Comme pour Pangloss [1] pour le préfet de la Likouala, tout est pour le mieux dans le meilleur des mondes possibles.

Profil-Eco : Monsieur le préfet, pouvez vous nous présenter brièvement votre département ?

Dieudonné Gilbert Djombo : Merci, je suis monsieur Dieudonné Gilbert Djombo, préfet du département de la Likouala.

La région de la Likouala est une grande région, qui couvre 66.044 km2. Elle a sept districts (Impfondo, Epena, Dongou, Enyelle, Bouanali, Liranga et Betou) et 300.000 habitants peuplent ce département.

Sur le plan économique, l’exploitation de bois occupe la première place. C’est une ressource nationale. Il y aussi les activités halieutiques, la pêche se pratique à grande échelle. La chasse est très limitée, eu égard aux récentes lois qui ont été prises pour éviter l’abattage sauvage. Il y aussi l’agriculture de consommation locale, étant donné que le café et le cacao ne se vendent plus comme avant.

Sur le plan culturel, la Likouala est très riche. Vous avez pu suivre suivi tout dernièrement lors du FESPAM à Brazzaville, le groupe qui a représenté la Likouala. Il a attiré l’attention de tous les participants, et a été plébiscité pour se produire à l’étranger.

Voilà, brièvement présenté à l’arrachée le département de la Likouala.

Excellence, plus de peur que de mal, pour l’organisation du 45eanniversaire de l’indépendance. Comment avez-vous réussi ce tour de force ?

La peur a certainement été organisée par ceux qui ne souhaitaient pas que la fête se tienne à Impfondo. Mais le préfet n’a jamais eu peur dans la mesure où je peux compter sur toute la population, sur toutes les compétences qui peuvent aider le préfet. Le préfet prend le symbole de la réussite parce qu’il est le chef suprême. Mais c’est toute la population de la Likouala qui mérite des fleurs, et y compris les autorités qui sont venues de Brazzaville. Je citerai en l’occurrence le président de la République qui nous a beaucoup aidés, le premier ministre et les autres membres du gouvernement. Voilà, la réussite du préfet fait les réussites d’abord du président de la République, de l’ensemble des membres du gouvernement et de la population.

La Likouala, grande productrice de bois, l’exploitation forestière profite t-elle à la région en terme de cahier de charges ?

Bien sûr le bois est une ressource nationale. Les recettes du bois sont comptabilisées par le Trésor public. Nous sommes en train d’en signer le cahier des charges, qui est bien respecté. Mais, il faut cependant savoir que la plupart des sociétés forestières qui s’installent dans la Likouala, sont de nouvelles sociétés. Elles se trouvent donc en situation d’investissement. Nous devons donc en tenir compte dans le cadre de cahiers des charges particuliers, ou nous risquons de les saborder avant même qu’elles n’aient eu le temps d’exister.

Excellence, les écoles au Congo, manquent de tables banc. Avez-vous programmé une opération de tables banc pour les écoles réhabilitées et construites à l’occasion de la municipalisation ?

Nous lançons bientôt l’opération 5000 tables banc qui va couvrir tous les besoins de la région. Une partie sera envoyée à l’extérieur de la région. C’est une initiative de la préfecture. Pour sa part, le Conseil Départemental réalise aussi une opération de 3000 bancs ce qui fait au total 8000 bancs. Sous peu nous nous serons en mesure d’envoyer les table bancs pour équiper des écoles d’autres régions du Congo [2].

Nous n’avons pas besoin des médias pour en parler ! Nous sommes pour une politique souple et silencieuse afin que les populations nous apprécient à l’œuvre. Au moment où je vous parle, nous avons déjà pris des contacts avec madame la ministre de l’Education Nationale. Ce programme est très avancé ce n’est qu’une question de quelques semaines.

Le motif conducteur de la municipalisation est la réduction de la pauvreté. Pensez vous que ces objectifs seront atteint à court terme ?

La lutte contre la pauvreté passe par le projet de société du Président de la République. La municipalisation accélérée et les objectifs visés vont dans le même axe fixé par le Chef de l’Etat. Donc, il n’y a pas de raison que nous ne puissions pas atteindre ces objectifs. Mais à court terme, nous sommes entrain de poser des bases pour atteindre ces objectifs. Il faut tenir compte que nous sommes dans une situation économique difficile [3] et tout doit être vu à long terme.

Peut-on dire que votre département sort de l’oubli après le passage carnavalesque de la municipalisation ?

La Likouala n’a jamais été oubliée. Il est vrai que nous sommes très éloignés de Brazzaville et que la région souffre d’enclavement. Pourtant, si vous regardez le plan quinquennal (1982-1986), bien que nous n’ayons pas réussi tous les objectifs fixés à l’époque, la Likouala était en bonne place déjà en 1982 [4].

Nous avions, en cahier des charges, trois objectifs à atteindre avec le Président Sassou :
-  refaire la piste de l’aéroport ;
-  l’aérogare ;
-  l’eau et l’électricité.
Donc, si nous étions oubliés, ces projets ne seraient pas réalisés. Je peux donc aujourd’hui sans me tromper dire que Impfondo est la ville la mieux construite du Nord du Congo.

« Municipalisation accélérée » qu’en est-il exactement ?

Vous savez que nous sommes très en retard par rapport à la construction du pays. Nous sommes obligés de réaliser en moins de temps les objectifs fixés en 12 ou 13 mois parce que les populations doivent jouir des actifs de la municipalisation. Ces objectifs vont être atteints. L’essentiel est que nous prenions patience.

Etes vous satisfait de l’état d’avancement des grands travaux ?

Je suis très satisfait dans la mesure où c’est le préfet qui a suivi tous les travaux. Je suis le numéro 1 de la région. Je parle de très satisfait, parce que, quand on compare le niveau de décaissement et l’avancement des différents chantiers, je vois que, concernant certains chantiers le décaissement est même inférieur à celui de l’avancement du chantier.

Quelles dispositions avez-vous pris vis à vis des opérateurs économiques qui n’auraient pas livrés les chantiers de la République ?

Je serais étonné que les opérateurs économiques ne livrent pas les chantiers dont ils sont adjudicataires.

Avant, les opérateurs économiques étaient directement payés par Brazzaville sans que le préfet ne soit mis au courant du niveau de décaissement. Aujourd’hui, et c’est là l’avantage de la décentralisation, il existe au niveau départemental un suivi de décaissements et le préfet en est tenu au courrant. Je supervise, en ma qualité de préfet de région, une commission départementale de suivi. Tous les mois lors du décaissement, monsieur le préfet est mis au courant. Evidemment, si nous constations un net déficit entre le niveau de décaissement et l’état d’avancement des chantiers nous alerterions le gouvernement pour qu’il cesse ses règlements envers l’opérateur économique défaillant. Il est donc, aujourd’hui, pour nous facile de contrecarrer les dérives. Cependant je n’ai nullement eu vent qu’un quelconque opérateur économique ait abandonné son chantier.

Comprenez bien qu’une nouvelle dynamique s’est mise en place. Tous veulent aujourd’hui mener à bien leur tâche parce qu’il reste encore sept ou huit régions à construire et qu’aucun ne veut prendre le risque d’être mis à l’index face aux marchés d’Etat à venir.

Excellence, sans indiscrétion quel est le montant déjà décaissé par le gouvernement pour ces travaux ?

Nous sommes à soixante sept milliards de francs CFA.

Propos recueillis à Impfondo par Daniel LOBE

notes de bas de page JHM

[1Candide ou l’Optimisme (Voltaire 1759) L’auteur s’y lance dans la polémique par le biais de la satire. Il oppose systématiquement au leitmotiv servi par le ridicule Pangloss - le fameux « Tout est pour le mieux dans le meilleur des mondes » - une série de catastrophes pour en tirer une leçon de sagesse toute pratique, celle ramassée dans la phrase de conclusion : « Il faut cultiver notre jardin ».

[2Monsieur le préfet doit se tromper quelque part, si le département compte 300 000 habitants, comme il nous le dit dans son introduction, ce sont au bas mot 100 000 enfants qui sont en âge de scolarisation. Nous voyons mal comment une opération de 8 000 tables banc peut couvrir davantage que les besoins du département.

[3Comment s’en étonner quand on voit le niveau exorbitant des tarifs annoncés pour la réalisation des travaux

[4On peut constater que ce phénomène est récurent.