Voici un essai qui pourrait intéresser non pas seulement les universitaires, mais aussi le grand public : Les beautés noires de Baudelaire. Il est simple, clair, direct et sans fioritures. J’ai parfois ri - ce qui est un peu rare lorsqu’on parle d’essai -, et je ne vois personne rire en parcourant le dernier essai de Finkielkraut !

On connaissait de Charles Baudelaire les textes poétiques les plus émouvants comme L’Albatros, mais il fallait lire entre les lignes, avec une loupe et sans passion ni souci de masquer les choses pour voir comment ce grand poète français avait une attirance pour les beautés noires, j’allais dire les femmes noires...

JPEGLes femmes noires ? Il les a rencontrées lors de ses nombreux voyages dans les contrées chaudes. Et cette "attirance" ne s’était pas arrêtée au rêve poétique puisque Baudelaire aura eu dans son existence plus que mouvementée plusieurs maîtresses de couleur, et parfois en plein coeur de Paris comme avec Jeanne Duval. Il y a le silence autour, les pages de poemes faisant état de ces idylles sont souvent vite retournées. Et pourtant il ne s’en cachait pas, notre grand Baudelaire, au point de mettre en opposition la Noire et la Blanche, au détriment de cette dernière, considérée comme l’éternelle jalouse des attributs « naturels » de la Négresse. JPEGVoyons, cher Baudelaire, vous y allez un peu fort, non ? A ce train-là, je risque de penser que la Noire n’a rien à envier à la Blanche...

Jugez d’ailleurs ce poème dédié à cette Noire que Baudelaire appelle "La Malabaraise", et que Maurouard cite dans son livre :

Tes pieds sont aussi fins que tes mains, et ta hanche

Est large a faire envie à la plus belle blanche...

Du coup, Maurouard conclut à juste titre : «  l’exagération des hanches est décrite comme un atout pour la Noire puisqu’elle fait envie à la plus belle Blanche".

Mieux, encore, Maurouard nous apprend que Charles Baudelaire n’est pas le seul à avoir été fasciné par la beauté des Noires...
Vous voulez sans doute une liste ?
Lisons tout simplement le livre. Oh, pour vous donner une petite entrée avant le plat de résistance - servez-vous, je vous en prie -, on peut citer deux grands écrivains : Victor Hugo et Théophile Gautier.
Victor Hugo va jusqu’à écrire ceci dans son recueil Les Orientales :

Dis, crains-tu les filles de Grèce ?

Les lys pâles de Damanhour ?

Ou l’œil ardent de la négresse

Qui comme une tigresse

Bondit rugissante d’amour ?

Et Théophile Gauthier à son tour lance ce qui suit, concernant la belle "exotique" :

Les femmes disent qu’elle est laide

Mais tous les hommes en sont fous :

Et l’archevêque de Tolède

Chante la messe à ses genoux...

La plus célèbre des maîtresses noires de Baudelaire sera Jeanne Duval, une Haïtienne - comme Elvire Maurouard, est-ce un hasard ?

En réalité, ce livre, loin d’être vite rangé sous la rubrique « afrocentriste » ou "militante", se revèle comme une réhabilitation de la femme noire, non pas celle idéalisée par Léopold Sédar Senghor que Maurouard d’ailleurs attaque de front dans une interview parue sur le site grioo.com :

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Elvire Maurouard

« Dans mon livre, il y a une distance que j’ai volontairement prise pour évoquer des choses dont on ne parle pas. Mon lecteur doit aller à la découverte des « autres » femmes noires. A travers l’œuvre de Baudelaire, je veux faire découvrir une sensualité qui n’a rien de répréhensible, d’érotique. La femme noire et les Noirs, doivent intégrer l’universalité, faire partie des mythes du patrimoine culturel français. Nous devons, il faut, sortir de Senghor...
il était important pour moi d’effectuer un travail « scientifique » pour pouvoir exprimer des choses vraies, mais qui ne sont jamais abordées. Au cours de mes 10 années d’études littéraires, je n’ai jamais entendu parler des femmes noires et des Noirs en général de cette façon. »

Sortons donc de ce Senghor et son célèbre « Femme noire, femme nue » qui, pour beaucoup de critiques pointilleux, demeure l’illustration même d’un certain exotisme attribué à la femme noire et qui correspondait à une certaine époque...

Lire Elvire Maurouard, c’est lire l’une des voix les plus originales des essayistes de ce moment. Elle est par ailleurs journaliste, poétesse, et j’ai eu le plaisir d’écouter dire ses poèmes dans un restaurant parisien, Le Paris-Dakar, il y a deux mois. La présentation qu’elle faisait de son livre Les Beautés noires de Baudelaire était magistrale. Cette jeune universitaire connait en effet les textes par coeur, les siens... et ceux de Baudelaire !!!

A lire absolument !...