La région (le département) du Kouilou se réveille ! Elle demande que lui soient affectés, pour son développement, 40% des revenus pétroliers du pays ! [1] Pour se faire entendre, des cadres et sages de cette région ont demandé d’être reçus par « l’homme des masses » en son palais. Et, d’après les informations recueillies par « Mwinda », cette audience devrait avoir lieu ce mardi à Mpila. Sauf changement de dernière minute, la délégation devrait être conduite par Mgr Makaya et le pasteur Souami (President de l’Eglise Evangelique du Congo)

Fait à relever : « l’homme des masses » a exigé qu’il n’y ait aucun parlementaire dans la délégation. Rien de bien surprenant : depuis que Thystère Tchicaya se donne une certaine liberté dans la prise de parole, les parlementaires du Kouilou ne seraient plus, semble-t-il, en odeur de sainteté auprès du « Propriétaire du Congo ». On l’aura par ailleurs compris : empêcher les élus du Kouilou de se rendre à Mpila permet d’éviter de rencontrer " Ya Titi " ci-devant président de l’Assemblée nationale.

" Il veut que le Kouilou soit bombardé ? "

L’exigence de « l’homme des masses » témoigne bien d’un froid entre lui et le président de l’Assemblée nationale. D’ailleurs la Mère Anto - originaire justement de ladite contrée - n’aurait pas hésité, il y a quelques jours, à préciser la pensée profonde de son mari auprès de l’épouse de Thystère Tchicaya. Elle lui aurait délivré un message sans ambiguïté, qui tenait en trois graves questions : « Qu’est- ce que ton mari cherche ? » ; « Il a tout eu, non ? » ; et surtout « Il veut que le Kouilou soit bombardé ? » Diantre ! Qu’en termes tendres ces menaces-là sont proférées !

Révélation ou confirmation : dans ce cas qui osera encore demander les raisons de la série de bombardements essuyés par les quartiers du sud de Brazzaville et par le Pool ? Lorgner le fauteuil de « l’homme des masses » [2]
expose, on le voit, à de redoutables représailles telle la pluie d’obus. Quand on parle d’alternance au pouvoir, on sort les bazookas. Pour ceux qui n’auraient pas compris la leçon, le « Propriétaire du Congo » se fait le devoir et le plaisir de leur rafraîchir la mémoire, par porte-parole inattendu interposé.

Mais pourquoi cette démarche des cadres et sages du Kouilou aujourd’hui ? Deux réponses :

- on peut raisonnablement penser que " Ya Titi " ait... titillé, inspiré ces fameux sages de Pointe-Noire. Ce qui est dans le droit fil de ses dernières déclarations. On se souvient que le président de l’Assemblée avait dénoncé la « très mauvaise gestion de l’Etat et notamment le détournement massif des ressources financières provenant de la vente du pétrole » ; il n’avait pas hésité à dénoncer également « le pouvoir personnel du président de la République et l’impunité des membres du gouvernement ». On ne peut être plus clair.

- Un autre facteur à considérer est l’abandon scandaleux de la ville de Pointe-Noire qui aura bientôt tout à envier à une localité comme Oyo par exemple. Qu’on songe qu’au moment où une transsaharienne de 470 km est construite entre Nouakchott et la ville portuaire de Nouadhibou en Mauritanie, Il n’existe toujours pas de route en Brazzaville et Pointe-Noire. Malgré les promesses de campagne alors que chacun sait que le chemin de fer (d’ailleurs fermé ces derniers jours suite à des inondations du Djoué au niveau de Goma Tsé Tsé) reliant les deux villes ressemble de plus en plus à un goulet d’étranglement.

Ne pas confondre « les affaires de famille avec la politique »

Par ailleurs la fronde des Ponténégrins intervient au moment où le pouvoir de Brazzaville est contesté de toutes parts. Qu’on se souvienne :

- de l’affront infligé par le général Ngouélondélé qui compare la gestion de l’Etat par M. Sassou à celle d’une « épicerie familiale ». D’aucuns ont pensé que la démarche de cet officier était une énième ruse du pouvoir tirée d’un manuel du KGB. Fausse piste. D’après nos sources, « l’homme des masses » se serait plaint auprès de son gendre, Hugues Ngouélondélé, afin que ce dernier fasse entendre raison à son père. Le général aurait dit à son rejeton de maire, dans une discussion pour le moins houleuse, de ne pas confondre « les affaires de famille avec la politique ». Un peu comme au Tchad entre Idriss Deby et quelques uns de ses parents...

- du débat sur la « refondation » qui continue de diviser sérieusement le parti de « L’immortel Marien Ngouabi ». A Boundji, fief de Lekoundzou, des « refondateurs » auraient été récemment chassés sans ménagement. Ce débat laisse paraître au grand jour combien les dissensions sont profondes au sein de l’ancien parti unique. Ce qui fait dire à certains observateurs que même si un terrain d’entente pourrait être trouvé, plus rien ne sera comme avant.

- de l’image bien écornée du pouvoir de Brazzaville avec sa mauvaise gestion des revenus pétroliers. Heureusement qu’il y a en l’occurrence les réseaux de la Françafrique à Paris pour passer des coups de fil à la Banque mondiale et au FMI et débloquer bien des situations compromises...

Mais, comme on dit : à quelque chose malheur est bon. Ce contexte pourrait peut-être rendre « l’homme des masses » plus réceptif aux problèmes du peuple congolais en général, et à ceux de la région du Kouilou en particulier. Car, il lui faut bien préparer les échéances de 2007 et 2009. Avec Kolelas [3] dans sa poche, il lui resterait à séduire la région du Kouilou pour couper l’herbe sous les pieds de l’actuel président de l’Assemblée nationale. Le propriétaire du palais de Mpila connaît la chanson en la matière : acheter quelques consciences à coups de millions de pétrodollars, à défaut de régler les problèmes de fond.


Par : Taty

[1A ce sujet André Milongo, candidat à l’élection présidentielle en 1992 avait été bien inspiré d’écrire dans son programme : « dans le droit fil d’un ambitieux plan de développement économique local, les pouvoirs publics s’attacheront à faire bénéficier la région du Kouilou d’une ressource fiscale spéciale tirée de l’exploitation du pétrole produit au large de ses côtes. Cette pétro-taxe spécifique sera le signe du remerciement et de la reconnaissance des pouvoirs publics pour la mise à la disposition de la Nation d’une richesse aussi stratégique ».

[2« C’est ce fauteuil là qu’ils veulent » disait « l’homme des masses » à ceux qui avaient l’ambition du pouvoir, avant la Conférence nationale, en agrippant furieusement ledit meuble sur lequel il était assis. « Ils ne l’auront pas », avertissait-il...

Par ailleurs, de bonne source, " l’homme des masses " aurait indiqué à Kolélas qu’il pouvait discuter de tout avec lui à présent, sauf... de " son " fauteuil de président.

[3Ce dernier aurait été chahuté, le week-end dernier lors des obsèques de Bouissa Matoko. Le « Nkumbi de Total » venait de déposer une gerbe de fleurs au pied du cercueil et apparemment certains anciens Cobras n’ont pas oublié que des miliciens Ninjas, lors de la guerre de 1997, avaient voulu attenter à la vie du général. Un accrochage qui avait coûté la vie à un élément de la garde de « Casis ». Les Cobras présents à la cérémonie considéraient peut-être que ce geste était une plaisanterie de mauvais goût.