique) avaient-ils pu se faufiler entre les muscles et les serrures du protocole de sécurité ?

    un Noir reste un Noir. Quel que soit son génie. Encore heureuse que Noir n’est pas une nationalité... Car entre Noirs nous-mêmes, les choses ne se présentent pas mieux. Aux USA, tant que tu n’as pas ouvert la bouche, tu es tranquille. Mais dès que ton accent africain est répéré, le Noir américain qui clocharde devant ton immeuble depuis des semaines - et qui te saluait poliment en échange de la pièce que tu lui donnais - se permet dès lors de te dragouiller comme on le ferait avec un vulgaire morceau de barbaque !

  36. Posté par Jean-PierreD, le 2 mai 2006 à 09:33

    Je n’ai jamais lu Bourdieu. Sur ce passage, l’utilisation du terme racisme se défend.
    Il met l’accent sur l’immuable du racisme, cet immuable qui vise à justifier un ordre social éternel et parfait car répondant aux besoins de la Nature.
    Tout comme le Blanc, supérieur par caractères transmis doit dominer le Noir inférieur par caractères naturels transmis, l’intelligent, par caractères transmis doit dominer l’ignorant par caractères naturels transmis.
    Le point qui, à mon sens, manque est celui de la dégradation irréversible, de la chute unique qui est partie intégrante du racisme comme il est entendu classiquement.
    Un Blanc reste un Blanc. Un Noir reste un Noir. Toute migration entre les deux doit se solder par une destitution du titre de supérieur blanc pour s’approcher avec des multiples variations au statut de l’inférieur noir.
    Je ne pense pas qu’il y a un tel phénomène dans ce que Pierre Bourdieu appela le racisme de l’intelligence. Des migrations ascendantes ou descendantes doivent être possibles.
    On doit être loin de la dualité de l’identité Blanc-Noir où est blanc celui qui n’a pas d’ancêtres noirs (la goutte de sang noir) et est noir celui qui a un ancêtre noir ( la même goutte de sang noir)
    Dualité de transmission que l’on ne doit pas retrouver dans l’opposition entre intelligents et ignorants.

    Définition qui a toujours des conséquences actuelles lorsque l’on voit le traitement du fils Noah ou d’autres qui commencent à avoir trois grand parents blancs pour un noir.
    Problème délicat s’il en est.

  37. Posté par Ettelcar, le 20 novembre 2006 à 23:30

    Ce qu’il appelle "racisme de l’intelligence" est pour moi une simple évolution de la sélection naturelle. Au lieu de s’appuyer sur les capacités physiques, on s’appuie à présent sur des capacités mentales étant donné que la technologie remplace aujourd’hui la force brute.

    En ce qui me concerne, cela n’a rien de choquant, si l’on considère que la place de l’homme au sommet du règne animal est légitime. Cette sélection se base sur les mêmes critères. Elle s’entretient également de la même manière, par une non-extermination des autres, les deux groupes étant nécessaires pour l’équilibre. Cela se traduit bien souvent par un respect mutuel qui peut parfois être brisé et donner lieu à des affrontements où les forts l’emportent généralement.

    Au passage, je suis en école d’ingénieur suite à une prépa, et il est amusant de remarquer que bon nombre de ceux qui fréquentent ces écoles sont d’orgine Nord-Africaine, ce qui les placerait en tête de liste des victimes du racisme traditionnel... Belle ironie.

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