vendredi4 août 2006

Les Grands débats du Blog (4) : L’écrivain Charif Majdalani décortique le Liban dans "Libération"

L’écrivain libanais Charif Majdalani (photo), auteur du roman magistral Histoire de la Grande Maison (Ed. du Seuil, 2005), vit au Liban où il dirige un département d’études francophones. Invité d’honneur parmi les 40 écrivains francophones des cinq continents au dernier Salon du livre de Paris, son roman cité plus haut a été une révélation de la rentrée littéraire 2005. Esprit libre, il scrute dans l’article ci-dessous les causes du malheur du Liban et remonte donc depuis la composition de sa société afin que nous puissions comprendre le conflit israélo-libanais qui émeut actuellement la communauté internationale....


A la mémoire des enfants de Cana

L’un des principaux problèmes auxquels le Liban s’est toujours trouvé confronté, et qui a été la cause de la plupart de ses malheurs, c’est la difficulté pour ses diverses composantes, communautés religieuses et groupes confessionnels, à se mettre d’accord sur une définition de son identité.

Depuis la création du pays, deux versions de cette identité s’affrontent dans la conscience de ses habitants. La première, c’est celle qui a toujours conçu et voulu le Liban comme un pays à part dans la région, non concerné par l’histoire et le devenir de son environnement arabe. Cette représentation du pays a d’abord été le fait des élites au sein des communautés chrétiennes, qui ont toujours intimement pensé que le Liban avait été créé pour les chrétiens et ont toujours tenté de le préserver des tourmentes de la région, et de l’en tenir à l’écart, en tissant notamment des liens privilégiés avec l’Occident. Face à une représentation que l’on dira étroitement « libaniste » couplée à un discours souverainiste, les musulmans se sont évidemment toujours rebiffés, exigeant de diverses manières un Liban fermement ancré dans son environnement régional, et partageant le destin commun de ce qui était en train de devenir la nation arabe.

Ce conflit entre deux représentations antagonistes d’une jeune nation était porteur de germes explosifs, et c’est pour en atténuer les effets qu’au moment de l’indépendance, au milieu des années 40, les musulmans et les chrétiens se mirent d’accord sur un pacte national dont l’essence était de permettre de gérer une représentation commune de l’identité du pays par l’ensemble de ses communautés. Mais, au lieu de trouver un terrain d’entente entre les diverses définitions du Liban, ce pacte fut une fuite en avant, puisqu’il se basait sur une sorte de « ni-ni », un accord selon lequel les chrétiens s’engageaient à ne pas revendiquer une identité occidentale du Liban tandis que les musulmans acceptaient de renoncer à vouloir en faire une part inhérente de l’environnement arabe. Cette double négation, selon les termes restés fameux d’un grand analyste politique de l’époque, ne pouvait en effet faire une nation. Tout simplement parce qu’une nation ne peut prétendre à l’existence si les hommes qui la composent ne sont pas d’accord sur son identité de base.

Il va sans dire qu’avec la montée des périls en Orient, dans les années 60, les divergences sur l’identité du Liban resurgirent. Devant la montée du nationalisme arabe dans les pays voisins, en particulier en réaction aux grandes défaites arabes face à Israël, les chrétiens du Liban se crispèrent sur la représentation et l’identité d’un Liban souverain, tourné vers l’Occident et hostile aux développements politiques dans le monde arabe environnant. Face à cette crispation, les musulmans se montrèrent extrêmement sensibles aux discours nationalistes arabes, nassérien en particulier, allant jusqu’à souhaiter l’entrée du Liban dans une alliance syro-égyptienne et panarabe. Par ailleurs, le discours panarabe avait cessé d’être l’apanage des musulmans ; ces derniers furent petit à petit renforcés, voire débordés, par la gauche libanaise et les partis nationalistes qui comptaient un certain nombre de chrétiens, et qui furent eux-mêmes renforcés par les organisations palestiniennes. Pour l’ensemble de cette nébuleuse, le Liban se devait de servir de pointe avancée du combat contre Israël et contre l’impérialisme occidental. Mais, aux yeux de leurs adversaires, cela menaçait directement l’entité libanaise elle-même. Ces points de vue irréconciliables aboutirent au déclenchement de la guerre civile de 1975, dont l’une des principales causes fut ce conflit sur la conception même de l’identité du Liban.

Ces deux visions, alimentées par deux discours antagonistes, n’ont pas complètement disparu après la fin de la guerre civile. Mais elles ont considérablement évolué, notamment durant l’occupation syrienne. Pendant ces quinze dernières années en effet, le discours nationaliste arabe, totalement fossilisé, n’était plus revendiqué que par les collaborateurs du régime syrien pour qui, de manière purement démagogique, le Liban demeurait en son alliance avec la Syrie le point de « résistance » au triomphe de l’impérialisme et du sionisme.

En face, le discours souverainiste se maintenait en prenant une coloration essentiellement antisyrienne. Mais une innovation essentielle avait lieu dans le même temps. Dès le début des années 90, les milieux intellectuels libanais, originairement de gauche et laïcs, entreprenaient à Beyrouth un grand travail de critique du nationalisme arabe et une réflexion sur les causes du désastre des sociétés arabes et de leur idéologie, constatant notamment le terrible gâchis auquel la pensée nationaliste dans le monde arabe avait abouti, détruisant la diversité de la plupart des sociétés arabes, gommant leur caractère pluriculturel au bénéfice d’une « arabité » ou d’une « islamité » exclusive, interrompant leur ouverture sur le monde et leur modernisation, modernisation souvent considérée comme une forme sournoise de domination de l’Occident.

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Samir Kassir

Face à ces constats consternants, les principaux penseurs de l’après-guerre au Liban, parmi lesquels la figure de Samir Kassir restera la plus belle et la plus emblématique, ont entrepris de revaloriser le Liban comme modèle pour un renouveau du monde arabe dans son ensemble, mettant pour cela en exergue ses principales caractéristiques, le multiculuralisme, le multiconfessionnalisme et la démocratie. Sans jamais nier son appartenance à son environnement arabe, les penseurs de l’après-guerre n’ont cessé de réclamer pour le Liban non plus qu’il soit retiré de son environnement mais qu’il lui serve de phare pour un avenir différent. A partir de l’an 2000, et imperceptiblement, cette pensée nouvelle, laïque et supraconfessionnelle, issue quoi que l’on dise d’un humanisme européen, allait se trouver de plus en plus proche du discours antisyrien, un discours qui entre-temps, s’était élargi et ne comptait plus seulement les chrétiens mais également, par un fait nouveau et capital, les musulmans sunnites et les druzes. De cette grande et très belle coalition allait naître le mouvement pour l’indépendance de 2005, mouvement qui allait investir le discours souverainiste, lui donnant un ton nouveau, issu notamment de la réflexion des milieux intellectuels sur la démocratie, l’interculturalité et le concept libanais comme modèle pour l’ensemble du monde arabe.

On aurait pu croire qu’en 2005 les Libanais, toutes confessions confondues, s’étaient enfin mis d’accord sur une vision commune du Liban. Mais c’était sans compter le Hezbollah, le parti intégriste, représentant de manière quasi exclusive de la communauté chiite libanaise, la plus importante du pays. Prenant fait et cause pour la Syrie, et entraînant avec lui la communauté chiite tout entière, malgré les récriminations de certains de ses intellectuels et la docilité de son immense majorité, le Hezbollah a immédiatement accusé les autres composantes du pays de trahir les causes sacrées des Arabes et de l’islam et de composer avec l’Occident et les Américains. Réinvestissant de son côté le discours tombé en déshérence du nationalisme arabe, et lui apportant le concours de la pensée islamiste, le Hezbollah recréait ainsi, comme par une fatalité incroyable, le schéma ancien dont on se croyait délivré, brandissant face à un souverainisme réinventé la vieille conception du Liban comme terrain du combat sacré contre l’Occident et Israël.

C’est dans ce contexte que se sont situées l’affaire de l’enlèvement des soldats israéliens et la guerre menée par Israël contre le Liban depuis la mi-juillet. Je n’entrerai pas ici dans une évaluation de l’action du Hezbollah et de ses arrière-pensées (1). Ce que je crois essentiellement, c’est que, si une immense partie des Libanais lui en veut aujourd’hui, ce n’est pas seulement pour avoir déclenché cette guerre et pour l’avoir inscrite dans une stratégie contraire à l’intérêt national, c’est, plus profondément et plus intimement, pour avoir fait échouer un moment crucial de l’histoire du pays dans lequel pour la première fois l’ensemble des Libanais, et probablement avec eux les chiites si ces derniers avaient été moins aliénés au parti intégriste, étaient en train de s’accorder sur une identité libanaise commune. La responsabilité historique du Hezbollah aujourd’hui, c’est de mettre à nouveau le pays devant l’indécision quant à son identité et donc son avenir.

Charif Majdalani.


(1) J’y entrerai encore moins que la brutalité de la réaction israélienne, ponctuée d’une longue série de massacres de civils, dont le dernier est le terrible carnage de Cana, village qui vit le même cauchemar pour la deuxième fois à dix ans d’intervalle, devrait poser avec bien plus d’acuité la question des arrière-pensées des Israéliens et de la violence aveugle et criminelle de leur armée.

Commentaires

  1. Posté par Hubert Steindenberg, le 4 août 2006 à 11:36

    La guerre du Liban est la conséquence des attitudes démissionnaires des dirigeants arabes corrompus. Incapables de cohérences, il finance les guerres que Georges W.Bush provoque, tue les arabes, en utilisant les Juifs(ou l’Etat hébreux), pour parvenir à ses fins. L’Amérique de Bush est responsable du chaos mondial, par son incapacité de règler les conflits aux Etats-Unis et dans le monde. Israël doit savoir que la guerre qu’il mène contre le Hezbollah ne lui bénéficiera pas. Au contraire, cette guerre attise la haine des Juifs et reveille l’antisémitisme. Hier, Juifs et Arabes vivaient en paix. Il a fallu l’appétit du pétrole de l’Occident, et surtout de l’Amérique, pour que les guerres des civilisations et religions s’allument au Moyen-Orient.La Palestine reste l’objectif pour la Paix, pour les Israëliens et tous les Arabes de la région. Sans la politique néfaste américaine.

  2. Posté par Kasangoulou, le 4 août 2006 à 14:22

    A Hubert.S.
    Je partage votre point de vue. Et j’ajouterai que cette Amerique que dirige Georges. W. Bush devient un danger pour l’humanite entiere. Souvent, je m’interroge si le terrorisme condamne par l’Occident et les Usa n’est pas la consequence de la mauvaise gestion du monde par l’unique puissance "tutelaire" que sont devenus les USA.

  3. Posté par Venga, le 4 août 2006 à 14:52

    "j’ajouterai que cette Amerique que dirige Georges. W. Bush devient un danger pour l’humanite entiere." Oui Kasangoulou c’est tout à fait le cas, la politique de Bush est dangeureuse pour le monde entier.

    "Souvent, je m’interroge si le terrorisme condamné par l’Occident et les Usa n’est pas la conséquence de la mauvaise gestion du monde" Kasangoulou mon frère, ne t’interroge plus sur cette question, la réponse est déjà toute trouvée !!!

    Si les USA arrêtaient de se mettre le nez dans les pays où il y a intérêts pour eux, ce serait déjà une bonne chose, mais là n’est pas le débat ni le sujet du texte, passons...

  4. Posté par deboghasin, le 4 août 2006 à 15:19

    j’apprécie l’option diplomatique française dans la tentative de résolution du conflit israelo-libanais.à l’heure où les innocents payent le lourd tribut de cette bêtise humaine,une cessation des hostilités et un accord politique restent la voie royale vers la résolution de la crise.l’israel n’a-t-elle pas tiré les leçons de la triste et perpétuelle aventure américaine en irak ?
    croire mordicus en la violence aveugle contre un ennémi aveugle et invisible ,c’est inexorablement donner carte blanche à l’escalade de la violence.

  5. Posté par diva, le 5 août 2006 à 00:08

    Quel beau texte de Majdalani, sérieux, historique, etc. Qui résiste à l’emportement (cela m’impressionne, car moi je ne crois pas que je parviendrais à rester calme). Cela donne un peu de champ. J’en profite pour vous signaler un dossier spécial dans le Courrier International de cette semaine sur les écrivains et la guerre. Donnant la parole à des écrivains de toutes les origines, tous écoeurés par cette guerre.
    Après sur Bush et tout je ne rebondis pas. Ma colère est sans fond.

  6. Posté par D.O.W., le 5 août 2006 à 12:30

    Très bel article. Sait-on d’ailleurs que c’est la France qui a ancré dans la société libanaise une organisation confessionnelle ? Et C. Majdalani lui-même (mais est-il possible désormais de s’en abstraire ?) s’inscrit dans ce schéma-là, puisque qu’il donne une vision largement tributaire du prisme confessionnel. Il semble que l’on ne puisse plus parler simplement de citoyens libanais, mais seulement de "chrétiens", de "druses" ou de "chiites". Quoi qu’il en soit, Charif Majdalani met particulièrement bien en lumière en quoi le Hezbollah est pernicieux dans le Liban d’aujourd’hui et dans son avenir. Mais ne faut-il pas dire que la guerre que mène Israel aujourd’hui au Liban est criminelle et lâche ? Des civils sont tués presque délibérément. Des assauts sont menés indistinctement. Les armes ne sont peut-être pas conventionnelles. Israel risque bien de regretter d’être allé aussi loin dans un injuste aveuglement. Et cette guerre pourrait bien connaître une tragique escalade. Le Conseil de sécurité de l’ONU a mis l’Iran en demeure pendant un mois. Supposons que passé ce délai, des sanctions soient prises, et que Téhéran, sur un coup d’humeur, décide d’avoir aussi son coup de sang. Ces deux conflits se rejoindraient : le problème nucléaire de l’Iran, et le problème israelo-libanais. Et alors, après...

  7. Posté par Hatchepsout, le 5 août 2006 à 23:44

    Tout cela est bien bon : on voit les arabes mourrir ; on voit les libanais se battre ; on voit la force de l’unité chez les juifs. Que voit-on chez les Africains ? Ils n’excellent que dans une chose : blablater et se haïr.
    Y aura-t-il un jour des Africains près à mourrir pour leurs idéaux ?

  8. Posté par Y.Chemla, le 6 août 2006 à 08:54

    Merci à Alain de diffuser ce texte si clair de Majdalani. La complexité, au Liban, est essentielle, et toute tentative de compréhension doit effectivement s’appuyer sur une masse d’informations. Sinon, les interprétations sont irrémédiablement fautives et partielles, sinon partiales.
    Par les temps qui courent, il est vrai, reprendre la question libanaise, et pointer des dysfonctionnements, des attitudes de desherence, peut être interprété comme le signe d’un accord tacite avec la guerre barbare imposée aux Libanais, ce qui n’est pas le cas. Il faut parvenir à sortir des argumentations de type stalinien (si tu critiques mes amis, alors tu es un agent de l’ennemi...) De même, la multiplication des prises de position engagées à partir de protocoles compassionnels doit nous inciter à la prudence : il est contre productif de rejouer à distance ce qui se passe au Liban. Il faut sortir, rapidement, de la passion. Le véritable travail commence avec le refus de la guerre, des idéologies mortifères. Il faut savoir relire les ouvrages du sociologue Gaston Bouthoul. Ce n’est pas parce qu’elle dispose de martyrs qu’une cause est juste.

    A titre d’information, je signale que si les Israéliens ne ciblaient pas avec précision leurs bombardements, je ne serais pas là à écrire. Lors du bombardement du 22 juillet sur Saïdet al-Jabal, la cible était des antennes de relais de téléphone. Les drones présents pendant plusieurs jours les avaient détectées. Sur quatre antennes, une seule visiblement intéressait les militaires. C’est celle-ci qui a été détruite, et nous étions à moins de quarante mètres. Les deux projectiles utilisés étaient des engins à effet de souffle. Les blessures sont anecdotiques. C’est cependant dans la tête que les choses ont mis du temps à se rétablir. J’ajoute, mais pour qu’on évite une mésinterprétation, que même cela, de mon point de vue, est inexcusable. Il n’y a pas de guerre ’propre’. Et les engins de mort auraient pu rater leur cible, et nous atteindre directement.

    Enfin, il faut aussi pénétrer le détail des attitudes et des postures. L’analyse de Majdalani dépasse de loin celle des chroniqueurs courants, je pense à Georges Corm, dans la mesure où, romancier, il s’est attaché à mettre en lumière ce qui est du ressort de l’intime, dans le vécu. Il faut aussi s’intéresser, pour comprendre ce qui se passe dans cette société qui effectivement accomplit un véritable acte de refondation depuis 2000, au monde des relations, aux rapports entre les êtres, et entre les êtres et le paysage, entre les femmes et les hommes, entre les parents et les enfants, entre les mères et les fils, entre le sacré et le profane. Le contexte géopolitique en reçoit un éclairage assez lumineux. Voir par exemple les romans et les essais d’Evelyne Accad, d’Etel Adnan, de Vénus Khoury-Ghata, les essais de Jad Hatem, notamment celui consacré à Hindiyyé d’Alep, relire sans cessse les poèmes de Nadia Tueni. La thèse, un peu oubliée, de Mounir Chamoun, sur les superstitions, est d’un intérêt essentiel, pour comprendre le Liban d’avant 2000, et elle permet de mesurer, pour qui connaît ce pays actuellement, les changements, qui, hélas, étaient en cours. Hélas, car tout est encore à recommencer.

    Travaillant moi-même sur un projet de refondation du système éducatif, j’ai pu aussi mesurer le chemin parcouru depuis la mise en route dudit projet, en 2004. La question de l’éducation est essentielle à plus d’un titre. Ceux qui sont bombardés sont les plus pauvres, ceux qui vivent dans une situation d’abandon, dans les régions les plus pauvres, où les écoles publiques sont indignes.

    Mais actuellement, nos amis libanais souffrent, dans des proportions invraisemblables. Et ce n’est pas avec de grands coups de gueule que l’on y change grand chose. Il faut les soutenir, écrire, téléphoner, conserver le contact. Cela se fait quotidiennement.

  9. Posté par Hubert Steindenberg, le 6 août 2006 à 09:16

    Non, Monsieur Hatchepsout, les Africains ne vont pas se faire tuer pour des irrésponsables qui déshonorent leurs pays ! Laissons les Juifs et les Arabes reprendre leur propre conscience et faire la paix fraternelle. De plus, la nature des africains c’est d’être pacifistes. Je parle des vrais Africains. Pas de ces dictateurs à deux balles qui plaquent leurs sous dans des coffres des pays étrangers, faisant mourir de faim leurs propres peuples. Puis s’exilent sans ridicules à l’étranger. Je ne parle pas non plus de ces Africains hautains (la bouche en cul de poule),prêts à se vendre et à vendre leurs propres dignités pour réussir leurs vies, par égoïsme...

  10. Posté par Charif Majdalani, le 6 août 2006 à 17:10

    Merci Alain d’avoir permis à ce texte de circuler et d’être ainsi commenté. Je regrette juste que tu n’en aies pas reproduit la dédicace aux enfants de Cana. j’y tenais presque autant que l’article. La mort des enfants rend tellement caduc tout le reste.
    Amitiés.
    Charif

  11. Posté par diva, le 6 août 2006 à 23:11

    Charif Majdalani, Y.Chemla, vous lire aide a ne pas desesperer completement. Y a-t-il quoi que ce soit que l’on puisse faire a distance, pour soutenir le Liban, par solidarite, pour marquer son soutien a ceux qui preferent la complexite a la logique de mort ? Car cette logique d’affrontement brutal des extremes semble prevaloir partout ces temps ci, donnant raison a tous les pouvoirs tyranniques et a tous les ideologues forts de leur croyance et de leur ignorance. Y a-t-il un lieu ou l’on puisse reaffirmer que le plus important est le sens de la nuance et de la negociation sans passer pour un faible ou un traitre ? Le modele libanais dont vous parlez, Charif Majdalani, cette "réflexion des milieux intellectuels sur la démocratie, l’interculturalité et le concept libanais comme modèle pour l’ensemble du monde arabe" a-t-il encore une chance d’etre entendu ? Car je finis par penser, pour ma part, que c’est justement cela que visent les bombes de Tsahal, guidees par l’empire americain, et pour la plus grande joie des regimes autoritaires de la region : il faut detruire ce Liban, comme empecheur de penser dans le fameux "axe du bien et du mal", comme microcosme ou laboratoire de ce que pourraient etre les societes multiculturelles de demain.
    Alors qu’au contraire, toutes les societes de demain, vouees a une toujours plus grande multiculturalite, ont justement besoin de se penser a travers ce type de modele. Comment continuer a soutenir cette pensee la, malgre les bombes et les missiles ?

  12. Posté par Alain Mabanckou, le 7 août 2006 à 12:56

    Cher Charif Majdalani,

    J’ai dû avoir la tête ailleurs quand je reproduisais ton papier de Libération sur le Blog ! Bien sûr qu’il faut à tout prix penser aux enfants de Cana auxquels tu as bien fait de dédier ton texte !!! Carton rouge pour moi !

    Courage et espérons une paix imminente dans la région.

  13. Posté par A. Mabanckou, le 7 août 2006 à 13:07

    Voilà, Charif, l’erreur vient d’être corrigée... J’ai rajouté la dédicace.

    Bien à toi,

  14. Posté par Charif Majdalani, le 7 août 2006 à 15:54

    Merci encore une fois Alain, avec toute mon amitié.
    A Diva, je dis que ce qu’il faut, en des temps pareils, c’est surtout ne pas cesser d’y croire.

  15. Posté par charif majdalani, le 7 août 2006 à 16:11

    Diva, j’oubliais une chose : vous pouvez, si ça vous amuse, consulter un tout petit site intitulé "kinetoscope.free.fr", que des amis sont en train de monter à partir d’un livre sur les relations interculturelles que j’avais écrit à Beyrouth, (Petit traité des mélanges, du métissage culturel considéré comme un des beaux-arts).

  16. Posté par Y.Chemla, le 7 août 2006 à 22:48

    Marquer son soutien. Oui, cela est important. Cela est nécessaire.
    Les téléphones passés ces derniers soirs à quelques amies, à Beyrouth, disent aussi les limites. C’est l’amitié qui fait le lien, qui crée l’empathie. Une posture qui n’a pas grand chose à voir avec la question de la connaissance. celle-ci est seconde.
    J’ai aussi des nouvelles d’Haïfa. Et elles ne sont pas bonnes non plus, en ce qui concerne des proches. J’ai un peu l’habitude, cela dure depuis un moment.
    Il me semble, qu’au niveau qui est le nôtre, seuls ces micro soutients ont désormais de la valeur. On ne saurait se satisfaire des envolées lyriques, des discours à l’emporte pièce. Il faut tisser les liens, les entretenir. Je crois qu’on ne peut plus lutter contre l’abjection autrement.
    Je vois - j’entends- dans les paroles de mes amies un pays s’évanouir. Sfeir, dans le Figaro, dit qu’on assiste à l’émergence d’une nation libanaise. Et à l’évanescence complète de son État. Une très grande amie, enseignante à l’USJ me disait hier que tout en elle se révolte à l’idée du projet de société du Hezb. Je la comprends. J’ai été témoin, par personne interposée des célébrations de l’Achhoura, et des ses cortèges sanglants. Cela fait froid, partout.
    Il faut travailler, sans cesse, à identifier ce qui dans le corps social et dans les représentations qu’il donne de lui, ces moments, ces limites, par où s’affirme la question de l’altérité. c’est là où les désastres se jouent.
    À titre d’information, j’ai réalisé entre choses une petite histoire portative des littératures francophones du Proche-Orient. Cela se trouve dans Mondes Francophones, publié cette année par l’ADPF, sous la direction de Wolton. J’évoque -rapidement- ces questions complexes. On le trouve à la Documentation française. J’ai aussi traité de ces questions dans l’univers haïtien (www.ychemla.net), et prépare actuellement un article sur la question de l’intime dans la guerre (écritures féminines francophones libanaises, 1975-1990). Ce n’est que lorsque les analyses sont menées, que les politiques prennent poids, et que le discours de réfondation peut se prendre en charge, se transmettre, se travailler, dans la transformation partagée. J’ai peur que le reste soit du vent. La décision de Chavez de couper les ponts me paraît aussi absurde que contre productive. Ce n’est pas ainsi que l’on fera stopper l’élan de la machine de guerre israélienne.

    Or c’est bien cela l’enjeu. Pour maintenant, mais aussi pour l’avenir. Quand on mesure les forces en présence, quand on analyse le bellicisme ambiant, on se surprend à se dire que le Proche-Orient pourrait bien être le théâtre d’un conflit de nature nucléaire. C’est cela qu’il faut empêcher. Au delà de tout protocole compassionnel.

  17. Posté par Y.Chemla, le 7 août 2006 à 22:55

    Entretemps, je reçois cela d’une de mes amies, Brenda, qui travaille dans le monde éducatif, et qui écrit :
    "Le Liban comme la danse orientale : elle a de la finesse, du mystère qui prend dans des ciels et des ciels de romantisme et de spiritualisme extrême, et, en même temps, c’est la danse la plus sexy du monde, qui prend dans des ciels d’érotisme et de harem...
    Aucun pays de ce proche orient voisin ou lointain ne veut que cette expérience réussisse".

    C’est cela aussi le Liban. Ne l’oublions pas. Et elle n’a sans doute pas tort, de considérer que c’est bien cela qui est attaqué férocement.

  18. le 8 août 2006 à 01:24

    Charif,

    Je ne suis pas d’accord (ok, je ne prétends pas être lucide à 100% mais il est 1h du mat et j’ai envie de m’exprimer). Pas avec les quelques dernières lignes de ton article. L’histoire ’d’avant’ doit être à peu prés proche de la Vérité, étant donné l’amnésie chronique (volontaire ?) de nos parents et nos livres d’histoire qui se terminent abruptement je veux bien croire que c’est effectivement, probablement la réalité.... Cependant les dernières lignes m’ont foncièrement dérangée. Je ne pense pas que la responsabilité de ce qui s’est passé et se passe toujours au Liban soit de la seule responsabilité du Hezballah (attention ce n’est pas le style de responsabilité que l’Etat d’Israel veut nous faire supporter pour ce qui se passe. L’Etat d’Israel a des ’analyses’ et méthodes que je ne cautionne pas). Je veux dire : que Monsieur Seniora veuille améliorer le rating de la dette extérieure du pays : très bien. Mais peut-on vraiment y prétendre avec 12.000 Missiles sur son sol, qu’on ne maîtrise pas ?? Certes, le Hezb a probablement empêché le gouvernement libanais de remplacer le Hezb dans son rôle de garant d’une bonne éducation, de soins, de progression économique et sociale etc... une stratégie bien pensée, bien menée. On a fini avec un pays à deux vitesses.
    Je me rends compte que j’ai grandi au Liban et dans l’absolu avec une moitié, la moitié droite de mon corps complètement engourdie, je commence tout juste à me rendre compte qu’elle existe.
    Je ne pense pas qu’une identité commune ait été en train de se forger en 2005.
    Par contre, je crois qu’elle est en train de se forger en ce moment même. Je trouve le Liban et les libanais unis, le discours de Mr Seniora parfait (sauf les larmes), le gouvernement est resté cohérent, n’a jamais versé dans le dénigrement, n’a jamais cédé au cycle de violence a répété tous les jours les appels au ’cessez le feu’, enfin le dernier positionnement contre la résolution de l’ONU est très juste car le niveau de décision que contient cette résolution pouvait remédier à une situation d’avant Cana et même avant avant Cana, maintenant il s’agit d’obtenir d’autres sortes de garanties. A force de marteler à petits coups on finira par obtenir ce qu’on veut au niveau national. Et à ce moment nous pourrons prétendre à une entité nationale vraie.

    PS J’ai par contre adoré ton bouquin. Cet effort de patchwork pour retrouver la mémoire collective, formidable exercice... tu es arrivé à en faire quelque chose pour toi... par contre, mes frères et moi continuons à faire des supputations douteuses mais le plus souvent très drôles sur notre histoire personnelle et familiale... mais qu’est ce qui ’les’ empêche d’en parler ??

  19. Posté par charif Majdalani, le 8 août 2006 à 11:30

    Malheureusement, je ne sais pas à qui je m’adrese, qui m’a écrit à 1 heure du main. J’ai essayé de deviner, mais n’y suis pas parvenu, malgré quelques indices. En ce qui concerne le texte, j’ai voulu marquer combien le Liban était en train de se libérer enfin en 2005 d’un discours "panarabe" et nationaliste qui n’a jamais fait recette sinon dans la défaite, la dictature, la misère ou le pétro-dollars et combien pour la première fois, les Libanais, malgré les immenses différences entre eux, bien sûr (et heureusement) étaient ensemble d’accord pour décider que le Liban devait oublier ces vieilles lunes, qu’il avait besoin d’autres modèles, et qu’il revendiquait enfin, pour lui comme pour tous les arabes, une culture de la démocratie, de la modernité, du développement - tout cela pasant par un dicoours souverainiste. Or, qu’on le veuille ou pas, le Hezb s’est toujours opposé à cela, ne serait-ce que pas son idéologie. Le fait même que Nasrallah ait déclaré, à la télé lors de son deuxième discours, que sa bataille actuelle était celle de la Nation arabe et islamique toute entière en est une preuve, s’il en fallait. Or je crois que le pays a désormais besoin qu’on lui laisse la paix avec la nation arabe, qui n’a qu’à aller trouver ces martyrs ailleurs.
    Pour le reste, n’oublions pas que je travaillais aussi, dans ce texte, sur la question de l’dentité telle que la façonne l’imaginaire, et pas immédiatement dans les faits.
    Amitiés à mon interlocuteur mystérieux

  20. Posté par diva, le 8 août 2006 à 17:05

    merci pour l’adresse du site, Charif. J’ai aussi des nouvelles du Liban via des amis la-bas, toutes desesperantes. L’amitie et la chaleur humaines sont la, mais tellement infimes face a l’ampleur de la catastrophe...

  21. Posté par diva, le 8 août 2006 à 17:23

    je viens d’aller voir sur kinetoscope.free.fr, superbe et tres stimulant. une pensee a diffuser urgemment, avant que les integristes de tout poil nous fusillent. Car ils ne revent que de ca. Je n’ai pas vu de forum ou de blog lie au site. Ce serait bien aussi...

  22. Posté par Marocaine, le 8 août 2006 à 22:14

    Je suis très perplexe par vos propos sur le hezbollah, c’est avant tout un mouvement nationaliste..Et d’après mes sources c’est le seul parti à n’avoir point participé à la guerre civile Libanaise. J’écoute régulièrement les discours de Nasrallah, je le trouve très modéré et sa cause et des plus justes..Je suis choquée par l’aliénation culturelle des intellectuels Arabes..No comment !!

  23. Posté par Marocaine, le 8 août 2006 à 22:22

    Voici des liens qui dénnoncent la gerre d’information à l’encontre du conflit au moyen orient
    1er texte d’une écrivain Libanaise en exil :

    http://www.aljazeera.net/NR/exeres/...

    un autre d’une journaliste Marocaine (en français cette fois-ci)
    http://www.elmandjra.org/liban/le_r...

  24. Posté par Interlocuteur Mystérieux, le 8 août 2006 à 22:55

    Bonjour Charif,
    Merci pour ta réponse, et désolée pour l’anonymat involontaire (cette fois j’ai rempli les cases !).

    Se débarasser d’un discours panarabe nationaliste : j’ai osé ’suggérer’ une idée de la sorte dans une dissertation de fin d’année en fac de droit à l’USJ (’droit des pays arabes’ en 2000), je n’en ai pas dormi jusqu’à obtention des résultats...ouf 10 (bon ok, mon style en arabe littéraire est peu éloquent ça n’a pas aidé c’est sûr). En fait en rédigeant j’avais en tête la toute dernière scène de’Laurence d’Arabie’ (tu vois laquelle ?) et je me disais que les arabes globalement en étaient restés là...

    C’est vrai Nasrallah a déclaré que sa bataille était celle de la nation arabe et islamique... il a aussi déclaré offrir sa victoire au Liban et aux libanais, j’espère (et je crois) que cela peut mener à une orginalité (pour le monde arabe), normalité (pour les libanais de mars 2005) libanaise.
    Euuuhh un peu capilo-tracté ?

    PS Quand est-ce que tu nous écris un autre livre ?

  25. Posté par Marocaine, le 8 août 2006 à 23:10

    Et en voilà un autre sur la tactique de l’etat sioniste (Israel)et qui justifie en entier l’enlevement des soldats Israeliens par le Hezbollah

    http://www.aljazeera.net/NR/exeres/...

  26. Posté par Marocaine, le 8 août 2006 à 23:24

    Et une interview avec un historien et ancien ministre Libanais pro hisbollah !!

    http://altermonde-levillage.nuxit.n...

    Et halte à la propagande sioniste !!

  27. le 9 août 2006 à 01:48

    En réponse à Marocaine : je trouve un peu facile d’être choqué par l’aliénation d’un intellectuel libanais quand on ne subit pas les bombardements, la destruction de son pays et la mort de ses concitoyens au quotidien.

  28. Posté par Marocaine, le 9 août 2006 à 11:07

    Quand les intellectuels dénonce soit -disant le hezbollah plutot que le terrorisme de l’Etat Sioniste..mais malheureusement point d’allusion à la politique d’Ehud Olmert..que pourrais je penser d’autre ?

  29. Posté par Marocaine, le 9 août 2006 à 11:10

    je veux dire "mais malheureusement point d’allusion à la politique d’Ehud Olmert dans son article"

  30. le 9 août 2006 à 13:08

    Merci pour la réaction de 1h48 du matin. Le grand problème aujourd’hui avec une grande partie du public arabe, illustré par notre interlocutrice marocaine, c’est qu’il ne parvient pas à comprendre que tout ce que l’histoire moderne arabe a apportée aux peuples de la région, ce sont les dictatures, l’analphabétisme, la misère économique et la fin du pluriculturalisme. L’intégrisme et l’islamiste n’arrangent rien à cela, bien au contraire. Ne pas voir tout ça, et continuer à se réclamer des vieilles pensées nationalistes ou des nouveaux intégrismes, c’est précisément être aliéné, un mot dont notre interlocutrice marocaine semble ignorer le sens et qui signifie (faut-il le rappeler) défendre ce qui va contre notre intérêt. L’exemple le plus parlant de cette aliénation, c’est l’appui apporté aujourd’hui au Hezbollah, au Liban et ailleurs, et l’impression de fierté qu’on tire de son action. Outre le fait que rien, absolument rien, ne permet de dire ce qu’aujourd’hui le Liban a gagné de cette guerre sinon la mort, la destruction, l’effondrement économique, l’émigration (toutes choses qui profitent entre autres à Israël), l’aliénation des Arabes consiste à continuer à penser qu’envoyer des missiles sur Haïfa est une victoire, alors que la victoire sur Israël ne viendra que par l’éducation, l’alphabétisation, le développement économique et la démocratie.
    Quant aux allusions à Olmert, je rappelle que mon article avait pour objet de faire une généalogie du discours idéologique libanais, rien d’autre.
    Par ailleurs, je voudrais remercier Yves Chemla pour ses belles interventions sur ce blog, et le remercier aussi pour son texte sur les littératures et les sciences humaines au Proche Orient, dans le livre dirigé par D. Wolton.
    Et vous remercier tous pour vos réactions.

  31. Posté par charif majdalani, le 9 août 2006 à 13:10

    Le précédent commentaire et de moi. Amitiés à tous.

  32. Posté par D.O.W., le 9 août 2006 à 14:12

    Je suis très ignorant de la généalogie des péripéties au Proche-Orient. Mais il me semble que être partial dans ce débat, est la pire des choses. Manquer de lucidité, voilà ce qui empêcherait de pouvoir arriver un jour à des configurations pacifiques et à une entente intelligente. Autant ce que fait Israel en ce moment est criminel et contient en germe bien des dangers, autant ce que notre amie Marocaine dit sur le Hezbollah est indéfendable, même pour quiconque ne connaît que très sommairement l’histoire de la région. Comme je l’ai dit ailleurs ici, le Hezbollah certes aide d’un point de vue social quelques populations libanaises, mais il apparaît surtout comme une bande d’assassins déguisés en résistants. D’abord, on nous dit que c’est un parti nationaliste (sous-entendu qu’il s’intéresse strictement aux affaires libanaises). Mais entre l’approbation syrienne qu’il recherche systématiquement, et les financements et les ordres qu’il reçoit de l’Iran, je ne sais pas si le Hezbollah lui-même sait encore de quel nationalisme il se réclame. Et il ne peut pas être non plus question d’un "nationalisme arabe", puisque le mouvement est seulement chiite, et antagoniste aux sunnites, etc. Bref, "juste un parti nationaliste", c’est à voir...

  33. Posté par D.O.W., le 9 août 2006 à 14:12

    Ensuite, on nous dit qu’il serait le seul parti à n’avoir pas participé à la guerre civile libanaise. Eh bien, si c’est le cas, le moins que l’on puisse dire, c’est qu’il se rattrape bien ! Combien de morts de Libanais même lui sont imputables, directement ou indirectement ? Moi je suis Africain, et ni musulman, ni arabe ; et je suis ces choses, comme toute l’actualité du monde, d’un peu loin. Et il me semble que l’idée de vouloir réunir les "nations arabes", quand bien même elles ne seraient pas faites que d’Arabes, est à coup sûr une riche idée, susceptible précisément d’enrayer tous ces petits antagonismes absurdes. Mais alors, cette bonne idée-là, malheureusement, ne s’est trouvée que de bien mauvais défenseurs ! Des clans de jusqu’auboutistes et autres "intégristes" inutilement violents et sans aucune finesse d’analyse. Et comme souvent dans le destin du monde, et dans l’histoire des hommes, ils se sont trouvé un adversaire à leur mesure : la classe politique israelienne, faite seulement au mieux de va-t-en-guerre, et au pire de fripouilles. Vraiment, ceux qui ont l’affront de choisir leur camp dans de telles configurations n’ont aucun mérite. Ils ont peut-être, de part et d’autre, l’excuse du patriotisme, mais même cette excuse-là est aveugle. J’entendais une femme israelienne, qui avait eu la chance de voir la roquette hezbollienne ne détruire que la maison juste avant la sienne (et tuer tout de même sa voisine), eh bien cette femme disait juste après : "Nous avons eu peur, mais il faut que nos soldats continuent la guerre jusqu’au bout". Si une roquette tombée à sa porte n’y suffit pas, que faut-il donc à cette femme pour lui faire comprendre que la guerre dans ces cas-là, n’apporte jamais de solutions, mais seulement des morts ? Les peuples de cette partie du monde ne méritent-ils pas autre chose, d’autres dirigeants ? D’autres "mouvements de résistance" ? Ce débat-là ne demande-t-il pas autre chose que de soutenir "son camp" ? La solution ne consiste-t-elle pas en bien autre chose que détruire sottement un pays comme le fait Israel aujourd’hui ? Ah, que le monde a les idées courtes ! Que le monde est aveugle depuis le temps que se répètent ses tueries et ses pogroms ! Enfin, un jour peut-être...

  34. Posté par Y.Chemla, le 9 août 2006 à 15:15

    Et halte à la propagande sioniste !

    Certes.

    Pour ma part, c’est halte à la propagande tout court.
    La question du nationalisme, telle qu’elle est levée par notre ami(e) mérite à elle seule un long développement. Si le nationalisme est une nécessité politique, il n’est pas, il ne saurait devenir une fin en soi. Le nationalisme nous a conduit aux pires bévues. Aux pires errances.

    La véritable question est bien celle des projets de société, que trament les partis politiques : comment , avec quels leviers, les sociétés vont elles tisser les relations entre les êtres, entre les individus, entre les groupements d’individus. Comment le recours à la magie et à l’irrationnel -le monde du sacré, particulièrement - vont-il être régulés par le droit ? quelle est la palce du politique dans la sphère privée ? Telles sont les véritables questions qu’on ne saurait perdre de vue sans plonger un jour ou l’autre dans l’horreur. Quels critiques apporter aux stéréotypes politiques, et à la diabolisation de l’autre ? Ce sont les réflexes apparentés à cette magie là qu’il convient d’interroger, sans perdre haleine. Sinon, on demeure dans le rapport de force.

    A titre d’exemple, sur la question du nationalisme arabe, voici un texte écrit il y a quelques années par Evelyne Accad. Je crois qu’il mérite réflexion.

    "Alors que le nationalisme était nécessaire aux jeunes États arabes en lutte pour se libérer du colonialisme, il ne s’en est pas moins, comme le fascisme, réclamé des valeurs les plus patriarcales du traditionalisme islamique considéré comme faisant partie intégrante de l’identité culturelle arabe. Maï Ghousoub explique comment “les droits politiques des femmes, octroyés en principe par l’État-nation, demeurent en fait lettre morte, parce que l’on est en présence de dictatures militaires d’un type ou d’un autre pour lesquelles le droit de vote ne signifie rien”. L’analyse à laquelle elle procède montre les raisons de ce recul : “Les Arabes n’ont pas vécu le colonialisme seulement comme une domination, une oppression, mais aussi comme une usurpation de pouvoir. Les femmes arabes ont été les principales victimes de ce complexe. Car le culte pour un passé grandiose, et la ‘supériorité de nos valeurs sur celles de l’Occident’ se sont immanquablement traduits par une rigidité effrayante des structures familiales et des codes civils. partout, y compris dans les régimes soi-disant plus modernes des ‘révolutions nationales’, les lois qui organisent la vie domestique, la vie privée -mariage, divorce, enfants- continuent à se référer à la Charia. la justification de ce noyau implacablement rétrograde est toujours la même.” [Ghousoub, Maï. “Feminism - or the eternal masculine - in the Arab World”, New Left Review, N°161, Londres]" (Accad, Évelyne, Des femmes, des hommes et la guerre. Fiction et réalité au Proche-Orient, Côté-femmes éditions, Paris, 1993, p. 29)

    Dernier point enfin, de taille. Il faudrait enfin que chacun, notamment au Maghreb, prenne bien acte de ce que les chrétiens libanais, syriens, palestiniens, irakiens, se revendiquent comme arabes. Je rappelle qu’une des premières revendications libanaises de son appartenance à l’arabité a été réalisée en français, et à Paris, au théâtre de l’Odéon. Il s’agit de la pièce de théâtre Antar, de Ganem, qui n’était pas, mais c’est à vérifier, musulman. La représentation a eu lieu en 1908. Le texte est disponible aux éditions Dar an-Nahar.

    Cheikh Nasrallah ne représente, avec le Hezb, qu’une des tendances du nationalisme arabe, cette tendance qui a notamment fait l’impasse sur la Nahda. Mais il s’agit aussi d’un chef de parti, et comme tel il est éminemment respectable, car mandaté. Il n’y a pas de diabolisation de ma part. Juste un désaccord profond sur le projet de société. Enfin, il est bien évident ici que le projet israélien de politique régionale ne saurait recevoir d’assentiment. Bien au contraire. Présenter l’élimination du Hezb comme une ’opération de police’ relève, à mon sens, de la provocation.
    Cordialement

  35. Posté par D.O.W., le 9 août 2006 à 16:01

    Je note le point très intéressant que souligne Y. Chemla, selon lequel les chrétiens de la région se revendiquent arabes ; et je précise par ailleurs, que quand je parlais tantôt de réunir les nations arabes, je n’entendais pas en un Etat unique ou je ne sais quoi d’utopique. Je songeais simplement à une sorte de coalition, de convergence philosophico-politique. Enfin, juste une remarque : dans un débat (trop court) hier soir sur Arte (chaîne de TV franco-allemande), quelqu’un a dit qu’il y avait bien plus de choses qui rassemblaient les libanais (notamment sur le plan culturel : langue, gastronomie, etc) qu’il n’y avait de différences entre les confessions du pays. A méditer...

  36. Posté par Marocaine, le 9 août 2006 à 22:08

    Je n’ai en aucun cas défendu le nationalisme Arabe, si je soutiens le hezbollah c’est pour de sa politique contre Israel, et non pour quelques idéologies mentionnés ci-haut..Il ne faut pas oublié tous les crimes perpetrés autrefois par Israel dans le Sud Liban et en Palestine et ne pas non plus oublier les provocations aux frontières Libanaise (violation de l’espace aérien Libanais au quotidien, meurtres de quelques civils Libanais aux frontières)..On peut ne pas etre d’accord avec le Hezbollah, mais il est pour le moment le seul avec le hamass à dire "NOn" à l’humiliation et le seul à ne pas capituler face aux pressions Américaine.
    Ghandi lui meme disait : Si j’avais le choix entre l’humiliation et la violence, je choisirais la dernière. Commet ne pas éprouver de la sympathie pour le hezbollah quand on vois tous ces massacres menés contre la population civile Libanaise et palestinienne (Sabra et Chatila/Jenine/Qana). Le hezbollah est le seul à garder un vrai discours civilisationnel face à la menace Israelienne..lui au moins n’oublie pas ses morts.
    Le moyen orient court à sa perte depuis fort longtemps..j’ai lu pas mal des bouquins sur les scénarios établis par les pays du Nord pour que le tiers monde n’aille pas de l’avant.

    Quand on parle d’une boucherie comme celle de qana (du nazisme à l’état pur)on dénonce les auteurs du massacre et non ceux qui défendent le pays..comme l’a fait Fouad Séniora !!

  37. Posté par Y.Chemla, le 9 août 2006 à 23:28

    Oui, à méditer. Merci D.O.W. pour ces remarques pertinentes.

    La coalition, je ne sais pas trop. Mais relisant mes post, je remarque que j’ai oblitéré une évidence, et un paradoxe : le Hezb ne saurait à aucun moment être reconnu comme le Liban à lui tout seul - d’où ma réaction aux messages de Marocaine, réaction que j’ai différée (une habitude : ne jamais répondre directement, mais tenter de réfléchir) et d’où ma remarque sur la question chrétienne, mais je ne saurais non plus passer sous silence la présence des cultures druzes, oh combien mystérieuses. Et quand on parle de ’chrétiens’, il faudrait évoquer le détail (maronites, grecs catholiques, grecs orthodoxes, arméniens, protestants etc.). Mais la réponse israélienne se fait à l’échelle du Liban tout entier. C’est cela qu’il faut arriver à réfléchir.

    Mais pendant ce temps, comme l’écrit Amos Gitaï, qu’en est-il du progrès social ? De la question du salaire minimum ? De l’âge des retraites ? etc. L’enjeu est là. Veut-on vivre dans des sociétés apaisées ? Veut-on reconduire en la retransmettant la nécessité de laguerre ? A quoi sert l’école ? J’ai des amis, libanais, chrétiens, dont les enfants s’entraînent au tir à la kalach’, régulièrement dès l’âge de 13 ans. Est-ce un véritable projet ? Est-ce un véritable projet que d’éduquer les enfants dans l’appropriation de la victoire radicale sur l’autre, c’est-à-dire sa destruction ? Dois-je rappeler ces textes européens fondateurs que sont l’Iliade et l’Odyssée ? Si les Achéens échouent longtemps devant Troie, c’est bien parce que leur volonté est celle de la destruction radicale. Souvenons nous de Priam venant réclamer le corps souillé de son fils à Achille. Et si Ulysse met autant de temps à rentrer chez lui, c’est parce qu’il a failli, en provoquant la ruine de Troie. Certains se raccrochent à la Bible et au Coran. Pour moi, les textes homériques sont fondamentaux. Textes sacrés pour textes sacrés, je renvoie à ceux-ci.

    N’est-on pas plus intelligent ?

    Il ya très longtemps, bien avant Schengen, j’ai été choisi pour participer à un séminaire franco-allemand, intitulé ’culture proches-cultures lointaines’. Des gens, allemands et français, mais pas né en Allemagne ou en France ont discuté pendant une petite dizaine d’années. Pour savoir comment prendre langue, comment parler entre eux. Nous avons compris, très tardivement, que nous étions une sorte de laboratoire. Le résultat n’est pas, loin s’en faut, parfait. Mais il est là. Nous avons appris à parler ensemble, à former de façon auto organisée des groupes de paroles. Il faut savoir parfois faire l’épreuve du temps. Mais en même temps comprendre que rien n’est jamais acquis. Nos rapports étaient transmis aux chancelleries concernées. L’Europe s’est faite aussi de cette façon. Ce ne sont pas seulement les banques. Il importe que cela se sache. C’est chez soi que cela commence.
    Ma position fait que je peux me trouver en (bonne) compagnie avec des amis proches du Hezb, ou bien membre de l’OLP. La seule question est la suivante : comment faire en sorte que des peuples accèdent à un niveau de citoyenneté qui leur permette de prendre en charge leur communauté de destin, sans passer par le ventriloquage ou la violence dont l’aboutissement est toujours suicidaire. Au Liban, comme en Europe, en Amérique centrale (relire les textes lumineux du sous-commandant Marcos)comme dans l’Afrique de l’Ouest, ou dans celle des grands lacs. Et ne jamais baisser les bras.

    C’est la même question qui nous agite : regardons l’histoire de l’Europe : ma famille a payé un lourd tribut aux guerres entre le Royaume-Uni, et la France, entre l’Allemagne-je suis le petit-fils du soldat inconnu, vous savez, celui qui se trouve sous l’arc de ’triomphe’ et la France, entre l’Italie et la France, entre la Tunisie et la France, entre l’Algérie et la France, entre la Moldavie et la Russie, entre le Liban et Israël. On a une certaine habitude de la vie en atmosphère de bombardement, de pogrom, de massacres indifférencié et de pain à sciure de bois. J’avais décidé de rompre avec cette histoire et de ne pas la transmettre à mon fils. Manqué !

    Ya basta !

    On a des choses plus intelligentes à mener. Partout, sans aucune exception. Même s’il faut sans cesse dénoncer le caractère abject des bombardements : http://homepage.mac.com/chemla/fic_...

    Par exemple travailler sur la physique de particules, sur l’envol du héron cendré au crépuscule, sur l’appel des cerfs au printemps, sur les littératures de la république mondiale des lettres. Lire les romans lumineux d’Alain Mabanckou, de Charif Majdalani, et de tant d’autres. Planter des arbres, par exemple des cèdres du Liban, et les aider à dépasser l’épreuve du temps. Au dessus de B’charré, au Liban, là où est enterré Khalil Gibran, j’ai vu cet été, une semaine avant le début de l’horreur, un cèdre qui a 8000 ans. Il a vu le monde celui-là...

    Mettre en oeuvre une intelligence sans cesse ressourcée et vouée à l’éducation.

    Cordialement

  38. Posté par Marocaine, le 10 août 2006 à 12:00

    Est ce que l’heure est au réglement des comptes ? quand on aime son pays on ne fait point de différence entre compatriotes quelques soit leur appartenance ethnique et religieuse..Et à l’heure actuelle, c’est Israel qui fait pleuvoir des bombes sur le Liban et non le Hezbollah.

  39. Posté par D.O.W., le 10 août 2006 à 12:32

    Je souscris pleinement au propos de Y. Chemla. Ils sont on ne peut mieux pertinents, et ils signifient très clairement combien les voies où les "protagosnistes" s’engagent, sont des culs-de-sacs. Mais je comprends parfaitement la douleur de Marocaine. J’ai cette souffrance-là en partage avec elle : la souffrance de voir des "maîtres du monde" autoproclamés, régir non pas seulement leurs pays, mais toute la planète, comme leur chose, et à la façon de mafieux shérifs du Far West. En fait, la souffrance vient surtout du sentiment d’impuissance face aux vrais terroristes que sont non pas les USA, mais tous les Occidents, et leurs alliés avec au premier plan Israel. Mais ce qu’il faut comprendre Marocaine (mais j’ai moi-même pensé à une époque que seule la violence pouvait arrêter l’"axe du bien") ce qu’il faut comprendre, c’est que désormais, comme l’a joliment dit Y. Chemla, le projet de la victoire radicale sur l’autre où se sont figés toutes les résistances, n’aboutit nulle part. Certes la violence du Hezbollah est une violence défensive, bien plus légitime que la violence tout à la fois symbolique et barbare des USA occupant l’Irak. Mais justement pour comprendre qu’il n’y a même plus une logique de résistance, mais seulement une dynamique de folie, voyons voir le cas de l’Irak. Au départ, des groupes se sont constitués dans ce pays pour faire barrage à une occupation arbitraire et scélérate. Cette résistance, même sanglante était totalement légitime. Mais qu’observe-t-on à présent ? Ce sont des Irakiens même qu’on assassine. Délibérément. Quelle est cette logique de résistance où l’on tourne les armes contre le peuple déjà meurtri ? Et le Hezbollah participe de cette même dérive vers le délire. Quand un combat commence de faire (directement ou non) plus de victime chez le peuple qu’on voudrait défendre, davantage encore que chez l’ennemi, l’on devrait repenser toute sa stratégie. Cela dit, je n’ai pas de solution toute faite. Et je suis d’avis qu’on ne peut plus croiser les bras devant toutes les forfaitures et les crimes déguisés de l’Occident ; devant tous les complots sordides, ourdis pour organiser le pillage ici ou là ; devant les crimes historiques de Kissinger qui continuent sous d’autres formes ; devant les assassinats fomentés des Allende ; devant les preuves factices fabriquées pour envahir l’Irak ; devant la main-mise sur l’ONU (au point de lui dicter au mot près la teneur de ses résolutions). Mais il faut songer maintenant à d’autres moyens de lutte, qui ménagent nos peuples, nos mères, nos enfants. C’est probablement ce qu’a pensé Yitzhak Rabin. Et peut-être aussi Arafat à un moment. La vraie résistance aux diktats n’est pas armée, elle est intellectuelle.

    Bien à vous.

  40. Posté par Marocaine, le 10 août 2006 à 12:48

    Crois moi D.O.W, je suis également une grande pacifiste et je rêve de voir nos pays du tier monde riches, accueillants et prospères mais dans le nouvel ordre mordiale (avec la complicité de nos élites dirigeantes) veut à tout prix conserver le statut quo entre le Nord et le Sud (scénarios préetablis pour semer le trouble ds nos pays) ..alors, dire que seul une révolution intellectuelle et pacifique peux changer le cours de l’histoire, c’est perpetuer l’illusion.

  41. Posté par D.O.W., le 10 août 2006 à 13:08

    Je comprends bien ton point de vue Marocaine. Mais note que je ne suis pas vraiment pacifiste. Dans le cas de l’occupation de l’Irak par exemple (un vrai cas de dilemme, puisqu’il fallait bien d’un autre côté faire partir cette brute sanguinaire qu’était Saddam Hussein) dans le cas de l’occupation en Irak donc disais-je, mon point de vue est qu’il n’y avait pas d’autres moyens que la violence pour faire entendre raison aux Américains. Mais dans le contexte du Proche-Orient, les configurations sont fort différentes (je n’ai pas le temps ici de dire en quoi). Et puis par ailleurs, je n’ai pas dit que la seule résistance valable était intellectuelle, j’ai dit la "vraie". En réalité, le fond de ma pensée est fait de nuances et de complexités que je ne peux étayer ici. Mais la résistance intellectuelle est faite de ruse. Elle peut très bien commander de faire la paix dans un contexte précis, et la guerre dans un autre contexte donné. Disons qu’elle se situe loin du simplisme guerrier du Hezbollah. Mais tu as raison sur un point Marocaine : devant l’Occident de Bush, le pacifisme est un utopisme. Mais sans une certaine finesse stratégique, la guerre brute peut durer des décennies comme en Palestine, sans résultat tangible.

    Bien à toi.

  42. Posté par Ya Sanza, le 10 août 2006 à 13:28

    Ames trop sensibles s’abstenir

    A n’ouvrir ni avant de passer à table : risque de perte d’appétit, ni juste après : risque de régurgitation.

    www.al_jabr.net

  43. Posté par Ya Sanza, le 10 août 2006 à 13:36

    D.O.W. dit : « ...Je note le point très intéressant que souligne Y. Chemla, selon lequel les chrétiens de la région se revendiquent arabes... »

    Aucun empèchement à être arabe et chrétien, arabe et israélite, arabe et boudhiste. Arabe est une notion ethnique et non pas religieuse.

  44. Posté par Hubert Steindenberg, le 10 août 2006 à 17:48

    Le terrorisme d’Etat, c’est du TERRORISME tout court. Israël est un Etat terroriste puisqu’il terrorise les pays arabes voisins, tuant les civils en Palestine, au Liban, demain peut-être en Syrie, Jordanie,(pourquoi pas l’Egypte, même si ce pays touche les 2 milliards annuels des Américains,pour rester tranquille et trahir la cause arabe)-Israël reçoit une aide financière américaine de 3 milliards, plus les biens d’équipements et d’armements -, et le Maghreb, malgré la passivité du roi Mohammed VI vis-à-vis des Juifs, connaitra un jour l’agression sionniste !
    La guerre du Liban nous revolte, osons utiliser les mots comme le fait si bien l’Etat hébreu qui sait toujours jouer avec les mots du genre : terroristes, antisémitisme, juste pour cacher sa haine et sa brutalité face aux Arabes et par parano, contre le monde entier !

  45. Posté par Y. Chemla, le 10 août 2006 à 23:49

    Bonsoir. Désolé de ces réponses décalées, mais la faculté m’impose une rééducation assez sévère.

    Je vois néanmoins que le débat s’embrouille à nouveau. La douleur de Marocaine est réelle. La nôtre aussi, avec une implication physique un peu trop marquée à mon goût. La douleur par rapport aux populations du Liban, certes. Mais aussi celles d’Irak, d’Égypte, de Lybie, de Tunisie, d’Algérie, avec les laissés pour compte du Maroc, dans l’Atlas. Mais plus loin, de la Tchétchénie, d’Afghanistan, mais aussi tous les esclaves -je les ai vus- qui permettent aux États du Golfe d’afficher leur gloire. Mais aussi avec les Palestiniens de Gaza, de Jéricho, avec qui des actions sont montées, mais aussi avec les paysans démembrés du Sierra-Leone. Mais aussi avec les mineurs du Chili. Mais aussi avec les Coréens maltraités au Japon. Mais aussi... mais aussi...

    Ensuite, il n’a jamais été question de pacifisme. Merci D.O.W.

    La seule réponse à laquelle je tienne, plus ou moins recevable, notamment par Hubert Steinberger, serait sans doute la suivante : la logique en cours depuis les États-Unis met en scène, comme une opératon mentale qui aurait de quoi faire sourire, l’existence d’un ’axe du mal’. C’est cette logique-ci qui est intégralement refusée.

    Et dans cet ordre d’idée, je crois qu’il faut en finir une fois pour toutes avec l’argument hitlérien appliqué : à Israël ? aux Juifs ? aux Tzigagnes ? aux homosexuels ? Si on regarde avec précision l’histoire du bombardement au XXème siècle, on se rend compte que le bombardement est TOUJOURS dirigé contre les civils : Dresde, 240000 morts en une nuit, Hambourg, où les corps on brulé pendant 15 jours, etc. Si les techniciens de la mort -anglais, regardez Lindquist- étaient de retour, il y aurait eu 200000 morts, au moins, au Liban, dans les 5 premiers jours. Ce qui se déroule, en revanche, n’est rien moins que l’abjection, dans la mesure où précisément, cela est fait avec la bonne conscience. Avec une éducation des enfants israéliens qui ne sont pas rendus capables de percevoir un autre mode d’expression que celui de la violence. C’est là-dessus qu’il faut travailler.

    Et utiliser l’argument du terrorisme me paraît à tout le moins extrèmement contradictoire. Vous avez raison, Marocaine, en évoquant Sabra et Chatila. Êtes-vous allée à Sabra ?

    Moi, oui.
    Connaissez-vous le nom d’Hobeika ? C’est sans doute lui qui a ordonné la mise en oeuvre du massacre, avec la bienveillance de Sharon.

    Mais allons plus loin. Damour, ça vous dit quelque chose ? Ce n’est qu’un exemple parmi tant d’autres. Le 9 janvier 1976, 16 000 hommes de la Saïka et de l’OLP y perpétraient un massacre abominable. Je vous passe les détails, vous les trouverez sur l’internet. Jean Genet n’était pas à Damour. Ce n’est pas qu’un massacre en justifie un autre, ce n’est pas ce que j’avance, vous devez commencer à en savoir un peu sur moi. Mon propos est simplement d’étudier la syntaxe des événements. C’est le seul moyen de prendre langue. Nous ne sommes pas sous les bombardements, vous, moi (je n’y suis plus). Nous avons le devoir de réfléchir. Notre urgence est autre. "Bellum dulce inexpertis" : la guerre est belle pour ceux qui ne la pratiquent pas, écrivait Erasme.
    Si la création de l’État d’Israël, voulue par des nations européennes en mal de culpabilité, est le plus grand traumatisme vécu par le Proche-Orient en un siècle (sic G. Corm), il est très clair aussi, dans la logique en cours que la disparition de cet État signifie la mise en danger de tous les juifs qui peuplent la planète. Vous le savez, nous le savons ; mais que faire désormais de ce savoir ? Il y a un moment où les paroles doivent être pesées, et se contenter de reproduire l’existence d’un ’axe du mal’, en en inversant le signe nous réduit à fonctionner comme l’adversaire. C’est nous mettre au même niveau que lui. Ce n’est pas de moi, mais du président Mao, dont la lecture est toujours revigorante.

    Il ne faut pas perdre de temps, ni d’énergie : l’essentiel actuellement est de faire cesser cette guerre et cette agression israélienne et de soutenir nos amis libanais, qui ont faim, soif, et qui manquent de tout. Mais cela ne doit jamais oblitérer l’intelligence dans des envolées lyriques. Et vengeresses. On ne s’en sortira pas, dans ce cas, de la logique vendettale, Sauf à reproduire des discours exterminateurs. Et à reformuler le discours que précisément l’on critique. C’est à la mise en évidence de ces retournements que je consacre mon travail. Les livres d’Alain sont pour moi précieux de ce point de vue : African Psycho a très efficacement mis en scène ces retournements, et c’est la raison que c’est dans le blog qu’il anime que je me permets d’intervenir. Ce dont je le remercie. Parmi ses amis, il y en a un qui a une vision proche. Il s’agit de Yasmina Khadra, un ami proche, dont L’Attentat dit les choses avec beaucoup plus de finesse que je ne saurais le faire. Ses romans sur la guerre civile algérienne sont aussi pour nous des témoignages précieux et précautionneux.

    Ailleurs, la parole est pour le moins tranchée.

    Cordialement

  46. Posté par Hubert Steindenberg, le 11 août 2006 à 11:21

    Je suis Juif et je n’approuve pas les agissements d’Israël ! je suis en colère contre la passivité d’un grand pays comme les Etats-Unis, responsable du chaos mondial. En ouvrant la boîte de Pandore en Afghanistan, en Irak et en Palestine. Incapable de gérer ses débordements ! Le mot "terrorisme" est utilisé à toutes les sauces ! Quand tout va mal, on nous ressort Al Quaïda, le démon terroriste. Comme on le voit encore aujourd’hui pour faire diversion à Londres, avec cette affaire de préparatifs d’attentant (11 septembre-bis !) De qui se moque-t-on ?Dans ma famille, j’ai des demi-frères arabes et tout a toujours été super-bien sur le plan relationnel. Il a fallu la folie d’un Georges W.Bush et de ses sbires de la Knesset pour voir mes frères arabes s’en prendre aux Juifs (moi, y compris, alors que je n’y suis pour rien !) Beaucoup de gens pensent que tous les Juifs soutiennent l’Etat hébreu "Israël". C’est faux. je dénonce les criminels au pouvoir en Israël et leurs complices en occident (Grande Bretagne, Blair en tête) et certains pays arabes.

  47. Posté par D.O.W., le 12 août 2006 à 11:51

    A la liste de Y. Chemla, il faut aussi ajouter "la douleur pour le peuple israelien". Car si les hommes politiques y ont souvent été inconséquents, leurs peuples, les mères, les enfants d’Israel, n’en subissent pas moins les mêmes outrages de la guerre qui affectent le Liban, l’Afrique, et toutes les terres où s’ébranle la folie humaine...

  48. Posté par Marocaine, le 13 août 2006 à 12:15

    Pour le massacre de Damour, j’avoue n’en avoir rien su.Mais dans l’état actuel des choses, nous ne pouvons que soutenir le Liban et donc les actions de hezbollah, car meme si ce dernier n’existait point Israel aurait trouvé un autre pretexte pour coloniser le sud Liban, car Israel n’a pas encore rennonçé à ces vieux rêves du "grand Israel".
    Je suis de très prêt ce conflit, car cette résistance nous concerne tous non seulement en tant que musulmans mais en tant que pays du tier-monde..Comme j’aime les discours de Hassan Nasrallah, tellement cohérents, posés et réflechis !!

  49. Posté par Y. Chemla, le 13 août 2006 à 23:07

    Je me permets de vous renvoyer à l’article publié ce jeudi 10 août dans Libération par Katia Haddad, professeur à l’Université Saint-Joseph, à Beyrouth, qui défend un autre point de vue, radicalement opposé à l’argumentaire tiers-mondiste.
    Madame Haddad est une grande figure intellectuelle libanaise. Ses jugements ne sont jamais hâtifs, et elle a une longue expérience du jeu politique libanais. Je pense que Charif Majdalani pourrait confirmer mon propos.

    www.liberation.fr/opinions/r...

    Cordialement

  50. Posté par Y. Chemla, le 13 août 2006 à 23:44

    Pour Hubert Steinberger : ce n’est pas grave, moi aussi. Enfin, un peu, du genre bâtard. Mais élevé d’abord en hébreux et en arabe.

    Pour D.O.W., oui, bien sûr, la liste est terriblement longue. L’important demeure de savoir si on a plus d’amour pour ses enfants que de haine pour ses ennemis. Et d’abord si on a des adversaires plutôt que des ennemis. Mais je crains que cela ne dépasse la question du savoir et de la connaissance. Cela ne rentre pas dans une catégorie verrouillée. C’est un événement, dans une expérience intérieure, et qui s’actualise dans des pratiques sociales toujopurs renouvelées. Encore une fois, ce n’est pas sous le déluge de bombes que celles-ci sont vraiment possible. Et qu’un million de personnes se retrouvent réfugiées dans leur pays qui n’est plus un pays, qu’elles ont tout perdu, y compris, sans doute l’espoir de voir un jour ce pays comme une communauté de projet. Un million, ce doit être le quart de la population libanaise. Il faut ramener ce nombre à cette proportion, qui est effarante.

    Encore que Katia Haddad nous montre aussi le chemin, pour penser. Tout comme Charif Majdalani.

    Mais c’est en priorité à ceux qui n’y sont pas qu’est dévolue la tâche de réfléchir. Et pas nécessairement de se laisser piéger par l’appel à la magie incantatoire.

    Cordialement

  51. Posté par Marocaine, le 14 août 2006 à 11:01

    Lol, le fait de témoigner mon admiration pour Nasrallah, ne veut point dire que je suis pour la restauration d’un régime islamique au Liban. Quant à la magie incantatoire, ça c’est à reverifier car Nasrallah contrairement à Bush n’a jamais dis, que Dieu lui parle dans son sommeil, c’est un homme d’action, sans plus

  52. Posté par Marocaine, le 14 août 2006 à 11:53

    Vous pourriez pourra lire cet article d’Uri Avnery qui dénnonce les réelles intentions de l’etat Hebreux

    http://www.europalestine.com/impres...

  53. Posté par Hubert Steindenberg, le 16 août 2006 à 11:48

    Tsahal, deux pas en arrière, trois pas en avant. Nous assistons à un cha-cha-cha d’une armée tenue en échec qui refuse la défaite...

  54. le 21 août 2006 à 18:38

    Les enfants battus deviennent des parents violents, je ne savais pas que la meme chose s’appliquait sur l’echelle des nations et des peuples !!! Comment le Peuple Juif peut faire subir cette meme chose (horrible), qu’il a lui meme subit durant la deuxieme guerre... En tous les cas dans une guerre il n’y a pas de gagnants... et les vrais perdants sont ces pauvres enfants sacrifies.... Ayez pitie... Preservez les.........

  55. Posté par le poète, le 4 septembre 2006 à 09:52

    A ceux qui s’engraissent de meurtres
    Et mesurent en cadavres les étapes de leur règne
    Je dis que les jours et les hommes
    Que le soleil et les étoiles
    Dessinent le rythme fraternel des peuples
    Je dis que le coeur et la tête
    Se rejoignent dana la ligne droite du combat
    Et qu’il n’est pas de jour
    Où quqelque part ne naisse l’été
    Je dis que les tempêtes viriles
    Ecraseront les marchands de patiience
    Et que les saisons sur les corps accordés
    Verront se reformer les gestes du bonheur.
    (Poème de David Diop, dedié aux Israëliens et autres faiseurs de guerres,)

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