Ces temps-ci on entend une rengaine lancinante : "il n’existe pas d’opposition crédible au Congo".

Il est vrai que des hommes politiques, on en a vus et entendus depuis la guerre civile de 1997. Ils sont légion. Soit ces agents ne jouent pas leur rôle d’opposants, soit quand ils le font, ils jouent double-jeu. Pire : on les soupçonne de servir d’alibi démocratique à un régime franchement impopulaire qui proclame partout que la paix est revenue au Congo, que le débat contradictoire y a droit de cité. Mensonges ! Balivernes ! C’es-là une fausse représentation qui a le don d’irriter tous ceux qui rêvent légitimement le changement réel au Congo.

Une exception qui confirme la règle

Pourtant dans cette masse amorphe d’hommes politiques se distinguent des éléments qui n’empruntent pas les sentiers battus de la docilité. Il existe des exceptions à la médiocre règle congolaise qui a fait du jeu politique un lieu d’inféodation et de servile courtisanerie. Regardez Yhombi, Kolélas, Moukouéké : ces prétendus "caïds de l’opposition" sont finalement allés à la soupe alorsque les "masses déshéritéés" avaient fondé leur espoir sur eux. Vous parlez d’une déception !

Oui, il y a une exception à la règle : il s’agit du Dr Marcel Guitoukoulou, Président du Congrès du Peuple. Assurément le Dr Marcel Guitoukoulou est une exception. Il fait partie de ceux qui sortent du lot des chiffes molles de l’opposition. Ce jugement ne repose pas sur un sentimentalisme pieux mais sur l’empirisme du vécu. Allez ! Parlons comme les Latins : Marcel Guitoukoulou est le premier parmi les pairs, un « primus inter pares ». Et nous allons le démontrer.

Humanisme

Sûrement parce que l’humanisme est la religion des médecins, Marcel Guitoukoulou qui est anesthésiste n’a pas choisi par hasard de réanimer également le corps social comme il le fait chaque fois, en tant que membre du corps médical, à Marseille et dans ses missions à l’étranger, sur le corps humain. Notre vieil ami, Balzac, note d’ailleurs cette vocation altruiste embrassée par les disciples d’Hippocrate dans son « Médecin de campagne », l’un des romans les plus évangélistes de l’auteur de La Comédie Humaine.

« Pantin » et « Matalana »

Nous prendrons deux exemples concrets pour étayer ce jugement qualitatif :

1°-le discours de Pantin.

2°- l’interview de « Matalana -Mai 2011 » (revue de politique africaine).

Le 12 mars 2011, à l’occasion de la journée décalée de la femme (elle se fête en fait le 8 ) , pendant qu’à Brazzaville on vaquait à d’autres occupations, le Dr M. Guitoukoulou, Président du Congrès du Peuple, fut le seul, dans la diaspora, à marquer d’une pierre blanche cet événement historique.

Au mois de mai, après les événements de la Côte d’Ivoire et le mouvement social dit « Printemps arabe  », M. Guitoukoulou donna son point de vue dans une interview au magazine « Matalana  ». Ce fut, semble-t-il, le seul leader au Congo, qui prit le temps de commenter publiquement ces changements majeurs en cours sur le continent noir.

Une bête de scène

A Pantin, quand le Dr Marcel Guitoukoulou prit la parole, puisant son inspiration dans ses notes personnelles, notant ce que les personnes autour de lui avaient dits, on aurait dit la réincarnation de Socrate dans l’agora. Quelle éloquence ! Quelle verve !

Premier point fort : M. Guitoukoulou est doué d’un remarquable esprit de synthèse, qualité à laquelle aspirent nombre d’hommes politique sans toujours y parvenir.

On pourrait appeler ce mode de production du discours « l’improvisation maîtrisée » mais il est plus honnête d’admettre qu’il s’agit d’un art (dans le sud de la France, on dit « tchatche ») qu’on acquiert à force de fréquenter la meilleure université qui soit : le «  mbongui  ». Dans son interview,« Matalana  » présente M. Guitoukoulou , d’entrée de jeu, et sans esprit discriminatoire, comme un fils du Pool, région où le « mbongui » est à la société traditionnelle ce que la Chambre des Députés est aux régimes parlementaires : un lieu de circulation de la parole, une agora.

Deuxième point fort : le Pool lui tient à cœur. M. Guitoukoulou ne s’en cache pas, mais il ne cache pas non plus son amour des autres régions du Congo, lui qui est né à Gamboma (Plateaux)

« Ne me cherchez pas dans l’ombre d’un quelconque homme politique, si ce n’est au chevet du peuple qui souffre  » répond-il au journaliste de « Matalana » qui veut l’affilier à Bernard Kolélas dont le vide de la disparition sur l’échiquier politique n’a d’égal que le niveau de verrouillage que le monolithisme, version PCT, a imposé sur toute l’étendue de la République, vide qu’ un certain Parfait Brice Kolélas est en train d’agrandir grâce à ce que Sassou sait faire le mieux : instrumentaliser ses potentiels adversaires. (Cf. Lettre ouverte à Parfait Brice Kolélas) (Publiée sur le blog d’Eric Mampouya)

Un stratège de la com

Bête de scène certes, M. Guitoukoulou n’utilise pas bêtement la scène. Il maîtrise les techniques de communication. C’est le troisième point fort. Le Dr sait « ce que parler veut dire  ». Les professionnels de la communication savent qu’il ne suffit pas de dire des mots et des choses, encore faut-il bien les dire et les dire en se donnant des moyens de bien les dire.

Ce 12 mars à Pantin, avant l’entrée en scène, le Docteur fit le tour de la salle en saluant chacun. D’ordinaire le pouvoir classique est distant, condescendant, chargé de morgue, renforçant la sensation réelle d’inaccessibilité. A Pantin, ce fut le contraire.

Durant les serrements des mains, la gestuelle est simple. Une fois sur scène le tribun se réveille. Dédoublement de la personnalité. C’est d’une voix de stentor que l’orateur délivre son message en commençant par saluer, cette fois-ci, dans toutes les langues nationales du Congo. Communiquer c’est aussi toucher les fibres de la personnalité. Ce que M. Guitoukoulou sait faire avec brio.

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Le public de Pantin

La salle de Pantin avec une superficie d’au moins 3.00 m2 tient lieu, en temps normal, d’espace où des fidèles viennent écouter la parole de Dieu. Ce 12 mars, la sono est bonne, la voix est audible ; point de larsen. Au bout du compte, il y avait un je ne sais quoi de mystique qui vous prenait les trippes en se demandant si on était dans le rêve ou si on était toujours dans le réel. Les mots traduisaient avec exactitude les graves maux dont souffre le Congo. Ce n’est pas pour rien que ce pays est l’un des plus cités en matière de génocide, après l’Etat Juif, L’Arménie et le Ruanda. Oui, ce pays est grave. Avec son Président débonnaire, le Congo réussit souvent à passer entre les mailles du filet de la grande Justice.

Pourtant M. Guitoukoulou n’est pas dupe : « Ce pays n’est pas la propriété d’une famille. Quand on a accompli sa tâche, on passe le témoin à d’autres. » Claire allusion à Sassou qui voudrait léguer son fauteuil à son incroyable rejeton, Cristel Nguesso, comme Eyadéma Yassingné le fit à son calamiteux fils Faure Eyadéma, avec ce sentiment totalitaire qui anime ceux qui veulent commander les autres contre leur gré et qui sont persuadés qu’ils sont aimés quand les victimes de leur pouvoir, de guerre lasse, n’aiment plus montrer leur colère pour avoir été trop réprimés.

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Léonie Malanda

« Passer le témoin ? », métaphore sportive que le tribun emprunte à la précédente oratrice, qui parla du changement en politique comme un passage du témoin chez les sprinters qui font le relais. Un homme politique doit être à l’écoute du peuple. C’est ce qu’a fait l’orateur à Pantin.
Faïza Aboubacar a parlé du passage de témoin

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Adrien Houabaloukou et Faiza Aboubacar

Intertextualité

Oui le Dr, brillant orateur, organise son discours sur le mode de « intertexte ». Le procédé consiste à faire émerger dans un discours des éléments d’autres discours. Léonie Malanda, Faïza Aboubacar, les précédentes oratrices, se sont toutes retrouvées dans le discours du Président Guitoukoulou.

Quelle tchatche ! Vous auriez dit Jacques Duclos, redoutable orateur, à l’origine de la célèbre formule « blanc bonnet, bonnet blanc » ! Rien à avoir avec ces tics de langage sous forme de « euh, euh » qui caractérisent le débit oratoire d’un certain « homme des masses » auteur d’un savoureux calembour à haute densité sexuelle qui continue d’être évoqué dans les veillées pour détendre l’atmosphère. (béto ké sééka béno na mpimpa yayi – on va vous baiser ce soir). Lapsus ô combien révélateur. En vérité, il voulait dire : « Ce soir on passe la nuit dans votre localité  » Mais son inconscient libidinal fut plus fort.

Le Congo, une tour de Babel linguistique

De tous les sujets congolais qui ont fait du Congo leur sujet de discours, le Dr Marcel Guitoukoulou est le seul qu’on a vu et entendu saluer le public dans les langues du terroir. Ne criez pas vite à l’opportunisme. Comme à Babel, le Congo est une mosaïque de langues en train de construire sa Tour, avec le risque d’effondrement cacophonique que cela comporte. Ne peut, en toute légitimité, en être le grand architecte que celui qui est capable de fédérer cette pentecôte sociolinguistique. Demandez à Sassou de pratiquer le Vili : de quoi faire une omelette avec ses fameux « euh… » et pourtant ses biens mal acquis ont été…acquis grâce au pétrole produit dans la contrée de ceux qu’il appellent gentiment « rats de maison »

Les deux ethnies antagonistes au Congo

Quand certains ne voient que leurs groupes ethniques lorsqu’ il s’agit de redistribution des propriétés matérielles et intellectuelles qui appartiennent à tous et dont chacun est en droit de jouir (par exemple les retombées du pétrole ; par exemple les galons militaires) le leader du Congrès du Peuple voit deux ethnies, juste deux, rien que deux, qui s’affrontent sur le sol congolais. Les pauvres et les riches. « La véritable guerre a lieu entre deux ethnies : l’ethnie des pauvres contre l’ethnie des sangsues de la République » (Pantin).

Deux tribus-classes (pour reprendre Lissouba, une autre sangsue) la canaille et le peuple misérable se livrent un combat de titans.

« Aujourd’hui il n’existe plus que deux ethnies au Congo : la première composée de Sassou et d’une poignée de sbires…et la seconde composée du reste du Congo. »(Matalana)

Le printemps congolais verra le jour

Au Congo, le combat risque d’être aussi colossal qu’imprévisible, comme ailleurs, au Maghreb où les meilleurs observateurs furent pris de cours :
« Les choses peuvent aller vite. Combien de personnes avaient prédit la chute fulgurante de Ben Ali et de Hosni Moubarak ? » (Matalana)

Que ceux qui croient au statut quo sous Sassou, méditent cette note de voyage du Dr. Guitoukoulou :
« Lorsqu’en Tunisie les citoyens se sont révoltés, les bras m’en sont tombés. Pourquoi ? Deux semaines avant, je revenais de Tunisie. Je me suis dit « les Tunisiens avaient de l’eau partout, l’électricité partout. Pourtant ce peuple, au nom de la liberté d’entreprendre amputée, s’est levé pour dire : Dégage ! »(Pantin)

Chez « Matalana » M. Guitoukoulou échappe à la question/piège du conflit des générations dans laquelle une tradition évolutionniste veut enfermer l’analyse. Quand, insidieux, le journaliste veut son avis sur la thèse que la vieille classe politique a fait son temps et qu’il est temps de faire place nette aux jeunes, le Dr relativise : « Effectivement, j’ai entendu souvent ce discours qui était devenu presque un slogan… Je ne vois pas les choses ainsi, car ce serait très réducteur de laisser entendre que la génération de nos pères a failli et qu’il faut passer à la nôtre qui serait forcément compétente, intègre, dévouée … » (Matalana)

Le sillage d’un potentat septuagénaire est une pléthore de jeunes cadres voraces, cupides et insatiables : Bienvenu Okiéni, Thierry Moungalla… Voilà qui tord le cou à l’hypothèse que les jeunes sont novateurs, les vieux rétros et archaïques, voire réactionnaires.

« Il n’est d’ailleurs pas rare de constater dans beaucoup de pays africains, des hommes de ma génération – c’est-à-dire nés en 1960 – qui ont réussi, et continuent à faire prospérer leurs comptes bancaires et leur patrimoine immobilier à l’ombre des régimes tenus par cette génération tant décriée. » (Matalana) Ca fait penser à des spécimens comme Martin Kimpo, Marc Mapingou, jeunes serviles auxquels la dictature du croulant Lissouba a indubitablement dû sa férocité.

Il s’agit, en l’occurrence, d’une clique qui n’a pour objectif que de « prospérer à l’ombre de ses faillites, avant de se dérober au crépuscule de sa déchéance » et rejoindre, le cas échéant, un nouveau mouvement social après avoir, bien sûr, retourné la veste. Des exemples ? Asie-Dominique de Marseille parfait échantillon d’opportunisme, griot sous Lissouba, griot sous Sassou. Thierry Moungalla, jeune loup milosien, désormais Sassouiste besogneux.

Un homme constant dans ses idées

La théorie politique du Dr. Guitoukoulou est d’une cohérence implacable depuis dix ans. On se souviendra d’un entretien azuréen, dans un café, en compagnie d’une grande figure de la diaspora marseillaise, Côme Kavalas, entretien au cours duquel il dessina son schéma du Congo. On se rappellera des propos de colloques à Aix-en-Provence, à Nice, Paris, Pertuis. Le Dr. Guitoukoulou est obsédé par une idée : l’unité du Congo. C’est même une compulsion chez lui. A Nice, après la guerre civile au Congo, il s’associe au Ministre Jean-Luc Malékat (New-Concept Humanitaire) pour mettre autour de la même table les belligérants. Ceux-ci le regardent avec condescendance. Surtout Sassou, le nouveau vainqueur qui sait qu’il n’a plus rien à perdre, ayant tout gagné. De guerre lasse, M.G. reprend son bâton de pèlerin pour les réunir à Pertuis dans le Vaucluse (83). A ce forum politique phocéen Collinet Makosso représente Sassou. Mayima-Mbemba représente, Kolélas. Moussongui, Moungounga. Sont également présents : Pierre Nzé, Milongo, Bongou Camille, Venance Mania, Jean-Luc Malékat.

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Guitoukoulou et Massamba Cicéron

Le pélérin

M. Guitoukoulou a sillonné toute la France, à la recherche de ce Congo idéal auquel il espère tant, un Congo unit du Nord au Sud, d’Est à l’Ouest. Il s’est rendu à Nantes, il est monté à Paris toujours pour le même objectif : unir la classe politique, quelle que soit la famille politique de ceux qui en font partie.
Toutes ces missions menées auprès des « aînés » ( Sassou, Kolélas, Lissouba) pour les amener à la raison méritent qu’on en parle. Et ce n’était pas sans risques :

« C’est pour cela qu’au péril de ma vie je m’étais déguisé en paysan pour aller rencontrer le Pasteur Ntumi dans son maquis afin de le convaincre de transformer son mouvement armée en parti politique » (Matalana)

Aux frais de qui ? Ben voyons ! Peut-on évaluer un combat politique menée par un parti de l’opposition quand on sait que dans nos pays d’Afrique le parti au pouvoir fait main basse sur toutes les richesses ? Peut-on évaluer, si ce n’est pour constater, que l’opposition est un combat sans prix qu’il faut gagner à tout prix ?

Vous en connaissez qui paieraient de leur poche pour une cause (l’unité nationale) où on a l’impression de se battre contre des moulins à vent ?
Pire : des prétendus « responsables  » se battent pour que les gens continuent de se battre à mort, par exemple dans le Pool, région devenue la poule aux œufs d’or des individus comme Michel Ngakala.

En effet, pour le Dr. Guitoukoulou, le Pasteur Ntumi eut pu coopérer si ce n’était « l’entourage du président en place (qui) s’était arrangé pour rendre les négociations interminables afin d’en tirer le maximum de profits financiers. » (Matalana)

L’aide humanitaire

Comme le démographe Alfred Sauvy, M. Guitoukoulou a en horreur l’aide humanitaire car elle est plus profitable à ceux qui aident qu’à ceux qui sont censés être aidés. L’aide reçue par les populations est perverse. Cela arrange bien des ministères africains que des ONG se substituent à eux : pendant qu’on construit une école par-ci, un puits par là, un dispensaire dans telle zone rurale, les ministres ad ’hoc (ces ogres) s’achètent des biens immobiliers en Occident ! C’est révoltant.

Vous nous direz que c’est paradoxal de sa part, lui qui possède une fondation qui envoie du matériel médical au Congo. Mais comment supporter la vision d’un Congo où les gens meurent comme des mouches sans, en tant que médecin, enfreindre ses propres principes philosophiques sur l’aide humanitaire ! En attendant que monsieur le ministre de la Santé au Congo se réveille, le moins que puisse faire quiconque a prêté le Serment d’Hippocrate est de se battre par exemple contre les fièvres dues au moustique appelé chikungunya qui sévissent actuellement dans les quartiers Sud de Brazzaville ou la poliomyélite qui laisse par terre nombre de Congolais à Pointe-Noire, capitale économique, en envoyant des cartons de médicaments récupérés en Occident comme jadis le firent Rhéa Terre des Hommes (de Marseille) et New-Concept –Humanitaire (de Nice) durant la guerre civile

La main gauche doit ignorer ce que fait la main droite

Altruiste ? Oui, M. Guitoukoulou l’est. Il aide. Sans crier sur les toits. Il le fait dans la discrétion des lieux délaissés par les apôtres de la « municipalisation accélérée », notamment Mfilou. Il y finance des actions humanitaires « depuis des années ». Comment ? « Avec (ses) deniers propres ». Avec qui ? Des amis toubibs qui se rendent au Congo « intervenir gracieusement ». Des noms ? Docteurs Mianfoutila, Atsika, Taty-Taty, Sasoon etc.

Autopsie du pouvoir

A Pantin, Dr. Guitoukoulou s’est livré à une analyse clinique du pouvoir. L’auditoire est frappé par l’approche chirurgicale du grand malade qu’est devenu le Congo de Sassou. Comme un bistouri, le verbe de Pantin perce l’abcès symptomatique de la pourriture politique congolaise sous Sassou. Obsession sexuelle appuyée sur une foule d’adultères, kleptomanie, cruauté, népotisme résument à peine la pathologie protéiforme dont est atteint cet organisme à propos duquel le Dr M. Guitoukoulou lança dans une boutade métonymique « J’ai mal au Congo ». On ne peut mieux exprimer la complexité du mal. L’une des formes de la pathologie (et ce n’est pas la moindre) c’est le penchant dynastique du régime : « Ce pays n’est pas la propriété d’une famille. Quand on a accompli sa tâche, on passe le témoin à d’autres. »

Là où certains praticiens tergiversent, Marcel Guitoukoulou y va franco : «  D’entrée de jeu il a donné un nom au mal qui a pourri notre société. Ce mal, c’est Sassou.  » (Congopage).

A Pantin, le modérateur de la soirée, Adrien Houabaloukou, commentant à chaud diagnostic et thérapeutique au milieu d’une foulé médusée, à bout de souffle s’écrie : « je vous l’avais dit, vous ne seriez pas déçu. Vous venez d’écouter l’homme !  »

« C’est un redoutable tribun » concéda un observateur avisé de la société congolaise. En effet. On l’écoute depuis Aix, Nice, Paris (Club de la presse), Télé-Sud, Pantin, Matalana : le contenu du discours ne varie pas d’un iota : il prône la rupture. La qualité va crescendo. Plus il se livre à la frappe chirurgicale, plus la pointe du bistouri devient précise. Et plus le coup de scalpel est précis, plus il décrit la nature du mal.

La syntaxe, claire, coule de source. Le vocabulaire riche s’aventure dans tous les domaines de la société sans croiser le moindre écueil sémantique et diachronique. L’économie du Congo pourtant savamment embrouillée par les montages du clan et ses acolytes européens de Paris-BNP est décortiquée sans peine et restituée avec une clarté biblique aux auditeurs.

Le monde arabe

Alors que ça chauffe dans le monde Arabe (Tunisie, Egypte, Algérie, Maroc, Lybie, Yémen) le Dr Guitoukoulou qui revient de Tunisie avant le début du printemps arabe fait le parallèle suivant : eau, électricité, écoles, routes bitumées sont fournies aux Arabes par leurs dirigeants. Leurs peuples les ont virés. Sassou gère tranquillement un régime incapable de donner une seule goutte d’eau potable aux Brazzavillois dont la ville est arrosée par le deuxième plus grand fleuve du monde. Cherchez les raisins de la colère !

« Lorsqu’en Tunisie les citoyens se sont révoltés, les bras m’en sont tombés. Pourquoi ? Deux semaines avant, je revenais de Tunisie. Je me suis dit « les Tunisiens avaient de l’eau partout, l’électricité partout. Pourtant ce peuple, au nom de la liberté d’entreprendre amputée, s’est levé pour dire : DEGAGE ! »

Epilogue

« Ce discours ne doit apeurer personne. Liberté chérie, liberté toujours. Avec une meilleure redistribution du revenu national. N’ayons pas peur. La peur doit changer de camp. Soyons la peur de ceux qui nous font peur. »

Dans Matalana (Mai 2011), Le Dr a cette réponse lumineuse au sujet de Ntoumi : « je le préfère homme politique à Brazzaville dans n’importe quel parti que chef de guerre dans les forêts du Pool  »

A la question pourquoi être allé voir feu Bongo, la réponse est une question : pourquoi ne serait-il pas allé voir un autre président en exercice lui qui aspirait au même poste dans son propre pays ?

Bongo, encore vivant, lui dira, à peu près : bats-toi pour ce à quoi tu aspires (la présidence de ton pays), bats-toi en toute loyauté.

Omar Bongo ne manquait pas d’humour : comment jouer le jeu démocratique avec un Président sortant qui n’est pas démocrate et qui n’a pas envie de sortir de la scène ?

Simon Mavoula

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En compagnie des membres du bureau
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Interview revue Matalana