A-t-on besoin d’être clerc pour comprendre que Sarkozy s’inscrira dans la continuité chiraquienne quant à la politique africaine de la France ? En témoigne la précipitation à peine contenue avec laquelle Omar Bernard Bongo s’est rendu à l’Elysée rappeler au nouveau locataire qu’il demeurait le loyal serviteur de la Mère-Patrie.

Le thème de la rupture a été au cœur de la campagne qui a porté à l’Elysée Nicolas Sarkozy. Aux yeux du nouveau Président français, la politique africaine ne dérogerait pas à la règle. Il apparaissait comme celui qui allait donner un grand coup de pied dans la fourmilière de la Françafrique. Mais, les Africains qui ne sont pas dupes observaient avec condescendance les discours de ce fils d’immigré hongrois entouré d’affairistes qui sévissent en Afrique. Ils ne s’y sont pas trompés. Le 25 mai 2007, quelques jours seulement après son investiture, Nicolas Sarkozy recevait le président gabonais Omar Bongo qui a connu tous les Présidents de la Vème République.. Le symbole de la Françafrique débarquera aussitôt à l’Elysée suscitant la colère des ONG telles le CCFD et SURVIE. La politique des réseaux reprenait du service. Une politique qui a connu ses heures de gloire sous la présidence de Jacques Chirac.

Cordon ombilical

Face à la bourrasque économique, politique et sociale qui souffle en Afrique et son corollaire, la déferlante afro-pessimiste, le continent noir ne sait plus où donner de la tête. Les dirigeants africains longtemps habitués à la facilité et parfois au détournement de l’aide et son transfert dans les banques occidentales, présentent de très graves rigidités à s’adapter à la mondialisation et à la restructuration de leurs économies respectives. Les programmes d’ajustement économique et le rééchelonnement de la dette par le Club de Paris et le Club de Londres se succèdent et se ressemblent, malheureusement sans effets positifs.

En métropole, pendant ce temps, l’enarchie de l’Elysée, de Matignon, du Quai d’Orsay, de Bercy et de la Rue Monsieur (les experts es pays d’Afrique de la zone franc PAZF) rivalisent d’ingéniosité et parviennent à la conclusion iconoclaste que, le continent noir ne fait plus recette à côté des pays d’Asie et d’Europe de l’Est engagés dans la voie des reformes économiques et acquis à l’économie de marché ; qu’il fallait privatiser le continent. Le 23 Septembre 1993, Edouard Balladur, alors Premier Ministre, signait dans Le Monde un article au titre annonciateur « Une solidarité exigeante ». Seuls les pays qui auront engagé avec courage une indispensable politique de restructuration économique et de redressement (écrivait-il) pourront désormais compter sur un soutien durable de la France mais aussi de la communauté internationale. La doctrine Balladur ou doctrine d’Abidjan était née et le destin des pays d’Afrique de la zone Franc livré aux chiens. Pour camoufler son désintérêt pour le continent noir, la France avait ainsi décidé de passer le relais à la communauté financière internationale et de s’aligner sur l’orthodoxie financière des institutions de Bretton Woods ou encore de supprimer toute aide budgétaire aux Etats dont les PAS seraient interrompus. Sous les oukases donc de la Banque mondiale et du F.M.I, la France prenait ainsi la décision historique de la dévaluation du Franc CFA le 12 Janvier 1994. L’Hexagone ne s’est pas arrêtée là. Rétrogradé au rang de ministère délégué à la coopération, La Rue Monsieur (entendez Ministère de la Coopération) a subi des coupes claires d’environ 5% de son budget pour l’exercice 1996 et Alain Juppé, alors Premier Ministre, avait même suggéré la suppression de ce ministère en charge de la gestion de l’aide publique au développement (APD). Notons aussi une baisse sensible des investissements aujourd’hui tournés vers les nouveaux marchés émergents d’Asie à très fort rendement.

Lentement mais sûrement, la France s’efface de l’Afrique noire au profit des institution de Bretton Woods, lesquelles apparaissent plus comme des maisons de commerce au service exclusif de l’expansion des marchés des firmes multinationales (Cf Samir Amin Gérer la crise, Paris1995). La vague des privatisations des entreprises africaines édictées par la Banque mondiale et le FMI dans le cadre des PAS participent de cette logique. Décidément, la doctrine d’Abidjan était la face cachée de l’iceberg. Mais qui a dit que « La France n’a aucune intention de se désengager dans le domaine du développement, nu de modifier le caractère privilégié de ses relations avec un certain nombre de pays africains » ? N’est-ce pas un certain Jacques Chirac ? Ambiguïté ou hypocrisie ?

Au Congo-Brazzaville, la diplomatie personnalisée de Jacques Chirac a fonctionné à plein régime. En Octobre 1997 , Sassou Nguesso revint au pouvoir grâce au soutien militaire de l’armée angolaise et avec la bénédiction de la France. A cette occasion, Jacques Chirac déclara que « l’intervention de l’armée angolaise au Congo-Brazzaville était une bonne chose ». Les acquis de discours de la Baule de F. Mitterrand de 1989 qui liait l’aide de la France à l’ouverture démocratique des pays africains ont été purement et simplement piétinés par la politique des réseaux initiée par Chirac.

Immigration, intégration et codéveloppement

La rupture annoncée par Sarkozy dans les relations franco-africaines est la suppression du département de la coopération et la création du ministère le l’immigration et du codéveloppement. Si la juxtaposition de l’immigration et de l’identité nationale suscite de vives réactions dans la métropole, les Africains peuvent se poser la question sur le lien entre immigration et codéveloppement ? Une autre illusion en perspective ? Les africains attendent que Sarkozy nettoie à grande eau la politique franco-africaine. En définitive, que Sarkozy nettoie au karcher la Françafrique et qu’il nous débarrasse de la racaille qui gangrène l’Afrique.

A vous de comprendre de quoi sont faites les relations franco-africaines.