De passage dans un commerce exotique à Cannes, ce vendredi 8 juillet, j’y croisai une dame, une française, en train de faire des courses. C’est le genre de dames européennes qui consomment "européen" en Afrique et "africain" en Europe. La nostalgie a des conséquences étranges sur nos pratiques alimentaires.

Connaisseuse, cette cliente s’enquit auprès du vendeur de l’origine des piments.

" Ca vient des Antilles " renseigna le commerçant.


" Je n’aime pas les piments des Antilles. ce ne sont pas les vrais "
commenta-t-elle avec une moue sur les lèvres.

" C’est pourtant aussi piquants que ceux d’Afrique" plaida l’épicier soucieux de liquider globalement sa marchandise.

La dame, peu convaincue, continua ses achats.

"D’où viennent les bananes ? "

"De Colombie"

"Et ces plantains ? "

"Du Brésil"

" Comment ça se fait ? Rien ne vient d’Afrique ?"

" Non. C’est à cause des lois européennes."

"Je vois. Espérons qu’avec la réunion du G8 ça changera"

"Ca, je ne sais pas. Je sais que l’organisation mondiale du commerce a ses raisosn que la raison ignore. Aucun produit africain ne rentre en France, sauf le pétrole"

" Ah oui, le pétrole rentre partout" reprend ironiquement la dame frapée par cette discrimination économique.

Témoin de la scène, je venais d’apprendre une leçon sur les échanges internationaux et sur les lois du commerce. L’import/export est soumis à un rapport de force. Plus un pays est riche, plus il est protectionniste. L’une des révendications des Alter-mondialistes au sommet d’Edimbourg consiste d’autorirer aux pays africains de pouvoir exporter leur produit en Occident. Rien à faire. Le système marchand occidental, notamment français, est très fermé. Il est non seulement fermé mais en plus la faible production économique d’Afrique ne fait pas le poids devant l’économie agressive du nord. Seulement, les pays émergents comme la Chine commencent à donner du fil à retordre aux pays hyper-riches du Nord. La thèse est que les Chinois dont la main d’oeuvre coûte la bagatelle bénéficient de la politique de délocalisation qui ravage, sème douleur et misère dans la sociéé industrielle occidentale, notamment française.
Cette thèse est discutable. C’est moins le système économique chinois qui est exploiteur que la législation française qui, à travers sa foule de lois du travail, rend le coût de la production marchande faramineux.
Quand on voit le niveau de vie de plsu en plus élévé des Chinois, on a du mal à admettre que les descendants de Mao travaillent comme de simples escalves dans leurs manufactures.

Je reviens sur la dialectique de la vente et de l’achat dans cette épicerie exotique cannoise.

Les rayons sont bien achalandés. Je me demande comment l’agoutis, le miondo, l’atiéké, le manioc, le coco, le gombo, le yet, visibles à Château-Rouge, ont fait pour percer les solides barrières douanières ?

" Avez-vous des safous ?" relance la cliente.

"Non. ce n’est pas la saison".

" J’ai mon fils à Brazzaville. Il m’a dit la même chose. Bientôt je serai obligée de lui en envoyer de France." plaisante cette femme.

Il en va des safous comme des produits manufacturés en Occident, revendus à des prix incroyables dans le tiers monde alors que la matière première provient de ces pays.
La dame avait tort de plaisanter. Déjà le manioc se fabrique à Paris. De là le pronostic que bientôt sur les marchés de Brazzaville il y aura du "nguri yaka" (manioc familial) made in Paris, n’est pas surréaliste. L’écrasement de notre secteur agricole par le secteur pétrolier nous réserve beaucoup de surprises en matière de commerce international.