La dépouille mortelle de Mme Sophie Cheynut, née Mavoungou, ex-veuve Pouambou a été incinérée ce mercredi 13 mai 2009 au crématorium de Monaco en présence d’une centaine de personnes (amis et parents).

Elle est décédée peu avant son 91 ème anniversaire, ce vendredi 8 mai 2009 dans La principauté monégasque où elle résidait depuis son départ du Congo en 1965.
A titre de rappel, la violence de cette époque vint à bout de trois illustres fils de ce pays, Pouabou, Massouémé, Matsokota, brutalement envoyés à la mort pour des raisons politiques, par leurs...compagnons de route.

Clémence ou honte, les épouses de deux d’entre eux furent épargnées par les bourreaux de leurs conjoints. Sophie Pouabou était l’une des miraculées de ces purges politiques qui endeuillèrent la" révolution" d’août 1963. Par une loi que seule la métaphysique peut sûrement expliquer, celle violence n’a eu de cesse de se reproduire de nos jours, de manière circulaire, et, chaque fois, en augmentant d’un cran chaque cercle de la spirale infernale. Que d’enlèvements, que de crimes commis depuis les années 1970 au Congo-Brazzaville !

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Au reposoir

Je ne crains aucun mal

L’oraison funèbre a été prononcée par le Pasteur Cady de l’église évangélique de Beausoleil. Dans le reposoir du crématorium le Pasteur Cady a lu le Psaume 123 de David : « Quand je marche dans l’ombre de la vallée de la mort, je ne crains aucun mal » Ce verset sur l’absence de peur lors du passage de la vallée de l’ombre a été éclairé sous un angle nouveau. En l’occurrence, le moment où l’Être humain ferme définitivement les yeux, quand son souffle le quitte, ce moment à été expliqué comme temps d’attente jusqu’à la Résurrection. De ce fait, dit le psalmiste, l’âme n’a aucune crainte à avoir vu que le fils de l’Homme, Jésus, est à ses côtés.

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On se dirige vers la chapelle

Ensuite l’office religieux s’est poursuivi dans la petite chapelle du cimetière de la Principauté où l’homme d’église a fait entonner le cantique « Tout près de toi » en insistant sur les qualités de l’illustre disparue et sur la raison d’être de notre passage ici-bas. Inutile de préciser que l’émotion était intense dans l’assistance. Par la suite le pénible rituel funèbre a connu le summum de la douleur au moment où la bière a été confiée à la crémation. Il était un peu plus de 16 h. Le lourd silence de la salle était déchiré par les pleurs de Maguy (sa fille) et de ses tantes venues d’Orléans et de Noisy le Grand.

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Dans la chapelle

Parents et amis furent par la suite invités à partager une collation sur le parvis de l’Eglise évangélique de Beausoleil. La cérémonie prit fin autour de 18 h. Mme Sophie Cheynut avait rejoint définitivement l’autre monde. « Notre passage sur terre est comme une vapeur qui est là et qui disparaît » dit l’apôtre Pierre.
Voilà pour la dimension religieuse.

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Maguy reçoit les condoléances

Peut-on dire qu’une page de notre histoire était définitivement tournée ?

Le groupe de Mpila

Pour la dimension prosaïque, autant dire que la veuve Cheynut , plus connue dans l’historiographie congolaise sous le patronyme générique de « veuve Pouabou » a quitté ce monde dans l’intimité du cadre familial, sûrement selon les vœux des parents, alors que le parcours historique de cette grande dame invitait le bon sens à donner une autre tournure à ses obsèques. On ne peut parler de la veuve sans que les soubresauts de l’histoire tumultueuse du Congo ne renvoient à la cruauté de ceux qui ont pris en charge le destin de notre jeune République au lendemain de nos indépendances. Ils ont fondé notre République sur le sang, une rivière de sang. Pour ajouter à cette cruauté, les stigmates du rejet furent, semble-t-il, à jamais imprimés sur les rescapés du groupe de hauts fonctionnaires contre lesquels le "groupe de Mpila" avait une rude dent, au point que la perspective de rapatrier la dépouille de la veuve Pouabou n’a même pas été envisagée par la famille, tant celle-ci se doutait que les autorités actuelles du Congo allaient y opposer une fin de non-recevoir. Pourtant, en la matière, surtout en cette matière, on pouvait dire qu’il y avait prescription. Les faits remontent, tout de même, à plus de quarante ans. Mais d’ailleurs pourquoi parler de "prescription" puisque dans le dossier des assassinats de 1965, le retournement stigmatique est un non sens juridique car la culpabilité n’incombe pas au trio Pouabou/Massouémé/Matsocota mais au gouvernement de l’époque dont le chef était un certain Pascal Lissouba ? Mieux, la Conférence Nationale eut raison de la logique jusqu’au-boutiste des Pouvoirs publics en réhabilitant toutes les « victimes de l’intolérance » que l’Eglise marxiste sacrifia à l’autel révolutionnaire.

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Collation à l’Assemblée évangélique

Cela n’a pas empêché que le sceau de l’anonymat absolu entoure la cérémonie qui a eu aujourd’hui dans le vieux cimetière de Monaco, sous un soleil azuréen, alors que dehors, la ville continuait tranquillement à faire fonctionner son tissu industriel de Fontvieille dans un bruit assourdissant mêlé à celui de la circulation. La veuve Pouabou a été oubliée par les "autorités" de son pays de naissance.

Ce voile de l’anonymat se trouvera peut-être consolidé par le lourd manteau de l’oubli car personne ne saura dire si la coutume de rédiger ses mémoires a été observée par cette grande dame que notre histoire culturelle compte parmi les premières femmes intellectuelles du Congo, conclave de l’intelligence féminine dans lequel il faut intégrer, entre autres figures savantes, des homo academicus comme Aimé Gnali, Blanche Gomez, Marceline Fyla, etc.

Résurrection

Fort heureusement, le mystère de l’évangile nous commande et recommande à plus d’espérance. Le pasteur Cady a été clair dans son homélie : « Tout ne s’est pas arrêté ce vendredi 8 mai 2009. Au contraire cette rupture est un défi jeté au sort, au même titre que le geste de Jésus ressuscité, sorti du tombeau trois jours après avoir été enseveli. »

Ayant redynamisé sa foi, Sophie est partie en pardonnant à tous ceux qui lui ont rendu l’existence difficile. Cela ne saurait être autrement : là où le péché abonde, la grâce surabonde.

Non, elle n’est pas morte. Elle dort. Sophie Mavoungou survit dans la mémoire des siens et de la nôtre, dans l’attente de la Résurrection, selon Les Ecritures.

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