La parution du Manifeste des 44 dans Le Monde du 16 mars 2007 continue à alimenter le débat. Après Abdou Diouf, le Secrétaire général de l’Organisation Internationale de la Francophonie (dans les colonnes du quotidien Le Monde), on a pu lire le jeudi 22 mars dans la rubrique "Opinions et Débats" du Figaro un point de vue de Nicolas Sarkozy (photo), président de l’UMP et candidat à l’élection présidentielle française qui se déroule dans quelques semaines. Les propos de Nicolas Sarkozy viennent confirmer la nécessité d’une réflexion sur cette notion de Francophonie et la place prépondérante que les Etats-Unis occupent actuellement dans le champ de l’enseignement des lettres venues de pays autres que la France et ayant en partage l’utilisation de la langue française. La France a un retard considérable en la matière.
Voici un extrait de cette tribune du candidat à l’élection présidentielle.


Ce n’est pas un hasard si, parmi les derniers pays que j’ai visités, le Sénégal et l’Algérie ont offert à notre Académie deux des plus fervents amoureux de la langue française, Assia Djebar et Senghor.

Dans l’enseignement supérieur, il est urgent de commencer à réfléchir à la création de chaires francophones, quasi inexistantes en France, afin de retenir des talents littéraires comme Maryse Condé, Alain Mabanckou ou Achille Mbembe, qui ont fini par s’exiler aux États-Unis. Le coeur et l’avenir de la francophonie sont de moins en moins français, mais, paradoxalement, de plus en plus anglo-saxons. La francophonie sauvée par l’Amérique ? Un comble !

Une langue véhicule aussi un message politique, une certaine vision du monde. Lorsqu’elle est parlée par des peuples aussi divers que ceux du Liban, du Niger ou du Vietnam, la langue française est le récit d’une communauté de destin entre « nous et eux ». Je déplore que, quelquefois, elle soit confisquée par des réseaux prenant prétexte de la défense de la langue française pour promouvoir leurs intérêts privés.

Tant que la francophonie sera suspecte de tels relents, les peuples seront méfiants à son égard et seront tentés de rejeter le bébé (la France) avec l’eau du bain (la francophonie). Car, à l’origine, la francophonie n’est pas un concept colonial, au contraire. Pour ne pas être suspecté de néocolonialisme, le général de Gaulle avait commencé par s’en méfier avant que Léopold Sédar Senghor ne la définisse comme « fille de la liberté et soeur de l’indépendance », comme une « symbiose culturelle entre États ayant le français en partage et qui est d’autant plus humaine parce que d’autant plus riche, qu’elle unit les valeurs les plus opposées ».

Nicolas Sarkozy, Le Figaro, 22 mars 2007