La 24ème Journée Internationale du Patrimoine célébrée le 19 Septembre dernier, a fait l’objet d’une conférence débat organisée et coordonnée par le Directeur Départemental de Culture et des Arts de Pointe-Noire, M. Albert KIMBOUALA, au village des Arts de Djéno à près de 15 km de la ville océanique du Congo, dites capitale économique du Congo Brazzaville. Cette activité qui a eu pour thème : « comment sauvegarder le patrimoine du Département de Pointe-Noire », a permis aux participants de saisir l’importance et les atouts de cette ressource oubliée et détruite qui est génitrice de devises et de richesses sous d’autres cieux.

Cette Journée est une initiative de la France pour valoriser et symboliser l’indépendance des biens culturels et naturels, l’emblème desquels est une création de l’UNESCO symbolisant leur protection. De même dans le Département de Pointe-Noire qui tire son nom du rocher pointu et noir découvert et baptisé « PUNTA NEGRA » par les navigateurs portugais au XVIème siècle, les premiers à arriver sur cette baie à la recherche de la route des Indes, était plus centrée sur la genèse de cette ville et les moyens de sauvegarder son patrimoine.

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Albert Kimbouala Directeur Départemental des Arts et de la Culture à Pointe-Noire

Dans son speach introductif, M. KIMBOUALA a indiqué que le patrimoine est un héritage qui mérite valorisation, sollicitude et protection de ces congénères. D’où, il a interpellé les responsables politico administratifs et la société civile à consentir des efforts pour préserver et protéger nos monuments, ensembles et sites qui constituent l’histoire de PUNTA NEGRA. Poursuivant, il a laissé entendre que, si l’homme, cet être vivant doué de raison, peut, par analogie, être assimilé à une propriété de la société, nous pouvons nous accorder qu’il est un bien de la communauté humaine, puisqu’il désigne la totalité concrète d’un corps animé et d’une âme intelligente. Ainsi l’homme est par conséquent un bien de la société, c’est-à-dire un patrimoine.

Cette rencontre qui a été un moment riche en découverte et en enseignement sur l’historique de Pointe-Noire depuis le XVIème siècle en passant par la signature du 21 Juin 1883 à TCHIMBAMBA entre les Autorités coloniales et les Chefs indigènes de PUNTA NEGRA jusqu’après son indépendance, a été animée par les mains d’une personne ressource, un Culturel et Journaliste Communicateur Roger TELLO qui a démontré qu’en dehors des patrimoines naturels et matériels connus par les congolais, il y a d’autres formes de patrimoine oubliés ou non connus à savoir le patrimoine socioculturel, économique, sportif, politique voire alimentaire, géniteur de devises et créateur d’emplois.

Il a peint au cours cette activité un tableau sombre qui se résume par un patrimoine délaissé et détruit (le wharf, les vestiges de la potasse à la côte sauvage, etc.,), non entretenu, dégradé, déformé et défiguré à cause du temps évolutif, exposé aux NTIC qui se résument par la recherche de la modernité. Or le Gouvernement, la société civile et la population devraient le recenser, le repérer et le revaloriser afin de le rendre utile.

M. TELLO a indiqué la ville de Pointe-Noire et tout le Congo souffre d’un manquement grave, celui de voir le patrimoine que dans les sites naturels et les bâtiments administratifs qui datent la colonisation (des années 20, 30, 40 voire 50). Or en dehors de ces patrimoines naturel et physique (fruit de l’intelligence de l’homme), on peut examiner et exploiter les autres formes de patrimoine. Il a souligné qu’on ne devrait pas attendre 50 ans d’existence pour déclarer un chercheur, écrivain, musicien ou politicien « patrimoine national » comme on pouvait le faire pour un bâtiment quelconque. C’est pourquoi Le Congo doit revaloriser ses artistes, chercheurs, écrivains, génies dans les tous les domaines de la vie et qui ont marqué son histoire car les héros nationaux méritent l’érection en leur faveur d’un monument sur une grande place pour rappeler aux générations futures leur talent.

La ville de Pointe-Noire par exemple, doit tout faire pour déclarer : « patrimoine national » : les danses culturelles, les instruments musicaux, les œuvres artistiques et littéraires, les orchestres musicaux qui ont la fierté de la musique congolaise des années 60, 70 et 80 en général et pontenégrine en particulier, comme Manta Lokoka, Africa Mode Matata, Echos 68, Les Colles Bleus, G.O. Momekano et autres. Sans oublier les artistes musiciens (comme Rigadin MAVOUNGOU, Michel NGOLLO, Sylvain NGOMA Pergot, Simon MANGOUANI, PAMBOU TCHICAYA LOUBASSOU KIFOUETI Denis et autres qui ont débuté et fait asseoir professionnellement leur carrière musicale dans la ville océanique), les écrivains Pierre TCHICAYA De BOEMPIRE, TATY LOUTARD, Alice VALETTE, TCHICAYA U’TAMSI.

Au niveau sportif, nous notons les Clubs comme Flèche Bleu, Cheminot, V.Club Mokanda, Tourbillon Moupepe, Abeille et les joueurs comme BAKALA Moutcho, François MPELE, POATY Mikey, MABIALA Kenn, POATY Dolido, NDOULI Rino, POATY Hidalgo, LAKOU, Lamias, Camille MATAMA, ONDZOLET, La Plata , LOUBAKY, PAMBA-PAMBA, Yoane, MBANI MADZOU, OKANDZE, IBARA et bien d’autres. Ces grandes stars pontenégrines du football sont le symbole du stade Franco ANSELMIE.

Le patrimoine politique quant à, nous donne des figures comme Jean Félix TCHICAYA à la taille de Léon ANGOR, premier président de l’Assemblée Nationale dont la tombe, oubliée, ruinée et détruite par les érosions à Moukonzi Ngouaka ; les TCHICHELLE Père et Fils, les THEOUS, TATY LOUTARD et autres figures politiques originaires de Pointe-Noire.

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Roger Tello

Pour Roger TELLO, Pointe-Noire étant la capitale économique du Congo, il y a plusieurs entreprises qui ont fait la valeur du Congo que l’on devrait revaloriser et déclarer « patrimoine économique » comme par exemple : la Compagnie Propriétaire Kouilou-Niari (CPKN), la Compagnie forestière Sud-Oubangui, la Potasse du Congo, la Compagnie de production de caoutchouc à base d’hévéas dont les hectares sont abandonnés en pleine forêt dans le district de Kakamoeka à plus de 100 Km de Pointe-Noire, etc.

Il faut retenir qu’en journée mémorable du patrimoine, la revalorisation et la déclaration d’un patrimoine tant naturel, physique (homme et le fruit de son intelligence), socio culturel, politique, économique, sportif et touristique, doit être pris en considération autant par les gouvernants que par les gouvernés afin que l’histoire du pays soit connu et retracé par les générations futures. D’ou s’impose la promotion des personnages et des sites naturels en patrimoine culturel, à l’instar de Seigneur Tabouley de la RDC , élevé en 2000, au prestigieux rang d’Iconely. Ainsi un département ministériel s’occupant de la protection et de la promotion du patrimoine national s’avère indispensable afin de revaloriser le patrimoine national.