Jean-Jules Koukou, l’un des auteurs, acteurs et metteurs en scène de théatre les plus prometteurs du Congo est décédé le 5 décembre à 10 heures à l’Hôpital Général Adolphe Cissé de Pointe-Noire. Jean-Jules n’avait que 43 ans. Tous les artistes et chroniqueurs culturels le pleurent.

JPEGJean-Jules Koukou est né à Divénié dans le Niari, d’une famille notable, son père, Moumbossi Bernard, était chef de terre et de canton. Sa mère, Mboni Miyindi Germaine, était de 39 ans plus jeune que son papa. Il faisait partie d’une fratrie de huit enfants du côté paternel et de trois côté maternel.

Son cursus scolaire débute à l’âge de sept ans à l’école primaire de Nyanga Paysannat. A l’époque sa distraction favorite est la chasse au lance pierre et piégeage des rats.
Au CM2 il présente déjà des scénettes. Son CEPE obtenu en 1975 à l’école primaire de Moukondo, où enseigne l’un de ses frères aînés, il est admis au CEG de Divénié. Il y brille par ses résultats scolaires. Parvenu en classe de 4ème, il devient correspondant de l’écrivain congolais Léopold Pindi Mamossono, qui anime alors une émission littéraire « Autopsie » à la télévision nationale.

Jean-Jules vient à Pointe-noire dès la classe de 3ème au Lycée Karl Marx (aujourd’hui Victor Augagneur), où il obtient son BAC A. Il entame alors des études supérieures à l’université Marien Ngouabi à Brazzaville où il décroche une maîtrise de droit public. Ce diplôme prestigieux ne lui permettra jamais de trouver un emploi autre que des prestations bénévoles à la Clinique Juridique.

Passionné de théâtre, Jean Jules intègre le "Théâtre des Tropiques" D’Ambroise Tatsi Tatsou,émule de Sony Labou Tansi. Cette troupe va émerger comme l’une des plus fortes du Congo. Elle arrachera de nombreux prix dans le cadre du théâtre scolaire.

L’immense talent de JJK éclatera dans l’interprétation de "Grosso modo" de Frédéric Pambou, préfinaliste au concours RFI/Théâtres du Monde 1994. Cette pièce lui offrira sa première tournée au festival CARE de Kinshasa, elle participera également aux sixièmes journées Tchikaya U’tamsi du Centre d’Etudes des Civilisations de Loango à Pointe-Noire.

La guerre dévaste Brazzaville, c’est depuis Dolisie, où il s’est replié que la carrière de Jean-Jules prend une dimension majeure.Il fonde la « Compagnie Saka Saka Théâtre ». C’est la création de sa première pièce « Ça tire » avec son complice Koumba Abdou Fortuné, il crée sur le même élan un festival dénommé « Saison Théâtrale de Chaillu » (SATHEC).

Au faîte de sa gloire il est invité par la Direction Régionale aux Affaires Culturelles au Kouilou à participer à "Lire en Fête" dans la ville océane.

La pièce « Ça tire » est jouée le 14 octobre 1997, et la guerre éclate le lendemain à Pointe-Noire. Dolisie est en flammes. Ils s’installent donc dans la capitale économique. C’est Frédéric Pambou alors Directeur Régional des Arts et de la Culture au Kouilou qui les héberge durant cette période difficile.

Jean-Jules trouve alors un logement précaire dans lequel il parvient à loger et nourrir à ses frais l’ensemble de la compagnie, alors qu’il n’est qu’un diplômé sans emploi. La troupe monte alors « Le Cid « de Pierre Corneille dans une version très personnelle et africaine, qui reste dans les mémoires. Suivent pèle mêle « Les plaies de la honte », « La tour de suicide », « la Hernie de monsieur le président », « La terre est tombée par terre », « Les enfants de l’autre bout du monde » avec les enfants du Cercle Culturel pour Enfants de Mpaka, spectacle invité à un festival au Japon et un autre à Cuba où, faute de subvention, ils n’ont pas pu se rendre, « Les odes du crépuscule » (compilation d’œuvres poétiques d’auteurs contemporains congolais) et sa dernière création « Verre à vapeur » pour la commémoration de la journée Sony Labou Tansi.

Jean-Jules Koukou était un homme exigeant et perfectionniste pour lui même et pour les gens qui travaillaient avec lui. Autant il était généreux dans la vie de tous les jours, autant il était dur et presque tyrannique quand il mettait en scène.

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Les enfants de l’autre bout du monde, JJK acroupi à gauche

Jean-Jules restera comme un défenseur des droits de l’homme, s’opposant aux dictats institutionnels, il créera le « Festival International des Arts pour les Droits de l’Homme et la Culture de Paix » en novembre 2003 à Pointe-Noire. Ironie du sort, c’est à la veille de l’ouverture de la troisième édition de cette manifestation du 10 au 15 décembre 2005 que disparaît son créateur.

« ...quand l‘un d’entre eux manquait à bord c’est qu’il était mort, oui mais jamais, oh grand jamais son trou dans l’eau ne se refermait, cent ans après coquin de sort il manquait encore (G. Brassens) »

Amour Bete-Siba, comédien : C’est une perte énorme il était un amoureux de l’art, il avait l’art dans sa chair, et quand on voit ainsi un artiste mourir à la fleur de l’âge, ça vous marque dans la chair.

Miss, comédienne handicapée  : Sa disparition me fait très mal, je n’arrive pas à comprendre, je me demande encore vraiment s’il est mort...

Mak de Ardie, comédien : J’ai beaucoup travaillé avec Jean-Jules, il est regrettable que de son vivant il n’ait pas pu publier ses textes...

Roger Tello,, journaliste, directeur de Radio Océan  : Il est pénible de perdre ainsi un artiste à la fleur de l’âge, qui n’a pas pu finir sa mission, c’était en plus un ami Il m’a dit : tu es un professionnel talentueux de la communication, fais en sorte d’avoir toujours un projet en réserve

Jehf Biyéri, comédien : Il m’a appelé de l’hôpital quelques jours avant sa mort pour me confier la direction de son festival Il m’a demandé de lui jurer de mener cette tache à son terme Le choc que m’a occasionné sa mort fait que je ne peux que respecter cette dernière volonté

Claver Mabiala, directeur des Journées théâtrales en Campagne (JOUTHEC), et de l’Espace Culturel Yaro de Loandjili : On a constaté ensemble que plus de Festivals naissaient à Pointe-Noire et, plus l’inorganisation prenait de l’ampleur, alors, nous avions mis sur pieds le collège des Festivals de Théâtre du Congo-Brazza. Jules n’était que le chargé à la communication de cette plate forme, mais... Il a tout fait afin que cette affaire soit vraie... maintenant qu’il n’est plus... nous devrions alors réfléchir...

Bifie, jeune comédienne de la troupe du CCE  : Je voulais seulement dire que tonton Jules était très gentil avec nous, même si quand on faisait le théâtre il était un peu méchant. Mais vraiment sa mort me fait très mal, je ne peux pas supporter celà me fait très mal. Merci.