Certains voudront voir dans cet article une lettre ouverte au Général Yhomby Opango frappée au coin de l’’impertinence ; ils se tromperaient.

Mon cri du cœur

Certains voudront peut-être voir dans cet article une lettre ouverte adressée au Général Yhomby et frappée au coin de l’impertinence. Ils se tromperaient. D’autres se précipiteront de classer mon propos dans l’ordre des produits de la haine et de la rancoeur. Ils feraient bon marché de ma foi chrétienne fondée sur l’amour et le pardon. D’autres encore pourraient être tentés de lire ici un manifeste politique présageant d’engagements à venir. Ils ne verraient pas non plus juste car le jour où je voudrai faire de la politique, je le dirai clairement et simplement ; je ne finasserai pas.

Non ce texte n’est franchement mû par aucune de ces considérations. Ce qui m’amène à intervenir pour la première fois sur Congopage en mon nom propre (et non plus sous un quelconque pseudo) c’est un article qui a trôné plusieurs jours durant à la une de ce site et auquel l’épilogue judiciaire en France de l’affaire du Beach a succédé la semaine dernière. L’article, non signé, relatait la cérémonie d’inhumation à Owando d’un corps qui avait été préalablement exhumé quelque part dans la même ville. Ce corps était celui du père biologique du Général Yhomby Opango.

Il s’est trouvé que l’auteur de cet article ne s’est pas contenté de faire le récit strictement factuel de l’inhumation mais il s’est permis avec une légèreté pour le moins suspecte de mêler le peuple d’Owando à son éloge de la fraternité ressuscitée entre Yhomby et Sassou. Un tel amalgame est bien plus choquant qu’il n’en a l’air. C’est une offense grave faite à l’âme kouyou, c’est une insulte à la mémoire de nos morts. Il y a des gens, nombreux, qui ont lu ce compte rendu d’obsèques, s’en sont trouvés révoltés puis se sont tus. Je suis au moins aussi révolté que ces dizaines de Kouyous, au moins aussi révulsé que ces centaines de Congolais qui ont ravalé leur colère. Mais j’ai chosi de ne pas me taire.
J’ai chosi de m’exprimer pour ne pas passer aux yeux des générations à venir pour le complice d’une imposture. J’ai résolu de dire non à cette mystification parce que je me sens, par toutes les fibres de mon être, solidaire de ce peuple d’Owando que j’ai accompagné dans son combat pour sa dignité en 1997. J’ai décidé de crier mon désaccord parce que personne, aucun prince ni aucun roi, n’a le droit de cracher sur le sang des miens. J’ai eu l’occasion par le passé de réagir vertement ici même sur Congopage à des déclarations réactionnaires et primaires culpabilisant tout le peuple du nord du Congo au motif que Sassou-Nguesso a commis des crimes contre des Congolais du sud. J’ai crié et je crie encore que cette vision manichéenne et régionaliste du crime politique dans notre pays est mauvaise parce qu’elle entérine la division entre nous tout en faisant la part belle au destructeur qui l’a voulue, qu’elle condamne la nation congolaise à l’asphyxie et qu’elle méprise les morts originaires du nord du Congo et victimes du même bourreau.

Une fois qu’on a dit cela, on aurait mauvaise grâce à ne pas réagir lorsqu’une plume anonyme, volant au secours d’un notable en perte de vitesse, vient tenter d’accréditer la thèse d’une prétendue unité retrouvée des enfants de la Cuvette centrale. Non, non et non. Il n’y a pas d’un côté 70% des Congolais vivotant en-dessous du seuil de pauvreté absolue et de l’autre des Mbochis d’Oyo et des Kouyous la main dans la main se partageant éhontément le saumâtre butin d’une guerre néocoloniale. Il y a, c’est évident, une poignée de cadres kouyous qui, pour des motifs digestifs, ont tôt fait de virer leur cuti une fois la guerre perdue il y a 7 ans. A l’évidence Jacques Okoko et Joachim Yhomby Opango, tous deux anciens députés d’Owando et grands animateurs devant l’Eternel de la guerre de 1997, servent de caution morale à ces cadres retournés. Ce type d’élite se rencontre en réalité à travers toutes les régions du Congo, du Kouilou à la Likouala en passant par la Bouenza et le Pool. Il illustre de façon saisissante cette politique du ventre dont Jean François Bayard se fait à juste titre l’écho dans un de ses livres les plus intéressants .
Mais de même qu’il serait abusif d’affirmer que la Bouenza s’est ralliée parce que Munari est rentrée dans le rang, ou que le Pool est acquis au pouvoir de Mpila parce que Mvouba en est un membre influent, de même il est inexact d’assimiler le peuple d’Owando à la famille Yhomby. Je suis originaire d’Owando et j’ ai la prétention d’entendre de ma lointaine Scandinavie, le souffle du peuple de cette localité martyre. C’est pourquoi je mets au défi tous les marchands d’illusion de conduire une enquête d’opinion dénuée de fraude et de manipulation dans le district d’Owando et d’apporter par là la preuve que les Kouyous ont aujourd’hui adopté Sassou-Nguesso. Il se peut très bien que des dizaines voire des centaines de gens debout le long de l’avenue Owando aient applaudi un jour au passage du maître absolu du Congo-Brazzaville. Il demeurerait abusif de voir dans ces applaudissments le signe d’un quelconque ralliement. On a bien vu le peuple de Paris faire ovation à Pétain au printemps 1944 avant de porter De Gaulle en triomphe quelques semaines plus tard dans les mêmes rues de Paris.

Qu’on ne prenne pas l’amertume résign ?e pour de l’adhésion. Il n’y a pas, il n’y aura pas de haine éternelle entre les ressortissants d’Oyo et ceux d’Owando, appelés à construire le Congo ensemble avec les ethnies soeurs dans une nation congolaise réconciliée avec elle -même. Mais il y a un contentieux historique entre D.Sassou-Nguesso et le peuple d’Owando.Ce contentieux ne saurait être réglé par une accolade ou par la construction d’une tombe dans un cadre prétendûment familial. Il ne saurait se régler par le haut.
Il faut que cette mystification s’arrête. Il ne faut pas que l’on nous prive de notre dignité après avoir tué (ou fait tuer) nos frères, nos soeurs ou nos parents.

Un individu peut, pour des motifs qu’il aurait jugés majeurs, renoncer à l’honneur. Nul n’a cependant le droit d’étendre malicieusement (ou peut-être sans discernement ?) ce renoncement au nom d’une communauté sans en avoir reçu mandat. Au moment où le Congo profond se cabre et gémit sous les coups d’assomoir des dénis de justice et du pillage ininterrompue de ses ressources, à l’heure où la majorité écrasante du peuple congolais étouffe sous la chape de plomb d’une dictature prédatrice et de ses soutiens étrangers, il importe plus que jamais que le peuple d’Owando soit vu tel qu’il est - une victime de la dictature - et que les amateurs de toutes les palinodies aillent seuls à la soupe.

Lieutenant-colonel Félix ONDZIE Breveté de l’Enseignement militaire supérieur, Ancien officier aide de camp du Premier Ministre Yhomby Opango(démissionnaire en novembre 1994),
Ancien commandant de zone - ZM 4,Owando.


Par : Félix ONDZIE