Tous les jeudis, à Santa Monica, dans la célèbre boîte de nuit Zanzibar, l’amateur des nuits californiennes a le plaisir de savourer les soirées “afro-funk”. Depuis un certain temps j’ai remarqué avec plaisir que deux musiciens africains de taille avaient les honneurs de la discothèque : le défunt Fela et notre indémodable Manu Dibango. Ce dernier musicien, qui est en outre un ami, ne m’a jamais paru aussi proche. Hier je suis allé acheter son « Very Best of » du côté de la Third Street Promenade. (Image de l’album à gauche). C’est un album d’une vitalité surprenante. Du coup, l’histoire du plagiat contre son œuvre par Michael Jackson m’est revenue. Non seulement cela est flagrant en écoutant le titre mythique Soul Makossa, il y a, au-delà, tout le rythme, toute l’atmosphère de cette musique qu’on pourrait retrouver dans l’album Thriller de Jackson paru plus de 11 ans après celui de Dibango. Manu a eu raison d’intégrer dans ce « Very Best Of » un remix de « Soul Makossa » qui dure pas moins de 6 minutes et concocté avec la collaboration de DJ Flex. Dans ce remix qui date de 2003 - soit 10 ans après Thriller ! - , vous aurez du mal à différencier les chœurs du titre camerounais à ceux de Jackson dans son titre d’ouverture de Thriller, « Wanna Be Startin’ Somethin’ ». Au passage, « Thriller » de Jackson est, selon le Livre Guinness de record un des albums les plus vendus, avec plus de 100 millions d’exemplaires.

Une telle situation pose la question de la défense des droits des artistes du continent. Au demeurant, une autre fois j’avais écouté dans une radio publique américaine ce même titre de Manu Dibango célébré par l’animateur qui s’ingéniait à expliquer aux auditeurs américains l’immense talent du Camerounais. Ce « Very Best of » de Manu est un album que chacun devrait posséder dans sa discothèque.
L’enchantement des titres comme « Wouri » et « New Bell » - les plus joués ici aux Etats-Unis après « Soul Makossa » - montre à quel point notre « doyen » a su imprimer une marque indélébile dans l’histoire de la musique africaine contemporaine. C’est peu dire que Manu a mis au monde des fils – et certains sont si ingrats qu’ils subtilisent les biens de l’héritage du vivant même du testamentaire... Souvent il m’arrive de me demander ce qu’aurait été la réaction de Jackson si c’est Manu qui avait été l’auteur de ce plagiat qui ne fit couler qu’un peu d’encre - à mon goût - au moment des faits...

Mais ne reconnaît-on pas la grandeur du créateur par sa quiétude, sa force de croire en l’art quel que le soit le prix à payer ? Manu est alors notre conscience, notre œil, notre bras droit. L’homme est la sagesse incarnée. Avec son instrument de musique, c’est tout un continent qui donne de ses nouvelles, qu’elles soient bonnes ou mauvaises. Et c’est ainsi que l’art est grand. Et Manu aussi...