PROGRAMME DES OBSEQUES

9h30 : levée du corps à la morgue
11h : recueillement au domicile de sa maman
14h : départ pour le cimetière centre ville


Nous ne lirons plus Bruno OSSEBI

Lundi 2 février 2009. Je suis bouleversé. Je suis consterné. La nouvelle est terrifiante : Bruno OSSEBI est décédé. Un voile de tristesse me recouvre aussitôt et se transforme en colère.

Je l’ai écrit à Mwinda en réagissant à l’annonce du supposé accident qui avait frappé notre ami :

« Je crois que ce que nous pouvons faire de mieux pour soutenir son moral, en plus d’une aide financière que vous saurez organiser je n’en doute point, c’est de rappeler haut et fort son combat pour un Congo meilleur, avec la seule arme qu’il sait manier avec virtuosité : la plume. Un vibrant éloge à ce pourfendeur des injures faites à la démocratie, à la bonne gouvernance et à la transparence ne me paraît pas de trop. Un plaidoyer pour celui qui n’a pas hésité un seul instant pour dénoncer les abus, et notamment l’acquisition frauduleuse de biens par des chefs Etats africains, ne peut être que mérité.

Mais cela reste cependant très insuffisant aussi bien pour consoler notre ami que pour apaiser la colère de tous ceux qui ne comprennent rien à cet accident supposé.

Pour moi qui ne connais de Brazzaville que les quartiers sordides dans lesquels j’ai grandi et dans lesquels je reviens toujours, il est indéniable que les coupures dites « délestages » qui ponctuent le quotidien de ces miens quartiers n’est pas un gage de sécurité : j’y ai moi-même perdu nombre d’appareils électriques ou électroniques. Les bricolages effectués par des électriciens du dimanche, s’ajoutant aux dégradations des réseaux causés par des pillards de toute sorte n’arrangent rien à la qualité de service que mes compatriotes sont en droit d’attendre, et continuent d’attendre depuis des lustres.

Mais même dans mes quartiers, il n’y a pas des incendies concomitants comme cette nuit du 21 janvier 2009 ! La coïncidence est par trop belle et inespérée pour ceux qui voudraient que les voix se taisent sur leurs pratiques douteuses et même franchement abjecte [1]

Demain, les circuits de distribution d’eau étant obsolètes, je ne serai pas surpris d’apprendre des noyades concomitantes consécutives à une légionellose subitement agressive envers d’autres défenseurs des valeurs qui font la démocratie !

Mais où étaient les pompiers pendant ces incendies ? Et puis, y a-t-il toujours des pompiers à Brazzaville ? Et s’il y en avait, auraient-ils eu de l’eau dans leurs citernes ? Dans mes quartiers l’eau n’arrive que par un mince filet entre 4 heures et 5 heures du matin : les pompiers n’auraient pas pu remplir leur citerne.

Mais la question fondamentale reste celle de l’enquête. Peut-on espérer une recherche des véritables causes de ces sinistres ? Peut-on espérer une impartialité comme de vrais limiers savent le faire ? Peut-on espérer que des responsables soient désignés ?

Nous n’avons pas encore oublié les heures sombres de l’assiette roumaine. Nous n’avons pas encore oublié les chasses dans les forêts de Goma-Tsétsé ou d’Ikonongo. Nos murs sont encore marqués des horreurs récentes. Va-t-on nous plonger dans l’ère des incendies et des noyades ? Encore faut-il que l’on nous bâillonne ferme, et cela nous ne l’accepterons pas ».

Bruno n’a pas accepté de se laisser bâillonner : jusque sur son lit d’hôpital qui est devenu son lit de mort, il aurait réclamé du matériel pour continuer à écrire.

Je ne suis pas le mieux placé pour faire une ode à Bruno OSSEBI. Mais est-il un homme qui soit dispensé de constater avec la plus grande consternation la disparition brutale de toute une famille ? Une femme, un homme, leurs deux enfants, leur progéniture. Ainsi est accompli au-delà peut-être de leur intention, le désir de ceux qui voulaient rayer Bruno de la surface de la terre. Mais je dois ici exprimer ma vive préoccupation suite à la vague d’incendies : celui subi par notre ami Bruno OSSEBI aujourd’hui disparu, celui qui a atteint le domicile de Benjamin TOUNGAMANI et la tentative d’incendie du QG du candidat Mathias DZON.

Je me permettrai de citer Ramana Maharshi : « mon corps est-il "moi" ? Il est silencieux et inerte, mais je sens la pleine force de ma personnalité, et j’entends même la voix du "moi" au fond de mon être. Je suis donc un esprit qui transcende le corps. Le corps meurt, mais l’esprit, transcendant le corps, ne peut être touché par la mort. Ce qui veut dire que je suis un esprit immortel ».

Ayant atteint le corps de Bruno OSSEBI, les flammes ont-elles atteint ce qu’il y a de plus vivant en lui ? Ce regard sur le monde qui l’entoure ; ce doigt toujours pointé sur l’injustice, toutes les injustices et l’impunité ; cette conscience de la Chose qui fait la démocratie ; ce sens de l’investigation qui a su attirer à lui toutes les sympathies.

Une pensée profonde va vers le monde de l’information dans lequel Bruno effectuait un travail remarquable, et j’adresse mes condoléances et celles de Monsieur Ange-Edouard POUNGUI à la famille si durement éprouvée.

Nous ne lirons plus Bruno OSSEBI, car nous devons aujourd’hui le pleurer et le porter en terre. Mais sa force est en chacun de nous et il nous appartient désormais, chacun selon ses talents, de continuer l’œuvre qu’il a entreprise et que nous ne saurions laisser inachevée. Bruno OSSEBI vit, et sa voix résonnera encore plus fort à travers tous ceux qui veulent pour notre beau pays le Congo, une démocratie vivante, véritable, transparente.

Didier Mahouèle ma Makita,
porte-parole en France
de Monsieur Ange-Edouard POUNGUI,
Candidat de l’U.PA.D.S. à l’élection présidentielle, scrutin de 2009.


COMMUNIQUE

Bruno devrait être inhumé ce vendredi 6 février à Brazzaville.
Tous les journalistes ponténégrins ne pouvant se déplacer pour l’occasion sont cordialement invités à rendre hommage à Bruno le même jour au Club Presse du CCF de 17 à 19 heures dans la salle du Centre Culturel Français. Les non journalistes seront les bienvenus.

Nous nous étonnons de la promptitude avec laquelle les obsèques doivent avoir lieu. Comment, alors que l’ambassade devait faire transférer le blessé en France ce mercredi, n’exige-t-elle pas une autopsie pour confirmer les causes de la mort de l’un de ses ressortissants ?


J’écrivais ce matin (2 février 2009) le texte qui suit, je n’attendais que l’infirmation de la nouvelle pour le mettre à la poubelle, hélas c’est une confirmation qui est arrivée.

Un texto provenant d’un ami commun nous a appris ce matin une nouvelle qui ne peut que nous atterrer. Bruno Ossebi-Jacquet serait décédé.

Pourtant, les communiqués successifs que nous avons pu lire dans mwinda.org nous disaient que son état était de moins en moins préoccupant si son moral était bien bas.
Pourtant, il semblait être sous la protection de l’ambassade de France qui avait jugé que son rapatriement vers la France n’était pas justifié. Si la triste nouvelle se confirme, il faudra que nous posions quelques questions à Monsieur Normand, ambassadeur de France. Pourquoi n’a-t-il pas mis, alors que les circonstance de l’incendie qui a provoqué le drame ne sont pas élucidées, Bruno à l’abri ?

A l’heure qu’il est aucun site, pas même Mwinda, ne se fait écho du décès de Bruno. Nous voulons dire par là qu’il faut prendre cette information pour ce qu’elle est actuellement : une rumeur. Son origine, l’amie qui l’assistait à l’hôpital, nous fait tout de même redouter le pire.

Je suis loin d’être toujours en phase avec Bruno. J’ai souvent protesté quand il m’associe sans m’en avoir parlé à certaines de ses prises de position. Bruno est un garçon intelligent avec lequel la discussion est toujours fructueuse. Deux fois collègue, par la plume et par la profession alimentaire, Bruno est et restera un ami cher et précieux. J’espère de tout cœur que cette nouvelle n’est qu’une erreur.


La sale nouvelle vient d’être confirmée par Mwinda. Bruno nous à quittés à 1h30 ce matin. On me dit qu’hier il réclamait un Blackberry dans son lit d’hôpital pour pouvoir se connecter, il n’était donc pas à l’article de la mort. Quelles sont donc les raisons de cette rechute que personne n’attendait ? Trop de coïncidences, trop de rebondissements dans cette affaire pour que l’on soit convaincu que la seule fatalité est coupable de la disparition de notre ami.
Nous souhaitons que toute la lumière soit faite sur les circonstances de ta mort prématurée.

Notre tristesse est sans commune mesure.

Adieu Bruno. Au delà de nos divergences tu resteras dans nos mémoires comme un homme de convictions et d’engagement.

Ya Sanza


Bruno OSSEBI : Un fervent Humaniste vient de nous quitter

Le franc parler de Bruno OSSEBI était mal digéré par les tenants du pouvoir, même s’il avait des parents qui étaient au pouvoir et du pouvoir. Comme le pouvoir de Brazzaville met en pratique les méthodes de Poutine en Russie, les éveilleurs de consciences sont les ennemis du Congo. Bruno OSSEBI connaissant bien les méthodes du pouvoir s’affichait ouvertement sur des sujets sensibles. Le combat de Bruno OSSEBI était noble, car il défendait toujours les vertus du travail et les bienfaits du triptyque raison, sagesse, amour. Il posait toujours un cas de conscience et voulait assainir la pratique politique au Congo. Dommage que de nombreux Congolais refusent ce combat et préfèrent se cacher derrière le clavier, alors que le Congo est notre bien commun. Bruno OSSEBI disait toujours NON à l’achat des consciences et aux changements téléguidés. Or, ce pouvoir a bâti son système sur l’achat des consciences.

Les tiers exclus, c’est le peuple qu’on garde au stade de l’enfance pour des besoins de la cause. Un peuple ignorant est un peuple doux. Voilà pourquoi ce pouvoir n’aime pas les intellectuels, les éveilleurs de consciences, les éclairés, qu’il traite de tous les noms d’oiseaux.

Rendons ici hommage à ce fervent humaniste qui vient de nous quitter le 02 Février 2009 en la personne de Bruno OSSEBI qui dénonçait avec virulence les dérives de ce pouvoir. Un homme qui n’a jamais céder malgré les appels de pied et les intimidations.

Bruno OSSEBI a interpellé tous les hommes qui ont encore un cœur, une volonté et une conscience humaine, à se saisir du cas Congolais au nom de l’humanité, dont fait aussi partie ce peuple meurtri, pour faire renaître le Congo de ses cendres et lui permettre de se réconcilier avec lui-même.

C’est également ici l’occasion de passer le message que Bruno OSSEBI et moi, lançons aux frères c’est –à-dire Francs-maçons Congolais qui sont au pouvoir et du pouvoir, mais sans réel effet, car ils sont toujours sourds lorsqu’ils occupent des postes de responsabilité. Nous leur rappelons souvent ces propos du poète Alphonse de Lamartine, bien que n’étant pas franc-maçon lui-même, mais un admirateur reconnaissant de ce mouvement attractif. Ci-joint ce discours du poète prononcé en 1848 dans une loge : « Vous écartez tout ce qui divise les esprits, vous professez tout ce qui unit les cœurs, vous êtes les fabricateurs de la concorde. Vous jetez avec vos truelles le ciment de la vertu dans les fondations de la société, vos symboles ne sont que des figures. Si je ne me trompe pas dans cette interprétation de vos dogmes, on peut soulever le rideau de vos mystères d’y découvrir autre chose que des services rendus à l’humanité ! » . Et nous ajoutons toujours à la fin, ne vous faites pas complices du prince du mal, des « enfants de la veuve de l’axe du monde ». Et mon ami Bruno OSSEBI, me répondait : Joël il faut briser le silence, et nous allons contribuer peut-être à modifier les visées verticales des tenants du pouvoir.

Et ce lundi 02 février 2009, mon ami Lionel SANZ du site Congopage m’a téléphoné à 8h25 pour m’annoncer la mort de Bruno OSSEBI, j’étais abattu. Surtout que Bruno et moi avions des débats sur le net ou à Brazzaville sur les sujets :

Qu’observons-nous 11 ans après le départ du Président Pascal Lissouba ? Nos réponses étaient : Les mêmes maux :
- La gestion patrimoniale de l’Etat fait son chemin ;
- Le pétrole est devenu la chasse gardée d’un groupe de privilégiés ;
L’intégrisme tribal revient au galop ;
- La corruption toujours elle, nous empoisonne de plus en plus ;
La mauvaise gestion. Ce malheureux peuple qui ne cesse de végéter et de croupir dans une misère inqualifiable, pendant qu’une poignée d’initiés et de courtisans de tout acabit, étale, ici et là, leur fortune au grand jour ;
- Le règne de l’Etat sauvage et de l’immoralité excessive.

En conclusion pour Bruno et moi :

A la vérité, les Congolais ne peuvent se taire devant le retour brutal des abus, des hégémonies, des détournements récurrents et les réflexes primitifs qui caractérisent encore malheureusement notre classe politique falote et en voie de disqualification. Toutefois, il est clair que le silence des Syndicats, de la société civile et des autres forces sociales réjouirait beaucoup de gens, notamment les députés, ministres, sénateurs, généraux, colonels, DG et cohorte qui gravitent nuit et jour autour des intérêts maffieux ; cautionnant, ici et là, des actes inciviques et impliqués dans des montages financiers maffieux. A dire vrai, le silence coupable des députés et des sénateurs a fait sursauter de joie tous les ministres incompétents et corrompus, les petits truands et autres faussaires qui fourmillent au Trésor Public, aux impôts, au niveau de la force publique, à la SNPC et dans les autres administrations publiques. Pour eux, la « Nouvelle Espérance » représente une occasion inespérée de s’enrichir et de brader, toutes les ressources de l’Etat. Vive l’impunité ! Non, c’est ce que nous devons garder de Bruno OSSEBI.

Bruno OSSEBI nous quitte, mais l’impunité demeure. Elle est là. Elle est omniprésente. Elle s’accapare toujours de tout. Règne sur tout et partout.

Mon cher ami, Bruno, tu disais souvent Joël rappel toi toujours de Frantz Fanon. « Frantz Fanon a dit : Chaque génération doit assumer une tâche historique ». Engageons-nous !

Mes chers compatriotes, abandonner le combat de la Vérité, le combat de la démocratie et de la transparence, ce serait du défaitisme.

Au revoir Bruno ! Paix profonde à ton âme !

Joël MAFOUTA
Président du Rassemblement des Libres Bâtisseurs Congolais « RLBC »
E-mail : [email protected],
TEL : 06.20.21.39.84

[1Ce même 21 janvier, un incendie s’est déclaré chez Benjamin Toungamani à Orléans en France.