Depuis la prise du pouvoir effective par l’armée nationale sous la haute présidence du jeune capitaine président, Moussa Dadis Camara, 44 ans, la Communauté internationale multiplie des déclarations, pardon des dérapages, condamnant le coup d’état militaire et exigeant l’organisation rapide d’élections libres, transparentes et démocratiques.

Mais, ce que feint oublier la communauté internationale, l’adhésion populaire notamment les partis politiques, la société civile, les syndicats au putsch libérateur du 22 décembre… montre amplement qu’elle n’a pas les mêmes priorités que le peuple de Guinée qui, le 24 décembre a clairement exprimé son ardent désir d’accéder à l’eau courante, à l’électricité, à l’emploi…

De tous ces désirs, les Guinéens ont surtout insisté sur la poursuite des prédateurs de l’économie nationale qui ont conduit le pays durant près d’un quart de siècle dans la misère, la pauvreté, la corruption généralisée, histoire de lutter contre l’impunité source d’état de droit, de justice…

Il ne saurait y avoir de Démocratie sans justice, sans la lutte contre l’impunité qui passent d’abord par la présentation des bilans du défunt régime. Ainsi, pour éviter à l’avenir que les dérapages de la deuxième République ne se répètent, chaque gouvernant devrait s’expliquer sur son passage aux affaires, devant une Commission nation d’enquête que le CNDD doit rapidement mettre en place.

Cette démarche lui permettrait également d’éviter la confusion entre sa gestion et le bilan de la deuxième République.

Malgré des fonds colossaux de plusieurs milliards mobilisés par la même Communauté internationale pour le développement de la Guinée durant les 24 ans de la deuxième République, à quoi a servi cette aide, sinon à qu’à enrichir les gouvernants ?

Des scandales financiers, des crimes économiques abominables qui ont plongé la Guinée durant plus de deux décennies dans la déchéance sociale sont encore si vivants et si vivaces dans la mémoire collective, que la priorité pour ce peuple martyr qui souhaite éviter de tels actes à l’avenir, réside dans la poursuite des prédateurs encore liberté, une opération mains propres qui contribuera efficacement au changement des mentalités indispensable au développement de la Nation et vivement attendue par les Guinéens.

La transition militaire qui s’achève en décembre 2010 avec des élections libres et démocratiques a pour missions principales de remettre l’ordre de l’Etat bafoué dans ce pays, nettoyer les finances publiques et l’administration, instaurer un nouveau type de gestion publique basée sur la rigueur, le respect des deniers publics…

Il est inadmissible et incompréhensible que la Communauté internationale qui n’a contribué en rien pour faire débarquer Lansana Conté, mort au pouvoir, s’acharne sur les nouvelles autorités guinéennes.

Cette démarche de la Communauté Internationale ne surprend d’ailleurs personne, dans la mesure où, elle ne s’est contentée, au bout dès lèvres, que des petites condamnations classiques lors des évènements douloureux de Janvier-Février 2007 aucours desquels plusieurs centaines de Guinéens ont été massacrés par le régime de l’ancien « président à vie », Lansana Conté.

Face à ce crime odieux, aucune mesure concrète de suspension de l’aide internationale ou de poursuite auprès de la Cour Pénale Internationale n’a été envisagée par la Communauté Internationale. Pour qui roule t-elle ? Quel lobbie se cache t-il derrière elle ?

Le CNDD qui n’a nullement, pour l’avoir exprimé clairement à la face de la Guinée et du monde, l’intention de s’accrocher au pouvoir, a promis l’organisation d’élections libres, démocratiques et transparentes dans le pays en décembre 2010.

"Nous sommes des patriotes. Nous n’avons pas l’intention de nous accrocher au pouvoir", a déclaré le président capitaine Moussa Dadis Camara.

Et d’ajouter : "Nous devons organiser une élection, libre et transparente, d’une façon digne qui honore la Guinée, qui honore l’armée guinéenne"

Samedi 27 décembre, les partis politiques, la société civile, les syndicats, les diplomates accrédités en Guinée… seront tour à tour rencontrés par le nouveau président guinéen et le CNDD.

Y a t-il message plus clair que cette déclaration du nouvel homme fort de Guinée et ce geste d’ouverture, de disponibilité et d’engagement ?

La Communauté internationale devrait dans ce cas, après l’adhésion des forces vives du pays au coup d’état libérateur de l’armée, s’aligner sur la position du peuple souverain de Guinée.

Elle parle tantôt du respect de l’ordre constitutionnel, c’est à dire la prise du pouvoir par l’ex Président de l’Assemblée Nationale, dauphin de feu général président.

Or, de tout le temps qu’il a passé au pouvoir, Lansana Conté n’a jamais organisé d’élections libres, démocratiques et transparentes, aux yeux et à la barbe de la « grande » Communauté internationale, « soucieuse » du respect des libertés, des droits de l’Homme, de la Démocratie… en Afrique.

A l’intention de la Communauté Internationale, l’opposition guinéenne qui a pris acte du coup d’état militaire ainsi que tout le peuple de Guinée, a exprimé sa joie de voir l’armée s’emparer du pouvoir plutôt que Aboubacar Somparé, président d’une Assemblée Nationale qui refsue d’organiser des élections législatives libres, transparentes et démocratiques depuis la fin de son mandat en juin 2006. Il y a deux ans. Où est la légitimité ? L’oppostion craint fort, et elle a raison connaissant les pratiques et les habitudes de Somparé et du PUP, qu’il ne s’accroche au pouvoir.

Elle parle tantôt de l’organisation d’élections démocratiques, oubliant que tout scrutin, dans le cas spécifique de la Guinée à la fin d’une dictature de près d’un quart de siècle a besoin de préalables, du temps et du soutien pour hisser le pays vers la Démocratie et le Développement. Il n’y a pas une autre alternative.

Enfin, la Communauté Internationale doit respecter l’expression populaire de soutien manifestée par l’ensemble du peuple de Guinée, seul souverain à accepter ou non le régime qui préside aux destinées de la nation.


La junte assoit son pouvoir, le gouvernement fait allégeance

Source : AFP

La junte qui a pris le pouvoir en Guinée par un coup d’Etat militaire, juste après le décès du chef de l’Etat Lansana Conté, a conforté son autorité jeudi en obtenant que le Premier ministre et son gouvernement lui fassent allégeance. Mais dans le même temps, les putschistes doivent faire face à une pression croissante de la communauté internationale, comme de deux coalitions de l’opposition, qui jugent trop long le délai de deux ans pour organiser des élections.

"Retenez que nous sommes des techniciens (...) et que nous sommes à votre entière disposition. Nous vous remercions encore une fois pour votre sagesse, Monsieur le président", a déclaré le Premier ministre Ahmed Tidiane Souaré au chef de la junte, le capitaine Moussa Dadis Camara.

M. Souaré répondait au capitaine Camara qui avait demandé au Premier ministre et à son gouvernement d’"aider" son régime, au cours d’une rencontre à la mi-journée, au camp militaire Alfa Yaya Diallo, quartier général des putschistes.

"Hier, c’était vous, aujourd’hui, c’est nous. Nous vous avons aidés, vous devez nous aider", a déclaré M. Camara à la trentaine de membres du gouvernement convoqués par la junte et qui l’ont écouté religieusement, se levant à son arrivée et s’asseyant lorsqu’il les invitait à le faire.

"Vous pouvez revenir aux affaires (par la voie des urnes, ndlr), évitons simplement les oppositions armées qui entraîneraient notre pays dans des guerres fratricides", a poursuivi le capitaine Camara, qui s’était unilatéralement proclamé la veille "président de la République".

La prise du pouvoir par l’armée est "une transition pour aboutir à des élections libres et transparentes, au terme desquelles nous allons rejoindre les casernes", a-t-il promis.

Mais le calendrier de la junte, qui a pris le pouvoir mardi quelques heures après la mort du président, est de plus en plus en contesté. Les putschistes ont promis des élections dans seulement deux ans, fin décembre 2010, soit à la fin prévue du mandat de Lansana Conté, qui a dirigé la Guinée d’une main de fer pendant 24 ans et qui doit être inhumé vendredi.

Deux importantes coalitions de l’opposition au régime de Lansana Conté "ont pris acte", sans le condamner, du coup d’Etat militaire et demandent à la junte d’organiser des "élections libres" d’ici à un an, selon un communiqué commun.

Et la communauté internationale, qui avait déjà condamné le coup de force, a haussé le ton, en rejetant à son tour le calendrier des putschistes.

Très en pointe dans ce dossier, les Etats-Unis ont exigé un "retour immédiat à l’ordre civil" et "rejettent le communiqué des militaires (putschistes) promettant des élections en décembre 2010", a fait savoir leur ambassade à Conakry.

"La Guinée a déjà considérablement progressé vers la tenue des élections législatives prévues pour mai 2009 et nous l’encourageons très fermement à respecter ce calendrier établi", ajoute l’ambassade.

Le président français Nicolas Sarkozy a aussi demandé des "élections libres et transparentes", à "bref délai et sous observation internationale", mais sans donner de date précise.

La présidence française de l’Union européenne (UE) a pour sa part demandé l’organisation d’élections "démocratiques et transparentes" au "premier semestre 2009".

"Deux ans (pour organiser des élections), c’est trop pour la Guinée. Le processus de transition ne peut pas dépasser décembre 2009, (soit) une durée maximale d’un an", a déclaré à l’AFP Alioune Tine, président de l’une des principales organisation de défense des droits de l’Homme en Afrique, la Rencontre africaine pour la défense des droits de l’Homme (Raddho), basée à Dakar.

Une intersyndicale, à l’origine des soulèvements populaires de 2006 et 2007 contre le régime de Lansana Conté, a pour sa part "pris acte" de la prise du pouvoir par la junte, prenant en considération "la volonté exprimée par le peuple pour un véritable changement".

Laurence BOUTREUX et Mouctar BAH